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Le Blog des Spiritualités

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Qu'est-ce que la Métaphysique ? (Evidemment à travers la pensée et l'oeuvre de René Guénon).

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 6 Mai 2026, 06:30am

Catégories : #Métaphysique, #Pensée, #Symbolisme, #Spiritualité, #Christianisme, #Islam, #Musulman, #Prophète, #Mohammed, #Mahomet, #Muhammad

Qu'est-ce que la Métaphysique ? (Evidemment à travers la pensée et l'oeuvre de René Guénon).

Qu’est-ce que la métaphysique ?  

Si Ibn ‘Arabī (1165-1240) a pu être appelé « docteur maximus » par les penseurs du Moyen-Age et de la Renaissance, René Guénon (1886-1951) ou plutôt Sheikh Abdel Wahed Yahia, disparu prématurément au Caire à 64 ans, pourrait être surnommé « docteur metaphysicus » par les penseurs actuels, tellement il représente et est LA grande figure du métaphysicien.

Je poursuis avec cet article l’analyse de l’œuvre de René Guénon et des concepts principaux qui ressortent de cette œuvre.

La Métaphysique, comme la Tradition Primordiale, par exemple, est au cœur de la pensée guénonienne qui nous passionne.

J’ai essayé, une fois de plus, de tenter de faire simple et compréhensible pour une œuvre qui parfois, ne l’ai pas toujours au premier abord !

 

Introduction générale : de l’universalité du problème métaphysique.

Il est remarquable que toutes les civilisations ayant atteint un certain degré d’élaboration intellectuelle aient, d’une manière ou d’une autre, formulé une interrogation portant sur les principes ultimes de la réalité.

Que cette interrogation prenne la forme d’une « philosophie première », d’une théologie, d’une gnose ou d’une doctrine de la délivrance, elle témoigne d’une exigence fondamentale de l’esprit humain : dépasser l’ordre du relatif pour atteindre ce qui ne dépend d’aucune condition.

La philosophie première se fondait sur la philosophie d'Aristote (IVe siècle Av. J.C.), qui fut étudiée au XIIe siècle à la suite des contacts avec la civilisation arabo-musulmane. Les traités d'Aristote furent traduits de l'arabe en latin, puis directement du grec ancien en latin, à Tolède et dans plusieurs villes d'Italie. La philosophie première a été développée et structurée par l'école scolastique et les grands philosophes médiévaux, notamment par Thomas d'Aquin, à partir des principaux éléments de la philosophie d'Aristote, en cohérence avec les autres philosophes.

Ainsi, la métaphysique, loin d’être une construction propre à l’Occident, apparaît comme une dimension universelle de la pensée, même si ses formulations varient considérablement selon les contextes culturels et spirituels. Elle est essentielle en contexte islamique.

Toutefois, cette universalité ne doit pas masquer les divergences profondes qui existent entre les différentes conceptions de la métaphysique. C’est pourquoi il est nécessaire d’entreprendre une analyse comparative, permettant de dégager à la fois les convergences et les différences essentielles.

 

La métaphysique occidentale classique : de l’être à Dieu.

 

Aristote

Aristote et la philosophie première.

La métaphysique occidentale trouve son expression fondatrice chez Aristote, (384-322 av JC), pour qui la « philosophie première » est la science de l’être en tant qu’être (to on hê on), c’est-à-dire de ce qui est commun à tout ce qui est.

Cette science vise à dégager les causes premières et les principes universels, et culmine dans la connaissance du moteur immobile, principe de tout mouvement sans être lui-même en mouvement.

Cependant, chez Aristote, l’être conserve une primauté absolue : il constitue l’horizon ultime de la pensée métaphysique.

 

Thomas d'Aquin

La synthèse médiévale : Thomas d’Aquin.

Avec Thomas d'Aquin (1225-1274),  la métaphysique aristotélicienne est intégrée dans une perspective théologique chrétienne. L’être est interprété comme participation à l’acte pur divin (actus purus), et Dieu est conçu comme l’Être subsistant lui-même (ipsum esse subsistens).

Cette synthèse réalise une articulation remarquable entre raison et révélation, mais elle maintient la métaphysique dans le cadre d’une ontologie, même si celle-ci est élevée au plus haut degré.

Limites de l’approche occidentale classique.

Malgré sa profondeur, cette tradition présente une limite essentielle : elle identifie l’Absolu à l’être, ce qui, du point de vue de certaines doctrines orientales ou guénoniennes, constitue une détermination encore relative.

Autrement dit, l’être, même conçu comme acte pur, reste une catégorie, et ne peut donc épuiser l’Absolu.

 

Les métaphysiques orientales : au-delà de l’être.

 

Shankara

L’Advaita Vedānta : la non-dualité absolue.

Dans la tradition hindoue, notamment dans l’Advaita Vedānta systématisé par Adi Shankara (Vers 732/820), la métaphysique atteint une radicalité particulière.

L’Absolu, désigné comme Brahman, est au-delà de toute détermination, y compris celle de l’être. Il est non-duel (advaita), sans second, et toute distinction entre sujet et objet, entre être et non-être, est considérée comme relative.

Le monde phénoménal est alors interprété comme māyā, non pas illusion au sens trivial, mais manifestation conditionnée et relative.

Le taoïsme : l’ineffable et le non-agir.

Dans la tradition chinoise, le Laozi propose une conception du Tao comme principe suprême, ineffable et indéterminé : « Le Tao dont on peut parler n’est pas le Tao éternel. »

Le Tao échappe à toute conceptualisation. Il est à la fois origine et fondement de toutes choses, mais ne peut être saisi par la pensée discursive.

Cette perspective rejoint, sous une autre forme, l’idée d’un Absolu au-delà de l’être.

Convergences avec la perspective guénonienne.

Ces doctrines orientales présentent une convergence remarquable avec la conception de René Guénon, notamment dans l’affirmation de la transcendance du principe suprême par rapport à l’être.

Guénon voit dans ces traditions l’expression la plus complète de la métaphysique véritable, précisément parce qu’elles dépassent les limitations de l’ontologie.

 

Métaphysique et mystique chrétienne : la voie apophatique.

 

Maître Eckhart

Il serait toutefois réducteur d’opposer radicalement Orient et Occident. La tradition chrétienne elle-même contient des éléments métaphysiques d’une grande profondeur, notamment dans sa dimension mystique.

Chez Maître Eckhart, (1260-1328)par exemple, Dieu est conçu au-delà de toute détermination : « Je prie Dieu de me libérer de Dieu. »

Cette formule paradoxale exprime la nécessité de dépasser les représentations conceptuelles de Dieu pour atteindre la Déité, au-delà de l’être et des attributs.

De même, la théologie négative (ou apophatique), développée notamment par Denys l’Aréopagite, affirme que l’on ne peut parler de Dieu qu’en niant ce que l’on affirme.

Cette approche rapproche la mystique chrétienne des métaphysiques orientales, tout en conservant ses spécificités.

 

La métaphysique en contexte islamique : entre tawḥīd, falsafa et taṣawwuf.

Dans le contexte islamique, la métaphysique se déploie selon une richesse et une profondeur remarquables, à la croisée de plusieurs registres intellectuels et spirituels : la théologie (kalām), la philosophie (falsafa) et surtout la mystique (taṣawwuf), qui en constitue sans doute l’expression la plus pleinement réalisée.

Au cœur de cette métaphysique se trouve le principe fondamental du tawḥīd, c’est-à-dire l’affirmation de l’Unité divine, non seulement comme dogme religieux, mais comme vérité ontologique et métaphysique absolue.

 

Avicenne, le "Prince des médecins"

Chez des penseurs comme Ibn Sina (Avicenne 980-1037), la métaphysique s’inscrit dans une perspective héritée d’Aristote, où Dieu est conçu comme l’Être nécessaire (wājib al-wujūd), principe de toute existence ; cependant, cette approche demeure encore, en un certain sens, de nature ontologique.Avicenne était un philosophe et médecin persan, né le 7 août 980 à Afshana, près de Boukhara, dans l'actuel Ouzbékistan et mort en août 1037 à Hamadan en Iran. Il est l'auteur d'ouvrages de référence en médecine et en philosophie, ainsi que de sciences voisines comme l'astronomie, l'alchimie, et la psychologie, rédigés principalement en arabe classique. Ses disciples l'appelaient cheikh el-raïs, c'est-à-dire « prince des savants », Maître par excellence, ou encore le troisième maître (après Aristote et Al-Fārābī).​​​​​​​

 

Ibn Arabi

C’est avec la tradition soufie, et notamment chez Ibn Arabi, (1165-1240), que la métaphysique islamique atteint une dimension plus proprement universelle et supra-ontologique, à travers la doctrine de l’« unité de l’être » (waḥdat al-wujūd), selon laquelle toute réalité n’est que manifestation des Noms et Attributs divins, sans que cela n’altère en rien la transcendance absolue de l’Essence (dhāt).

Cette perspective, profondément initiatique, rejoint par bien des aspects les conceptions métaphysiques les plus élevées des autres traditions, en affirmant que la connaissance véritable n’est pas seulement spéculative, mais implique une réalisation intérieure, une « connaissance par présence » (ʿilm al-ḥuḍūr) où le sujet connaissant s’efface dans l’Unité principielle. Ainsi, la métaphysique islamique, loin de se réduire à une philosophie rationnelle, apparaît comme une voie intégrale, où l’intellect, la révélation et l’expérience spirituelle convergent vers la contemplation de l’Absolu.

Nous sommes bien là au coeur de la pensée guénonienne.

 

René Guénon

 

Synthèse guénonienne : vers une métaphysique universelle.

L’apport majeur de René Guénon consiste précisément à proposer une synthèse des différentes traditions, en mettant en évidence leur unité principielle au-delà de leurs différences formelles.

Pour René Guénon :

° la métaphysique est universelle par essence ;

° elle transcende toutes les formes religieuses et philosophiques ;

° elle repose sur des principes immuables.

Il distingue clairement entre :

-  la métaphysique véritable, connaissance des principes ;

-  la philosophie, qui en est souvent une formulation partielle et discursive ;

-  la théologie, qui relève d’un domaine conditionné (celui de la foi).

Cette hiérarchisation permet de comprendre les limites de chaque approche, sans les disqualifier.

 

C’est ce que nous allons développer ci-dessous :

Sheikh Abdel Wahed Yahia et JLT symboliquement dans la Mosquée du Caire. Le Maître et le disciple.

Sheikh Abdel Wahed Yahia et JLT symboliquement dans la Mosquée du Caire. Le Maître et le disciple.

La science du Réel et la doctrine de l’Unité selon René Guénon.

 

Introduction : Restaurer le sens du mot.

Le mot « métaphysique » est aujourd’hui l’un des plus malmenés du vocabulaire philosophique. Il évoque tour à tour une spéculation abstraite, une branche vieillie de l’Université, ou un synonyme vague de « spiritualité ».

Pour René Guénon, cette confusion n’est pas accidentelle : elle témoigne de l’oubli, propre au monde moderne, de l’Intellectualité pure. Or, retrouver le sens exact de la métaphysique est la condition première de toute restauration doctrinale.

Dans l’œuvre de Guénon, de Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues (1921) à La Métaphysique orientale (1939), la métaphysique est définie par trois caractères essentiels : elle est supra-rationnelle, non-duelle et opérative.

Elle n’est pas une partie de la philosophie, mais ce qui la dépasse et la juge.

Elle n’est pas un système, mais la connaissance directe des Principes universels.

Elle n’est pas une théorie, mais une voie de réalisation.

 C’est à partir de ces trois axes que nous pouvons comprendre ce qu’est authentiquement la métaphysique.

 

La métaphysique n’est pas la philosophie : différence de nature et de domaine.

 

Ratio et Intellectus : deux ordres de connaissance.

Toute l’œuvre de René Guénon repose sur une distinction capitale, héritée de la scolastique mais oubliée par les modernes : la distinction entre la raison, ratio, et l’Intellect, intellectus. La raison est la faculté discursive. Elle divise, compare, classe. Elle s’exerce légitimement dans le domaine du relatif, du mesurable, du formel. Elle est l’instrument de la science profane et de la philosophie.

L’Intellect transcendant est d’un autre ordre. Il est la faculté de vision directe, non discursive, de l’Universel. Il ne raisonne pas : il voit. Comme Guénon l’affirme dans La Crise du monde moderne (1927), la philosophie moderne a pour point de départ l’individu pensant, le cogito cartésien. Elle est donc irrémédiablement enfermée dans la dualité sujet/objet. La métaphysique part, au contraire, du Principe universel dont l’individu n’est qu’une modalité.

De cette différence découle une conséquence : « Il ne saurait y avoir de systèmes métaphysiques, car la métaphysique est illimitée par définition » (La Métaphysique orientale). Tout système est une construction mentale close. La métaphysique vise l’Illimité. Elle est donc « supra-rationnelle », non « irrationnelle ». Elle dépasse la raison par le haut, par l’intellection pure, et non par le bas, par l’infra-rationnel des sentiments ou des phénomènes psychiques.

Critique de l’individualisme et du relativisme moderne.

En substituant la raison individuelle à l’Intellect, la philosophie moderne a instauré le règne de l’individualisme doctrinal. Chaque penseur prétend découvrir la vérité par lui-même, contre la Tradition. René Guénon y voit la racine du relativisme : s’il n’existe pas d’Intellect supra-individuel, alors la vérité devient une opinion, variable selon les époques et les individus.

Dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), il montre que cette dissolution aboutit logiquement à la négation de toute hiérarchie. La métaphysique, au contraire, est normative parce qu’elle énonce ce qui est, indépendamment de toute préférence. Elle est « orthodoxe » au sens étymologique : conforme à la doctrine droite, transmise. Nous aussi, franc-maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté nous devons nous conformer à la doctrine droite, transmise par la Tradition conformément à ce que nous appelons notre métaphysique.

La confusion du psychique et du spirituel.

La troisième erreur de la modernité est de confondre le psychique et le spirituel.

La psychologie, la psychanalyse, le spiritisme et l’occultisme explorent le domaine subtil, intermédiaire, de l’âme individuelle. René Guénon nomme ce domaine le « psychisme ».

Or la métaphysique se situe au-delà, dans le domaine de l’Esprit, Rûh ou Pneuma.

Dans L’Erreur spirite (1923), il démontre que les phénomènes médiumniques n’ont aucune portée initiatique. Ils relèvent de l’infra-humain. La philosophie contemporaine, en s’intéressant au « vécu », à l’« existence », au « moi », demeure prisonnière de ce plan. La métaphysique commence seulement où s’arrête le psychique : dans le supra-individuel. Dans la relation transcendante avec le très haut, avec le Principe (créateur).

 

Quel bonheur d'écouter parler Ibn Arabi de waḥdat al-wujūd avec René Guénon

 

L’objet de la métaphysique : la doctrine de la non-dualité.

 

Du Non-Être à l’Être : la hiérarchie principielle.

Si la métaphysique n’est pas la philosophie, quel est son objet propre ? René Guénon répond en s’appuyant sur le Vêdânta Advaita. Dans L’Homme et son devenir selon le Vêdânta (1925), il expose la hiérarchie suivante :

Degré   :                                        Nom sanskrit                       Nature
Principe suprême :                       Brahma nirguna                     Non-Être, Possibilité infinie, Non-Manifesté.
Principe de la manifestation :    Brahma saguna / Ishwara    Être, Unité première, déterminée.
Domaine manifesté :                    Jagat                                          Formel et informel, corporel et subtil.

Le Non-Être n’est pas le néant. Il est le Zéro métaphysique qui contient toutes les possibilités.

L’Être est sa première détermination. La métaphysique proprement dite a pour objet le rapport du Non-Être à l’Être. La cosmologie, la psychologie traditionnelle, ne sont que des applications de la métaphysique au manifesté.

Advaita : l’identité suprême.

Le terme Advaita signifie « non-dualité ». Il ne s’agit pas d’un monisme qui réduirait tout à une substance unique. Il s’agit de reconnaître que la dualité entre le Soi, Âtmâ, et le Principe, Brahma, est illusoire du point de vue absolu. La formule des Upanishads est : Tat tvam asi, « Tu es Cela ».

Dans Les États multiples de l’être (1932), Guénon montre que chaque être humain porte virtuellement en lui la totalité des états de l’Être. La réalisation métaphysique, Moksha ou Délivrance, est la prise de conscience effective de cette identité. Elle est dépersonnalisante au sens supérieur : l’individualité est résorbée, non détruite, dans l’Universel.

L’unité transcendante des traditions.

Cette doctrine n’est pas l’apanage du Vêdânta. Guénon retrouve la non-dualité dans le Taoïsme avec le Non-AgirWu wei, dans le Soufisme ésotérique avec Wahdat al-Wujûd, « Unicité de l’Existence » d’Ibn Arabî, et dans le néoplatonisme avec le retour à l’Un de Plotin. Dans La Métaphysique orientale, il conclut que l’unanimité des traditions sur ce point central prouve leur origine supra-humaine. Les différences ne concernent que l’adaptation des formes d’expression. C'est quelque chose qui me parle vraiment beaucoup.

 

La méthode de la métaphysique : symbolisme, rite et initiation.

 

La nécessité du symbolisme.

Comment transmettre l’Informel à des êtres situés dans le formel ? La réponse traditionnelle est le symbolisme. Pour René Guénon, le symbole n’est pas une allégorie conventionnelle. Il est fondé sur la loi d’analogie : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », selon la Table d’Émeraude.

Dans Le Symbolisme de la Croix (1931), la Croix n’est pas seulement un emblème religieux. Sa structure géométrique exprime la totalité des états de l’être : l’axe vertical figure la hiérarchie des mondes, l’axe horizontal figure l’expansion dans un état donné, le centre est le point où s’opère la communication entre le Ciel et la Terre. Contempler le symbole, c’est remonter du sensible à l’intelligible. Là encore c'est tellement important pour nous qui pratiquaons une maçonnerie traditionnelle et symbolique.

 

Le Suprême Conseil de France du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 

Du symbole au rite : la voie opérative.

Le symbole ne vaut pas sans le rite qui le met en acte. L’initiation est la transmission d’une « influence spirituelle » par des rites et des symboles. Dans Aperçus sur l’Initiation (1946), René Guénon précise que cette transmission est « régulière », c’est-à-dire conforme à une chaîne ininterrompue. Elle a pour fonction d’éveiller dans l’être les possibilités supra-individuelles qui correspondent au sens du symbole.

La métaphysique n’est donc pas spéculative. Elle est réalisatrice. Connaître le Principe, c’est y participer. La formule est : « La métaphysique est la connaissance par laquelle on se réalise. »

René Guénon le savait d'autant mieux qu'il avait pratiqué le Rite Ecossais Ancien et Accepté au sein de la loge Thébah de la Grande Loge de France et qu'il avait beaucoup travaillé au rituel de la loge La Grande Triade, qu'il avait fondé en 1947 avec quelques disciples, toujours à la Grande Loge de France.

La perte du sens symbolique dans le monde moderne.

Le monde moderne, dit René Guénon, a perdu la clé du symbolisme. Sa mentalité littéraliste ne voit plus dans l’eau qu’un composé chimique, dans le cercle qu’une figure mathématique. Cette « solidification » est analysée dans Le Règne de la Quantité : en réduisant tout au quantitatif, la modernité s’est coupée de la qualité, c’est-à-dire du sens. Restaurer la métaphysique exige donc de restaurer l’intelligence symbolique, seule capable de relier le visible à l’Invisible.

 

Métaphysique et Tradition : la hiérarchie des savoirs.

 

La métaphysique est le sommet de la hiérarchie traditionnelle des connaissances. D’elle procèdent toutes les « sciences traditionnelles » : cosmologie, médecine, art sacré, science des nombres (notez bien qu'à la Grande Triade on ne parle jamais de chiffres mais toujours de Nombres). Tant que ces sciences demeurent rattachées à leur principe métaphysique, elles sont « sacrées ».

Coupées de ce principe, elles deviennent « profanes », c’est-à-dire limitées aux effets sans connaissance des causes.

La Tradition, au sens guénonien, n’est pas la coutume. Elle est la transmission d’un dépôt de nature non-humaine. C’est pourquoi la métaphysique authentique est toujours orthodoxe. Elle s’oppose à toute « néo-spiritualité » syncrétique, théosophiste ou occultiste, qui prétend reconstruire la vérité à partir d’éléments disparates et de l’initiative individuelle. On voit aujourd'hui fleurir sur les réseaux sociaux beaucoup de mouvements New Age de pacotilles qui ne peuvent en aucun cas se revendiquer de la Tradition.

 

Le Maître et le disciple

 

Conclusion : La métaphysique comme voie de salut intellectuel.

 

Qu’est-ce que la métaphysique ? Si l’on suit René Guénon, elle est la connaissance supra-rationnelle, non-duelle et opérative des Principes universels.

Elle se distingue de la philosophie par sa source : l’Intellect transcendant, non la raison individuelle. Elle se distingue de la science profane par son objet : le Principe, non les phénomènes. Elle se distingue de l’occultisme par son domaine : le spirituel, non le psychique.

Son objet est l’Identité suprême, exprimée par la doctrine de la non-dualité.

Sa méthode est le symbolisme et le rite, qui permettent à l’être de s’élever du formel à l’Informel.

Sa condition est la Tradition, qui garantit l’orthodoxie et la transmission de l’influence spirituelle.

C'est pourquoi par exemple le Suprême Conseil de France est le seul vrai et unique conservateur et gardien du Rite Ecossais Ancien et Accepté et qui le rattache à la Tradition Primordiale.

En ce sens, la métaphysique n’est pas une discipline parmi d’autres. Elle est « la connaissance par excellence ».

Comme l’écrit René Guénon : « Hors de la métaphysique, il n’est point de salut ».

Il ne s’agit pas d’un salut moral, mais de la réintégration de l’être dans l’ordre principiel, de la restitution de l’homme à sa vocation intellectuelle : connaître le Réel pour coïncider avec lui.

Retrouver la métaphysique, c’est donc retrouver le sens du Sacré.

C’est reconnaître que la vérité n’est pas faite par l’homme, mais qu’elle lui est donnée pour qu’il la réalise.

Et c’est, par là même, retrouver l’unité transcendante de toutes les formes traditionnelles authentiques, par-delà leurs différences extérieures.

Que ce soit une organisation traditionnelle comme une loge maçonnique appartenant à une obédience traditionnnelle (comme celles de la Grande Loge de France qui pratique le Rite Ecossais Ancien et Accepté), ou une Tariqa soufie.

 

Jean-Laurent Turbet

 

Orientation bibliographique chez René Guénon  : 

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1921.  

L’Erreur spirite, 1923.  

Orient et Occident, 1924.  

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, 1925.  

La Crise du monde moderne, 1927.  

Le Roi du Monde, 1927.  

Le Symbolisme de la Croix, 1931.  

Les États multiples de l’être, 1932.  

La Métaphysique orientale, 1939.  

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, 1945.  

Aperçus sur l’Initiation, 1946.  

Symboles fondamentaux de la Science sacrée, 1962, posthume.

 

 

 

Post Scriptum :

Si vous ne le savez pas encore, il existe à la Grande Loge de France, une loge qui a été créée par des disciples de René Guénon et sur ses conseils précis et avisés.

Cette loge s'appelle La Grande Triade N°693.

Cette loge existe toujours et maintient vivant les principes guénoniens. 

Si cela vous intéresse vous pouvez les contacter par mail :  lagrandetriade693@gmail.com

 

 

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Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

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