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Mon père, qui était Grand Invalide de Guerre (il avait perdu son bras gauche lors de l’offensive de Belgique en juin 1940), Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, Médaille Militaire avec Palme (il avait aussi reçu deux balles dans la tête par nos « amis » allemands, l’une dans la mâchoire l’autre sur le sommet du crâne) doit se retourner dans sa tombe.
Lui qui s’offusquait toujours lorsqu’il entendait un vieux machin dire « ce qu’il faudrait aux jeunes c’est une bonne guerre ».
Cela lui semblait fou à lui qui avait vu ses camarades tomber tout autour de lui. Et qui avait vu aussi les jeunes soldats allemands morts qui étaient juste des hommes de 20 à 22 ans comme lui, qui était né en 1918.
Il était né quelques mois avant l’Armistice du 11 novembre 1918.
La Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre, la « Der des Der » comme l’appelaient les survivants.
Mais tout avait commencé un peu plus de 40 ans avant.
L’empereur Napoléon III (1808-1873), malgré quelques mesures libérales prises en 1867, voit son pouvoir de plus en plus contesté.
Les élections législatives de 1869, même si les bonapartistes sont encore majoritaires, voient une nette avancée des républicains.
Si les provinces et les campagnes restent largement réactionnaires et conservatrices, il n’en va pas de même dans les grandes villes et notamment à Paris où des Républicains comme Léon Gambetta (1838-1882) sont élus en nombre.
Les contestations sociales se font de plus en plus fortes. Elles menacent la main mise de la bourgeoisie terrienne et d’affaires qui exploite alors sans vergogne un monde ouvrier paupérisé et prolétarisé. Bref, la révolte (légitime) gronde.
La Cour et notamment l’Impératrice d’origine espagnole Eugénie de Montijo (1826-1920, et l’Espagne est à ce moment là l’un des principaux phares de la réaction monarchiste et cléricale) pense avec l’Empereur – qui finit par se laisser convaincre – qu’il n’y a qu’une chose à faire pour détourner le peuple de sa colère et le ressouder autour du drapeau, du pays et de l’Empereur : une bonne guerre.
C’est pourquoi Napoléon III, de façon tout à fait imprudente et sans réelle vraie préparation de l’Armée, déclare la Guerre à la Prusse.
On connaît la suite, la défaite de Sedan le 1er septembre 1870, la chute de l’Empire et la proclamation de la République le 4 septembre 1870 par Léon Gambetta (1838-1882) et Jules Ferry (1832-1893) - ça c’est un événement heureux - et la proclamation de l’unité allemande le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, en France, où de la volonté d'Otto von Bismarck (1815-1898), les princes allemands s'y rassemblent pour proclamer Guillaume Ier (1797-1888), roi de Prusse, empereur allemand du nouvel Empire allemand. Le IIème Reich allemand.
Les partisans de Monsieur Thiers (1797-1877) préfèrent demander une paix rapide au prix de concessions importantes (notamment l’abandon de l’Alsace-Lorraine) pour mater la rébellion sociale et patriotique de plusieurs grandes villes dont la Commune de Paris qui se termina par la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871.
Adolphe Thiers, qui n'a aucun courage physique personnel (comme en général ceux qui commandent de grands massacres), pris de panique, s'enfuit précipitamment à Versailles le 18 mars 1871 à 16 heures dans la plus grande précipitation. Depuis Versailles il va organiser la répression sanglante de la Commune de Paris.
Si les « Versaillais » eurent à déplorer une cinquantaine de fusillés et environ 400 morts et 3000 blessés dans leurs rangs durant la bataille, du côté des Communards on ne compte pas loin de 20 000 morts (4000 au combat et le reste fusillés) et près de 44 000 prisonniers. Le massacre est total et impitoyable.
M. Thiers et ses amis pensent que c’est ainsi une bonne leçon donnée à ceux qui auraient encore dans l’idée de se révolter contre l’Ordre établi, contre l’ordre immuable des choses.
Lorsque l’Empire allemand déclare la guerre à la France le 3 août 1914 (la Mobilisation Générale avait été décrétée la veille, 2 août, en France), les français, majoritairement encore paysans et en pleine moisson, pensent que cette guerre va être une promenade de santé, que l’on va retrouver l’Alsace et la Lorraine en quelques mois et que tout le monde sera de retour à la maison pour Noël.
Comme nous le savons cela ne se passera pas comme ça. Car une guerre, une « bonne guerre », nous savons quand ça commence mais nous ne savons jamais comment cela se termine.
Personne n’a voulu écouter les discours prémonitoires de Jean Jaurès (1859-1914) et notamment celui prononcé à Lyon-Vaisse le 25 juillet 1914 (je vous le livre en entier plus bas dans l’article) à quelques jours de son assassinat par Raoul Villain le 31 juillet 1914 au café du Croissant à Paris :
« Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé ».
Jaurès voulut croire à la paix jusqu’au dernier jour et son enterrement sera le prétexte à « l’Union Sacrée »… Pauvre Jaurès, ils l’auront trahi jusqu’au bout.
Mais c’est bien lui qui avait raison :
Car quel est le bilan de la Guerre de 1914 – 1918 ?
Dès le début la guerre est très meurtrière. Le 22 août 1914, le jour le plus meurtrier de la Guerre, 27 000 soldats français perdent la vie en une seule journée.
Au Chemin des Dames, lors de "l'offensive Nivelle" d'avril à octobre 1917 on compte 187 000 morts ou blessés dans l'armée française et 163 000 morts ou blessés chez les allemands.
Roland Dorgelès (1885-1973) écrit dans "Les Croix de Bois" : « J’ai vu mourir tant d’hommes pour rien que je ne puis croire encore à l’utilité de la guerre. »
Henri Barbusse (1873-1935) dans "Le Feu" écrit : « La guerre est une chose monstrueuse ; elle ravale l’homme plus bas que la bête. »
Jean Giono (1895 -1970) écrit : « Je suis contre la guerre, contre toutes les guerres. »
Blaise Cendrars (1887-1961), qui avait perdu son bras droit en 1915 écrit : « Il n’y a pas de gloire dans la guerre, seulement des mutilés et des tombes. »
Le grand écrivain Maurice Genevoix (1890-1980), né à Decize dans la Nièvre, tout comme Saint-Just 123 ans avant lui, écrit: « J’ai vu trop de morts pour accepter que l’on puisse encore glorifier la guerre. »
L'écrivain allemand Erich Maria Remarque (1898-1970), mobilisé en 1916 et qui sera déchu de sa nationalité allemande par les nazis en 1938 écrit dans "A l'Ouest rien de nouveau" : « La guerre nous a tous détruits. » et « La guerre n’est que souffrance, et ceux qui la décident ne la verront jamais. »
C'est en effet une effroyable boucherie :
Plus de 10 millions de morts militaires, plus de 7 millions de civils tués, près de 21 millions de blessés dont la plupart marqués à jamais (les « gueules cassées »).
Soit au total plus de 38 millions de morts et de blessés.
En France il y eu 1 400 000 morts et 4 300 000 blessés. Toute une génération massacrée. Parmi les plus jeunes et les plus valeureux. On pense à Charles Péguy, à Alain-Fournier, morts au champ d’honneur, ou au champ d'horreur comme le chante Jacques Brel, ou à Guillaume Apollinaire (1880-1918) qui mourra de la grippe espagnole et des suites de ses blessures.
Ça fait un peu cher l’Alsace-Lorraine non ? Comme si une solution diplomatique (par exemple un referendum…) n’aurait pas pu être imaginé au lieu de la guerre. Ça aurait pris du temps, peut-être beaucoup de temps, mais n’aurait-ce pas été mieux que 37 millions de morts et de blessés.
L’Europe s’est tuée toute seule en tuant sa jeunesse. Aucun de ses pays ne retrouvera sont pouvoir et son prestige d’avant 1914.
Et que dire des conséquences directes de la 1ère guerre mondiale ? L’installation du régime communiste (léniniste puis stalinien) en Russie / URSS, les dictatures d’extrême droite (Italie fasciste, Allemagne nazie, Espagne franquiste, Portugal salazariste, Hongrie horthyste…) et la Seconde Guerre Mondiale…
Quant à la Seconde Guerre Mondiale c’est 85 millions de morts dans le monde et 35 millions de blessés soit 120 millions de victimes. Parmi lesquelles bien sûr les 6 millions de juifs tués par les nazis et leurs zélés collaborateurs parce que juifs.
Si l’on compte les 38 millions de victimes (morts et blessés) de la 1re Guerre Mondiale et les 120 millions de victimes (morts et blessés) de la 2de Guerre Mondiale, cela fait près de 160 millions de victimes en 31 ans, de 1914 à 1945.
La Guerre on sait quand ça commence et on ne sait pas quand ça fini… Ça fait un peu cher l’Alsace Lorraine non ?
Mais la guerre est tellement utile en temps de crise pour détourner les Français des réelles difficultés et des problèmes du quotidien, pour les diriger vers un but mobilisateur : la défense de la patrie contre un ennemi extérieur. Un bouc émissaire aurait dit René Girard.
Et aujourd’hui nous vivons une crise politique, démocratique, institutionnelle, et sociale sans précédent depuis 1945. Une crise morale et de valeur aussi. Alors quoi de mieux que la fuite en avant, commencée – comme toujours – à bas bruit ?
« Aucun des jeunes français qui feront leur service volontaire ne seront envoyés en opération extérieure » nous dit-on : mais que l’on se « rassure », les 1 400 000 morts et les 4 300 000 blessés français de la 1ère guerre mondiale l’ont été sur le territoire national, comme la grande majorité des 600 000 morts (militaires et civils et déportés) et 500 000 militaires blessés lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Un service militaire volontaire n'est pas en soit une idée forcément critiquable. Je suis même plutôt pour. Tout dépend combien de jeunes pourront le faire et comment il évoluera dans la durée.
Nul doute également qu’un service national volontaire trouvera un large écho, soutien et assentiment dans une population à court de repères et dans une jeunesse paupérisée qui peut trouver là une source non négligeable de revenu et un but dans la vie. C'est déjà ça.
Mais si c'est pour commencer à laisser transparaître dans les esprits l'horizon d'un conflit généralisé...
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Mais nous pouvons remonter même encore plus loin. Les causes produisent toujours les mêmes effets.
Le 29 décembre 1791, Jacques-Pierre Brissot (si cher aujourd’hui à Michel Onfray…), apparenté aux Girondins fauteurs de guerre, fait cette déclaration si éclairante sur les buts véritables de la guerre qu’il souhaite voir advenir :
« La guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité intérieure ».
A nos finances car la guerre c’est une industrie qui rapporte (aux profiteurs de guerre comme Georges Danton qui fait sa fortune avec les fournitures aux armées) et à la tranquillité intérieure car il vaut mieux envoyer les sans-culottes et les populaces remuantes se faire tuer sur les frontières plutôt qu’elles continuent de revendiquer pour plus de justice et d’égalité à l’intérieur et créent un danger pour l’ordre établi.
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Ce à quoi Maximilien Robespierre (bien trop instrumentalisé aujourd’hui par un camp – qui en fait un héros - comme par l’autre – qui en fait un monstre) qui écrit fort justement dans son « Discours sur la Guerre » (ou plutôt son discours contre la guerre voulue par les Girondins), prononcé le 2 janvier 1792 au club des Jacobins :
« Le despotisme même déprave l’esprit des hommes jusqu’à s’en faire adorer, et jusqu’à rendre la liberté suspecte et effrayante au premier abord. La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis ».
« Ah ! la honte consiste à être trompé par les artifices grossiers des ennemis de notre liberté. La magnanimité, la sagesse, la liberté, le bonheur, la vertu, voilà notre honneur. Celui que vous voulez ressusciter est l’ami, le soutien du despotisme ; c’est l’honneur des héros de l’aristocratie, de tous les tyrans ; c’est l’honneur du crime, c’est un être bizarre que je croirais né de je ne sais quelle union monstrueuse du vice et de la vertu, mais qui s’est rangé du parti du premier pour égorger sa mère ; il est proscrit de la terre de la liberté, laissez cet honneur, ou reléguez le au-delà du Rhin ; qu’il aille chercher un asile dans le cœur ou dans la tête des princes et des chevaliers de Coblentz ».
« Les mouvements favorables sont ceux qui sont dirigés directement contre les tyrans, comme l’insurrection des Américains, ou comme celle du 14 juillet ; mais la guerre au-dehors, provoquée, dirigée par le gouvernement dans les circonstances où nous sommes, est un mouvement à contresens, c’est une crise qui peut conduire à la mort du corps politique. Une telle guerre ne peut que donner le change à l’opinion publique, faire diversion aux justes inquiétudes de la nation, et prévenir la crise favorable que les attentats des ennemis de la liberté auraient pu amener. C’est sous ce rapport que j’ai d’abord développé les inconvénients de la guerre. Pendant la guerre étrangère, le peuple, comme je l’ai déjà dit, distrait par les événements militaires des délibérations politiques qui intéressent les bases essentielles de sa liberté, prête une attention moins sérieuse aux sourdes manœuvres des intrigants qui les minent, du pouvoir exécutif qui les ébranle, à la faiblesse ou à la corruption des représentants qui ne les défendent pas ».
Sans vouloir dire forcément que l’Histoire se répète, elle doit nous apprendre à être vigilant, à ne pas être forcément dupes de ce que l’on nous raconte et de garder un œil critique aiguisé surtout lorsqu’on nous annonce l’écho encore lointain (mais pour combien de temps… ?) des bruits de bottes.
Ne faites surtout pas de moi un "poutiniste", alors que j'exècre le personnage et sa politique, ni un "munichois" et encore moins un "complotiste". Je sais c'est tellement facile que certains ne s'en priveront certainement pas... Ceux qui ont oublié de tenter de s'efforcer toujours de découvrir l’idée sous le symbole...
J'ai suffisamment écris d'articles dans ce bloc-notes sur les combattants de la Liberté à toutes les époques (les huguenots du Désert, les "Américains" de Lafayette et Rochambeau, les révolutionnaires de 1789, 1793, 1794, les Communards, les Résistants et les combattants de la France Libre, pour qu'on ne me fasse pas de mauvais procès (sans doute m'en fera-t-on quand même...).
Oui à la Justice, oui à la résistance à l'oppression (qui est inscrite dans notre Constitution), non à la barbarie inutile.
Si les dirigeants des Nations de l'époque avaient été assez sages pour écouter Jean Jaurès en 1914, cela nous aurait évité ces carnages monstrueux de 160 millions de victimes en 31 ans, de 1914 à 1945. Cela en aurait valut la peine non ?
Et si l'on veut qu'un tel carnage monstrueux ne se répète pas dans les 30 années qui viennent, cela vaut la peine d'essayer non ? Car je ne souhaite pas cette monstrueuse barbarie qu'est la guerre à nos enfants.
Et lorsque j'entends le général Fabien Mandon, chef d'état-major des armées, nous dire qu'il faut nous préparer à perdre nos enfants, je pense à cette phrase de Georges Clémenceau (1841-1929), plus que jamais d'actualité : « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires. »
Je voudrais conclure avec deux citations.
La première de notre grand philosophe Pierre Desproges (1939-1988), qui écrivait dans ses Textes de scène de 1984 :
« En temps de paix, les riches ont le droit de prendre la sueur au front des pauvres ; en temps de guerre, les pauvres prennent la place des riches… au front également ».
Et la seconde une phrase si vraie de Paul Valéry (1871-1945) :
« La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »
Nous sommes entré dans des temps extrêmement troublés, des temps de ténèbres.
Serait-ce le temps du Kali Yuga si bien décrit par René Guénon ?
Si cela continue nous aurons la réponse bientôt, en tout cas bien plus tôt que prévu.
Ce que je n’espère pas.
Jean-Laurent Turbet
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Discours contre la Guerre prononcé par Jean Jaurès le 25 juillet 1914,
quelques jours avant son assassinat le 31 juillet 1914 au café du Croissant à Paris par Raoul Villain.
Citoyens,
Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole.
Ah ! citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demi-heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe, mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter.
Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche. Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés.
Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France : « J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés. » A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu.
Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées ; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.
Voilà, hélas ! notre part de responsabilités. Et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.
Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche : « Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc » et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie : « Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité. »
Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie. Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe. Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire : « Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. » Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche : « Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine. ». L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts.
Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : « Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople. » M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : « C’est mon tour pour la mer Noire. » - « Quoi ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Rien du tout ! », et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie. C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant.
Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe ; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine ; elle a voulu la convertir par force au catholicisme ; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples.
La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.
Eh bien ! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.
Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.
Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé.
Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.
Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.
J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix.
Jean Jaurès
discours prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914
Jaurès
Chanson de Jacques BREL (1977 album « Les Marquises »)
Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eu nos grands-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendres
Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
On ne peut pas dire qu'ils furent esclaves
De là à dire qu'ils ont vécu
Lorsque l'on part aussi vaincu
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse
Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Si par malheur ils survivaient
C'était pour partir à la guerre
C'était pour finir à la guerre
Aux ordres de quelques sabreurs
Qui exigeaient du bout des lèvres
Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur
Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître
Et ils mouraient à pleine peur
Tout miséreux oui notre bon Maître
Couverts de prêles oui notre Monsieur
Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?
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Les propos des signataires d'articles n'engagent qu'eux.
et non pas l'une ou l'autre des associations dont ils sont éventuellement membres.
La liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.
Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »
Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.
La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.
La Rédaction du Blog des Spiritualités
Pour tout contact : Redaction@jlturbet.net
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