Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Blog des Spiritualités

Le Blog des Spiritualités

« Simplifier n'est pas appauvrir. Simplifier, c'est rendre visible l'essentiel sans trahir la profondeur. » Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, Islam, Soufisme, et toutes ces sortes de choses...


Quand le Soleil s’efface : l'éclipse du 12 août 2026

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 12 Août 2026, 06:30am

Catégories : #Solein, #Lune, #Mythologie, #Science

Quand le Soleil s’efface : l'éclipse du 12 août 2026

Quand le Soleil s’efface
 

L’éclipse du 12 août 2026, entre science du ciel, effroi sacré et quête de sens.

Le mercredi 12 août 2026, en fin de journée, quelque chose d’infiniment simple et d’immensément troublant se produira au-dessus de nous : la Lune passera devant le Soleil. Aucun astre ne s’éteindra, aucun dieu ne sera dévoré, aucune fissure ne s’ouvrira dans l’ordre du monde. Et pourtant, pendant quelques minutes, la lumière changera de nature. Les couleurs pâliront, les ombres deviendront étrangement nettes, l’air pourra se rafraîchir, certains animaux modifieront leur comportement et le Soleil, cette présence si constante que nous avons cessé de la voir, paraîtra soudain vulnérable.

Nous savons aujourd’hui calculer cet événement à la seconde près. Nous pouvons en dessiner la trajectoire, en annoncer la durée, en expliquer la mécanique et même prévoir les éclipses qui surviendront dans plusieurs siècles. Mais ce savoir, aussi exact soit-il, n’abolit pas l’émotion. Il la transforme. Car une éclipse n’est pas seulement un objet d’astronomie : elle est une expérience de la fragilité apparente du cosmos, un instant durant lequel le jour consent à la nuit et où l’ordre familier du monde devient visible précisément parce qu’il semble se défaire.

Depuis les premières civilisations, les hommes ont levé les yeux vers ce même obscurcissement. Ils l’ont redouté, prié, interprété, ritualisé, observé et finalement calculé. L’histoire des éclipses est ainsi celle d’un long passage de la terreur au savoir — mais non, comme on le dit trop vite, de la superstition à la raison.

Car les astronomes de Babylone savaient prévoir certains phénomènes tout en les lisant comme des présages ; les savants du Moyen Âge pouvaient en connaître les causes naturelles sans cesser d’y chercher un signe ; et l’homme moderne, qui ne craint plus qu’un monstre céleste dévore le Soleil, demeure saisi de vertige lorsqu’il voit la lumière disparaître.

 Ce qui se passera réellement le 12 août 2026.

Une éclipse solaire se produit lorsque le Soleil, la Lune et la Terre sont presque parfaitement alignés, la Lune se trouvant entre nous et le Soleil. Par une coïncidence remarquable, le diamètre du Soleil est environ quatre cents fois supérieur à celui de la Lune, mais le Soleil est aussi environ quatre cents fois plus éloigné de la Terre. Les deux astres présentent donc dans notre ciel une taille apparente voisine. Lorsque l’alignement est suffisamment précis et que la Lune nous paraît assez grande, son disque peut recouvrir celui du Soleil : l’éclipse devient totale pour les observateurs situés dans l’étroite bande parcourue par l’ombre lunaire.

Toutes les nouvelles lunes ne produisent cependant pas d’éclipse. L’orbite de la Lune est inclinée d’environ cinq degrés par rapport au plan dans lequel la Terre tourne autour du Soleil. La plupart du temps, notre satellite passe donc légèrement au-dessus ou au-dessous du disque solaire. Il faut que la nouvelle lune se trouve près de l’un des deux points où son orbite coupe ce plan, les « nœuds » lunaires, pour que l’alignement soit réalisé. C’est de ces nœuds qu’est issue, par une très longue histoire symbolique, l’image astrologique de la tête et de la queue du Dragon.

Le 12 août, l’ombre de la Lune traversera notamment le Groenland, l’Islande, l’Atlantique puis le nord de l’Espagne ; elle concernera aussi une petite partie du Portugal. Dans cette bande de totalité, le Soleil disparaîtra entièrement pendant un peu plus de deux minutes au maximum, laissant voir sa couronne, cette atmosphère extérieure très chaude et très ténue que l’éclat du disque solaire nous cache en temps ordinaire. Le ciel prendra une teinte crépusculaire, les planètes et les étoiles les plus brillantes pourront apparaître, et l’horizon conservera de toutes parts une lueur de couchant.

En France métropolitaine, l’éclipse sera partielle : aucun lieu de l’Hexagone ne connaîtra la totalité, même si l’occultation sera spectaculaire, surtout vers le sud-ouest, à proximité de la bande passant sur l’Espagne. À Paris, environ 92 % de la surface apparente du Soleil sera masquée au maximum ; selon l’Observatoire de Paris, le phénomène commencera aux alentours de 19 h 15, culminera vers 20 h 15 — les horaires variant de quelques minutes selon les lieux — puis se poursuivra jusqu’au coucher du Soleil. L’astre sera donc très bas sur l’horizon : il faudra choisir un site largement dégagé vers l’ouest et consulter les circonstances précises correspondant à sa commune. L’outil ÉclipSEOP de l’Observatoire de Paris permet d’effectuer cette vérification.

Une précision est essentielle. Même masqué à plus de 90 %, le Soleil demeure dangereux pour les yeux. Des lunettes de soleil ordinaires, des verres noircis, des négatifs photographiques ou des dispositifs improvisés ne protègent pas la rétine. Il faut employer des lunettes d’éclipse certifiées et en bon état, ou observer par projection indirecte. Jumelles, appareils photographiques et télescopes exigent un filtre solaire adapté placé devant l’objectif. En France, où l’éclipse restera partielle, on ne devra à aucun moment regarder directement le Soleil sans protection.


Quand le ciel cessait d’être fiable.

Pour comprendre la peur ancienne, il faut oublier un instant nos éphémérides et nos écrans. Dans les sociétés agricoles, le Soleil n’était pas seulement un objet lumineux parmi d’autres : il garantissait les récoltes, réglait le calendrier, séparait le temps du travail de celui du repos et rendait le monde habitable. Sa disparition en plein jour ne constituait donc pas une simple curiosité. Elle semblait atteindre la charpente même du réel.

 

Le soleil



L’éclipse réunissait presque tous les caractères du sacré tels que les décrira plus tard Rudolf Otto : elle était fascinante et redoutable, attirante et menaçante, rationnellement inexplicable pour la plupart et physiquement incontestable pour tous. Elle bouleversait les catégories les plus stables — le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, l’ordre et le chaos. Sa brièveté augmentait encore son pouvoir : le monde paraissait mourir, puis renaissait.

Mais il serait faux d’imaginer une humanité ancienne uniformément terrorisée et ignorante. Les réactions furent multiples. Certaines sociétés voyaient dans l’éclipse un présage politique ; d’autres un combat cosmique ; d’autres encore un temps de retrait, de purification ou de prière. Plusieurs peuples surent en prévoir le retour sans renoncer pour autant à sa portée religieuse. La connaissance de la cause n’annulait pas la signification : elle permettait parfois de mieux préparer le rite.

Mésopotamie : sauver le roi quand le Soleil menace le royaume.

Nulle civilisation ancienne n’a peut-être observé le ciel avec autant de persévérance que la Mésopotamie. Sur des tablettes d’argile, les lettrés babyloniens et assyriens consignèrent durant des siècles les mouvements des astres. Pour eux, le ciel formait une écriture divine : les dieux n’y imposaient pas nécessairement un destin irrévocable, mais y avertissaient les hommes, et d’abord le souverain, des dangers à venir.

Une éclipse solaire pouvait annoncer une menace contre le roi ou le pays correspondant à la région du disque obscurcie. Les spécialistes examinaient sa date, sa durée, sa direction et la portion du Soleil atteinte. Cette astrologie était à la fois religieuse, savante et politique. Elle ne se réduisait pas à une panique populaire : elle appartenait à une administration du présage, avec ses observateurs, ses textes de référence, ses rapports à la cour et ses rituels de conjuration.

Le plus saisissant de ces rites fut celui du « roi de substitution ». Lorsqu’un présage particulièrement funeste menaçait le souverain, un homme pouvait être installé temporairement sur le trône tandis que le véritable roi se retirait et abandonnait symboliquement ses insignes. Le mal annoncé devait alors tomber sur le substitut plutôt que sur le monarque. Les sources néo-assyriennes montrent que ce dispositif fut effectivement employé ; elles montrent aussi combien le pouvoir cherchait à négocier avec le destin par le déplacement rituel de la menace. Derrière ce cérémonial cruel se révèle une conviction fondamentale : si le ciel parle, l’homme n’est pas condamné au silence ; il peut répondre par le rite.

Ce qui nous paraît contradictoire ne l’était pas pour les Mésopotamiens. La capacité de prévoir une éclipse et la croyance en sa valeur de présage pouvaient parfaitement coexister. Prévisible ne signifiait pas insignifiant. La répétition du phénomène attestait au contraire la stabilité d’un langage céleste qu’il appartenait aux savants de déchiffrer.

Chine : le dragon, le mandat du Ciel et la responsabilité du souverain.

Dans la Chine ancienne, l’astronomie fut elle aussi inséparable du gouvernement. L’empereur régnait sous le « mandat du Ciel » ; l’harmonie du cosmos et la rectitude du pouvoir se répondaient. Une anomalie céleste pouvait dès lors être comprise comme un avertissement adressé au souverain. Les astronomes de cour avaient pour mission d’observer, de calculer et d’annoncer les phénomènes, car une erreur de calendrier ou une éclipse imprévue mettait symboliquement en cause la capacité du pouvoir à maintenir l’accord entre le Ciel et la Terre.

La tradition populaire a conservé l’image d’un dragon ou d’un être céleste dévorant le Soleil. On frappait des tambours, on produisait du bruit, on cherchait à repousser l’agresseur et à rendre sa lumière à l’astre. Cette représentation du dévorement se rencontre sous des formes diverses dans de nombreuses cultures, non parce qu’elles auraient nécessairement emprunté le même récit, mais parce que l’expérience visuelle suggère spontanément une morsure progressive : quelque chose mange le disque solaire.

Toutefois, le dragon ne doit pas masquer l’essentiel. En Chine comme en Mésopotamie, l’éclipse était aussi une affaire de responsabilité. Le désordre du ciel appelait l’examen du désordre humain. Le phénomène cosmique devenait un miroir moral et politique : le souverain devait s’interroger, corriger sa conduite, restaurer l’harmonie. La peur ne portait donc pas seulement sur la disparition du Soleil ; elle concernait ce que cette disparition pouvait révéler des fautes de la communauté et de ceux qui la gouvernaient.

Inde : Rāhu, l’immortelle tête de l’ombre.

La mythologie indienne a donné à l’éclipse l’une de ses images les plus puissantes. Dans le récit du barattage de l’Océan de lait, dieux et anti-dieux cherchent l’am
ta, le breuvage d’immortalité. Un être démoniaque parvient à s’en emparer en prenant place parmi les dieux, mais le Soleil et la Lune le dénoncent. Viṣṇu lui tranche alors la tête. Parce qu’il avait déjà goûté l’ambroisie, il ne peut mourir : sa tête immortelle, Rāhu, poursuit périodiquement le Soleil et la Lune et les avale pour se venger. N’ayant plus de corps, elle ne peut les retenir, et les astres réapparaissent.

Le mythe traduit avec une admirable économie le caractère temporaire de l’éclipse. Il donne aussi une forme narrative aux nœuds de l’orbite lunaire : dans l’astronomie et l’astrologie indiennes, Rāhu et Ketu, la tête et la queue du serpent, désignent précisément ces points sans corps matériel où peuvent se produire les éclipses. Ici encore, le langage mythique et le savoir astronomique ne s’excluent pas ; ils appartiennent à deux registres qui se superposent, celui du calcul et celui du sens.

Dans plusieurs traditions hindoues, le temps de l’éclipse demeure rituellement sensible. On peut jeûner, réciter des mantras, éviter certaines activités, se baigner avant ou après le phénomène et accomplir des dons. Ce moment de désordre apparent devient ainsi occasion de purification et d’intensification spirituelle. La crainte cosmique est convertie en discipline intérieure.

Grèce : du présage à la recherche des causes.

Le monde grec n’a pas brusquement remplacé le mythe par la raison. Il a plutôt ouvert, à côté des interprétations religieuses, un espace nouveau pour la recherche des causes naturelles. Hérodote raconte qu’une éclipse, traditionnellement datée de 585 avant notre ère et associée à Thalès de Milet, aurait interrompu une bataille entre Mèdes et Lydiens : voyant le jour se changer en nuit, les combattants auraient cessé le combat et recherché la paix. Les historiens discutent encore la nature exacte de la prédiction attribuée à Thalès ; le récit ne doit donc pas être transformé en certitude moderne. Sa force symbolique demeure néanmoins considérable : l’obscurcissement du Soleil suspend la violence humaine et impose aux armées une limite venue du ciel.

À mesure que la pensée grecque étudia les mouvements célestes, l’éclipse put être comprise comme l’effet d’un alignement et non comme l’intervention immédiate d’une puissance irritée. Anaxagore expliqua que la Lune recevait sa lumière du Soleil et que les éclipses résultaient d’interpositions. Une telle explication n’était pas spirituellement neutre : en soumettant les astres à une intelligibilité commune, elle modifiait la place de l’homme dans le cosmos. Le ciel n’était plus seulement le théâtre imprévisible des volontés divines ; il devenait un ordre que l’intelligence humaine pouvait contempler.

Cette contemplation rationnelle ne détruisait pas nécessairement le sacré. Chez Platon, Aristote et plus tard les stoïciens, l’ordre du ciel pouvait manifester la beauté, la cohérence ou la rationalité du tout. Le passage décisif ne fut donc pas toujours celui de la religion à l’irréligion, mais celui d’un sacré de l’arbitraire à un sacré de l’ordre.

La Bible, le christianisme et l’obscurité comme langage spirituel.

Dans la Bible hébraïque, le Soleil et la Lune sont des créatures, non des divinités. La Genèse les présente comme les « luminaires » placés dans le firmament pour rythmer les jours, les saisons et les années. Ce geste théologique est capital : les astres sont désacralisés en tant que dieux, mais ils ne deviennent pas insignifiants. Les prophètes emploient l’obscurcissement du Soleil dans le langage du jugement et du bouleversement historique. Chez Amos, Joël ou Isaïe, les ténèbres en plein jour expriment la crise, l’effondrement d’un monde et l’approche du « jour du Seigneur ». Bientôt la Foi surmontera la Loi.

 

Eclipse lors de la crucifixion de Jésus. Flim Barrabas 1961


Les Évangiles synoptiques rapportent qu’une obscurité couvrit la terre lors de la crucifixion de Jésus. La tradition chrétienne y a vu un deuil cosmique, la création entière participant au drame du Golgotha. Il faut cependant distinguer l’interprétation théologique de l’identification astronomique : la Pâque juive étant célébrée autour de la pleine lune, une éclipse solaire naturelle, qui ne peut survenir qu’à la nouvelle lune, ne saurait expliquer littéralement cette obscurité. La vérité religieuse du récit ne dépend donc pas de la possibilité d’y reconnaître une éclipse calculable. C'est le merveilleux mystère du christianisme et de la Foi.

Au Moyen Âge chrétien, les éclipses purent encore être perçues comme des signes, mais les savants connaissaient aussi leur causalité naturelle, héritée de l’astronomie grecque puis approfondie par les sciences arabes. Les théologiens durent penser ensemble deux convictions : le monde possède des causes secondes intelligibles, et la création peut recevoir une signification spirituelle. Une éclipse pouvait être parfaitement naturelle sans cesser d’inviter à la méditation. Ce point est essentiel, car il corrige la caricature d’un Moyen Âge incapable de distinguer miracle, prodige et phénomène astronomique.

 

Jésus Lumière soleil du Monde

Dans la symbolique chrétienne, le Soleil fut fréquemment associé au Christ, lumière du monde, et la Lune à l’Église, qui ne possède pas sa lumière propre mais la reçoit et la réfléchit. L’éclipse pouvait dès lors figurer l’obscurcissement de la foi, la Passion, l’épreuve de l’Église ou le retrait apparent de la grâce. Il s’agissait moins d’une doctrine officielle de l’éclipse que d’une grammaire symbolique : la lumière visible aidait à penser la lumière intérieure, et son retrait momentané, l’expérience spirituelle de l’absence.

L’islam : ni mort d’un homme ni caprice des astres, mais signe de Dieu.

La tradition islamique offre une mise au point d’une remarquable sobriété. Selon plusieurs hadiths, une éclipse solaire survint le jour de la mort d’Ibrāhīm, fils du prophète Mu
ammad
Certains y virent spontanément un événement lié à ce deuil. Le Prophète refusa cette interprétation : le Soleil et la Lune sont deux signes de Dieu ; ils ne s’éclipsent ni pour la mort ni pour la naissance de quelqu’un. Il invita alors les croyants à prier et à invoquer Dieu jusqu’à la fin du phénomène.

 


Cette parole écarte à la fois l’idolâtrie astrale et la récupération personnelle du prodige. L’éclipse n’est pas placée au service du prestige d’un homme, fût-il prophète. Elle n’annonce pas mécaniquement une destinée individuelle. Pourtant, elle n’est pas réduite à un spectacle indifférent : elle appelle la alāt al-kusūf, la prière de l’éclipse, faite de recueillement, de longues stations et d’humilité.


Le phénomène naturel devient ainsi un signe non parce qu’il transgresserait les lois de la création, mais parce qu’il les manifeste. L’attitude religieuse juste n’est ni la panique ni la divination, mais l’attention. Le croyant ne cherche pas à savoir quel prince mourra ; il se souvient de sa petitesse devant un ordre qui le dépasse.

Monstres, loups et serpents : la grande famille des dévoreurs de lumière.

À travers le monde, les récits d’éclipse font revenir une même scène : un être affamé s’attaque à l’astre.

En Scandinavie médiévale, les textes mythologiques évoquent les loups (Sköll et Hati) qui poursuivent le Soleil et la Lune ; dans l’imaginaire de la fin des temps, la capture des luminaires accompagne le Ragnarök. En Inde, Rāhu avale ses ennemis célestes. Dans différentes traditions d’Asie, un dragon, un serpent, un crapaud ou un chien mord le Soleil. Dans les Andes, les récits concernant surtout l’éclipse lunaire mettent en scène un jaguar menaçant l’astre.


Ces ressemblances ne prouvent pas l’existence d’une doctrine secrète universelle. Elles révèlent plutôt des structures élémentaires de l’imagination humaine. Une éclipse ressemble à une morsure ; sa progression suggère une dévoration ; son issue heureuse appelle l’idée que les cris, les tambours, les prières ou l’action collective ont contribué à sauver l’astre. Le rite donne alors prise sur l’effroi. Faire du bruit, se rassembler, réciter, frapper ou chanter, c’est refuser de subir passivement la défaillance du ciel.

Il faut d’ailleurs parler des « peuples » et des « traditions » avec prudence. Les récits transmis par des voyageurs, des missionnaires ou des compilateurs ont parfois simplifié des cosmologies complexes, confondu éclipses solaires et lunaires, ou présenté comme croyance générale une pratique locale. L’histoire sérieuse ne consiste pas à collectionner des légendes pittoresques, mais à comprendre ce qu’elles accomplissaient : protéger la communauté, restaurer un ordre, rappeler une faute, expliquer le retour de la lumière ou instituer un temps exceptionnel.

 

Le Soleil Arcane 19 Tarot d'Oswald Wirth


De l’astrologie ancienne à l’ésotérisme moderne : que signifie « interpréter » une éclipse ?

Dans l’astrologie ancienne, l’éclipse était souvent considérée comme un moment de rupture ou d’intensification du destin collectif. Sa signification dépendait du lieu de visibilité, du signe zodiacal, de la direction de l’ombre et des astres environnants. L’astrologie moderne continue parfois d’y voir une période de dévoilement, de crise, de clôture ou de recommencement. Le vocabulaire a changé : le présage menaçant le roi est devenu, dans les discours contemporains, invitation à la transformation intérieure.

Il convient ici de tenir ensemble ouverture symbolique et rigueur intellectuelle. Aucune donnée scientifique ne permet d’affirmer qu’une éclipse détermine les événements politiques, affectifs ou spirituels, ni qu’elle agit sur les destinées individuelles autrement que par ses effets physiques ordinaires et par l’expérience psychologique, culturelle ou collective que nous en faisons. Présenter comme un fait ce qui relève d’une croyance serait trahir à la fois la science et la spiritualité.

Mais reconnaître cette limite ne condamne pas le symbole. Un symbole n’est pas une cause cachée ; il est une forme offerte à la pensée. L’éclipse peut devenir l’image d’une lumière momentanément voilée, d’une traversée de l’ombre, d’un dépouillement, d’une conjonction des contraires ou d’un recommencement. Elle ne prédit pas notre avenir ; elle peut nous aider à le méditer. Sa valeur spirituelle ne réside pas dans une influence occulte démontrable, mais dans la qualité de présence qu’elle suscite.

L’erreur serait donc double : croire naïvement que le ciel écrit à notre intention le détail de nos vies, ou croire avec la même naïveté que seuls existent les phénomènes auxquels nous avons retiré toute profondeur. Entre la superstition et le désenchantement demeure une voie plus exigeante : connaître exactement ce qui arrive et recevoir pleinement ce que cette connaissance éveille en nous.

 Ce que les savants verront dans la nuit du Soleil.

Pour les astronomes, une éclipse totale offre un laboratoire naturel exceptionnel. Lorsque la photosphère, surface éblouissante du Soleil, est masquée, la couronne devient observable depuis le sol avec une finesse particulière. Les chercheurs peuvent étudier sa structure, son champ magnétique, ses jets, la propagation des ondes et les régions d’où naît le vent solaire. L’éclipse permet aussi d’observer les réactions de l’atmosphère terrestre à une chute très rapide du rayonnement solaire : température, ionosphère, circulation des vents et comportement du vivant peuvent changer pendant le passage de l’ombre.

Les instruments scientifiques distingueront des longueurs d’onde que l’œil humain ne perçoit pas et enregistreront des phénomènes trop fins ou trop rapides pour lui. Pourtant, le public verra quelque chose que les données ne remplacent pas : la métamorphose sensible du monde. La science mesure l’événement ; l’expérience lui donne une épaisseur existentielle. L’une et l’autre ne s’opposent pas. Elles répondent à deux questions différentes : comment cela se produit-il, et que nous arrive-t-il lorsque cela se produit ?

 


Le 12 août : apprendre à regarder.

Le soir du 12 août, il faudra d’abord accomplir les gestes les plus concrets : vérifier la météo et les horaires locaux, gagner un horizon occidental dégagé, protéger ses yeux, surveiller les enfants, renoncer aux instruments non filtrés. La première sagesse devant le ciel est une sagesse du réel.

Puis il faudra peut-être consentir au silence. Observer non seulement le disque entamé du Soleil, mais la couleur du paysage, la fraîcheur de l’air, le comportement des oiseaux, le visage de ceux qui nous entourent. Songer aux scribes assyriens penchés sur leurs tablettes, aux astronomes chinois responsables du calendrier impérial, aux prières murmurées sur les rives du Gange, aux philosophes grecs découvrant la géométrie du ciel, aux croyants musulmans rassemblés dans la prière, aux foules qui frappaient les tambours pour rappeler la lumière.

Nous ne partageons plus toutes leurs peurs, et c’est heureux. Nous savons que le Soleil reviendra. Mais peut-être avons-nous perdu quelque chose de leur attention. À force de rendre le monde explicable, nous risquons parfois de le croire épuisé par l’explication. Or une éclipse nous apprend exactement le contraire : comprendre n’empêche pas de s’émerveiller. Savoir que la nuit passagère résulte de trois corps alignés dans l’espace ne diminue pas sa beauté ; cela lui ajoute la vertigineuse précision des distances, des vitesses et des cycles.

Pendant quelques instants, la Lune nous montrera l’existence de la lumière en la cachant. Tel est peut-être le sens spirituel le plus juste de l’éclipse : non l’annonce d’un malheur, non le mot de passe d’un destin secret, mais l’expérience concrète de ce que nous oublions lorsqu’une chose nous est toujours donnée. Il faut parfois que le Soleil s’efface pour que nous nous souvenions que nous vivons de sa lumière.

Jean-Laurent Turbet

Repères et sources :

° Pour le phénomène du 12 août 2026, sa trajectoire et les règles d’observation :

- [NASA — Total Solar Eclipse on August 12, 2026](https://science.nasa.gov/eclipses/future-eclipses/total-solar-eclipse-on-august-12-2026/), [NASA — Eclipse Viewing Safety](https://science.nasa.gov/eclipses/safety/),

- [Observatoire de Paris — L’éclipse solaire du 12 août 2026](https://observatoiredeparis.psl.eu/eclipse-solaire-du-12-aout.html), [Observatoire de Paris — Les éclipses de Soleil](https://observatoiredeparis.psl.eu/les-eclipses-de-soleil.html),

ainsi que les articles de référence du [Monde](https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/08/08/eclipse-solaire-tout-comprendre-au-phenomene-attendu-le-12-aout_6740821_4355770.html),

de [France 3 Hauts-de-France](https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/eclipse-solaire-du-12-aout-horaires-lieux-et-conseils-pour-l-observer-dans-les-hauts-de-france-3396469.html)

et du [HuffPost](https://www.huffingtonpost.fr/tech-futurs/video/lors-de-l-eclipse-solaire-du-12-aout-voici-ce-que-les-scientifiques-verront-mais-que-vous-ne-verrez-pas_293735.html).

° Pour l’histoire culturelle et religieuse :

- John M. Steele, « Solar Eclipses across Early Asia », dans *Eclipse and Revelation*, Oxford University Press, 2024 ; [Metropolitan Museum of Art — The Solar Eclipse and the Substitute King](https://www.metmuseum.org/perspectives/solar-eclipse-substitute-king) ;

- Henrike Lange et Tom McLeish (dir.), *Eclipse and Revelation: Total Solar Eclipses in Science, History, Literature, and the Arts*, Oxford University Press, 2024 ;

- Hérodote, *Histoires*, I, 74 ; Genèse 1, 14-18 ; Amos 8, 9 ; Joël 3, 4 ; Marc 15, 33 ; [Sahih al-Bukhari, Livre des éclipses](https://sunnah.com/bukhari/16) ; [Exploratorium — Eclipse Stories from Around the World](https://www.exploratorium.edu/eclipse/eclipse-stories-from-around-the-world).

 

Important

- N'oubliez pas de vous inscrire à la newsletter de ce bloc-notes pour être tenu informé(e) de la parution de chaque nouvel article (onglet "Newsletter" ) sur la page d'accueil de ce site.

- Inscrivez vous également sur ma chaîne Youtubehttps://www.youtube.com/@JLT92Levallois où vous pourrez regarder l'ensemble de mes vidéos (que vous n'oublierez pas de liker ! :)

Le « Blog des Spiritualités »est un site d'information libre et indépendant traitant de spiritualités, de symbolisme, d'ésotérisme, d'occultisme, d'hermétisme, d'Initiation, de religion, de franc-maçonnerie, de mouvements spirituels, etc...

Chaque contributeur ou contributrice, écrit en son nom personnel. Il ou elle signe ses articles.

Chaque signataire d'article est responsable de l'article qu'il rédige.

Sauf mention contraire explicite, chaque contributeur n'écrit ni au nom d'une association, ni d'un parti politique, ni d'une obédience maçonnique, ni d'une loge maçonnique, ni d'un mouvement spirituel... Mais bien en son nom personnel.

Les propos des signataires d'articles n'engagent qu'eux.
et non pas l'une ou l'autre des associations dont ils sont éventuellement membres.

La liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

La Rédaction du Blog des Spiritualités.

Commenter cet article

Archives

Articles récents