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Le Blog des Spiritualités

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La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 18 Août 2026, 12:53pm

Catégories : #JeffreyEpstein, #Epstein, #Affaire, #Pédocriminalité, #Criminalité

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

Le système Epstein

Prédation, argent, réseaux et faillite institutionnelle

Lecture approfondie de La Vérité sur le système Epstein
d’Alain Bauer

 

Introduction — Le crime d’un homme, la faillite d’un monde

Il serait moralement confortable de réduire Jeffrey Edward Epstein (20 janvier 1953 - 10 août 2019) à un monstre isolé. Le monstre serait mort dans sa cellule, l’affaire serait close, et les institutions pourraient reprendre leur cérémonial de respectabilité. La Vérité sur le système Epstein d’Alain Bauer (né le 8 mai 1962 - voir la présentation de l'auteur en fin d'article) détruit cette consolation.

Son objet véritable n’est pas seulement Epstein : c’est la circulation de l’argent, des corps, des services et du prestige qui a permis à un prédateur sexuel condamné de demeurer fréquentable, utile et même recherché.

Jeffrey Epstein

L’ouvrage, achevé au début de mai 2026, travaille à partir des procédures judiciaires, des enquêtes policières, des pièces civiles, des courriels rendus publics et de la presse d’investigation.

Il avance par cercles : l’imposture biographique ; la finance ; l’entremise ; le « Ponzi social » ; la prédation ; les relais internationaux ; la justice différentielle ; enfin, l’analyse criminologique.

Sa règle annoncée est essentielle : établir les faits, séparer le prouvé de l’incertain, et rappeler qu’une rencontre ou une mention ne constitue pas une preuve de complicité [1].

Cette discipline doit gouverner toute mise en cause. Elle n’adoucit pas le réquisitoire ; elle empêche les responsables avérés de se cacher dans le brouillard des rumeurs.

Ma lecture est une lecture de colère et de dégoût. Mais cette colère ne sera ni aveugle ni paresseuse. Elle désignera les condamnations, les flux financiers, les actes d’enquête, les silences et les renoncements. Elle dira aussi lorsqu’un fait reste allégué, lorsqu’une personne nie, lorsqu’aucune poursuite n’existe. La rigueur n’est pas une politesse faite aux puissants : elle est la condition d’une accusation qui tienne.

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

I. La matrice Epstein : mensonge, accès et brouillage

Alain Bauer commence par déconstruire la légende d’un prodige de Wall Street. Epstein grandit à Brooklyn dans une famille juive modeste, manifeste des aptitudes mathématiques, fréquente Cooper Union et la New York University, mais n’obtient aucun diplôme.

Il est néanmoins recruté en 1974 à la Dalton School, établissement d’élite, puis rejoint Bear Stearns en 1976. L’ascension est rapide ; le mensonge sur ses titres universitaires est documenté. À Dalton déjà, d’anciens élèves signaleront une attention inappropriée envers des adolescentes. Le livre voit dans ces années une matrice : aptitude à séduire les gardiens des institutions, franchissement des frontières entre rôle professionnel et intimité, repérage des parents influents, et usage du charme comme instrument.

La suite ne relève donc pas d’une métamorphose mystérieuse. Epstein perfectionne une méthode. Il ne possède pas d’abord un réseau : il sait rendre chacun dépendant de l’accès aux autres. À l’universitaire, il offre le financement ; au financier, la solution fiscale ; au politique, l’introduction ; au mondain, la fête ; au donateur, une cause ; à l’institution, un chèque ; aux jeunes femmes vulnérables, une promesse de travail ou de protection. Cette polyvalence est la grande arme du système.

Alain Bauer nomme « Ponzi social » le mécanisme de validation circulaire.

Chaque personnalité rassure implicitement la suivante.

Le train de vie financé par Leslie Wexner (né le 8 septembre 1937, ancien patron de Victoria's Secret jusqu'en 2021) impressionne les scientifiques ; leur prestige rassure les banques ; la proximité des banques attire les politiques ; la présence des politiques donne au financier un supplément d’autorité.

« Chaque nouveau contact de haut niveau renforçait la crédibilité » d’Epstein [2]. Ainsi se construit une respectabilité sans audit moral : si tant de gens importants viennent, pense chacun, quelqu’un a nécessairement vérifié. En réalité, personne ne veut interrompre la fête.

Le « connecteur sombre » est celui qui réconcilie les désirs privés et les apparences publiques. Epstein savait obtenir une place parce qu’il rendait service. Il connaissait les vanités, les besoins de financement, les ambitions et les secrets. Ce pouvoir relationnel est plus profond qu’un carnet d’adresses : il transforme le compromis moral en avantage compétitif.

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

II. Argent, banques et blanchiment de respectabilité

Le livre refuse le portrait trop simple de l’imposteur intégral. Epstein possédait une intelligence financière réelle ; il savait intervenir dans la fiscalité, la planification successorale et des montages complexes. Mais son image de gestionnaire exclusif d’une vaste clientèle de milliardaires ne correspond pas aux données disponibles.

Deux relations dominent ses honoraires documentés : Wexner et Leon Black (né le 31 juillet 1951). La frontière entre conseil, captation patrimoniale, entremise et rémunération disproportionnée devient impossible à ignorer.

Le rôle des banques est l’un des chapitres les plus révoltants. Selon les éléments synthétisés par Bauer, JPMorgan Chase a maintenu de nombreux comptes et traité plus d’un milliard de dollars de transactions pour Epstein, y compris après sa condamnation de 2008 ; Deutsche Bank l’a accepté comme client en 2013 et a poursuivi la relation jusqu’en 2019.

Des paiements à de jeunes femmes, des retraits d’espèces et des intitulés tels que « frais de scolarité » ou « loyers » n’ont pas provoqué la rupture immédiate qu’aurait commandée la prudence la plus élémentaire [3]. La compliance existe alors comme liturgie : elle produit des alertes que la hiérarchie peut choisir de neutraliser.

Alain Bauer décrit ici la « normalisation de la déviance ». L’institution s’accoutume graduellement à l’inacceptable, parce que le client est riche, introduit d’autres clients et promet des affaires. Le scandale n’est pas celui d’une erreur informatique ; il est celui d’arbitrages humains répétés. Quand la rentabilité exige de ne pas savoir, l’ignorance devient une politique.

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

III. Ariane de Rothschild : contrat, accès et « emballage de crédibilité »

Alain Bauer consacre des développements substantiels à la relation entre Epstein et plusieurs membres ou branches de la famille Rothschild. Il ne faut ni transformer un patronyme en culpabilité collective ni effacer les faits contractuels. Ce qui doit être examiné est précis.

Le 5 octobre 2015, Southern Trust Company, société d’Epstein, signe avec Edmond de Rothschild Holding S.A. un contrat contresigné par Ariane de Rothschild (née le 14 novembre 1965).

Le montant prévu est de 25 millions de dollars pour des « questions en suspens » entre la banque et les États-Unis.

Deux mois plus tard, Edmond de Rothschild Suisse accepte de payer plus de 45 millions de dollars afin d’éviter des poursuites américaines relatives à l’aide apportée à des contribuables dans la dissimulation d’avoirs offshore.

Alain Bauer insiste sur la disproportion : les honoraires d’Epstein représentent plus de la moitié du règlement et dépassent ceux des conseils juridiques officiels mentionnés [4].

La situation soulève une question dévastatrice : pourquoi une institution financière établie confiait-elle un rôle aussi rémunérateur à un homme condamné en 2008 pour une infraction sexuelle impliquant une mineure ?

En février 2016, Epstein écrit à Peter Thiel : « je représente les Rothschild » [4].

Il transforme la relation bancaire en sceau de légitimité. Alain Bauer reprend l’expression « credibility wrapper », un « emballage de crédibilité » : le nom prestigieux n’est pas seulement un client ; il devient l’argument qui dispense les autres de vérifier.

Le nom d’Ariane de Rothschild apparaît, selon le livre, plus de quatre mille fois dans les documents publiés.

La banque a déclaré qu’elle n’avait aucune connaissance du comportement criminel d’Epstein. Cette dénégation doit bien sûr être rapportée.

Elle ne répond cependant pas à la question institutionnelle : après 2008, la condamnation était publique. L’ignorance des crimes ultérieurs ne suffit pas à expliquer le choix de maintenir ou d’approfondir une relation professionnelle avec un délinquant sexuel condamné.

Alain Bauer distingue encore Ariane de Rothschild de Lynn Forester de Rothschild (née le 2 juillet 1954), qu’aucune procédure ne met en cause dans les crimes d’Epstein mais dont plusieurs fonctions d’introduction sont documentées dans le livre.

Cette distinction est capitale : réseau ne signifie pas automatiquement complicité pénale ; il signifie circulation de confiance, d’accès et de réputation.

IV. Le cœur de l’horreur : recrutement, conditionnement, exploitation

Les réseaux financiers n’ont de sens dans cette enquête que parce qu’ils soutiennent une industrie de prédation. Les victimes étaient très souvent des adolescentes de quatorze à dix-sept ans, choisies parmi des familles fragilisées par la pauvreté, l’instabilité ou des traumatismes. L’approche commençait fréquemment par un massage rémunéré. Elle semblait banale, était présentée par une fille du même âge, puis glissait progressivement vers l’agression.

Alain Bauer distingue trois temps : recrutement indirect ; conditionnement dans l’environnement luxueux de la résidence ; expansion par la rémunération de victimes devenues recruteuses. Epstein disait, selon le témoignage du détective Joseph Recarey (1966-2018) : « Plus elles sont jeunes, mieux c’est » [5]. La structure est d’une perversité extrême : la victime est agressée, puis incitée à amener une amie. La honte et la responsabilité apparente deviennent des instruments de silence.

Ghislaine Maxwell (née le 25 décembre 1961) fut reconnue coupable en 2021 de cinq chefs fédéraux, dont trafic sexuel d’une mineure, puis condamnée en 2022 à vingt ans de prison.

Alain Bauer la place dans un rôle de direction opérationnelle : recrutement, normalisation des comportements sexuels et supervision quotidienne.

Autour d’elle apparaissent des assistantes, des employées, des pilotes, des recruteuses et des prestataires. Les niveaux de responsabilité diffèrent et les dénégations doivent être citées ; mais l’organisation matérielle ne peut être dissoute dans le mot commode d’« entourage ».

C'est elle qui a ouvert son immense carnet d'adresse à Jeffrey Epstein. Elle est en effet la fille du magnat de la presse et homme d'affaire anglais et  richissime Robert Maxwell ( né Ján Hoch 1923-1991). Il meurt en tombant "mystérieusement" de son yacht le 4 novembre 1991, son corps étant retrouvé flottant dans l'océan Atlantique quelques jours après. Certains le disaient "proche" du Mossad, les services secrets israéliens. Il est enterré au cimetière juif du Mont des Oliviers, à Jérusalem.

Maria Farmer (née en 1969) affirme avoir alerté le FBI dès 1996.

Virginia Giuffre (9 août 1983 - 25 avril 2025) devint l’une des principales voix publiques des survivantes. Le fait que l’on connaisse mieux les noms des milliardaires que ceux des victimes constitue déjà une victoire symbolique du système. Un compte rendu digne de ce livre doit inverser cette hiérarchie. 

 

Virginia Giuffre décrit avoir été livrée au prince Andrew, duc d'York, au moins trois fois alors qu'elle avait 17 ans en 2001. Elle également affirme qu'Epstein l'a livrée sexuellement à l'avocat et professeur de droit émérite de Harvard Alan Dershowitz au moins six fois, la première fois à l'âge de seize ans.

Le 25 avril 2025, quelques semaines après un accident de voiture, sa famille annonce qu'elle est morte par suicide, à l'âge de 41 ans. Son père a publiquement exprimé ses doutes, affirmant le 1er mai qu’il « croyait que quelqu’un s’était occupé d’elle », insinuant un possible acte extérieur. À sa mort le 25 avril 2025, Virginia Giuffre était en plein divorce avec son mari de longue date, Robert Giuffre, ainsi que dans une bataille pour la garde de leurs trois enfants. En décembre 2019, après avoir déclaré avoir reçu une menace de mort crédible, Giuffre avait publiquement affirmé qu'elle n'était pas suicidaire.

C'est fou dans cette affaire le nombre de gens non suicidaires qui se suicident quand même avant d'être entendues dans les procès. Un bon avertissement pour d'autres "non suicidaires" qui seraient tentés de parler...

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

V. La France, base avancée : le 22 avenue Foch

Paris n’est pas une note de bas de page. Bauer la présente comme la base avancée d’Epstein en Europe. Ses avions privés y auraient effectué plus de 170 trajets entre 1995 et 2019. En 2001, il installe une résidence permanente au 22 avenue Foch, dans le XVIe arrondissement : un duplex d’environ 800 mètres carrés, à proximité de l’Arc de Triomphe [6]. Ce lieu articule prestige social, logistique internationale et sexualisation de l’espace.

La perquisition française de septembre 2019 dura onze heures. Les enquêteurs décrivirent une décoration criarde et hypersexualisée : images de jeunes femmes souvent dénudées et sans visage, salle de sport couverte de nus, chambres aux décors théâtraux, et surtout une pièce éclairée en orange où des photographies de femmes dénudées entouraient une table de massage [6]. Le détail n’est pas décoratif. La table reproduit l’instrument et la mise en scène signalés à Palm Beach et Manhattan. L’appartement parisien importait en Europe le même théâtre d’emprise.

Valdson Vieira Cotrin

Le majordome Valdson Vieira Cotrin, employé depuis 2001, parla aux policiers d’un « ballet incessant de jeunes femmes » tous les deux ou trois jours [6].

Il déclara qu’elles ne lui paraissaient pas mineures. Cette réserve doit rester dans le dossier ; elle n’efface ni la fréquence des passages ni les autres témoignages.

Les séjours à Saint-Tropez, les palaces, les restaurants et l’usage des jets dessinent une infrastructure européenne complète.

 

 

L'on peut voir sur la photo de droite Valdson Vieira Cotrin en compagnie de Jeffrey Epstein dans le jet privé de celui-ci. Jeffrey Epstein porte le T-shirt des forces armées israéliennes.

Plus grave encore : les policiers saisirent du matériel informatique et accédèrent au compte Gmail d’Epstein.

Le parquet de Paris disposait, selon un courrier d’entraide cité par Alain Bauer, de 4 500 courriels faisant référence à Jean-Luc Brunel, à des femmes et à des rendez-vous [7].

Durant près de six ans, ces éléments ne produisirent aucune mise en examen visible de tiers. Il fallut les publications américaines de 2026 pour relancer l’examen public du dossier.

Voilà ce qui provoque mon indignation : non pas une absence totale de données ou de preuves  mais leur sommeil institutionnel.

Ce qui est également fou c’est que l’appartement du 22 avenue Foch n’a pas été placé sous séquestres ni – mieux – réquisitionné.

Il a été vendu en toute discrétion le 29 juin 2022 pour un peu plus de 10 millions d’euros, généralement rapporté comme 10,4 millions de dollars à l’époque. L’acheteur est Georgi Tuchev, entrepreneur bulgare à la tête de Gotmar, une entreprise d’emballages plastiques.

Le vendeur juridique est la société française SCI JEP, contrôlée par la succession d’Epstein. Le prix initialement demandé était de 11,9 millions d’euros. L’intermédiaire est Propriétés Parisiennes Sotheby’s International Realty, avec 420 000 € d’honoraires. La destination annoncée des fonds est  qu’ « une partie » devait servir à indemniser les victimes d’Epstein. C’est fou. On ne sait pas quelle partie c’est-à-dire combien, et combien toucheront les héritiers d’Epstein. Sotheby s’est également fait plus de 400 000 euros d’honoraires pour vendre un bien où de nombreux crimes ont été commis. Une honte ! Que Sotheby’s rende l’argent et le verse à des associations de victimes. Ces gens là n’ont aucune honte à se faire de l’argent sur les biens de criminels monstrueux, pervers et démoniaques comme Epstein.

Le bien comprenait principalement deux appartements réunis, ainsi que des dépendances, pour environ 685 m².

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

VI. Jean-Luc Brunel : le mannequinat comme terrain de chasse

Jean-Luc Brunel (18 septembre 1946 - 19 février 2022), directeur de Karin Models puis fondateur de MC2 Model Management, occupe le centre de la French Connection décrite par Bauer. Epstein avait investi au moins un million de dollars dans MC2 selon les documents cités. Le monde du mannequinat fournissait une couverture idéale : recrutement international, promesses de carrière, jeunes étrangères dépendantes de visas, de logements et d’intermédiaires.

 

Les témoignages rassemblés décrivent des soirées parisiennes marquées par la cocaïne, la soumission chimique et des viols allégués. Onze femmes avaient dénoncé des viols, agressions ou harcèlements attribués à Brunel, sur une période allant de 1974 à 2016.

Une perquisition dans ses bureaux avait découvert un tableau portant des noms de jeunes filles, les actes sexuels effectués et l’indication de leur minorité. Ces faits rapportés par Alain Bauer sont d’une brutalité telle que le langage mondain de l’agence et du casting devient obscène [8].

La correspondance entre Brunel et Epstein employait un code : des jeunes filles étaient désignées comme « professeures particulières ». Dans un courriel de 2005, Brunel évoque « une prof de deux fois huit ans » — autrement dit une adolescente de seize ans [8].

Virginia Giuffre déclara aux enquêteurs que Brunel se rendait sur l'île privée de Little Saint James entouré de jeunes filles auxquelles on promettait le mannequinat et dont les passeports auraient été retirés. Il s’agit d’un témoignage, non d’un jugement définitif ; mais il décrit exactement la dépendance transnationale que les agences pouvaient fabriquer.

Brunel fut mis en examen en France en 2020 pour viols sur mineures et harcèlement sexuel. Il nia être proxénète et se présenta comme la « nounou » des mannequins.

Il fut retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé dans la nuit du 18 au 19 février 2022. Sa mort entraîna l’extinction des poursuites à son égard, donc l’absence de procès et de décision au fond. Elle laissa aussi sans réponse la question des hommes riches et âgés évoqués dans les témoignages. Encore un "suicidé".

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

VII. Daniel Siad : les courriels du recrutement, puis une nouvelle mort

Daniel Amar Siad (vers 1957 - 20 juillet 2026), agent et recruteur de mannequins de nationalités suédoise et algérienne, apparaît dans le livre comme un second « chasseur » présumé. À partir de 2009, il entretient une correspondance suivie avec Epstein et lui envoie des photographies, mensurations, nationalités et âges de jeunes femmes repérées à Paris, Barcelone, Riga, Minsk ou Marrakech.

Les formulations citées sont accablantes par leur logique de catalogue : « J’avais deux filles de Suède, une Slovaque, deux Françaises et Katya la Russe » ; ailleurs, « Elle a vingt ans, mais elle paraît plus jeune » [9]. Entre novembre 2013 et mai 2017, Siad reçut au moins 56 000 euros d’Epstein sur des comptes personnels en Suède et à Dubaï ; un prêt de 25 000 euros suivit en 2018. Lorsque Deutsche Bank demanda le motif de virements, Epstein répondit qu’il s’agissait d’acheter des photographies [9].

Une femme entendue par l’OCRVP déclara que Siad l’avait abordée à Paris en 2013, puis introduite auprès d’Epstein comme assistante avant des viols répétés. L’ex-mannequin Ebba Karlsson déposa plainte en février 2026 contre Siad pour viol et traite des êtres humains, à propos de faits qu’elle situait en 1990. Siad nia toute participation à des activités criminelles et soutint que sa relation avec Epstein était professionnelle. Au moment où Bauer acheva le livre, l’affaire était ouverte et Siad vivant.

Le 20 juillet 2026, après la parution du livre d'Alain Bauer, Daniel Siad fut retrouvé mort à son domicile de Colombes, à 69 ans. Le parquet annonça une autopsie ; son avocat évoqua une crise cardiaque, sans que la cause officielle fût alors établie. Cinq femmes l’avaient accusé de viol ou de traite selon les dépêches récentes, mais il n’avait pas été mis en examen. Sa mort éteint d’éventuelles poursuites personnelles ; elle ne doit ni être transformée en preuve de culpabilité ni permettre l’abandon de l’enquête sur le réseau [10].

L’histoire française se répète : un homme détenteur d’informations meurt avant le procès, et les victimes craignent que la structure survive à l’individu. Un "suicidé" de plus ...

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

VIII. Jack et Caroline Lang : proximité documentée, absence d’accusation sexuelle

Jack Lang (né le 2 septembre 1939) apparaît près de sept cents fois dans les fichiers selon Bauer. Il faut écrire immédiatement la limite : aucune accusation de violence sexuelle ne le vise et aucune pièce judiciaire citée par le livre ne le relie au trafic sexuel d’Epstein [11]. En revanche, la relation de proximité, les cadeaux, les voyages et les structures financières associées à sa fille Caroline Lang (née en 1961) sont documentés et méritent examen.

Caroline Lang rencontre Epstein en 2012.

Deux virements totalisant 100 000 euros suivent la présentation de son père.

Le livre rapporte près de 1 500 échanges entre Caroline Lang et Epstein ; elle organise des rendez-vous à Paris, New York et Marrakech, ainsi que des voyages.

Dans les mémos internes, elle figure comme premier contact parisien.

Jack Lang reçoit Epstein place des Vosges ; il sollicite un financement pour un documentaire consacré à sa fille Valérie. Après un trajet en jet privé avec sa petite-fille, il écrit : « Ton amitié, ton avion est extraordinaire » [11]. Cette phrase dit la séduction par le privilège mieux que tout commentaire.

En 2015, Caroline Lang crée le Pierre Trust aux îles Vierges américaines. Prytanée LLC, détenue à parts égales avec Epstein et dotée d’un million d’euros, devait investir dans l’art.

Le parquet national financier a ouvert une enquête portant notamment sur un possible blanchiment de fraude fiscale aggravée ; il lui appartient d’établir les faits. Le testament signé par Epstein deux jours avant sa mort prévoyait, selon le livre, un legs de cinq millions de dollars à Caroline Lang, qui affirme l’avoir ignoré.

Son bureau à l’Institut du monde arabe fut perquisitionné en février 2026 ; Jack Lang démissionna ensuite de la présidence de l’Institut.

Ici encore, l’accusation juste n’est pas celle que l’on invente. Le problème établi est l’acceptation durable de la générosité, des voyages, des introductions et des montages d’un homme dont la condamnation de 2008 était publique. Le système Epstein prospérait précisément grâce à ces relations qui n’étaient pas nécessairement criminelles, mais qui lui rendaient réputation, accès et centralité.

IX. Racisme, eugénisme et fantasme de supériorité

La dimension idéologique mérite un traitement précis. Les dossiers décrivent un univers de marchandisation sexuelle, de misogynie et de hiérarchisation des êtres. de suprémacisme et de racisme.

Alain Bauer montre qu’Epstein se croyait intellectuellement supérieur, au-dessus des dirigeants et des normes communes. Il finançait des recherches à la frontière de la génétique, de l’intelligence et de la reproduction, fréquentait des scientifiques tentés par des explications biologisantes et recevait des courriels explicitement racistes ou sexistes.

Joscha Bach

Le livre cite ainsi un message du cogniticien Joscha Bach (né en 1973), financé dans l’environnement du MIT Media Lab, affirmant en 2016 que « les enfants noirs aux États-Unis ont un développement cognitif plus lent » [12].

Cette phrase est celle de Bach, pas d’Epstein.

D’autres documents publics montrent qu’Epstein partagea des textes de pseudo-science raciale, notamment avec Noam Chomsky, qui contesta ces thèses.

Cela établit son intérêt pour un imaginaire de hiérarchie raciale ; cela ne permet pas d’attribuer à chacun de ses correspondants ses convictions.

La formule virale selon laquelle « aucune fille noire » n’aurait été admise sur l’île provient d’un témoignage indirect contenant une injure raciste, reproduit dans des notes d’enquête. Elle n’est ni un courriel d’Epstein ni une règle générale corroborée. D’autres pièces et le témoignage de Lisa Phillips attestent l’existence de victimes noires dans les réseaux liés à Epstein [13].

Ce qui est sûr c'est qu'Epstein abhorrait les noirs.

L’ignoble préférence racialisée rapportée doit être citée pour ce qu’elle est ; la transformer en interdiction absolue efface paradoxalement les victimes noires.

Suprémaciste et raciste Epstein l'était. mais on ne peut conclure comme certains complotistes qui fleurtent avec l'antisémitisme que les perversions d'Epstein, ses trafics et ses crimes sont imputables "aux juifs" en général ou parceque Epstein était juif et soutenait Israël financièrement et moralement.

Alain Bauer écrit que certaines institutions juives furent utilisées comme des « otages-boucliers » dans sa stratégie philanthropique [14] : Jeffrey Epstein finançait des organisations juives, comme il finançait des universités et des laboratoires, afin d’acheter de l’accès et de la respectabilité.

Alain Bauer le décrit comme un "espion multicartes" qui pouvait donner des informations à plusieurs services dont la CIA ou le Mossad.

On peut parler d’instrumentalisation identitaire, d’élitisme, de racisme et de fantasme de supériorité : un suprémacisme personnel et social : Jeffrey Epstein se vivait comme membre d’une caste dispensée de la morale commune. Dans l’entretien avec Steve Bannon (né le 27 novembre 1953), interrogé sur les conséquences de ses actes, il ne manifeste ni honte ni remords. À la question de savoir s’il était « le diable lui-même », il répond : « Non, mais j’ai un bon miroir » [15]. Le mot d’esprit est glaçant parce qu’il convertit encore l’examen moral en performance narcissique.

Alexander Acosta

Alexander Acosta

X. 2008 : l’accord par lequel la justice s’est déshonorée

L’accord négocié sous l’autorité du procureur fédéral Alexander Acosta (né le 16 janvier 1969) demeure le centre politique du scandale. Alors que la police de Palm Beach et le FBI avaient identifié de nombreuses victimes, Epstein plaida coupable de deux chefs devant la justice de Floride. Il reçut dix-huit mois, n’en effectua que treize et bénéficia d’une semi-liberté douze heures par jour, six jours sur sept. Quatre collaboratrices nommées et tout « co-conspirateur potentiel » non identifié obtinrent une immunité fédérale. Les victimes ne furent pas informées [16].

Ce n’est pas un simple dysfonctionnement. C’est la démonstration d’une justice différentielle. L’argent achète le temps, l’expertise, les négociations discrètes et la capacité de redéfinir le crime. Un employé de maison qui tenta de vendre le carnet d’adresses reçut une peine plus longue que celle effectivement purgée par Epstein. Après sa libération, des universités continuèrent à accepter ses dons. En 2012, la Rockefeller University envisagea même de l’accueillir à son conseil.

La journaliste Julie K. Brown (née en 1961) et le Miami Herald rouvrirent le dossier par leur enquête Perversion of Justice en 2018.

Il fallut une journaliste locale, des dossiers patiemment dépouillés et la confiance gagnée auprès des victimes pour faire ce que les gardiens institutionnels n’avaient pas fait.

Epstein fut arrêté en juillet 2019 et mourut le 10 août avant son procès.

Le médecin légiste conclut au suicide ; les défaillances de la prison sont établies, mais elles ne constituent pas la preuve d’un homicide. Là encore, le livre résiste à la tentation du récit total.

La vérité sur le système Epstein d'Alain Bauer.

XI. Ce que Bauer démontre — et ce que la colère exige

La thèse criminologique finale est forte : la pathologie individuelle n’explique pas l’impunité.

Il faut un criminel motivé, des victimes rendues accessibles et l’absence de gardiens compétents. Il faut surtout une écologie d’institutions capables de considérer l’argent, la réputation et les relations comme plus importants que les alertes.

Le volet français donne à cette thèse une puissance particulière. Un appartement parisien structuré autour du même dispositif de massage ; des centaines de viols ; un milieu du mannequinat offrant des jeunes étrangères vulnérables ; Brunel mis en examen puis mort avant son procès ; Siad identifié tardivement, accusé mais non mis en examen, puis mort à son tour ; 4 500 courriels saisis en 2019 et longtemps sans conséquence visible ; des relations avec la banque, la culture et la diplomatie. Ce n’est pas une rumeur de réseau. C’est un faisceau de connexions documentées dont les responsabilités doivent encore être juridiquement séparées.

Mon indignation va d’abord à Epstein, à sa rapacité sexuelle, à son racisme, à sa misogynie et à son talent pour transformer des êtres humains en instruments. Elle va à Maxwell, condamnée pour sa participation. Elle va ensuite à tous ceux dont la responsabilité serait établie, mais aussi aux institutions qui ont préféré les honoraires, les dons, les voyages et le prestige aux questions qu’elles avaient le devoir de poser.

Je refuse pourtant que cette colère soit détournée vers une culpabilité par association ou vers un récit à caractère antisémite. Mettre véritablement les gens en cause, ce n’est pas imprimer tous les noms au même degré d’encre. C’est écrire : condamné ; mis en examen ; accusé ; payé ; contractant ; voyageur ; intermédiaire ; bénéficiaire ; témoin ; simple relation. La hiérarchie des preuves est la seule manière de briser le système au lieu de lui offrir l’alibi du chaos.

Alain Bauer conclut que l’affaire révèle « le prix du silence des élites » [17]. Ce prix a été payé par les victimes. Le devoir public est désormais clair : poursuivre l’analyse des courriels et des flux ; entendre les survivantes ; enquêter sur les facilitateurs vivants ; garantir que la mort d’un suspect n’enterre pas l’organisation ; rendre les accords judiciaires opaques impossibles ; soumettre les banques, universités et fondations à une vigilance qui ne cède pas devant le prestige. Après un tel livre, l’indignation ne doit pas être un sentiment. Elle doit devenir une méthode de justice.

Et peut-on croire qu'il n'y a plus aucun Jeffrey Epstein parmi les milliardaires ultras riches qui se croient tout permis et qui sont - de fait - au dessus des lois ? Que se passe-t'il derrière les portes closes si respectables de l'avenue Foch et des autres avenues ?

Je n'ai bien entendu pas développé tout ce qu'il y a dans le livre d'Alain Bauer (Le Pince Andrew, la Norvège, les réseaux et les lobbies etc...) vous en saurez plus en le lisant !

Le livre d'Alain Bauer est absolument essentiel. Vous devez le lire !

L’affaire Epstein ne fait que commencer ! A moins qu’ils ne réussissent à l’étouffer…

Jean-Laurent Turbet

À propos de l’auteur :

Né à Paris le 8 mai 1962, Alain Bauer est un criminologue français, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers et membre de son Équipe Sécurité & Défense. Il a également exercé des fonctions d’enseignement et de recherche au John Jay College of Criminal Justice de New York et à l’université Fudan de Shanghai. Auteur de nombreux ouvrages consacrés à la criminalité organisée, au terrorisme, aux politiques de sécurité et aux mécanismes de crise, il a présidé l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales ainsi que le Conseil national des activités privées de sécurité. Son parcours, situé au croisement de la recherche, du conseil et de l’action publique, explique la méthode adoptée dans La Vérité sur le système Epstein : considérer le crime non comme le seul produit d’une personnalité pathologique, mais comme le résultat d’un environnement composé de réseaux, de facilitateurs et de défaillances institutionnelles. L’apport essentiel de Bauer est ainsi de dépasser la biographie du prédateur pour mettre en évidence l’organisation sociale de son impunité. Il a également été le Grand Maître du Grand Orient de France.

Notes et références

[1] Alain Bauer, La Vérité sur le système Epstein, Éditions First, 2026, introduction, PDF p. 14-16.

[2] Ibid., chap. 4, « Une véritable pyramide de Ponzi sociale », PDF p. 109-110.

[3] Ibid., chap. 17, « La normalisation de la déviance », PDF p. 271.

[4] Ibid., chap. 2, « Les Rothschild : le sceau de légitimité », PDF p. 55-56 ; chap. 3, PDF p. 80-81.

[5] Ibid., chap. 5, « Des victimes devenues recruteuses », autour des PDF p. 118-119.

[6] Ibid., chap. 10, « Paris, avant-poste d’Epstein en Europe », PDF p. 183-185.

[7] Ibid., chap. 10, « Les zones d’ombre de l’enquête française », PDF p. 193-194.

[8] Ibid., chap. 10, « Jean-Luc Brunel, rabatteur en chef », PDF p. 184-186.

[9] Ibid., chap. 10, « Daniel Siad, l’autre chasseur », PDF p. 186-188.

[10] Reuters, « French modelling scout linked to Epstein found dead », 22 juillet 2026 ; Le Monde, « Epstein case: French model scout and alleged recruiter found dead », 22 juillet 2026. Ces sources postérieures au livre signalent que la cause officielle restait à déterminer.

[11] Bauer, op. cit., chap. 10, « Jack Lang et sa fille », PDF p. 190-193.

[12] Ibid., chap. 3, passage consacré aux scientifiques, PDF p. 88 environ (texte extrait du PDF : courriel de Joscha Bach, 2016).

[13] Feminegra, « ‘No Black Girls Allowed on Epstein Island’ — The Viral Claim That Erased Epstein’s Black Victims », 6 février 2026. La source analyse le témoignage indirect et les pièces contradictoires.

[14] Bauer, op. cit., chap. 3, passage sur les dons aux institutions juives, PDF p. 72 environ.

[15] Ibid., chap. 16, « Entretien de Steve Bannon avec Jeffrey Epstein », PDF p. 255-261.

[16] Ibid., chap. 5, « L’extraordinaire indulgence de l’accord de 2008 », PDF p. 120-122.

[17] Ibid., conclusion provisoire, PDF p. 281-283.

Pagination : les références renvoient aux pages du fichier PDF fourni (300 pages). Les citations sont brèves et destinées à la vérification critique.

Repères biographiques des personnes substantiellement citées

  • Alain Bauer : né le 8 mai 1962.
  • Jeffrey Edward Epstein : 20 janvier 1953 - 10 août 2019.
  • Ghislaine Maxwell : née le 25 décembre 1961.
  • Leslie Wexner : né le 8 septembre 1937.
  • Leon Black : né le 31 juillet 1951.
  • Ariane de Rothschild : née le 14 novembre 1965.
  • Lynn Forester de Rothschild : née le 2 juillet 1954.
  • Maria Farmer : née en 1969.
  • Virginia Giuffre : 9 août 1983 - 25 avril 2025.
  • Joseph Recarey : 1966 - 25 mai 2018.
  • Jean-Luc Brunel : 18 septembre 1946 - 19 février 2022.
  • Daniel Amar Siad : vers 1957 - 20 juillet 2026.
  • Jack Lang : né le 2 septembre 1939.
  • Caroline Lang : née en 1961.
  • Alexander Acosta : né le 16 janvier 1969.
  • Julie K. Brown : née en 1961.
  • Joscha Bach : né en 1973.
  • Steve Bannon : né le 27 novembre 1953.

Les personnes vivantes sont indiquées par leur seule date de naissance. Lorsqu’une date complète n’est pas solidement établie dans les sources accessibles, seule l’année ou une approximation est donnée.

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