Pourquoi l'année maçonnique commence t'elle le 1er mars ?
(et non pas le 1er janvier)
Nous utilisons actuellement le calendrier dit "Grégorien", avec l'année qui commence le 1er janvier.
Ce calendrier est appelé ainsi car il vient d'une réforme calendaire que le Pape Grégoire XIII a institué en 1582.
Tous les pays catholiques - dont la France - ont donc utilisé ce nouveau calendrier dès 1582/1583 ou dans les proches années suivantes (1782 en ce qui concerne la France).
Ce calendrier Grégorien succédait au calendrier « Julien », conçu sous l'égide de Jules César, entré en vigueur le 1er janvier de l'an 708 de la fondation de Rome (soit en l'an 45 av. J.-C.).
Ce calendrier julien avait été employé sans modification pendant près de deux millénaires, jusqu'en 1582.
Dans le calendrier Julien l'année commençait le 1er mars et non pas le 1er janvier comme dans le calendrier grégorien.
Nous le voyons dans le nom des mois qui n'ont pas été modifiés : Septembre est le 7ème mois, si l'année commence le 1er mars, octobre le 8ème, novembre le 9ème et décembre le 10ème. Si l'année commence le 1er janvier ça ne marche pas !
Mais si la réforme Grégorienne s'est appliquée dans les pays catholiques il n'en fut pas de même dans les pays Protestants, notamment en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et même en Irlande conquise par les anglais.
Les anglais, en bons protestants anglicans, et les écossais, en bons presbytériens de l'Eglise d'Ecosse (KIRK) répugnaient alors à se servir du « calendrier du Pape ».
Ils continuèrent donc à se servir du calendrier julien (où l'année commençait le 1er mars et non pas le 1er janvier) durant plus d'un siècle et demie encore !
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C’est en promulguant le Calendar (New Style) Act seulement en 1750, que la Grande-Bretagne et ses colonies (y compris des parties de ce qui est maintenant les États-Unis), adoptent enfin le calendrier grégorien.
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Cela prend effet en 1752, date à laquelle il a fallu le corriger de 11 jours.
Le mercredi 2 septembre 1752 a été suivi du jeudi 14 septembre 1752.
Il y a d’ailleurs eu de nombreuses manifestations sur le thème « rendez-nous nos 11 jours » dans toute l’Angleterre !
Or, lorsque sont publiés en Ecosse les "Statuts" Schaw en 1598/1599 en Ecosse et lorsqu'est Constituée la Première Grande Loge d'Angleterre, à Londres le 24 juin 1717, en Ecosse en 1698 comme en Angleterre en 1717 ils sont toujours .... sous le calendrier Julien, où l'année commence le 1er mars.
Lorsque nos amis anglais en sont le 24 juin 1717 à Londres nous sommes le … 4 juillet 1717 à Paris et dans le reste du monde catholique !
La Franc-Maçonnerie étant née en Ecosse et en Angleterre (et en Irlande) à un moment où ces pays étaient tous sous la loi du calendrier julien...
l'année maçonnique commence le 1er mars !
CQFD !
Bonne année maçonnique à toutes et à tous !
Jean-Laurent Turbet
PS : Vous pouvez utilement transférer cet article au sœurs et frères de vos ateliers et loges respectifs.
Vous trouverez ci-dessous le texte que Michel König a ajouté en commentaire sur ma page Facebook. Michel est membre du Grand Orient de France. Comme je le trouve intéressant je le reproduis ici (les mises en gras sont de moi) :
"Le calendrier maçonnique n'est pas une simple curiosité traditionnelle ou une bizarrerie ésotérique, mais ce calendrier constitue un des symboles forts de la nouvelle Franc-Maçonnerie, ou Franc maçonnerie spéculative, ou métaphorique ou philosophique ou symbolique, comme on voudra, née le 24 juin 1717, avec la fondation de la Grande Loge de Londres et de Westminster dont nous lisons à chaque tenue l’article 1er des Constitutions
Sur la page de garde des « Constitutions à l'usage des Loges » du 13 janvier 1722/3, dites d'Anderson, mais qui devraient s'appeler de Montagu/Desaguliers, il est justement écrit "année de la maçonnerie- 5723. »
C'est un symbole fort d’abord à cause du 1er mars comme jour de l'an. Faire débuter l'année au 1er mars vient du fait qu'en 1723 le Royaume Uni en était encore au calendrier julien qui faisait commencer l'année en mars.
C’est le pape Grégoire XIII (1502-1585) qui a demandé à l’astronome Clavius (qui a un cirque maintenant sur la Lune) de lui calculer un nouveau calendrier. Non pas par souci d’exactitude scientifique, mais parce que le calendrier julien établi par l'astronome romain Sosigène, à la demande de Jules César (d’où son nom), accusait au XVIème siècle un décalage de 10 jours sur l’année solaire. Or l’église avait besoin, pour fixer la date de la fête de Pâques, principale fête du christianisme, de calculer avec précision le point vernal qui détermine le jour de l’équinoxe de printemps.
La papauté avec Grégoire XIII avait imposé le nouveau calendrier dans les royaumes d'obédience catholique, ce qui supposait, au passage de l’ancien au nouveau calendrier, un décalage de 11 jours. La France changea de calendrier en 1582 et Montaigne s’en était plaint d’ailleurs dans ses « Essais ». Mais, nous avons encore, comme trace de l'ancien calendrier julien, le nom des derniers mois de l'année qui commence par leur numéro dans le calendrier julien: septembre= 7, octobre= 8 etc.
Cependant un certain nombre d’états à l’époque refusèrent de changer de calendrier. Ce refus d’adopter le nouveau calendrier grégorien était principalement fondé sur l’opposition politico-religieuse à la papauté. Il s’agit d’abord des états protestants, mais l'Angleterre, ouvertement « anti-papiste » et anti-Louis XIV à la suite de la « Glorieuse Révolution » de 1688 (Cf mon dernier ouvrage), refusa également d’appliquer le calendrier du pape et ne l'appliquait pas encore au début du XVIIIème siècle, montrant par là sa volonté d’indépendance à l’égard du Saint Siège. Kepler avait dit : « L’Angleterre préfère être en désaccord avec le soleil, plutôt qu’en accord avec le pape ». Elle ne le fera qu’en 1752. Signalons que Jean-Théophile Desaguliers avait cependant défendu le travail de Clavius dans un opuscule paru en 1727, « la complainte de Cabria ».
Commencer l’année un 1er mars est donc le rappel du positionnement anticatholique de l’Angleterre en 1717 et c’est la marque de naissance de la Franc-maçonnerie, son nombril en quelque sorte.
C'est un symbole fort ensuite parce que, à l'époque tous les documents portaient une date en "Anno domini" (également présent sur les Constitutions) de ce que nous appelons aujourd'hui l'ère commune ou l'ère vulgaire. Mais les théologiens utilisaient aussi l’Anno Mundi ou l’année du Monde (In the year of world). C’est le temps écoulé entre la création du monde et la venue du Christ tiré d’une chronologie calculée à partir de la Bible.
L'adjonction de 4000 ans vient du fait que les Constitutions de 1722/3 déclarent commencer l'histoire de la maçonnerie avec Adam, le premier homme, qui représente l'Humanité. 4.000 +1.723 : 5723 années, ce n'est donc pas seulement l’année de la maçonnerie, mais aussi symboliquement de l'humanité, éclairée par la Géométrie. C’est d’ailleurs par cela que s’ouvrent les Constitutions de 1723 avec le texte suivant : "Adam, notre premier père, créé à l'image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers dut avoir les sciences libérales et particulièrement la Géométrie gravées dans son cœur.."
Alors pourquoi 4.000 avant J.C.? Il s’agit en fait du temps écoulé selon la chronologie biblique entre la création du monde et la naissance du Christ par laquelle commence la datation de l’ère commune. De nombreux théologiens ont proposé divers calculs. Le plus connu est l'évêque d’Irlande James Ussher (1581-1656) qui avait fait remonter la création biblique au soir du 22 octobre 4004 avant JC. Cette chronologie était très populaire dans le Royaume uni, car figurant sur la bible du roi Jacques imprimée en 1611 et de nombreux auteurs maçonniques y voient l’explication de ce 4.000.
Mais, dans le contexte de 1723, on la doit plus certainement à Isaac Newton, passionné d’histoire biblique qui avait refait le calcul en s’appuyant sur la précession des équinoxes. Cette chronique parût à Paris, contre sa volonté, en 1725, sous le titre : "Abrégé de la chronologie de M. le Chevalier Newton fait par lui-même, & traduit du Manuscript Anglois".
Ces calculs étaient un abrégé extrait de l’ouvrage de Newton : « La chronologie des anciens Royaumes » non publié à l’époque et qui ne paraitra qu’en 1728, un an après la mort de l’illustre savant. L’ouvrage contient en outre une étude détaillée des mensurations du Temple de Salomon qui figurent dans les Constitutions de 1723, qui en constituent, en quelque sorte, le « trailer ».
Voltaire avait défendu Newton dans la polémique, en expliquant notamment comment Newton avait utilisé la précession des équinoxes pour contrôler la datation des évènements figurant dans la chronologie biblique en fonction des relevés concomitants des anciens astronomes grecs.
La précession des équinoxes est un mouvement oscillatoire (« en toupie ») de l’axe de rotation de la terre, qui fait décrire, en 26.000 ans, un cercle complet du pôle nord terrestre. La projection sur la sphère céleste de ce cercle modifie la position relative des étoiles par rapport à la rotation de la terre et notamment change celle qualifiée d’étoile polaire.
En même temps, le point vernal, c’est-à-dire la position du soleil sur le zodiaque à l’équinoxe du printemps (d’où le terme vernal) subit une lente glissade qui l’a fait passer de la constellation du bélier il y a 2000 ans à celle des poissons aujourd’hui et le fera passer à celle du verseau dans 2000 ans. Ce mouvement était connu des astronomes mayas qui avaient fondé dessus leur propre calendrier.
Cela permet donc de dater de manière précise les événements bibliques à partir des mentions sur la position des étoiles existantes dans le texte. Voltaire l’évoquera dans la XVIIe Lettre Philosophique en 1728 : "Peut-être les savants trouveraient ils que c'en serait trop d'accorder au même homme [Newton] l'honneur d'avoir perfectionné à la fois la Physique, la Géométrie et l’Histoire ; ce serait une espèce de Monarchie Universelle dont l'amour-propre s'accommode malaisément."
La Chronologie de Newton aboutissait à une date proche de celle d’Ussher, 3998 ans, mais qu’il avait arrondi à 4.000 conscient du ridicule de donner une date trop précise. Il avait écrit en conclusion de son « abrégé » : "Je ne prétends pas être exact à une année près. Il peut y avoir des erreurs de 5 à 10 ans et parfois 20, mais pas beaucoup plus."
En fait, il y avait un (léger) écart de 13.819.000.000 de nos années actuelles, car il faut se rappeler que l’écoulement du temps varie selon les conditions de la gravitation et que la seconde durait beaucoup plus longtemps au moment du big bang que maintenant".
Calendar (New Style) Act 1750 - Wikipedia
The Calendar (New Style) Act 1750 ( 24 Geo. 2. c. 23), also known as Chesterfield's Act or (in American usage) the British Calendar Act of 1751, is an act of the Parliament of Great Britain. Its ...
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