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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses...


François Collaveri : Figure majeure de la Grande Loge de France. Résistant, Préfet, Historien d'envergure. Un parcours exceptionnel à redécouvrir !

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 25 Mai 2021, 07:30am

Catégories : #GLDF, #SCDF, #Collaveri, #FrançoisCollaveri, #AlbertLantoine, #Lantoine, #Histoire, #REAA, #JeanJaurès, #Socialisme, #Résistance, #WW2, #Riandey, #Raymond, #RenéRaymond

François Collaveri parle

Chers amis vous allez lire un article qui me tient particulièrement à cœur. Cet article j'ai envisagé de l'écrire dès... le mois d'avril 2003, et plus exactement le 30 avril (car je mets la date d'achat sur mes livres...), au moment où j'ai acheté "Napoléon, Empereur Franc-Maçon", de François Collaveri qui venait d'être réédité chez Tallandier en janvier de la même année. J'ai acheté depuis son autre ouvrage "La Franc-Maçonnerie des Bonaparte". Nous en reparlerons plus loin. C'est grâce à François Collaveri que j'ai découvert vraiment Albert Lantoine (j'ai lu pour la première fois la "Lettre au Souverain Pontife" de Lantoine grâce à l'exemplaire de François Collaveri dédicacé par Lantoine). C'est grâce à lui que je me suis vraiment et définitivement plongé dans l'histoire de la Grande Loge de France et du Rite Ecossais Ancien et Accepté, même si j'avais commencé sérieusement mes travaux quelques années auparavant. Je dois à François Collaveri de belles rencontres qui ont marqué ma vie. Il m'a fallu bien des années pour collectionner tous les documents et iconographies que je vous présente ici.

Dans un article de blog je ne peux évidemment pas tout développer comme je le souhaiterais. Il faut que l'article reste lisible. J'espère néanmoins que vous me pardonnerez la longueur de cet article et que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire. Et comme je suis un peu lent cela m'a pris un peu plus de 18 ans...

Je remercie vivement la famille de François Collaveri d'avoir pu mettre à ma disposition nombre de documents qui m'ont permis de réaliser cette biographie.

Comme vous pourrez le constater, François Collaveri a été un homme exceptionnel sur bien des points. Et c'est une grande joie pour moi de pouvoir le remettre en lumière et que la mémoire de l'homme qu'il a été et de son action puisse rester vive aujourd'hui encore. Parce que François Collaveri, c'est plus de 70 ans au service de la Grande Loge de France, du Suprême Conseil de France et du Rite Ecossais Ancien et Accepté !

Jean-Laurent Turbet

 

Il est des personnages fascinants. Des personnages de films ou de roman. François Collaveri est de ceux là.

On le voit en pointillé dans tous les événements importants qui marqué la Grande Loge de France durant ses 72 années (certainement un record) de Maçonnerie. Rarement au premier plan, mais toujours là, essentiel. Intelligent, discret efficace ce "self made frère" étonne à bien des égards.

Il y en a peu comme lui, qui sont passé directement du certificat d'études au doctorat d'Histoire et du 3ème au 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, de l'enfant pauvre de Pantin à la Préfectorale et à la direction d'une grande société !

C'est à la (re) découverte de ce frère d'exception que je vous convie dans cet article. Lisez jusqu'au bout, François Collaveri le mérite !

 

L'enfant pauvre de Pantin

François Collaveri naît le 24 septembre 1900 à Marseille, mais c'est à Pantin, ville ouvrière de la banlieue parisienne, où sa famille s'installe en 1907 ou 1908, qu'il va grandir.

La famille qui compte trois enfants (dont François et son frère César) vit dans un modeste deux pièces avec un minimum de confort. Les emplois du père étaient précaires, les fins de semaine difficiles à atteindre.

« On a peine à imaginer à quel point la condition ouvrière s'est améliorée depuis lors. Les ouvriers, les ouvrières attendaient les fins de semaine avec impatience et dans la plupart des ménages on obtenait du boucher, du boulanger, un certain crédit ; les derniers jours de la semaine étaient presque toujours difficiles. Jy,1algré cela il y avait toujours une grande dignité dans le comportement de ces ouvriers. » nous dit François Collaveri dans un enregistrement.

François passe son certificat d'études, puis, après un an de Collège, il entre dans la vie professionnelle : il a treize ans.  Un soir il rapporte sa première paie à la maison, il nous raconte les circonstances. « J'ai un souvenir très émouvant de la première mensualité que j'ai reçue. Je gagnais 30 francs par mois, le patron m'avait donné trois pièces de JO francs. Les pièces de 10 francs en or étaient à ce Moment là d'usage
courant. J 'ai considéré dans ma main droite les trois petites pièces qui ne représentaient pas grand chose, et j'ai demandé à être payé en pièces d'argent. C'est-à-dire qu'en échange des trois pièces d'or, on m'a remis six pièces de 5 francs, des grosses pièces d'argent qui présentaient un plus gros volume et qui, dans l'esprit de l'enfant que j'étais, étaient plus avantageuses que les trois pièces d'or. Très heureux de faire sonner dans mes poches, pendant que j'étais dans le métro, les pièces que j'avais gagnées, je les ai remises à ma mère. Et je dois dire que ça a été très émouvant pour moi. J'étais si fier que je pleurais et ma mère m'a pris sur ses genoux et a pleuré avec moi.
»

Une famille de francs-maçons socialistes :

François Collaveri est fils et petit-fils de maçons. Et de socialistes.

Son père est Ezio (Louis) Collaveri, né le 13 septembre 1878 à Livourne (Italie), mort le 5 mai 1963 à Pantin. Journalier en 1919, employé d’octroi en 1925, Ezio deviendra conseiller municipal socialiste-SFIO de Pantin (1925-1935), puis conseiller général du canton de Pantin (1929-1935) et enfin Maire Socialiste-SFIO de Pantin (1953 à 1959).

Son père était maçon, son oncle était maçon. Son grand père dirigeait à Marseille une Loge de proscrits italiens. Lui-même, à 6 ou 7 ans, fut reçu Louveteau dans la Loge de son père  (La Réunion des Amis Choisis).

Ezio Collaveri était membre de la Loge « L'Equité », du Grand Orient de France qui était - de fait - la loge des socialistes de Pantin. La figure tutélaire était alors Charles Auray (1879-1938), maire de Pantin de 1919 à sa mort en 1938. Franc-Maçon de "L'Equité", Auray est chef du secrétariat général et bibliothécaire du Grand Orient de France avant de devenir député lors des élections législatives du 11 mai 1924, élu socialiste sur la liste du Cartel des Gauches dirigée par un certain... Pierre Laval, maire d'Aubervilliers depuis 1923.

Ezio Collaveri va rester 33 ans Vénérable Maître de « L'Equité » ! Quand on a un bon Véné, pourquoi en changer ? Il marquera durablement la loge de son empreinte. Mais écoutons François Collaveri qui nous livre ses souvenirs d'enfance d'enfant de maçon : « L'appartement que nous occupions rue de Flandres à Pantin, était situé au dessus d'une grande pièce qui avait été aménagée pour recevoir les Tenues de la Loge « L'Equité » dont mon père faisait partie. Je dois dire que mon frère et moi étions quelques fois réveillés la nuit, par le brouhaha des discussions qui étaient fort animées, le bruit des maillets et les batteries qui clôturaient les travaux ».

La Loge Jean Jaurès de la Grande Loge de France :

J'ai déjà parlé dans une vidéo et dans un article de mon blog de la Loge Jean Jaurès de la Grande Loge de France (vous retrouverez les références en bas de cet article).

Mais en deux mots : des frères socialistes et pacifistes du Grand Orient de France - dont Ezio Collaveri - vont trouver le Conseil de l'Ordre du GODF pour créer une loge pacifiste avec le titre distinctif de Jean Jaurès. En effet ils sont révulsés par les horreurs de la Guerre, et par les massacres et les offensives meurtrières inutiles. On se souvient des batailles de Verdun, du Chemin des Dames et des "offensives Nivelle"...

Refus catégorique du Conseil de l'Ordre : 1) Le GODF est pour l'Union Sacrée et donc pas pour la Paix. 2) Le nom d'un socialiste comme titre distinctif d'une loge du GODF, non ! (Le GODF est très largement encore l'obédience du Parti Radical et craint l'arrivée des socialistes).

Alors Ezio Collaveri et ses frères vont aller rue Puteaux et créer leur Loge sous les auspices de la Grande Loge de France qui les accueille à bras ouverts. La Loge "Jean Jaurès" N°469 existe toujours aujourd'hui. Elle a notamment accueilli également Antonio Coen, qui sera Grand Maître de la Grande Loge de France en 1953. Socialiste, Coen avait été l'un des fondateurs du Parti Communiste Français en 1920 au Congrès de Tours, avant de revenir au Parti Socialiste (SFIO) en 1922 lorsque Trotsky interdira la double appartenance au PCF et à la Franc-Maçonnerie.

François Collaveri sera le premier apprenti de la loge Jean Jaurès à 17 ans en 1917. Son frère César sera initié également à Jean Jaurès quelques années après. J'ai moi-même assisté au milieu des années 2000 à des tenues de la loge Jean Jaurès en présence de François Collaveri. Mais ce François Collaveri là était le fils de César (et donc le neveu du François dont il est question dans cet article) et les frères l'appelaient affectueusement - même alors qu'il était fort âgé - "le petit François", le "Grand" François étant celui que vous savez...

François Collaveri appartiendra également à la loge "Le Portique" N°427 de son ami et frère Albert lantoine (nous verrons plus loin les relations fortes entre Lantoine et Collaveri).

Lantoine avait créé Le Portique en 1910. On y travaillait avec la Bible sur l'autel des serments, à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers et l'on y portait le tablier ce qui était extraordinaire dans une loge de la GLDF à l'époque.

La loge Le Portique avait été mise en sommeil après la Première Guerre Mondiale, faute de frères valides. Ses feux sont rallumés en 1921 par le Grand Maître Gustave Mesureur en présence d'Oswald Wirth et de très nombreux frères. Le Portique comprend de nombreuses personnalités dont le philologue, historien des religions, anthropologue et esprit ultra-brillant Georges Dumézil (1898-1986), le père de la Trifonctionnalité,  qui, malgré des origines maurassiennes et nationalistes avait été convaincu par Lantoine de rejoindre la Grande Loge de France. Dumézil gardera toute sa vie affection et admiration à François Collaveri (ce sera réciproque) et préfacera - comme nous le verrons - l'un de ses livres, bien des années après.

 

La chapelle de la GLDF rue Puteaux dans les années 1930

A la Grande Loge de France pendant 20 ans :

Pendant la guerre il devient Secrétaire de Lucien Le Foyer (1872-1952). Le Foyer est avocat, député Radical-Socialiste (en 1909 et 1910), militant de la libre pensée et secrétaire-général puis président de l’Association Pour la Paix. Il est surtout homme de lettres après la Première Guerre Mondiale. Initié, le 20 février 1900,  au sein de la loge Cosmos, à l’Orient de Paris, dont il fut le vénérable-maître puis le député, Lucien Le Foyer fut élu Grand-Maître de la Grande Loge de France, en 1928 et, réélu en 1929, et il en exerce la charge durant deux ans. A titre personnel j'aime beaucoup le livre Le Vrai Jésus d’après les Evangiles de Le Foyer paru aux éditions de l'Idée Libre en 1950. 

Mais revenons à François Collaveri qui entre en 1919 au Secrétariat de la Grande Loge de France sous Bernard Wellhof (1855-1932) qui sera Grand-Maître de la Grande Loge de France de 1919 à 1922. Extrêmement impliqué dans le milieu associatif, ce militant socialiste, engagé dans les mouvements laïcs et pacifistes, est le créateur du Journal quotidien Le Réveil du Nord, dont il fut l’administrateur jusqu’à la fin de ses jours.

Le frère de François, César Collaveri viendra le rejoindre quelques temps après au secrétariat de la GLDF. Il lui arrive, en tant que sténographe, de travailler pour le Parti Socialiste. En 1922, il est au Congrès de Tours. A 22 ans, il assiste parmi des personnages qui sont devenus des figures historiques, à la rupture Communistes-Socialistes, un événement qui va conditionner l'histoire du pays pendant 70 ans.

Mais François Collaveri devient effectivement la chevise ouvrière de la Grande Loge de France durant 20 ans. pas un Convent, pas une Tenue de Grande Loge, pas un Conseil fédéral où il n'est pas présent. Il note tout. Fait les compte-rendu. redige des discours et seconde aussi son ami Albert Lantoine à la Bibliothèque de la Grande Loge.

Lisons ce qu'écrit Charles Riandey dans ses "Confessions d'un grand Commandeur". Nous connaissons ce triste sire de Riandey. Mais prenons ce qu'il écrit pour ce que c'est, c'est à dire un témoignage orienté.:

« Après cette digression, je reviens à la Maçonnerie. Me voilà donc, en septembre 1924, investi des fonctions de Grand Secrétaire Général de la Grande Loge de France. (...) 

Mon premier soin, pendant le mois qui suivit mon installation, fut de me rendre compte de l’organisation et du fonctionnement du Secrétariat Général, Il était composé alors d’un chef de secrétariat, Martinet, de deux jeunes hommes employés comme dactylographes, les deux frères Collaveri François et César, âgés respectivement de vingt-quatre et vingt et un ans, et d’un employé de bureau, Laurent. Naturellement, tous étaient Maçons et tous étaient appointés alors que les fonctions de Grand Secrétaire Générai étaient absolument gratuites. Martinet était âgé et son insuffisance d’activité m’expliqua certaines défectuosités constatées dans la marche du secrétariat.

François Collaveri le suppléait de son mieux. Il était jeune, lui, intelligent, dynamique. La première réforme qui s’imposait était la mise à la retraite de Martinet et son remplacement.

Mais le remplacement par qui ? Pourquoi pas par François Collaveri.

C’est ce que je proposai à la première séance du Conseil Fédéral en octobre. On me fit observer que François Collaveri était bien jeune. Je répondis que je n’avais moi-même que trente-deux ans, que, puisqu’on rajeunissait les cadres, il n’y avait pas de raison de ne pas rajeunir le secrétariat et qu’au demeurant j’étais bien bon d’en saisir le Conseil Fédéral car, responsable du secrétariat de l’Obédience, j’estimais avoir droit et pouvoir de l’organiser comme je l’entendais. Martinet fut donc appelé à faire valoir ses droits à la retraite, comme l’on dit dans l’administration, et François Collaveri devint chef du secrétariat. Bien qu’il fût intelligent, il lui manquait la formation nécessaire. De plus, son instruction n’était que primaire et le style, ou simplement la syntaxe, voire l’orthographe, des lettres dont il rédigeait les projets laissaient à désirer. Je m’attachais à le former et, à travers lui, son frère César. Je dois reconnaître qu’il fit de très rapides progrès ; que, lisant beaucoup, souvent sur mes conseils, il perfectionna vite son français. Je fis instituer au secrétariat des fichiers qui n’existaient pas et j’y introduisis une méthode de classement. Un employé nouveau fut embauché en remplacement numérique de Martinet. Le choix se fixa sur un Frère de Quincarlet, gendarme en retraite, très méthodique, d’esprit ouvert, ce qui peut paraître surprenant, et calligraphiant bien », écrit il page 31 et suivantes.

Riandey pense qu'il ne doit rien à personne et que tout le monde lui doit tout. C'est son orgueil démesuré et sa mythomanie déréglée qui parle. Mais retenons de son propos que Collaveri est vif, intelligent, dynamique et performant. Il comprend tout et écrit bien. Il saura vite être indispensable, par ses qualités et par son travail.

Riandey partira mais Collaveri poursuivra son travail.

En 1922, il a épousé Marie Labeyrie dont le père était égaiement socialiste et franc-maçon. C'est dire que vies professionnelle, maçonniques et familiales sont étroitement confondues : en fait elles ne font qu'un. Il aura une fille, des petits-enfants et connaîtra ses arrières petits enfants.

« J’arrivais chaque jour rue Puteaux vers 16 h. Je prenais connaissance du courrier et François Collaveri me mettait au courant des menus faits du jour. Je dictais des lettres, du moins pendant les premiers mois car, ensuite, il suffisait que je dise à Collaveri dans quel sens il convenait de répondre. Je signais les lettres en partance et je recevais des visiteurs. Tout cela avant le dîner » dit Riandey page 33

La Direction du Secrétariat de la G.L.D.F. avant-Guerre, était une tâche difficile dans la mesure où l'institution était politiquement très engagée à gauche. Aussi était-elle la cible d'attaques violentes de la part d'une certaine extrême-droite dont les sources étaient l'antisérnitisme, l'antiparlementarisme et la lutte contre la Franc-Maçonnerie. Il faut déjouer les pièges d'Henri Coston et des journalistes de la Libre Parole et organiser, matériellement, la défense des locaux de la rue Puteaux.

Face à la montée du Fascisme, la Franc-Maçonnerie européenne essaie de s'unir. François Collaveri est délégué de l' Association Maçonnique Internationale à de nombreux Congrès : Sofia, Bucarest, Istamboul.

Il faut accueillir les Frères chassés par les régimes totalitaires : Russie, Italie, Allemagne puis Espagne. Une chaîne de solidarité est créée pour que les Frères de la G.L.D.F. hébergent des centaines de Maçons espagnols chassés par le Franquisme et essaient de leur trouver un emploi. Pour l'aider dans cette tâche, il a pour adjoint son frère César.

« Je crois bon de consacrer un court chapitre de mes « Mémoires » à François Collaveri, dont j’avais fait en 1924, je l’ai dit, alors qu’il avait vingt-quatre ans, le chef appointé du Secrétariat général.  On verra plus loin pourquoi j’estime devoir parler en détail de son cas. Il resta chef du Secrétariat général jusqu’à la mise en sommeil de la Maçonnerie en 1940. En 1940, il avait donc quarante ans. Il alla se mettre à l’abri de tous tracas en Algérie où il fit de la représentation commerciale, aidé au début par Etienne Moulin, français, Maçon d’Algérie...».

Pour savoir ce qu'il en est vraiment de Riandey et de son antisémitisme voir l'article que je lui ai consacré ce que je pense de cet odieux et abject personnage. François Collaveri, lui, sera exemplaire.

François Collaveri Résistant et Préfet :

La France est envahie, le Secrétariat de la Grande Loge de France est mobilisé. Il lui faut, seul ou presque, détruire le maximum d'archives, en évacuer le reste à Aulnay-de-Saintonge où la GLDF a transféré son Siège, dans les locaux de la Maison de Retraite des vieux Maçons dont elle assure alors la gestion.
Puis la Grande Loge de France est dissoute par la loi du 13 août 1940. 

La situation de François Collaveri est précaire. Il n'a plus d'emploi. Ce n'est pas comme Charles Riandey qui - grâce à ses accointances avec les hommes de Vichy et l'occupant - arrive à conserver sa place et même à en obtenir une meilleure.

Collaveri lui est sans travail : Il cherche donc  refuge dans la zone libre, dans le pays de ses origines : Marseille.

Avec son frère César il trouve une situation dans une Société d'import-export dirigée par un frère. Mais un arrêté du Général Weygand lui interdit l'Afrique du Nord où son activité professionnelle l'appelait souvent.

Les perquisitions se multiplient. Il est inquiété et ses activités de Résistance sont surveillées.

En 1943, dans un article de L'Appel, Paul Riche alias Jean Mamy (1902 - fusillé en 1949, Maçon renegat, ancien Vénérable Maître de la Loge Renan du Grand Orient de France), ultra de la Collaboration et réalisateur du film « Forces Occultes », écrit par Jean Marquès-Rivière (1903 - 2000, maçon renegat, ancien membre de la loge Thébah de la GLDF) appelle les Autorités à agir contre « le curieux bureau d'importation que tiennent à Marseille les juifs Kollaveri ; qu'attend-t-on pour crever l'abcès ? » demande l'auteur « il faut agir durement et à fond ! »

Le Préfet François Collaveri décoré à Constantine

Peu de jours après cet article, la Police franco-allemande vient pour l'arrêter. Il a raconté devant la Commission d'Histoire comment, grâce à la présence d'esprit de son frère, il réussit à s'échapper.

En 1944, à la libération de Marseille, le Préfet nommé par Je Gouvernement provisoire lui demande son concours comme Chef de Cabinet. C'est une fonction provisoire qui ne devrait durer que quelques semaines.

En fait c'est Je début à 44 ans, d'une nouvelle carrière, une brillante carrière préfectorale.

De cette carrière qui le mènera de Marseille à Paris, comme Directeur de Cabinet du Ministre de l'Intérieur et du Ministre de la Guerre, puis, comme Préfet, à Bourg-en-Bresse, à Alger (d'où il demandera à partir car il n'est pas d'accord avec la politique répressive du gouvernement d'alors et notamment de son ministre de l'Intérieur, François Mitterrand), au Mans, à Saint-Etienne, ou à Constantine.

Dans un de ses volumes sur la guerre d'Algérie, l'historien Yves Courrière, qui n'est pas Maçon et ne connaît pas François, écrit les circonstances de son départ : (Le temps des léopards, p. 418) :
« Robert Lacoste avait décidé de remplacer le Préfet d'Alger. Collaveri qui occupait ce poste, était un humaniste dans le sens où l'humanisme est une philosophie de l'existence. C'était un homme de grande culture. Sa volonté appliquée à tous les instants d'une tâche qui à Alger se révélait chaque Jour plus difficile, ne lui fais ait jamais oublier le respect des autres. Cet homme fin, courageux sans ostentation, n'avait malheureusement-du fait de son caractère froid, aucun atome crochu avec Robert Lacoste. Ne faisant pas de numéro au Ministre-Résidant, celui-ci trouva le Préfet « mou et sans envergure». Il avait, en outre, le grave défaut d'être déjà en place lors de l'arrivée de la nouvelle équipe. Dès lors il était condamné. Lacoste commettait une bourde qu'il paiera très cher ... »

François Collaveri fit une brillante carrière. Préfectorale d'abord puis à la direction d'une grande société d'autoroute. Une brillante carrière comme l'aigri Riandey ne fit jamais. Il passa de la moyenne fonction publique à la moyenne fonction commerciale...

Voici ce que dit Riandey dans ses Mémoires, sur la carrière de François Collaveri.

"En 1946, précisément, le poste de Secrétaire Général de la préfecture des Bouches-du-Rhône devint vacant. Le ministre, André Le Troquer, se demandait qui pourrait être nonimé à ces fonctions. Je lui dis qu’il y avait sur place l’homme qui convenait : François Collaveri. Le Troquer n’en avait pas entendu parler. Je !‘informai de ce qu’était Collaveri et comment j’avais pu apprécier ses qualités. Les références que je donnai parurent satisfaisantes et Collaveri fut nommé Secrétaire général à Marseille.

Plus tard, Jules Moch devint ministre de l’intérieur. Il connaissait François Collaveri par son père, Gaston Moch, qui avait été Vénérable de la Loge « Lalande » et membre du Conseil Fédéral de la Grande Loge de France.

Jules Moch appela François  Collaveri à son cabinet, comme directeur-adjoint. Il n’est pas douteux que si Collaveri n’avait pas été Secrétaire Général de préfecture, Jules Moch n’eût pas pu lui confier cette mission. Lorsque le directeur du cabinet de Jules Moch, Haas-Picard, fut nommé Secrétaire général de la préfecture de police, Collaveri le remplaça.

Il suivit Jules Moch de l’Intérieur à la Défense nationale et quand Jules Moch cessa d’être Ministre, Collaveri fut nommé préfet, d’abord à Bourg, dans l’Ain, puis dans la Sarthe, puis en Algérie.

Là, il se trouva un jour en désaccord avec le gouvernement général au sujet de l’arrestation de Ben Bella. Pressentant les événements dont l’Algérie allait être le théâtre, il obtint de revenir en France comme Préfet de la Loire à Saint-Etienne. Enfin, profitant de la facilité donnée aux préfets — dont le nombre était devenu excessif — de se faire placer en position de congé, il devint préfet hors cadre et fut affecté à la région de Paris, auprès de M. Delouvrier, avec mission de s’occuper de l’équipement hospitalier de la région".

De 1963 à 1975, François Collaveri assure la Présidence de la Société de l' Autoroute Paris-Lyon, alors en construction et dont il est à son départ nommé Président d'Honneur.

François Collaveri et l'EXODUS :

Secrétaire Général de la Préfecture de Marseille, il est chargé en l'absence du Préfet de l'accueil des passagers de l'EXODUS. C'est en juillet 1947. 4 500 Juifs ont frété ce bateau pour immigrer en Israël. L'Angleterre qui s'y oppose, l'a arraisonné et ramène les immigrants dans trois bateaux-prisons
vers leur port d'embarquement.

L'Angleterre exige qu'ils débarquent, la France leur offre l'hospitalité mais refuse d'employer la force pour les faire débarquer. Les Organisations sionistes leur demandent de rester à bord. La température est accablante, les conditions sanitaires effroyables, les journalistes de tous les pays suivent, sur place, l'épreuve de force.

Jacques Derogy dans« La Loi du Retour» raconte dans le détail l'épisode dans un chapitre qui porte le nom de François.

Le Secrétaire Général de la Préfecture est chargé d'éviter tout incident et de porter aux trois bateaux le message d'accueil du Gouvernement Français.

« Je n'ai pas besoin de souligner, lui écrit le Ministre de l'Intérieur Edouard Depreux, tout le prix qui s'attache à ce que votre mission soit menée à bien et je suis assuré que, dans l'esprit d'humaine compréhension qui a inspiré notre pays en pareil cas, vous saurez être le fidèle interprète de la pensée et des décisions du Gouvernement. »

François Collaveri fait l'impossible pour adoucir les conditions de vie à bord et transmet aux émigrants le message d'accueil, tour en respectant et faisant respecter leur liberté de décision.

Parce que, ce que tous ont vu et bien compris, c'est que François Collaveri ne faisait pas qu'obéir aux ordres : il mettait tout son cœur et toute son humanité pour sauver ces juifs qui avaient connu les persécutions nazies. Pour leur apporter tout le secours possible, toute la fraternité possible.

Plus tard, par une invitation en Israël, le Gouvernement israélien lui adressera un message de reconnaissance.

Jusqu'à sa mort, tous les ans, l'Etat d'Israël à l'occasion de Yom Haʿatzmaout (יום העצמאות Jour de l'Indépendance), enverra un cadeau à François Collaveri. L'Etat d'Israël n'oubliera jamais ce que François Collaveri a fait pour les juifs en détresse de l'Exodus. Et François Collaveri restera à jamais un ami d'Israël et des juifs de France.

François Collaveri et Albert Lantoine :

Albert Lantoine (1869 - 1949) était de 31 ans l'aîné de François Collaveri.

François Collaveri travaille au secrétariat général de la Grande Loge de France de 1919 à 1940 alors qu'Albert Lantoine en est le Grand Bibliothécaire de 1908 à 1939. Et François Collaveri va travailler aussi à la Bibliothèque avec Lantoine Ils vont se côtoyer - et s'apprécier -  quotidiennement rue Puteaux pendant 20 ans. L'amitié filiale d'une vie, entre Lantoine et Collaveri.

Lorsque Lantoine dédicace à François Collaveri sa "Lettre au Souverain Pontife" en novembre 1937 il écrit : "Au disciple dont je suis fier. A l'Ami courageusement fidèle. En témoignage de ma reconnaissante affection"

"Disciple dont je suis fier" : de la part de Lantoine, dont on connaît le caractère difficile, ce compliment vaut une Légion d'Honneur !

Au mois de mai 1939  François Collaveri, dans la revue Europe, écrit tout le bien qu’il pense de la Lettre au Souverain Pontife d’Albert Lantoine. Il cite l’historien suisse François Ruchon (1857-1953) qui, dans la revue Alpina  a pu dire que," maçonniquement parlant, le livre d’Albert Lantoine est l’acte le plus important qui se soit produit depuis longtemps".

Nous pouvons lire le compte-rendu du Convent de 1938 qui souligne : "Le Grand-Maître ajoute que la Grande Loge de France peut être fière de sa bibliothèque qui constitue une magnifique collection de livres, de revues et de coupures de presse concernant la maç. Elle est admirablement tenue par son créateur, le F. Albert Lantoine, assisté du F. François Collaveri, et rend d’inappréciables services. Le catalogue méthodique des ouvrages qu’elle contient a été établi et la publication en a commencé dans le Bulletin de la Grande Loge". 

En 1927 le prix littéraire du Portique revenant à François Collaveri pour son ouvrage "Philippe-Egalité, Franc-Maçon", aujourd'hui introuvable. Lantoine a déjà transmis à Collaveri le virus de l'Histoire ! Il ne le quittera plus !

Albert Lantoine sur son lit de mort. Dessiné par Gallien dédié à François Collaveri

Lors des derniers moments de Lantoine, le 7 mars 1949, trois frères du Portique entourent son lit : François Collaveri, bien sûr, le disciple bien-aimé, membre du Suprême Conseil de France, Pierre-Antoine Gallien (qui le dessine sur son lit de mort et dédie son dessin à François Collaveri), le peintre et dessinateur et illustrateur et Étienne Gout (1908 – 1990), membre du Suprême Conseil de France et historien du Rite.

Etienne Gout et François Collaveri sont des passionnés d'Histoire, comme Lantoine qui est leur modèle et leur mentor.

Etienne Gout raconte : "Lantoine était sur son lit de mort, c’était la fin, j’étais auprès de lui avec Gallien et Collaveri, et nous parlions de la guerre et de Bernard Faÿ, responsable de la déportation des Frères. Lantoine eut un sursaut et dit : « Il a fait pire, c’est un malhonnête homme, il est allé jusqu’à envoyer la Gestapo chez moi pour me voler mon manuscrit sur Lafayette ! » Le vol intellectuel était en effet pour lui beaucoup plus douloureux encore que le fut la confiscation de ses livres et que tous les tourments que les collaborateurs lui ont fait subir. Albert Lantoine meurt, chez lui, 24 rue de Navarin, le 7 mars 1949. Et François Collaveri lui tient la main dans son ultime instant. Jusqu'au bout le disciple accompagne le Maître. Et c'est François Collaveri qui s'occupe de trouver un caveau pour Lantoine qui est enterré - seul - au cimetière de Pantin dont le père de François, Ezio, est conseiller municipal et bientôt Maire (comme nous l'avons vu, Ezio Collaveri sera Maire Socialiste-SFIO de Pantin  de 1953 à 1959).

François Collaveri et la crise de 1964 :

Vénérable de la loge Jean Jaurès, à l’Orient de Paris, conseiller fédéral et Grand Secrétaire de la Grande Loge de France à la Libération, François Collaveri fut coopté en 1951 membre actif du Suprême Conseil de France. Il est l'un des deux seuls frères du 20ème siècle avec Marcel Flouret, a être passé directemment du 3° au 33° degré, sans passer par le cursus habituel des hauts grades. Là encore un parcours exceptionnel, mais le Suprême Conseil de France, quelques années après la Guerre avait besoin de telles personnalités. Surtout que le Grand Commandeur était un être exceptionnel, René Raymond, fils d'un ancien Grand Commandeur, Jean-Marie Raymond. 

Riandey, avec son venin habituel, l'écrit à sa façon : « René Raymond et les membres du Suprême Conseil subirent sans broncher, en veulerie, le chantage de Maréchal et Robert Renaud fut ajouté à la liste des Frères à promouvoir. Cette liste contenait deux noms d’hommes qui furent élevés d’un seul coup du 3e au 33e degré, sans initiation aux grades intermédiaires, sans qu’il leur fût donné la moindre instruction quant à ces grades. Marcel Flouret, ancien préfet de la Seine, et, à ce moment-là, président de la S.N.C.F., et François Collaveri, préfet, qui avait été avant-guerre, un détracteur des hauts grades écossais ».

Ce qu'il oublie de dire c'est que Marcel Flouret (1892-1971), polytechnicien, héros de la Première Guerre Mondiale, entré dans la Résistance sous le pseudonyme de « Février », prend le 20 août 1944 dans l'Hôtel de Ville de Paris et le 2 septembre, est nommé préfet de la Seine . Il est juste derrière le Général de Gaulle au défilé de la victoire à Paris en août 1944...Flouret est président de la SNCF de septembre 1946 à mai 1949, période marquée par la reconstruction du réseau après la guerre, Il est ensuite, en mai 1949, gouverneur de la Banque de l'Algérie et de la Tunisie puis président d'EDF de 1952 à 1962 dont il sera après président honoraire. Un frère d'une toute autre envergure que le médiocre Riandey, et un autre frère exceptionnel dont la biographie est à écrire !

Charles Riandey, en 1964, tente d'entrainer le Suprême Conseil de France dans une aventure qui l'aurait séparé de la Grande Loge de France. Il ira alors se faire réinitié à la GLNF et créera un  nouveau Suprême Conseil qui sera reconnu par les anglo-saxons. Un coup dur c'est vrai pour le Suprême Conseil de France qui mettra quelques années à se remettre de la trahison impardonnable de son ancien Grand Commandeur, le traître Riandey.

François Collaveri va être de ceux qui vont s'opposer à Riandey pour conserver l'intégrité du Suprême Conseil de France et de la Grande Loge de France. Riandey lui gardera pour cela une haine tenace.

C'est tellement consternant mais Riandey a une opinion médiocre de ses frères du Suprême Conseil :  « La moyenne d’âge au Suprême Conseil s’établit à soixante et onze ans. Et quels hommes ! De quelle utilité pouvaient être, pour la direction du Rite et l’orientation de son activité, des hommes comme Flouret et Robert Renaud, qui assistaient aux séances mais qui étaient nuls en Maçonnerie ; des hommes comme Collaveri qui, entre sa nomination et 1964 ne fit qu’une ou deux apparitions, d’ailleurs muettes, aux séances ; des hommes comme Cantoni et de Tombay, âgés de plus de quatre vingts ans ; ou des hommes comme Mérigeault qui, en dehors de la comptabilité, ne savait rien, etc. Ce fut bien simple. J’étais seul à pouvoir assurer la délégation du Suprême Conseil chaque fois qu’il devait être représenté dans des tenues d’ateliers des hauts grades, à Paris ou en province » , écrit-il page 134. C'est tout bonnement scandaleux et indigne. A l'image de Riandey. Quelle morgue, quelle suffisance. 

Heureusement François Collaveri veille.

Continuons de lire Riandey :  « Le Suprême Conseil fut convoqué en séance plénière le 23 novembre 1964. Je donnai connaissance de mon projet de décret. Il fut discuté assez âprement par certains, dont Mérigeault qui, habituellement, n’ouvrait jamais la bouche, et qui énonça, de son air d’adjudant pète-sec, que si ce décret était voté, le Suprême Conseil perdrait les trois quarts de ses effectifs. Collaveri, qui n’assistait jamais aux séances du Suprême Conseil, était présent et déclara qu’il se désolidarisait des signataires du décret du 18 septembre. Je plaidai de mon mieux, agitant le spectre d’une déclaration d’irrégularité du Suprême Conseil prononcée par les Suprêmes Conseils étrangers. Je l’emportai, mais à la majorité seulement, six membres ayant voté contre l’adoption du décret: Baudoin, Collaveri, Gallié,Jean Louis, Mérigeault et Prieur », pages 156-157.

« Collaveri enchaîna en m’accusant d’avoir eu des entretiens avec des gens de la Grande Loge Nationale Française, à quoi je répondis que c’était non seulement mon droit mais aussi mon devoir en tant que chef de l’Ordre en France. Collaveri, à qui j’avais porté tant d’intérêt et d’aide! Collaveri qui jusque-là s’était tenu à l’écart de l’activité du Suprême Conseil et qui n’était venu ce jour-là que pour accomplir cette vilaine besogne ! J’avais eu une conversation avec lui quelques jours auparavant, à sa demande, dans un grand café des Champs-Elysées. Il m’avait vanté l’acception maçonnique de la Grande Loge de France, voisine, quoique, à son sens différente, de celle du Grand Orient. J’avais, vainement, tenté de lui faire admettre que ces acceptions correspondaient à un passé révolu ; que l’avenir sollicitait la pensée et l’action des Maçons pour un élan vers des positions nouvelles, non plus nationales, mais universelles et que, dans cette perspective, il importait que la Maçonnerie française fît corps avec celle des autres pays pour les entraîner à sortir de leurs attitudes cristallisées. Il était certainement au courant de ce qui se tramait contre moi si, même, il n’avait pas participé pour tout ou pour partie à la rédaction de la motion dont Mérigeault devait donner lecture. Il ne me prévint pas, se contentant de me dire, au moment de me quitter, que la séance du 18 serait dure. »

Riandey compris - mais un peu tard - que Collaveri n'était pas son obligé ! Et que François Collaveri avait joué un rôle majeur pour lutter contre ses vues : « Je déclarai la séance close et quittai la salle après une nouvelle apostrophe de Collaveri qui, décidément, apparaissait comme l’âme de la conspiration. Car il y avait bien une conspiration ourdie dans le secret. Les signatures des conseillers de province, il avait bien fallu, pour les obtenir, correspondre par lettre, expliquer le coup qui se tramait, etc ».

Et que c'est Collaveri qui - avec les autres - sauvaient l'honneur du Suprême Conseil de France face à la trahison de Riandey.

Là encore un grand merci à François Collaveri...

 

François Collaveri l'Historien :

Lorsque sonne la retraite définitive en 1975, François Collaveri entreprend aussitôt une nouvelle carrière : celle d'historien. Plus exactement celle d'historien de la Maçonnerie. Ou plutôt il renoue avec ses premières amour maintenant qu'il a le temps.

Souvenons nous qu'il était le "disciple préféré" du grand historien Albert lantoine et que la passion de l'Histoire n'a jamais quitté François Collaveri.

Il se penche alors sur cette époque où, un moment anéantie par la Révolution, elle devient sous l'Empire une Institution plus puissante qu'elle ne l'a jamais été, en même temps qu'un instrument du pouvoir politique.
Pendant 5 ans il travaille à la Bibliothèque Nationale sur des documents originaux et le 13 janvier 1982, il soutient à Poitiers sa thèse de Doctorat es-Lettres sur la Franc-Maçonnerie des Bonaparte.

Rare exemple, sans doute, d'un passage direct du Certificat d'Etudes au Doctorat, après 70 ans d'une vie bien remplie.

Son travail universitaire est publié en deux livres. En 1983 dans « La Franc-Maçonnerie des Bonaparte », il  montre comment en France et dans l'Europe nouvellement conquise, l'Empire a utilisé les Loges Maçonniques, en particulier les Loges Militaires, pour attirer l'élite locale vers le nouveau régime. Cet ouvrage est préfacé par Georges Dumézil, son ancien frère du Portique. Pierre Mollier me disait encore récemment combien il trouvait remarquable et toujours intéressant,  ce livre de François Collaveri.

Dans un second ouvrage : « Napoléon Franc-Maçon ? », François soutient que, même si nous n'en avons pas de preuves formelles, il y a tout lieu de penser que !'Empereur fut effectivement initié, vraisemblablement lors de son séjour en Egypte. C'est son opinion même si nous n'en avons pas de preuve formelle. Mais son raisonnement, même s'il est minoritaire parmi les historiens, est intéressant et motivé. Ce livre est préfacé par Jean Tulard, le grand spécialiste français contemporain de Napoléon.

Une préface de Georges Dumézil et une préface de Jean Tulard, excusez du peu !

Préface de Georges Dumézil à « La Franc-Maçonnerie des Bonaparte » de François Collaveri

 

François Collaveri est passé à l'Orient éternel en 1989, à près de 90 ans après une vie - comme vous avez pu le constater - bien remplie ! Et quelle vie !

72 ans de Maçonnerie sans interruption ! A sa mort il était certainement le plus vieux maçons de la Grande Loge de France.

Toute sa vie il a servit la Grande Loge de France, le Suprême Conseil de France, l'Ordre Ecossais, contre vents en marée, malgré la guerre et malgré toutes les trahisons. 

François Collaveri a été de tous les combats justes. Il a été de tous les combats pour défendre la Grande Loge de France. Il a failli le payer de sa vie à de nombreuses reprises. Il a toujours été un serviteur direct (pendant 20 ans il a été un salarié ultra militant de la Grande Loge de France) puis indirect (malgré une vie profane prenante et prestigieuse, il a toujours été là quand il le fallait) et il nous laisse une œuvre historique majeure que tous les frères de la Grande Loge de France devraient connaître.

Et puis il fut le "disciple dont je suis fier" d'Albert Lantoine qui a rendu l'âme alors que François Collaveri lui tenait la main. Et comme je le disais, ça, ça vaut toutes les Légions d'Honneur.

François Collaveri sera toujours passionné par l'Histoire maçonnique, tout comme pour la symbolique, le Rituel (et le respect des rituels qu'il collectionnait par dizaines, surtout les plus anciens !) et l'Initiation écossaise telle qu'elle est pratiquée à la Grande Loge de France.

C'est vraiment l'un de ceux qui, après Lantoine, Wirth, Boucher, Guénon, Marty, Triaca et bien d'autres ont façonné la Grande Loge de France telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Merci à François Collaveri. Merci pour tout. Et à jamais.

Jean-Laurent Turbet

Bibliographie :

- Charles Riandey : "Confessions d'un Grand Commandeur de la Franc-Maçonnerie". Mémoires posthumes. Introduction et annotations de Raoul R Mattei. Edition du Rocher. Avril 1989. François Collaveri est cité aux pages : 35, 36, 37, 40, 103,104, 137, 138, 149,154, 160,162,163, 167.

- "Chroniques d'histoire maçonnique", n° 43, 1990. "NOTE BIOGRAPHIQUE sur le F. ·. François COLLA VERI", pages 101 à 106.

- "Une Loge dans le siècle : Histoire du Portique 1910 - 2010". Document édité par la loge "Le Portique" de la Grande Loge de France.

- " Les membres du Suprême Conseil de France", à paraître, de Jean-Pierre Thomas. Notice au nom de François Collaveri.

- "Albert Lantoine", de Philippe Langlet, à paraître.

- Archives et photographie provenant de la collection personnelle de la famille Collaveri/Cruat/Gautier.

- Archives personnelles de Jean-Laurent Turbet.

Remerciements à Pierre Molier, Jean-Pierre Thomas, Philippe Langlet.

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Quelles que soient mes responsabilités - ou non -  présentes ou futures dans une organisation, les propos tenus dans cet article comme dans tous les articles de ce Blog, sont exclusivement des opinions personnelles qui n'engagent que moi.

Je rappelle simplement que la liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

« Jurez-vous, de plus, d’obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre, en ce qu’ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? » (Extrait du Serment prêté par chaque franc-maçon lors de son initiation).

Jean-Laurent Turbet

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