Le 1er décembre est ce jour où nos enfants (en général quelque soit leur âge) ouvrent avec bonheur la 1ère case de leur calendrier de l'Avent.
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Temps de joie et de bonheur, mais aussi d'espérance pour toutes celles et ceux qui sont plongés dans la maladie, la souffrance, l'affliction ou la tristesse. Je pense à elles et à eux.
Mais d'où vient le terme « Avent » ?
Il vient du latin adventus, qui signifie "venue" ou "arrivée".
Adventus était utilisé dans le monde romain pour désigner la venue d’un empereur ou d’une divinité.
Dans le contexte chrétien, ce mot a été repris pour parler de la venue du Christ : à la fois sa naissance historique à Bethléem (la première venue), mais aussi son retour attendu à la fin des temps (la seconde venue, ou parousie).
L’Avent marque les quatre semaines précédant Noël.
C’est un temps de préparation spirituelle, de veille, de pénitence joyeuse, dans l’attente de la naissance du Sauveur.
Il commence le quatrième dimanche avant Noël.
Dans la tradition chrétienne protestante comme dans l’univers maçonnique, l’Avent est un temps de l’Orient, un temps de tension vers la Lumière, un arc sacramentel tendu entre la nuit profonde et l’aurore.
Ce n’est pas seulement une période liturgique : c’est une pédagogie spirituelle, une initiation intérieure, où l’on chemine vers un point mystérieux où Dieu naît dans l’âme.
Les Réformateurs eux-mêmes ont largement ouvert la voie à cette lecture intérieure.
Ainsi Jean Calvin (1509 - 1564) affirmait :
« Le Christ ne nous est de profit que si nous le recevons dans notre âme. »
Martin Luther (1483-1546) écrivait :
« Si le Christ naissait mille fois à Bethléem, mais pas en toi, alors il ne serait pas né pour toi. »
Ces intuitions résonnent profondément avec la quête maçonnique : la Lumière n’a de sens que si elle éclaire notre Temple intérieur.
Avent et initiation : la nuit comme matrice.
Toute initiation commence par la nuit. L’Avent aussi.
Dans la Bible, la nuit est le lieu de la théophanie : Jacob lutte dans la nuit, Moïse avance de nuit, les bergers entendent l’annonce dans la nuit.
Dans la démarche maçonnique, la nuit est celle du Cabinet de Réflexion, de la descente en soi, de la maturation alchimique.
La tradition protestante rejoint ce symbolisme : la nuit n’est pas le mal, mais le voile nécessaire pour percevoir la lumière naissante.
Le théologien réformé Karl Barth disait que l’Avent « place l’homme dans l’obscurité afin que la véritable Lumière puisse être reconnue ». Bientôt la véritable Lumière va commencer à paraître...
Comme dans le Temple maçonnique, on ne voit la lumière que lorsqu’on accepte d’abord l’obscurité.
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Les quatre dimanches de l’Avent : un quaternaire initiatique.
La structure même de l’Avent est initiatique : quatre dimanches, quatre étapes, quatre lumières (et quatre bougies, rouge comme au Rite Ecossais Ancien et Accepté).
Pour la sensibilité maçonnique, ce « quatre » évoque immédiatement les quatre éléments, les quatre points cardinaux, les quatre piliers du Temple (3 +1 invisible), les quatre phases de l’Œuvre.
La tradition protestante a donné à ces dimanches quatre thèmes qui résonnent profondément avec un itinéraire intérieur :
1. Espérance (Terre – Stabilité) :
C’est la première étincelle.
Comme le premier pas d’un Apprenti, celui qui pose la pierre d’angle.
2. Paix (Eau – Purification)
Paix intérieure, réconciliation, fluidité.
C’est le temps du travail sur soi, du limon intérieur que l’on laisse décanter.
3. Joie (Air – Élévation)
La Lumière se fait plus vive, l’âme respire.
C’est la joie subtile de l’initié qui perçoit l’Orient.
4. Amour (Feu – Illumination)
La flamme vive qui précède l’embrasement du cœur.
C’est l’équivalent du passage à la maîtrise du soi intérieur.
Le chemin de l’Avent devient alors un quaternaire alchimique qui prépare la cinquième lumière – celle du Christ – comme la quinte essence. (D'ailleurs dans certains temples ont ajoute une cinquième bougie - blanche celle-là - symbolisant le Christ).
La conversion intérieure : un travail de taille de la pierre brute.
Le protestantisme réformé insiste sur la métanoïa, la transformation intérieure.
Cette conversion n’est pas morale : elle est ontologique.
Ainsi Calvin parle d’une « réformation continuelle de l’homme intérieur ».
Un pasteur réformé libéral contemporain, le très regretté André Gounelle (dont j'admire beaucoup l'œuvre) en donne une version lumineuse :
« La conversion n’est pas un retour en arrière, mais un passage en avant vers une existence plus juste. »
C’est exactement le geste maçonnique : travailler la pierre brute.
L’Avent invite à discerner nos aspérités, comprendre nos illusions,polir nos angles, réaligner notre axe intérieur.
Comme le dit si bien Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) :
« Dieu vient toujours dans nos zones d’ombre. »
L’Avent n’est donc pas un temps d’ascèse, mais un temps de taille intérieure, d’affinement du cœur, d’alignement sur l’Orient.
L’attente : non pas passivité, mais tension vers l’Orient.
Pour le protestantisme, attendre signifie se tenir prêt. C’est une « vigilance active ».
Attendre, c’est être tourné vers l’Orient.
Dans la Bible, l’Orient est le lieu de la naissance de la Lumière. Dans le Temple maçonnique, l’Orient est le lieu d’où vient la Parole.
L’Avent est donc un entraînement à « regarder vers l’Orient ». À orienter sa vie, littéralement.
La parole du mystique protestant Angelus Silesius (1624-1677) en résume la profondeur :
« Le Soleil de Dieu se lève chaque jour en toi, si tu veux bien ouvrir l’Orient de ton cœur. »
Le Solstice et Noël : naissance de la Lumière au cœur de la nuit.
Il est impossible d’ignorer la dimension cosmique du calendrier.
L’Avent conduit au solstice d’hiver, (qui a lieu le 21 décembre au moment de la Saint-Jean d'Hiver ), moment de nuit maximale… et de lumière renaissante.
Cette coïncidence n’est pas un hasard.
Sur le plan historique, même les exégètes catholiques, protestants et orthodoxes, sont d'accord avec les historiens. Jésus fils de Marie (et éventuellement de Joseph) n'est pas né un 24 décembre. Sa date de naissance n'est mentionnée dans aucun évangile canonique et dans aucun texte.
Un indice cependant dans l’Évangile de Luc (2:8), où il est dit que des bergers gardaient leurs troupeaux la nuit au moment de la naissance de Jésus. Or, en Judée, décembre est une période froide et pluvieuse où les troupeaux sont rentrés et non pas encore dehors la nuit en hiver. Cela suggère plutôt une naissance qui se situerait entre mars et octobre.
La date du 25 décembre a été fixée au IVe siècle, sous l'empereur Constantin(272-337), lorsque le christianisme devient religion officielle de l’Empire romain. Cette date coïncide avec la fête romaine du Sol Invictus ("Soleil invaincu"), célébrée le 25 décembre, marquant le retour progressif de la lumière après le solstice d’hiver. Les Saturnales, fêtes païennes romaines joyeuses et très populaires.
L’Église a probablement choisi cette date pour remplacer ou « christianiser » ces fêtes païennes, en mettant la naissance de Jésus comme véritable « lumière du monde ».
Les premiers chrétiens l’ont compris : la Nativité n’est pas placée au solstice uniquement par « emprunt païen », mais par création symbolique.
Le Christ naît au cœur de la nuit, comme la lumière renaît quand les jours sont au plus court.
Ainsi tout l'ésotérisme chrétien – qui se retrouve évidemment dans les traditions maçonniques – voit en Noël le symbole de la renaissance du Soi, l’éveil de la lumière christique, la victoire intérieure contre les ténèbres, la naissance de l’Homme nouveau.
On pourrait dire, avec les mots de Maître Eckhart (1260-1328), repris par certains auteurs protestants :
« Le Père engendre son Fils éternellement, et il l’engendre aussi dans l’âme qui est prête. »
Tout vrai franc-maçon pour qui importe la Tradition et qui n'est ni un athée stupide, ni un libertin irreligieux, comme le soulignait le pasteur presbytérien James Anderson (1679-1739), le comprend aisément.
Noël comme élévation intérieure : la naissance du Christ dans l’âme.
La théologie protestante, loin d’être anti-mystique, a produit l’une des plus belles visions ésotériques de Noël : le Christ doit naître dans l’âme.
Le grand piétiste Nikolaus von Zinzendorf (1700-1760) écrivait :
« Christ naît dans le cœur du croyant comme il naquit dans la crèche : humblement et dans la pauvreté. »
C’est exactement le geste initiatique : faire taire le tumulte, vider l’espace intérieur, devenir une crèche. Un lieu pauvre mais disponible.
La maçonnerie cherche à débarrasser l’homme de tout ce qui l’encombre pour qu’il devienne ce qu'il est, c'est à dire un Temple intérieur.
La tradition protestante (et maçonnique!) dirait : pour que la Parole puisse y demeurer.
l’Avent, un rite d’initiation chrétienne et universelle.
L’Avent n’est pas seulement une préparation à Noël.
C’est une initiation chrétienne, un chemin de transformation, une ascèse lumineuse.
Il conjugue la profondeur biblique, la sobriété protestante, la puissance symbolique, la dynamique maçonnique, l’élan mystique vers la Lumière.
C’est un temps où l’on apprend à regarder la nuit comme une matrice, attendre activement, tailler sa pierre brute, orienter son cœur vers l’Orient, laisser naître en soi la Lumière véritable.
Ainsi, l’Avent devient un chemin universel : celui qui conduit l’homme du chaos à l’ordre, de l’ombre à la clarté, de l’Homme ancien à l’Homme nouveau.
La Lumière ne vient pas seulement au monde : elle vient en nous, elle est en nous.
Que nos regards se tournent vers la Lumière !
Jean-Laurent TURBET
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