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Le Blog des Spiritualités

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« Simplifier n'est pas appauvrir, c'est rendre visible l'essentiel sans trahir la profondeur. » Symbolisme, Spiritualités, Initiation, Religions, Soufisme, Islam, Christianisme, Esotérisme, Hermétisme, Gnose, Illuminisme, Martinisme, Occultisme, Rose+Croix, Franc-maçonneries, etc...


Papus, la voie cardiaque et la théurgie de Louis-Claude de Saint-Martin

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 24 Septembre 2026, 06:30am

Catégories : #Martinisme, #VoieCardiaque, #GLDF, #LogePapus, #OrdreMartiniste

Papus, la voie cardiaque et la théurgie de Louis-Claude de Saint-Martin

Je voudrais dédier le texte qui suit à mon très cher frère Louis G. qui sera installé ce soir même, Vénérable Maître de la loge Papus N°719 de la Grande Loge de France à l’Orient de Paris.

Je ne pourrais pas assister à son installation, non seulement parce que c’est mon anniversaire (p… 62 ans) mais parce que je plancherais au même moment au sein de la Loge La Grande Triade N°693 sur le thème « Cérémonialisme et esthétisme ».

Je voudrais lui dédier ce texte non seulement parce que Louis ressemble de plus en plus physiquement à ce cher Gérard Encausse, mais parce que j’ai connu Louis tout petit, jeune apprenti, et que j’ai suivi son parcours depuis toutes ces années. Son vénéralat à la loge Papus est entièrement mérité et je ne doute pas qu’il sera un succès !

Voici donc un texte où il sera question de Papus, de Louis-Claude de Saint-Martin, de la voie cardiaque et de la théurgie, sur les conseils avisés de Dominique Clairembault qui a écrit un article passionnant sur le même sujet et que vous trouverez en pj en fin de cet article.

Jean-Laurent Turbet

Papus, la voie cardiaque et la théurgie de Louis-Claude de Saint-Martin

Dans L’Illuminisme en France, 1771-1803. Louis-Claude de Saint-Martin : sa vie, sa voie théurgique, ses ouvrages, son œuvre, ses disciples, publié à Paris en 1902, Gérard Encausse, dit Papus (1865-1916), consacre plusieurs pages essentielles à ce qu’il nomme la « voie cardiaque ».

Ce passage permet de dissiper une équivoque fréquente : sous sa plume, la voie cardiaque ne désigne nullement une spiritualité simplement affective, sentimentale ou émotionnelle. Elle constitue une voie initiatique véritable et, surtout, elle s’identifie explicitement à la théurgie.

Papus distingue tout d’abord deux grandes voies de développement spirituel.

La première est la « voie mentale ou cérébrale », dont le point d’accomplissement réside dans la magie cérémonielle. Celle-ci repose sur l’acquisition de connaissances, l’entraînement de la volonté personnelle, la maîtrise des rites, l’emploi des cercles, des lumières, des noms divins et des cérémonies destinées à agir sur les puissances du monde invisible.

Martines de Pasqually (vers 1727-1774), maître de Louis-Claude de Saint-Martin et fondateur de l’Ordre des Élus Coëns, représente pour Papus cette orientation essentiellement magique et opérative.

À cette voie cérébrale s’oppose - ou plutôt succède, dans l’ordre d’un accomplissement spirituel supérieur - la voie cardiaque. Papus affirme sans ambiguïté :

« Cette autre voie que nous appellerons la voie cardiaque se concentre et se résume dans la Théurgie. »

La formule est décisive. Pour Papus, la voie cardiaque est bien la théurgie. Mais il ne s’agit plus exactement de la théurgie cérémonielle pratiquée par les Élus Coëns. Elle est devenue une théurgie intérieure, contemplative et spirituelle, fondée non plus sur le commandement adressé aux puissances invisibles, mais sur la prière, l’humilité, la charité et l’abandon confiant à l’action divine. Papus oppose ainsi la volonté personnelle du magicien à l’effacement volontaire du théurge :

« Autant la Magie développe la volonté personnelle et, souvent, l’orgueil, autant la Théurgie tue l’orgueil pour développer l’humilité et remplacer le commandement et les ordres donnés aux Esprits volontaires de l’Astral par la Prière et l’appel aux Anges du Plan divin. »

 

Papus, Louis-Claude de Saint-Martin et Martines de Pasqually

La théurgie cardiaque n’est donc pas, chez Papus, une méthode permettant à l’être humain de soumettre les puissances de l’invisible.

Elle est au contraire une discipline de dépouillement grâce à laquelle l’homme se rend disponible à l’action divine. L’opérateur ne commande plus : il prie. Il ne cherche plus à affirmer sa puissance propre : il consent à devenir l’instrument d’une puissance supérieure. La voie cardiaque conduit ainsi de la maîtrise recherchée par le magicien à l’humilité vécue par l’illuminé.

C’est précisément dans cette perspective que Papus interprète l’itinéraire de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803). Il écrit que celui-ci est, « par nature et par tempérament, un théurge », tout en ajoutant immédiatement qu’il « préfère le côté passif et contemplatif de la théurgie ». Cette précision est capitale. Papus n’ignore pas que Saint-Martin s’est progressivement éloigné des opérations cérémonielles enseignées par Martines de Pasqually. Toutefois, il ne considère pas cet éloignement comme un abandon de la théurgie elle-même. Saint-Martin aurait plutôt intériorisé la théurgie, en passant de ses formes rituelles et opératives à une communion directe avec le divin.

La prière occupe dès lors une place centrale, mais Papus prend soin de préciser qu’elle ne saurait être réduite à une récitation mécanique ou à un simple « exercice labial ». Elle est la mise en œuvre de forces spirituelles préalablement développées par la charité, le travail intérieur, l’acceptation des épreuves et la soumission à la volonté divine. Chaque souffrance traversée, chaque effort accompli et chaque acte de charité constituent, selon lui, un « acquit » spirituel que la prière peut ensuite diriger vers « le faible ou le désespéré ».

La voie cardiaque possède ainsi une dimension profondément active, malgré son caractère contemplatif. Elle ne consiste pas à se replier sur soi-même ni à cultiver des états d’âme. Elle transforme l’être afin qu’il puisse agir spirituellement en faveur d’autrui. Lorsque cette transformation s’accomplit, écrit Papus, « l’invisible fait alliance avec un représentant sur la Terre et le guide pas à pas ». Celui qui parvient à cet état devient un « illuminé », c’est-à-dire un être intérieurement éclairé, demeurant cependant pleinement conscient et maître de ses facultés.

Papus distingue soigneusement cet illuminé du médium. L’illuminé conserve son discernement et sa liberté : il peut suivre ou ne pas suivre les inspirations qui lui viennent de l’invisible. Le médium, au contraire, demeure passif devant des forces qu’il ne contrôle pas. La voie cardiaque ne mène donc ni à la perte de conscience ni à l’abandon aveugle aux puissances occultes, mais à une alliance consciente, libre et lucide avec le monde divin.

Enfin, cette théurgie du cœur revêt chez Papus une portée universelle. Qu’il soit « un brahmine de l’Inde, un moine de France ou un marabout d’Afrique », l’illuminé met en œuvre les mêmes facultés spirituelles et reconnaît les autres illuminés « comme frères en Dieu par l’humilité vraie et la charité ». La voie cardiaque dépasse ainsi les frontières religieuses sans abolir les traditions particulières : elle désigne l’expérience intérieure par laquelle l’être humain se rapproche du divin dans la prière, le service et l’effacement de l’orgueil.

Chez Papus, la voie cardiaque est donc bien la théurgie, mais une théurgie transfigurée et intériorisée.

Martines de Pasqually en représente principalement la forme cérémonielle ; Louis-Claude de Saint-Martin en incarne la forme contemplative.

Il ne s’agit plus d’ordonner aux esprits, mais d’appeler les anges ; non plus d’exalter la volonté individuelle, mais de la conformer à la volonté divine ; non plus de rechercher des pouvoirs, mais de devenir, par la prière et la charité, un intermédiaire conscient entre le Ciel et la Terre.

C’est en ce sens précis que Papus reconnaît dans la voie cardiaque saint-martinienne l’accomplissement véritable de la théurgie.

Bonne soirée mon cher Louis !

Jean-Laurent Turbet

Papus, la voie cardiaque et la théurgie de Louis-Claude de Saint-Martin

Papus :  L’Illuminisme en France, 1771-1803. Louis-Claude de Saint-Martin : sa vie, sa voie théurgique, ses ouvrages, son œuvre, ses disciples, suivi de 50 lettres inédites, Paris, Librairie générale des sciences occultes, Chacornac, 1902, 271 pages.

Les pages 48 à 50 du livre : 

« Quand l'Esprit a atteint le développement presque complet de ses organes rationnels, localisés dans le cerveau, il prend tout à coup conscience d'une autre série d'organes complémentaires des premiers, localisés dans les centres sympathiques et principalement dans le plexus cardiaque avec ramifications dans les centres conscients du cerveau. Ces organes sont destinés à l'exercice de facultés, toutes différentes des facultés cérébrales, et dont les effets sont connus sous le nom de vision directe, intuition, pressenti1ne.nt, co1nmunications spirituelles, etc ...

La voie mentale ou cérébrale a son point de développement ultime dans l'exercice de la magie cérémonielle qui nécessite un entrainement et des connaissances toutes cérébrales, tandis que cette autre voie que nous appellera la voie cardiaque se concentre et se résume dans la Théurgie. Autant la Magie développe la volonté personnelle et, souvent, l'orgueil, autant la Théurgie tue l'orgueil pour développer l'humilité et remplacer le commandement et les ordres donnés aux Esprits volontaires de l'Astral par la Prière et l'appel aux Anges du Plan divin.

Entre les deux voies, il en est une troisième, mixte et souvent ténébreuse, qui pousse l’Esprit vers l'orgueil de se croire Dieu lui-même, qui apprend à mépriser la Prière et l'humble appel aux forces supérieures et qui erre entre les exercices de gymnastique astrale considérés comme le maximum d'évolution possible et les croyances les plus naïves aux réincarnations personnelles et aux pouvoirs d'entités indéterminées autant qu'inconnues. Cette voie a pris différents noms suivant les époques et que ce soient les Pythagoriciens et les Philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles, les Adeptes de Cagliostro ou les anti-chrétiens modernes, on les reconnait toujours à leur esprit de division et de dénigrement, à leur amour des racontars et des potins personnels et à mille autres signes qui n'ont pas plus trompé Saint-Martin quand on lui rapportait les prodiges de l'Ecole du Nord qu'ils ne tromperont aucun martiniste contemporain, non plus qu'aucun adepte d'une école vraie de Théurgie.

Il y a donc aussi des phases d'évolution dans le mysticisme, comme il y en a dans toute voie philosophique et le tort des critiques a été de mettre tous les mystiques dans la même catégorie sans faire les distinctions absolument nécessaires.

Ainsi Martines (de Pasqually) est surtout un Magicien, un magicien ayant conscience des grands problèmes divins et de la Prédominance du Christ dans l'invisible ; mais enfin c'est un magicien avec ses cercles, ses lumières, ses noms divins et ses· multiples cérémonies.

Claude de Saint-Martin est, par nature et par tempérament, un théurge. Il préfère le côté passif et contemplatif de la théurgie qui offre aussi d'autres aspects, mais enfin il demande à l'humilité et à la Prière ses plus grandes consolations. Pour le théurge, la Prière n’est pas seulement un exercice labial plus ou moins prolongé. La Prière est la mise en œuvre des puissances cérébrales vivantes qui doivent avoir été créées par l'exercice de la charité physique, morale ou intellectuelle et par la soumission aux épreuves. Toute peine, tout travail, toute souffrance est un acquit que la Prière va diriger sur le faible ou le désespéré. C'est alors que l'invisible fait alliance avec un représentant sur la Terre et le guide pas à pas. Il devient un illuminé.

Or, que cet illuminé soit un brahmine de l'Inde, un moine de France ou un marabout d'Afrique, les facultés mises en jeu sont les mêmes et tous se reconnaissent comme frères en Dieu par l'humilité vraie et la charité. Il faut bien se garder de confondre l'illuminé qui garde le contrôle entier de toutes ses facultés cérébrales et qui peut suivre ou ne pas suivre les incitations de l'invisible, avec le médium qui est l'instrument passif et le prisonnier de ces mêm.es forces et qui est forcé d'obéir bon gré ou mal gré aux puissances qui le tiennent sous leurs coups. Socrate était un illuminé et aucun esprit sérieux ne s'aviserait de le confondre avec un Slade ou un Eglington.

On voit avec quelle prudence il faut se conduire dans le monde des· mystiques et pourquoi les philosophes ont tant de peine à voir clair dans leurs critiques ».

 

Mot additionnel de Dominique Clairembault après lecture de mon article.

J’avais envoyé le texte de mon article à Dominique Clairembault qui est l'un des tous meilleurs spécialistes du Martinisme pour lui demander ce qu’il en pense. Voici sa réponse ci-dessous :

Dominique Clairembault

Sujet : "La voie cardiaque" envoyé par Dominique Clairembault (d.clairembault@gmail.com) le lundi 21 septembre 2026 à 22:33

« MBAF, Merci pour ce texte. C’est une façon élégante de dire les choses. Il faut cependant reconnaître que Papus ne connaît pas le sens de ce mot.

L’utilisation du mot “théurgie” dans le contexte martiniste correspond à quelque chose de précis que Papus semble ignorer car hélas il connaît aussi mal la doctrine et les pratiques de Martinès de Pasqually que les idées de Saint-Martin.

Pour les Élus coëns, la théurgie est un appel aux “anges” qu'il appelle Esprits pour leur donner un aspect neutre. Et il n’est pas question d’astral. Cette théurgie combine l’utilisation de la prière avec une forme de magie cérémonielle qui rappelle la magie naturelle de Cornélius Agrippa ou des mages de la renaissance (Ficin etc).

Cependant la prière joue un rôle fondamental chez les Élus coëns, comme en témoigne leur pratique de la “Prière des 6 heures”. Utiliser le terme de théurgie comme le fait Papus c’est faire preuve d’une absence manifeste de culture martiniste.

Saint-Martin lui-même dénonce clairement la théurgie dans ses écrits, qu’il s’agisse de ses lettres avec le baron de Kirchberger ou dans son dernier livre, le Ministère de l’homme-esprit ou il décrit le travail de l’homme dans sa relation au Divin comme complément de l’œuvre de prière :

“Cette œuvre est bien au-delà des opérations théurgiques, par lesquelles il arrive que l'Esprit s'attache à nous, veille sur nous, prie même pour nous, et exerce la sagesse et les vertus pour nous, sans que nous soyons ni sages ni vertueux, puisque cet esprit alors ne nous est uni qu'extérieurement, et opère souvent même ces choses à notre insu, ce qui nous entretient dans l'orgueil et dans une fausse sécurité, plus dangereuse, peut-être, que nos faiblesses et nos écarts qui nous ramènent à l'humilité. Ici, au contraire, tout doit commencer par le centre [le cœur *], et nous sommes vivifiés avant que nos œuvres ne sortent de nous, de façon que nous sommes trop occupés à jouir pour que la grandeur de ces œuvres nous entraîne hors de nous-mêmes et laisse des places en nous au néant et à la vanité ; et quand un homme est fait pour être vraiment serviteur de Dieu, il faut que cette manière d'être, ou ce sublime état lui paraisse si simple et si naturel, que sa pensée ne puisse pas même en concevoir un autre.” (Ministère de l’Homme-Esprit, 1802, p. 165)

[* cf. Lettre du 19 juin 1797 à Kirchberger “la seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble…”]

Papus aurait été plus inspiré d’utiliser l’expression “prière active” fréquemment utilisée par Saint-Martin pour qualifier sa démarche.

L’utilisation qu’il fait du mot théurgie est inappropriée et engendre des malentendus que ne dissipe pas l’expression “théurgie intérieure”.

Pour corriger la méprise de Papus il faudrait parler de “voie interne” de “voie intérieure” et non pas de “voie cardiaque” expression inventée par Papus et si confusément définie.

Désolé pour cette note un peu longue, mais c'est un sujet auquel je suis sensible (j'ai pratiqué le martinisme pendant 40 ans...)

Bien fraternellement Dominique Clairembault

Ps : vous pouvez citer mon nom même si nos propos sont quelque peu différents, car il est toujours bon d'attirer l'attention sur le sens donné par les auteurs aux expressions qu'ils utilisent. »

Avec un grand merci à Dominique Clairembault pour ces précisions !

Jean-Laurent Turbet

 

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