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Le Blog des Spiritualités

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« Simplifier n'est pas appauvrir. Simplifier, c'est rendre visible l'essentiel sans trahir la profondeur. » Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, Islam, Soufisme, et toutes ces sortes de choses...


La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 17 Août 2026, 06:30am

Catégories : #Livre, #Métaphysique, #Sexe, #Spiritualité

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Métaphysique du sexe de Julius Evola :
l’éros, l’androgyne et la quête d’une transcendance perdue

Un livre majeur, fascinant et profondément contestable

Étude détaillée et critique de l’édition intégrale

 

Il existe des livres que l’on peut approuver ou réfuter presque ligne à ligne sans parvenir pour autant à les épuiser, parce que leur véritable importance ne réside ni dans la somme des propositions qu’ils avancent ni dans l’adhésion qu’ils sollicitent, mais dans le déplacement du regard qu’ils imposent à leur lecteur ; Métaphysique du sexe, publié en italien en 1958, appartient indiscutablement à cette catégorie, car Julius Evola (19 mai 1898-11 juin 1974) y entreprend de soustraire la sexualité aux explications biologiques, psychologiques et sociologiques qui dominaient son époque, non pour nier l’existence de ces plans, mais pour les subordonner à une interrogation plus radicale portant sur la signification ultime de la différence des sexes, de l’attraction érotique, de l’orgasme, de l’amour-passion et des usages sacrés de l’union charnelle.

Une telle entreprise est à la fois plus forte et plus fragile qu’une simple philosophie de l’amour : plus forte, parce qu’Evola refuse le sentimentalisme et prend au sérieux la puissance de dépossession, de crise et parfois de destruction propre à l’éros ; plus fragile, parce qu’il transforme volontiers des analogies symboliques, des mythes et des témoignages religieux en preuves convergentes d’une ontologie qu’il suppose plutôt qu’il ne la démontre, tout en inscrivant cette ontologie dans une conception hiérarchique, viriliste et résolument antimoderne dont les affirmations sur les femmes, l’homosexualité, l’évolution biologique ou la psychanalyse ne peuvent être reçues sans une critique ferme et résolue. Il faut donc lire ce livre comme on lit toute grande construction spéculative : en distinguant soigneusement la fécondité des questions, la force des descriptions, la cohérence interne du système et la validité effective de ses réponses.

Julius Evola : itinéraire intellectuel et compromissions politiques.

Giulio Cesare Andrea Evola, qui adopta le prénom de Julius, naquit à Rome le 19 mai 1898 et y mourut le 11 juin 1974 ; issu d’une famille catholique d’origine sicilienne, il participa comme officier d’artillerie à la Première Guerre mondiale, fréquenta ensuite les avant-gardes futuristes et dadaïstes, peignit, écrivit des poèmes et abandonna très tôt l’art pour la philosophie, l’ésotérisme et l’étude comparée des traditions, selon un itinéraire où se croisèrent l’idéalisme allemand, Friedrich Nietzsche (1844-1900), le tantrisme, le bouddhisme et surtout la pensée de René Guénon (1886-1951), dont il partagea la critique radicale de la modernité sans adopter son retrait à l’égard de l’action politique.

Ce dernier point est essentiel, car Evola ne fut pas seulement un métaphysicien excentrique que quelques fréquentations malheureuses auraient compromis malgré lui : hostile au christianisme égalitaire, au libéralisme, au socialisme, à la démocratie et à l’universalisme moderne, il chercha dans le fascisme de Benito Mussolini (1883-1945), puis dans certains milieux de l’Allemagne nationale-socialiste, les instruments possibles d’une restauration aristocratique et impériale, tout en jugeant ces régimes trop plébéiens, trop nationalistes ou trop biologiquement racistes pour correspondre pleinement à son idéal « traditionnel ».

Le Duce, Benito Mussolini

Cette position de critique par la droite du fascisme ne l’innocente nullement ; elle explique au contraire pourquoi son œuvre put devenir, après 1945, une référence structurante pour plusieurs courants néofascistes européens, même s’il fut acquitté en 1951 dans le procès intenté contre lui pour reconstitution du parti fasciste.

En avril 1945, à Vienne, une explosion soviétique lui causa une lésion de la moelle épinière qui paralysa définitivement ses jambes ; rentré à Rome en 1950, il poursuivit depuis son appartement du corso Vittorio Emanuele II une œuvre déjà considérable, où Révolte contre le monde moderne avait formulé en 1934 la grande morphologie de la décadence, tandis que Chevaucher le tigre, paru en 1961, allait proposer une discipline intérieure à l’homme différencié condamné à vivre dans un monde qu’il ne pouvait plus restaurer. Métaphysique du sexe s’inscrit précisément entre ces deux livres, dans la période où, renonçant à la perspective d’une transformation politique immédiate, Evola explore les lieux où une brèche vers la transcendance pourrait encore s’ouvrir au sein même de l’existence moderne.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

De Révolte contre le monde moderne aux Méditations du haut des cimes.

Par rapport à Révolte contre le monde moderne, déjà étudié sur ce blog, Métaphysique du sexe réduit l’échelle sans changer de métaphysique : le premier ouvrage opposait les civilisations traditionnelles, structurées par le sacré, le rite et la hiérarchie, au monde moderne dominé par l’économie, l’individualisme, margent, le matérialisme et la quantité ; le second examine un domaine particulier pour y retrouver la même opposition entre une sexualité intégrée à un ordre cosmique et initiatique, d’une part, et une sexualité simultanément obsédante, profane et appauvrie, d’autre part. Le sexe devient ainsi un laboratoire de la thèse générale d’Evola : ce que la modernité présente comme une libération serait moins l’émancipation d’une puissance que sa dissociation d’avec le principe supérieur qui lui donnait sens.

Le rapprochement avec Méditations du haut des cimes est tout aussi éclairant, bien que les deux livres diffèrent de ton et de matière : dans les textes alpins, l’ascension transforme la montagne en « métaphysique pratique », parce que le risque, la solitude, le froid et la verticalité peuvent arracher l’individu à son moi quotidien ; dans Métaphysique du sexe, c’est l’éros qui provoque une semblable rupture, selon un axe non plus vertical et héroïque, mais polaire et unitaire, où deux êtres tentent d’abolir la séparation qui les constitue. La montagne et l’étreinte sont donc, chez Evola, deux opérateurs possibles d’une même crise de l’individualité ; toutefois, là où l’alpinisme exalte la maîtrise, la lucidité et la présence à soi, l’expérience sexuelle comporte une ambiguïté plus dangereuse, puisqu’elle peut mener soit à une ouverture consciente, soit à la simple dissolution du moi dans le plaisir.

Cette continuité permet de comprendre la place singulière du livre : Révolte contre le monde moderne expose la doctrine du monde traditionnel ; Méditations du haut des cimes en propose une vérification existentielle par l’action ; Métaphysique du sexe recherche, dans la puissance la plus intime et la plus universelle de l’être humain, les traces d’un dépassement qui peut être subi, profané ou méthodiquement orienté. Il ne s’agit donc ni d’un traité de sexologie ni d’un manuel érotique, mais d’une anthropologie religieuse spéculative prolongée par une phénoménologie de l’amour et par une enquête, très inégale, sur les rites sexuels.

Guénon, Evola, Eliade

Guénon, Evola, Eliade

Ce qu’Evola entend par « métaphysique ».

Dès l’introduction, Evola donne au mot « métaphysique » deux sens complémentaires : il s’agit d’abord de « la recherche des principes et des significations ultimes », de sorte qu’une métaphysique du sexe étudiera « ce que signifient, d’un point de vue absolu, soit les sexes, soit les relations entre les sexes » ; il s’agit ensuite, conformément à l’étymologie, d’une connaissance de ce qui va « au-delà du plan physique », non sous la forme de concepts abstraits, mais comme possibilité d’une expérience « transpsychologique et transphysiologique » (Métaphysique du sexe, introduction, p. 7-8).

Le programme est ambitieux et précisément formulé : Evola veut « cerner tout ce qui, dans l’expérience du sexe et de l’amour, mène à un changement de niveau de la conscience ordinaire » et parfois au « dépassement des conditionnements du Moi individuel » (p. 8). Il ne soutient donc pas seulement que le sexe possède une signification symbolique que l’intelligence pourrait contempler de l’extérieur ; il affirme que l’expérience érotique contient virtuellement des modifications réelles de la conscience, dont les amants ordinaires ne perçoivent que les effets émotionnels ou physiologiques, faute d’une sensibilité et d’une doctrine capables de les reconnaître.

La méthode qui en découle combine quatre types de matériaux : le langage et le comportement des amants, considérés comme les traces banales d’un phénomène plus profond ; la littérature, appelée à exprimer avec une intensité exemplaire ce que l’expérience commune ne fait qu’entrevoir ; les mythes et symboles des civilisations traditionnelles ; enfin les doctrines et techniques du tantrisme, du taoïsme, de la Kabbale, de l’hermétisme et de certains courants initiatiques occidentaux. Evola compare ces matériaux selon ce qu’il nomme ailleurs la « méthode traditionnelle », c’est-à-dire en recherchant derrière leurs différences historiques une structure métaphysique commune.

Cette méthode produit des rapprochements souvent saisissants, mais elle comporte un vice épistémologique constant : la concordance symbolique y tient fréquemment lieu de démonstration, tandis que les divergences entre traditions, les contextes historiques et les médiations philologiques sont ramenés au rang de variations secondaires. Mircea Eliade (1907-1986), historien des religions qu’Evola cite abondamment, cherchait lui aussi des structures récurrentes du sacré, mais il distinguait en principe la description historico-religieuse de l’adhésion métaphysique ; Evola, au contraire, revendique le passage de l’une à l’autre et considère les mythes non comme des objets à expliquer, mais comme les principes capables d’expliquer le réel.

Contre le réductionnisme : une critique juste, une réponse indémontrée.

Le premier chapitre, « Éros et amour sexuel », commence par rejeter les interprétations évolutionnistes qui réduisent la sexualité humaine au prolongement de l’instinct animal et à la reproduction de l’espèce ; cette critique contient une intuition légitime, car l’expérience vécue du désir humain, structurée par l’imagination, la mémoire, l’interdit, les fantasmes, la singularité du partenaire et le sens, ne se laisse évidemment pas épuiser par sa fonction reproductive. Evola remarque avec justesse que l’« instinct de reproduction », comme contenu immédiat de la conscience désirante, est inexistant, et que la procréation constitue une conséquence possible de l’acte plutôt que le but subjectivement visé par l’éros (p. 22-23).

Cependant, au lieu de compléter l’explication biologique par une phénoménologie et une anthropologie plus riches, il lui oppose une « doctrine traditionnelle de l’involution » et va jusqu’à écrire qu’« il est à nos yeux plus juste de dire que le singe dérive de l’homme par involution, que d’affirmer que l’homme dérive du singe par évolution » (p. 18). La faiblesse est ici manifeste : qu’une fonction biologique n’épuise pas la signification humaine d’une expérience ne réfute aucunement l’évolution des espèces, et la critique du réductionnisme devient sophistique lorsqu’elle confond les niveaux d’explication pour substituer à une théorie scientifique corroborée une cosmologie de la chute.

Son rapport à Sigmund Freud (1856-1939) est pareillement ambivalent : Evola reconnaît à la psychanalyse le mérite d’avoir compris que des formes affectives apparemment désincarnées pouvaient être liées à la sexualité, mais il lui reproche de ramener le supérieur à l’inférieur et de faire d’une « primordialité infrapersonnelle du sexe » la clé de l’être humain ; son propre projet veut opposer à cette primordialité « une autre primordialité, métaphysique, dont la première est la dégradation » (p. 12).

L’objection touche un véritable problème herméneutique, celui de savoir si le symbole spirituel n’est qu’une sublimation de la pulsion ou si la pulsion peut aussi être le reflet obscur d’une aspiration spirituelle ; néanmoins, Evola ne tranche pas cette question par une enquête, puisqu’il pose d’emblée comme certaine l’antériorité ontologique du supérieur.

L’amour sexuel comme crise du moi.

Paul Bourget

La partie la plus convaincante du livre commence lorsqu’Evola décrit l’amour-passion non comme un sentiment agréable ou une institution sociale, mais comme un événement qui déplace le centre de l’existence ; reprenant une formule de Paul Bourget (1852-1935), il définit l’amour par « un certain état mental et physique durant lequel tout s’abolit en nous » (p. 19), puis soutient que l’union corporelle est le terme naturel de l’attraction entre les sexes, car elle seule met en mouvement les « couches les plus profondes de l’être » et produit ce « court-circuit » dont l’orgasme constitue l’expression la plus grossière, mais aussi le lieu d’une possible dimension non individuelle (p. 19-20).

Il faut bien mesurer ce que cette thèse a de radical : Evola refuse autant le moralisme qui tolère le corps à condition de le subordonner à l’affection que le matérialisme qui ne voit dans l’amour qu’une parure psychologique de l’instinct ; pour lui, l’intensité charnelle n’est ni l’ennemie de la transcendance ni sa preuve suffisante, mais le point où une force supra-individuelle peut affleurer. L’éros possède ainsi une structure double : il vise l’unité, mais peut aboutir à la simple décharge (si je puis dire) ; il promet la sortie du moi, mais peut livrer l’individu à une puissance qu’il ne maîtrise pas ; il est virtuellement ascendant et pratiquement dissolvant.

Cette analyse atteint son meilleur niveau dans le troisième chapitre, consacré aux « phénomènes de transcendance dans l’amour profane », lorsqu’Evola écrit que le caractère métaphysique de l’amour apparaît dans sa « transcendance par rapport à l’être individuel », à ses valeurs, à ses intérêts, à sa tranquillité et parfois à son existence physique (p. 93). La passion révèle alors que l’homme ne se suffit pas à lui-même et qu’une puissance capable de susciter aussi bien l’héroïsme que la trahison, le sacrifice que le crime, ne saurait être comprise comme une fonction périphérique ; la « tyrannie de l’amour » devient le signe, selon lui, du « désir de se porter […] au-delà de la finitude de l’individu » (p. 94).

Cette proposition reste féconde même si l’on refuse la métaphysique évolienne : l’amour passionnel constitue effectivement une expérience de décentrement où les hiérarchies ordinaires du sujet peuvent être suspendues, et Søren Kierkegaard (1813-1855), Georges Bataille (1897-1962) ou la psychanalyse, par des voies très différentes, ont eux aussi interrogé la proximité entre érotisme, angoisse, sacrifice et mort.

La singularité d’Evola consiste à interpréter cette crise non comme l’effet d’un manque psychique, d’une transgression sociale ou d’une dialectique existentielle, mais comme la réactivation imparfaite d’une unité ontologique perdue.

Le mythe de androgyne : unité originaire et désir de réunification.

Jean Baptiste par Léonard

Le cœur doctrinal du livre réside dans le mythe de l’androgyne rapporté par Aristophane dans le Banquet de Platon (vers 428/427-vers 348/347 avant notre ère) : les êtres humains primordiaux, complets et puissants, auraient été divisés par les dieux, de sorte que chaque moitié cherche depuis lors à rejoindre celle dont elle fut séparée. Evola ne traite pas ce récit comme une fable psychologique sur le besoin d’autrui, mais comme une révélation initiatique de la structure de l’être : « le sexe n’existe que là où existe aussi, obscurément, comme fondement, la condition d’androgyne » (p. 64), et l’attraction sexuelle exprime la tendance de l’être divisé à reconstituer l’unité.

Le mythe éclaire trois dimensions de l’éros : la polarité, puisque l’union suppose deux principes différenciés ; la nostalgie, puisque le désir répond à une privation originaire ; la transcendance, puisque ce qui est recherché à travers le partenaire excède toujours l’individu empirique. Evola complète Aristophane par le discours de Diotime, où Éros naît de Poros, la ressource, et de Pénia, la pauvreté : l’amour est simultanément manque et puissance, aspiration à posséder le bien et à participer à l’immortalité, si bien que la tension sexuelle traduit, à son niveau, une « appétence de l’être à l’égard de l’être ».

Cette lecture possède une incontestable beauté spéculative, car elle rend compte de l’excès propre au langage amoureux, dans lequel un être fini est spontanément investi d’une valeur absolue ; elle explique aussi pourquoi la possession réelle n’abolit pas nécessairement le désir, puisque l’objet métaphysiquement recherché ne coïncide jamais complètement avec la personne possédée. Mais elle risque de transformer le partenaire en moyen d’une restauration de soi : si j’aime en l’autre la moitié capable de me rendre entier, l’altérité véritable de sa personne peut disparaître derrière sa fonction ontologique. Une philosophie de la relation devrait donc compléter le schème de la réunification par une pensée de l’irréductibilité d’autrui, absente d’un système où l’unité prévaut toujours sur la dualité.

Le « magnétisme » érotique et les degrés de la sexualisation.

Pour décrire le caractère immédiat et sélectif de l’attraction, Evola recourt à une « théorie magnétique de l’amour » : entre certains êtres s’établirait un fluide ou un champ produit par la polarité sexuelle, indépendamment de la beauté conventionnelle, de l’affinité morale ou de la volonté consciente. Lorsque ce magnétisme disparaît, écrit-il, « toutes les tentatives pour continuer une relation amoureuse seront aussi vaines » que celles qui voudraient faire fonctionner une machine privée d’énergie (p. 39-40). L’image traduit assez bien l’expérience de l’attirance et de son extinction, mais Evola lui confère une réalité « subtile » qu’aucune observation ne permet d’établir.

Otto Weininger

Cette théorie s’articule à celle des degrés de sexualisation, empruntée notamment à Otto Weininger (1880-1903), auteur de Sexe et caractère : aucun homme empirique ne serait intégralement masculin ni aucune femme intégralement féminine, chaque individu combinant diversement les deux principes, tandis que l’attraction dépendrait de leur complémentarité. Une telle gradation pourrait introduire de la souplesse dans le dualisme ; Evola la referme pourtant sur une polarité normative, car les mélanges ne remettent jamais en cause l’existence de deux essences absolues, mais indiquent seulement leur réalisation plus ou moins parfaite.

Il en résulte une contradiction significative : d’une part, l’homme et la femme absolus sont des principes, non des individus, et les personnes concrètes occupent tout un spectre de déterminations ; d’autre part, Evola affirme que le sexe est un « destin », qu’« on n’existe qu’en tant qu’homme ou qu’en tant que femme », et que la qualité masculine ou féminine imprègne l’être « dans l’âme » et « dans l’esprit » avant même de se manifester dans le corps (p. 172-173). Ce passage d’une polarité symbolique à une assignation ontologique explique la rigidité avec laquelle le livre aborde les identités et les orientations qui excèdent son modèle.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

L’appendice sur l’homosexualité : la limite d’un système clos.

L’appendice consacré à l’homosexualité est l’une des parties les plus datées et les plus insupportables et contestables (inacceptable aujourd'hui) de l’ouvrage ; Evola y envisage l’homosexualité soit comme l’effet « naturel » d’une sexualisation incomplète, soit comme « déviation », « vice » ou « perversion », et lui refuse toute signification supérieure au motif que l’union véritable exigerait la polarité ontologique de l’homme et de la femme (p. 89-91). Son raisonnement est circulaire : l’éros métaphysiquement efficace est défini comme union des principes masculin et féminin ; l’union homosexuelle ne correspondant pas à cette définition, elle est déclarée métaphysiquement inefficace, puis cette inefficacité supposée sert de preuve à la définition initiale.

La critique ne consiste pas à reprocher anachroniquement à un auteur de 1958 de ne pas employer les catégories contemporaines, car des conceptions non pathologisantes de l’homosexualité existaient déjà, et Alfred Kinsey (1894-1956), qu’Evola congédie avec mépris, avait précisément montré la diversité des comportements sexuels ; elle consiste à relever que l’auteur abandonne ici sa propre règle méthodologique, selon laquelle l’exception peut révéler une structure plus profonde que la moyenne statistique. Lorsqu’une exception confirme sa polarité, elle devient signifiante ; lorsqu’elle la contredit, elle est réduite à une anomalie, ce qui montre que la doctrine commande la lecture des faits plus qu’elle n’en procède.

Rappelons tout de même que l'homosexualité n'a été définitivement dépénalisée en France qu'en 1981..

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Éros, mort, douleur et dissolution.

Evola consacre des analyses pénétrantes au complexe qui associe amour, douleur et mort, non pour célébrer indistinctement la souffrance, mais pour montrer que la passion atteint sa limite lorsqu’elle exige l’abolition de la distance entre les êtres ; l’orgasme, la jalousie, le sacrifice, le sadisme et le masochisme deviennent alors des manifestations différenciées d’une même poussée vers la rupture des frontières du moi. Le rapprochement traditionnel entre orgasme et « petite mort » ne relève plus d’une métaphore décorative : il désigne l’instant où la conscience ordinaire se suspend, mais où cette suspension peut être vécue comme effondrement ou comme ouverture.

Donatien le Marquis de Sade

L’analyse du sadisme et du masochisme demeure pourtant dangereusement spéculative, car Evola cherche dans la domination et la soumission des composantes profondes de la polarité sexuelle, avant de distinguer leur fonction symbolique de leur absolutisation pathologique ; ce cadre tend à métaphysiciser des rapports de pouvoir et à naturaliser, sous les catégories d’activité masculine et de passivité féminine, ce qui relève aussi de l’histoire sociale, des scénarios individuels et, surtout, du consentement. Le marquis de Sade (1740-1814) est lu comme un témoin dégradé de la « Voie de la Main Gauche », et Grigori Raspoutine (1869-1916) comme le représentant ambigu d’un usage transgressif de la faute ; dans les deux cas, la recherche d’une structure initiatique derrière l’excès risque de conférer une profondeur doctrinale à des violences que leur intensité ne transfigure pas.

La distinction essentielle reste néanmoins valable : perdre conscience n’est pas dépasser consciemment la conscience, et toute la discipline initiatique consistera, selon Evola, à demeurer présent au moment où l’être ordinaire tend à se dissoudre. Le plaisir profane est une force qui échappe à celui qui l’a suscitée ; l’éros initiatique chercherait au contraire à maintenir, recueillir et orienter cette force, ce qui rapproche la sexualité de l’ascèse alpine, puisque la puissance ne vaut qu’à condition d’être accompagnée de lucidité.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Masculin et féminin : de la polarité cosmique à l’inégalité humaine.

Le quatrième chapitre, « Dieux et déesses, hommes et femmes », expose la thèse la plus systématique et la plus problématique du livre : selon Evola, l’homme traditionnel n’aurait pas projeté la différence humaine des sexes sur ses divinités, mais aurait découvert dans les dieux et les déesses les principes transcendants dont les hommes et les femmes sont les manifestations. « Les sexes, avant d’exister physiquement, existaient comme des forces supra-individuelles et comme des principes transcendants » (p. 157) ; la mythologie fournirait donc la clé de la psychologie, et non l’inverse.

Le renversement est philosophiquement clair, mais il dépend entièrement d’un réalisme métaphysique des archétypes : là où Carl Gustav Jung (1875-1961) rapporte les figures masculines et féminines à l’inconscient collectif, Evola reproche au psychiatre suisse d’enfermer les archétypes dans la psychologie et affirme leur existence indépendante comme « principes-puissances transindividuels » (p. 158-159). Or rien, dans la récurrence des symboles, ne contraint à franchir ce pas ontologique ; des structures mythiques communes peuvent résulter de constantes corporelles, psychiques et sociales sans devenir pour autant des entités métaphysiques antérieures aux êtres humains.

Evola ordonne ensuite la polarité selon une série d’analogies : masculin et féminin, unité et dyade, forme et matière, ciel et terre, activité et passivité, principe immobile et puissance génératrice. Le problème n’est pas que ces couples symboliques existent dans de nombreuses traditions, ce qui est incontestable, mais qu’ils ne sont jamais neutres dans son système : l’unité, la forme et la transcendance reçoivent une dignité supérieure à la multiplicité, à la matière et au devenir, de sorte que la complémentarité proclamée dissimule une hiérarchie constante. La femme peut être exaltée comme puissance cosmique, déesse, amante ou mère, mais cette exaltation s’accomplit à l’intérieur d’une structure où le principe masculin demeure le pôle de la forme, de la maîtrise et de l’esprit.

Il faut ici distinguer soigneusement trois propositions que le livre tend à superposer : l’existence de différences corporelles entre les sexes ; la présence historique de symboliques masculines et féminines ; l’existence de caractères psychologiques et spirituels éternels assignables à tous les hommes et à toutes les femmes. Les deux premières sont des objets d’observation et d’interprétation ; la troisième ne s’en déduit pas, et les variations culturelles, individuelles et historiques suffisent à interdire le passage immédiat de la symbolique cosmique à une éthique normative des sexes.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

La femme « démétrienne » et la femme « aphrodisienne ».

Parmi les distinctions les plus intéressantes du livre figure celle des archétypes « démétrien » et « aphrodisien » : le premier, placé sous le signe de Déméter, renvoie à la féminité maternelle, tellurique, féconde et enveloppante ; le second, sous le signe d’Aphrodite, désigne la femme comme puissance érotique, beauté fascinante et force de dissolution. Evola refuse ainsi de réduire la féminité à la maternité et reconnaît à l’amante une puissance autonome que la morale bourgeoise et certaines théologies ont cherché à neutraliser.

Cependant, la femme reste décrite beaucoup plus souvent comme manifestation d’une force que comme sujet spirituel capable de déterminer elle-même sa voie ; qu’elle soit mère ou amante, Déméter ou Aphrodite, elle apparaît comme puissance de vie, de nature et d’attraction face à un masculin appelé à lui donner forme ou à ne pas s’y perdre. La polarité devient donc asymétrique : la femme incarne spontanément une puissance, tandis que l’homme se définit par la tâche de la maîtriser, de l’orienter ou de la transcender. Ce schème permet à Evola de valoriser le féminin sans reconnaître une égalité de subjectivité, et explique pourquoi son antiféminisme n’est pas une simple survivance sociale, mais une conséquence organique de sa métaphysique.

Béatrice guide Dante dans les cercles

Béatrice guide Dante dans les cercles

Sacraliser le sexe : mariage, prostitution sacrée et amour courtois.

Le cinquième chapitre étudie les formes historiques de sacralisation, depuis le mariage traditionnel jusqu’aux hiérogamies, à la prostitution sacrée, aux incubes et succubes, à l’amour chevaleresque et aux Fidèles d’Amour ; Evola reconnaît lui-même que les témoignages sont fragmentaires et qu’il est souvent impossible de savoir quand le rite produisait une expérience effective et quand il n’était plus qu’une coutume formelle (p. 229). Cet aveu méthodologique est précieux, mais il ne l’empêche pas toujours de reconstruire avec assurance l’unité intérieure de pratiques éloignées.

Dans le mariage antique, il voit moins une association affective qu’une institution religieuse ordonnée à la transmission d’une influence de lignée ; le christianisme est ensuite critiqué pour son attitude ambivalente envers la sexualité, qu’il aurait sauvée de l’impureté par le mariage tout en perdant largement le sens positif du sacrum sexuel. Cette lecture sous-estime la richesse des théologies chrétiennes du corps et du mariage, depuis Paul de Tarse (vers 5-vers 64/67) jusqu’aux traditions sacramentelles, mais elle met justement en évidence la différence entre une réglementation morale de la sexualité et sa possible interprétation comme mystère.

Les pages sur l’amour courtois et les Fidèles d’Amour sont parmi les plus suggestives : la dame y devient support d’une présence supérieure et l’amour une technique d’élévation, à condition que l’image féminine ne soit pas seulement objet de désir, mais médiatrice d’une transformation intérieure. Dante Alighieri (1265-1321) et Béatrice Portinari (1266-1290), les troubadours et la littérature initiatique sont intégrés à une théorie de l’« évocation » selon laquelle l’amant active, à travers une femme réelle, une puissance qui la dépasse.

Là encore, la fécondité herméneutique s’accompagne d’un risque : la personne aimée s’efface derrière la fonction spirituelle que l’amant lui attribue, et l’altérité est absorbée par le parcours initiatique du sujet masculin.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Tantrisme, taoïsme et magie sexuelle.

Le sixième chapitre, consacré à « la sexualité dans le domaine de l’initiation et de la magie », est l’aboutissement pratique du livre ; Evola y distingue la transmutation endogène de l’énergie sexuelle, qui se passe de partenaire, et les pratiques à deux visant une rupture extatique ou initiatique de niveau. Il examine le kundalinî-yoga, le taoïsme chinois, la Kabbale, les Mystères d’Éleusis, le tantrisme, certaines pratiques arabes, l’hermétisme, la pyromagie de Giuliano Kremmerz (1861-1930) et la magie sexuelle d’Aleister Crowley (1875-1947).

 

Le principe directeur est que l’énergie sexuelle peut être gaspillée dans la décharge, retenue ascétiquement ou transformée par une technique qui exige qualification, maîtrise du souffle, contrôle de l’imagination et présence consciente ; dans les pratiques tantriques, l’union ne vise donc ni la procréation ni le plaisir ordinaire, mais la production et la fixation d’un état où la dualité est momentanément surmontée. Evola insiste à juste titre sur le fait que ces méthodes ne sauraient être réduites à une licence sexuelle revêtue d’un vocabulaire oriental, et il avertit à plusieurs reprises de leurs dangers psychiques et spirituels.

La documentation est impressionnante par son étendue, mais très inégale quant à sa valeur : textes traduits, études orientalistes anciennes, témoignages occultistes, reconstructions ésotériques et analogies hermétiques sont placés sur un même plan de concordance, tandis que les différences doctrinales entre délivrance tantrique, longévité taoïste, symbolique kabbalistique et magie cérémonielle occidentale sont parfois écrasées par la recherche d’une technique universelle. L’étude d’Ibn ‘Arabî (1165-1240), auquel Evola fait brièvement appel pour les pratiques et symboliques arabes, demeure ainsi beaucoup moins développée que ne le permettrait la métaphysique islamique de l’amour ; le grand maître andalou ne réduit pas la femme à un pôle énergétique, puisque la contemplation du divin en elle engage une théologie de la manifestation autrement plus ample.

Cette dernière partie doit donc être lue comme une cartographie comparatiste et non comme un manuel : Evola rassemble des matériaux importants et rappelle que plusieurs traditions ont conçu la sexualité comme une puissance susceptible d’être ritualisée, mais il ne fournit ni l’établissement philologique ni le contexte initiatique vivant qui autoriseraient une mise en pratique. Sa propre conclusion est d’ailleurs prudente : faire davantage qu’en prendre connaissance est, écrit-il, « exclu pour la quasi-totalité de nos contemporains » (p. 361).

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

La modernité sexuelle : diagnostic lucide et nostalgie trompeuse.

Evola ouvre son livre par le constat d’une « obsession sexuelle » moderne, caractérisée moins par une plus grande intensité charnelle que par une excitation psychique « diffuse et chronique », entretenue par la publicité, le cinéma et l’exposition permanente des corps (p. 14-15). Écrite en 1958, cette analyse paraît prophétique à l’âge des réseaux sociaux, de la pornographie numérique et de la marchandisation algorithmique du désir : la visibilité illimitée du sexe ne garantit ni la profondeur de l’expérience ni la liberté intérieure, et l’excitation peut devenir un régime permanent séparé de toute rencontre réelle.

Cependant, le diagnostic est faussé par le concept de « gynécocratie », qui attribue la crise à la prédominance du féminin et à l’émancipation des femmes plutôt qu’aux industries marchandes, aux rapports de pouvoir et aux dispositifs techniques qui exploitent indifféremment les corps féminins et masculins. Evola voit clairement la transformation du désir en marchandise, mais il l’inscrit dans un récit de dévirilisation où la femme émancipée devient le symptôme de la décadence ; l’analyse sociale s’efface alors devant une mythologie politique des sexes.

Il commet en outre une erreur fréquente chez certains antimodernes : comparer les réalités les plus vulgaires du présent aux significations les plus hautes du passé, comme si les sociétés traditionnelles avaient intégralement vécu leurs propres symboles, alors que lui-même reconnaît la possibilité de rites vidés de leur contenu. La prostitution sacrée ne prouve pas que toute sexualité ancienne fût sacrée, pas plus que la pornographie contemporaine ne résume toutes les expériences modernes de l’amour ; une comparaison équitable devrait confronter les idéaux aux idéaux, les pratiques ordinaires aux pratiques ordinaires et les pathologies aux pathologies.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

La grande force du livre : une phénoménologie de l’excès.

La contribution durable de Métaphysique du sexe ne réside probablement pas dans l’ontologie binaire qu’Evola prétend établir, mais dans sa capacité à reconnaître l’excès de l’éros sur ses fonctions : excès sur la reproduction, puisque le désir ne vise pas subjectivement l’espèce ; excès sur le plaisir, puisque l’amour peut rechercher la douleur, le risque et le sacrifice ; excès sur l’utilité sociale, puisque la passion bouleverse les institutions et les intérêts ; excès, enfin, sur l’individu, puisque l’amant attribue à un être fini une valeur qui engage la totalité de son existence.

Evola formule ainsi une question que les sciences humaines ne devraient pas esquiver : même si toute expérience possède des conditions biologiques, psychiques et sociales, ces conditions suffisent-elles à épuiser son sens pour celui qui la vit ? Répondre négativement n’oblige pas à accepter les « fluides subtils », l’involution cosmique ou les archétypes ontologiquement réels ; cela oblige seulement à reconnaître qu’une explication causale et une compréhension du sens ne sont pas interchangeables. À cet égard, le livre demeure un antidote utile contre les réductionnismes, précisément lorsque l’on refuse de remplacer un réductionnisme matérialiste par un dogmatisme métaphysique.

Les faiblesses décisives : essentialisme, hiérarchie et confusion des preuves.

Trois objections principales doivent finalement être retenues. La première concerne la méthode : Evola traite la répétition d’un symbole dans plusieurs traditions comme l’indice de sa vérité métaphysique, alors qu’elle prouve seulement sa diffusion ou sa récurrence ; il confond ainsi la valeur existentielle d’une représentation, sa fréquence historique et sa réalité ontologique. Son comparatisme est puissant pour faire apparaître des analogies, insuffisant pour établir des filiations et impuissant à démontrer la transcendance qu’il présuppose.

La deuxième objection touche l’essentialisme sexuel : le masculin et le féminin ne sont pas seulement, chez lui, des pôles symboliques, mais des essences qui déterminent le corps, l’âme et l’esprit, puis fondent une éthique inégalitaire. Les nuances introduites par les degrés de sexualisation ne corrigent pas cette structure, parce qu’elles mesurent chaque individu à deux absolus déjà définis ; l’expérience vécue des personnes qui ne se reconnaissent pas dans cette polarité est donc interprétée comme déficit, déviation ou indistinction, jamais comme donnée susceptible de transformer le modèle.

La troisième objection est politique : l’aristocratisme spirituel d’Evola sépare constamment les êtres « différenciés », capables d’accéder aux significations supérieures, des masses vouées aux sous-produits du sexe ; cette distinction peut désigner une différence réelle de maturation ou d’attention, mais elle s’insère chez lui dans une anthropologie générale de la hiérarchie qui a nourri ses engagements antidémocratiques. La spiritualité devient alors moins une possibilité universelle qu’un privilège ontologique, et la critique légitime de la massification risque de justifier le mépris des personnes ordinaires.

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

Conclusion : lire Evola sans le suivre.

Dans les dernières pages, Evola précise que son but aura été atteint si « le fait de parler d’une métaphysique du sexe ne semblait plus au lecteur une extravagance » (p. 361) ; sur ce point, il faut lui donner raison, car l’amour, le désir, l’orgasme, la différence sexuelle et la puissance de transformation attachée à l’éros soulèvent des questions de sens que ni la biologie ni la psychologie ne peuvent, à elles seules, clore. Il faut également reconnaître l’ampleur d’une enquête qui traverse Platon, le tantrisme, le taoïsme, l’hermétisme, la Kabbale, l’amour courtois, la mystique et la littérature pour restituer à la sexualité une gravité spirituelle que la marchandisation contemporaine tend à dissoudre.

Mais on ne peut accepter sans examen le prix auquel cette grandeur est obtenue : une évolution biologique récusée au nom de l’involution, des analogies érigées en preuves, une polarité symbolique transformée en destin ontologique, la subjectivité féminine enfermée dans des archétypes masculinement définis, l’homosexualité disqualifiée par principe et la diversité humaine mesurée à un modèle hiérarchique préalable. Le livre est donc majeur non parce qu’il fournirait une doctrine définitive du sexe, mais parce qu’il oblige à formuler avec une rare netteté le problème que ses propres réponses ne résolvent pas : comment reconnaître dans l’éros une puissance de dépassement sans effacer la personne concrète, comment penser la différence sans la figer en hiérarchie, comment accueillir la transcendance possible de l’union sans transformer le partenaire en instrument d’une réalisation de soi.

Lire Métaphysique du sexe aujourd’hui exige ainsi une double fidélité critique : fidélité à l’intuition selon laquelle l’éros ne se réduit ni à la reproduction, ni au plaisir, ni à la psychologie sentimentale ; critique de la construction qui identifie trop vite cette profondeur à une métaphysique traditionnelle tenue pour acquise.

Entre adhésion et rejet sommaire, il existe une voie plus exigeante, celle qui consiste à recevoir la question, à éprouver les descriptions, à comparer les sources et à refuser les conclusions lorsqu’elles excèdent leurs preuves ; c’est à cette condition que l’ouvrage de Julius Evola, fascinant, radical, érudit et profondément contestable, peut encore devenir non le catéchisme d’une tradition imaginaire, mais l’occasion d’une réflexion véritable sur ce que l’amour fait à l’être humain lorsqu’il lui promet, dans l’instant même de sa plus grande incarnation, de franchir les limites de son individualité.

Jean-Laurent Turbet

Références :

- Julius Evola, Metafisica del sesso, Rome, Atanòr, 1958 ; trad. fr. Philippe Baillet, Métaphysique du sexe, Lausanne-Paris, L’Âge d’Homme-Guy Trédaniel, édition intégrale, 2006.

- Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, première édition italienne, 1934.

- Julius Evola, Chevaucher le tigre, première édition italienne, 1961.

- Julius Evola, Méditations du haut des cimes, recueil de textes sur la montagne et l’alpinisme.

Platon, Le Banquet.

Je vous propose ci-dessous une récension du livre de Julius Evola sur le Yoga Tantrique qui est un peu le 1er tome du livre que nous venons de voir :

La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)
La métaphysique du sexe de Julius Evola (1958)

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La Rédaction du Blog des Spiritualités.

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