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Le Blog des Spiritualités

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Samedi de Pâques : Le shabbat du doute. Le silence des écritures. La solitude des disciples.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 4 Avril 2026, 06:00am

Catégories : #Pâques, #Shabbat, #Apôtres, #Disciples, #Solitude, #Abandon, #Prière

Les disciple pendant le shabbat du doute (image Jean-Laurent Turbet +IA)

Les disciple pendant le shabbat du doute (image Jean-Laurent Turbet +IA)

🕯️ Le Grand Silence :


Que font les disciples le jour du Shabbat,
après la mort de Jésus ?

Ecrit pour la 1ère fois le 19 avril 2025
et modifié depuis.

Un jour vide dans les Écritures.

Entre le tumulte dramatique du Vendredi saint et la fulgurance lumineuse de la Résurrection au matin de Pâques, il existe en effet un intervalle étrange, presque irréel : un jour suspendu, un jour sans voix, sans geste, sans signe. Ce jour, c’est le Shabbat. Et les Écritures, canoniques comme apocryphes, l’enveloppent d’un silence presque absolu. Ce silence n’est pas un oubli : il est une absence signifiante, un creux théologique et existentiel d’une densité exceptionnelle.

Car enfin, que font les disciples ? La question demeure ouverte, et c’est précisément ce qui en fait la profondeur. Tout ce que nous savons, indirectement, nous permet d’esquisser une scène intérieure plus qu’historique. Après l’arrestation, la fuite, le reniement de Pierre l'Apôtre, la crucifixion publique et humiliante, tout semble s’être effondré. Celui qu’ils reconnaissaient comme le Messie est mort, et mort comme un condamné. Le Royaume annoncé paraît n’avoir été qu’une illusion. La promesse s’est brisée sur le bois de la croix.

Le Shabbat impose le repos, certes. Mais quel repos peut-il y avoir dans des cœurs bouleversés ? Ce repos devient alors immobilité contrainte, enfermement. Les disciples sont probablement cachés, terrés, dans la crainte des autorités religieuses et romaines. L’Évangile selon Jean nous montrera d’ailleurs, après coup, des disciples enfermés « par peur ». Il est raisonnable de penser que cette peur commence précisément là, dans ce samedi vide.

Mais ce silence est plus qu’un contexte psychologique : il est une expérience spirituelle. Il est le moment où toute parole de Dieu semble retirée. Jésus, le Verbe incarné, s’est tu dans la mort. Il n’enseigne plus, ne guérit plus, ne rassure plus. Pour les disciples, Dieu lui-même semble s’être absenté. Ce jour devient alors une épreuve de foi radicale : croire encore, alors qu’il n’y a plus rien à voir, plus rien à entendre.

C’est en cela que ce silence rejoint une expérience universelle, et profondément initiatique. Il évoque cette nuit de l’âme dont parlera bien plus tard Jean de la Croix : ce moment où toute lumière disparaît pour que puisse naître une foi dépouillée de toute certitude sensible. Le disciple n’est plus soutenu par les signes ; il est renvoyé à lui-même, à sa fidélité nue.

Dans une perspective symbolique, presque maçonnique, ce Shabbat est aussi le temps de la mise au tombeau intérieure. Le Maître est mort, et avec lui les représentations anciennes, les espérances trop humaines, les projections. Le disciple devient alors semblable à l’Apprenti plongé dans les ténèbres : il ne comprend pas encore, il ne voit pas encore, mais il est déjà engagé dans une transformation profonde. Ce silence n’est pas seulement absence : il est gestation.

Peut-être certains prient-ils encore, machinalement, reprenant les psaumes. Peut-être d’autres pleurent-ils, enfermés dans leur incompréhension. Peut-être certains doutent-ils déjà irrémédiablement. Rien n’est dit, mais tout est possible. Ce jour est celui de toutes les fractures intérieures : la foi et le désespoir, la fidélité et la fuite, l’attente et l’abandon.

Et pourtant, c’est précisément dans ce silence que tout se joue. Car sans ce vide, la Résurrection ne serait qu’un miracle de plus. Avec lui, elle devient une irruption, une déchirure dans l’ordre du monde, une réponse à une absence totale. Le silence du samedi saint est la condition même de la Parole retrouvée.

Ainsi, ce jour « oublié » est peut-être le plus proche de notre propre condition. Nous sommes souvent, nous aussi, dans ce samedi : entre promesse et accomplissement, entre foi et doute, entre lumière espérée et obscurité vécue. Le disciple, ce jour-là, ne fait peut-être rien d’autre que ce que nous faisons nous-mêmes dans nos nuits intérieures : attendre sans comprendre, demeurer sans voir, espérer sans preuve.

Et ce silence, loin d’être vide, devient alors le lieu même de la transformation.

 

Un Shabbat derrière des portes closes.

C’est en effet un Shabbat d’une nature radicalement différente qui s’ouvre ce soir-là : non plus seulement le repos prescrit par la Loi, mais une suspension intérieure, une sorte de fracture du temps lui-même. Le soleil s’est couché sur Jérusalem, les bougies ont été allumées selon le rite ancestral, mais leur lumière n’éclaire plus une joie familiale ou une paix sabbatique : elle vacille sur des visages défaits, creusés par l’angoisse et l’incompréhension. Les disciples sont là, rassemblés, enfermés, réduits désormais à onze depuis la chute tragique de Judas Iscariote, et cette absence pèse presque autant que la mort du Maître.

Ce groupe, autrefois porté par une espérance messianique ardente, est devenu une communauté blessée, repliée sur elle-même, comme en état de siège. Les femmes ne sont sans doute pas loin – Marie Madeleine, Marie (mère de Jésus), et d’autres encore – circulant peut-être entre les lieux, apportant présence, consolation, fidélité silencieuse, là où les hommes semblent paralysés par la peur.

Car la peur est omniprésente, presque tangible. Elle n’est pas seulement une émotion : elle structure l’espace, elle dicte les gestes, elle impose le silence. Les portes sont closes, les volets tirés, les voix basses. Chaque bruit venu de la rue devient une menace possible. L’exécution de Jésus n’est pas seulement un drame spirituel, elle est aussi un avertissement politique : le pouvoir romain et les autorités religieuses ont montré ce qu’il en coûte de troubler l’ordre établi.

Les disciples le savent, confusément mais profondément : ils peuvent être les prochains. Pierre l'Apôtre porte en lui la brûlure de son triple reniement, non seulement comme une faute morale, mais comme le symptôme de cette peur qui l’a submergé. Jean l'Évangéliste, lui, n’a pas fui jusqu’au bout : il a vu, il a entendu, il a été témoin de l’agonie, du dernier souffle. Et cette fidélité même devient une blessure plus profonde encore, car voir, c’est ne plus pouvoir se réfugier dans l’illusion. Quant à Thomas l'Apôtre, il incarne déjà cette tension intérieure entre le désir de croire et l’impossibilité d’adhérer à ce qui semble désormais absurde.

Mais au-delà de la peur, c’est le deuil qui s’impose comme une expérience totale. Non pas seulement le deuil d’un homme aimé, mais celui d’une espérance, d’un avenir, d’un sens. Jésus n’était pas seulement un maître : il était celui en qui s’étaient concentrées toutes les attentes messianiques, toutes les promesses de libération. Sa mort sur la croix n’est pas seulement une tragédie, elle est un scandale théologique. Comment Dieu a-t-il pu permettre cela ? Comment le Messie peut-il mourir ainsi, dans l’humiliation et l’abandon ?

Les psaumes montent aux lèvres – ceux que l’on récite depuis l’enfance – mais ils prennent soudain une tonalité nouvelle, presque insoutenable. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » : ces mots, entendus sur les lèvres du crucifié, deviennent désormais les leurs. Ils ne sont plus une prière rituelle, mais une protestation, une interrogation vertigineuse adressée à un Dieu qui semble s’être retiré.

Ce Shabbat devient alors un espace intérieur éclaté, où chacun vit une expérience différente, mais convergente dans sa profondeur. Certains pleurent sans retenue, laissant s’écouler une douleur brute. D’autres s’accrochent à la prière, comme à une dernière corde jetée dans le vide. D’autres encore sombrent dans un épuisement total, comme si le corps lui-même cherchait à fuir ce qui ne peut être supporté par l’esprit. Il n’y a plus d’unité visible, plus de parole commune : seulement une juxtaposition de solitudes réunies dans un même lieu.

Et pourtant, c’est précisément dans cette fragmentation, dans cette nuit collective, que se prépare quelque chose d’invisible. Ce Shabbat n’est pas seulement un temps de repli ou de désolation : il est, à un niveau plus profond, un temps de passage. Le silence de Dieu n’est pas nécessairement son absence, mais peut-être une modalité différente de sa présence, inaccessible aux sens et à l’intelligence immédiate. Les disciples ne le savent pas encore, mais ils sont déjà engagés dans une transformation radicale : celle qui consiste à passer d’une foi fondée sur la présence visible, les miracles, les paroles, à une foi qui devra naître dans l’absence, dans le manque, dans ce « rien » qui déroute et désoriente.

Ainsi, derrière ces portes closes, ce n’est pas seulement une communauté qui se cache : c’est une humanité confrontée à l’effondrement de ses certitudes, et appelée, sans le savoir encore, à une forme nouvelle d’espérance.

 

Le doute : “Nous sommes-nous trompés ?”.

Mais au cœur même de ce Shabbat, plus encore que la peur ou le deuil, c’est le doute qui s’impose comme l’épreuve la plus intime, la plus corrosive, la plus déstabilisante. Car la peur peut faire fuir, le deuil peut faire pleurer, mais le doute, lui, ronge de l’intérieur, il fissure les certitudes, il oblige à revisiter tout ce que l’on croyait solide. Les disciples ne sont pas simplement confrontés à la mort de leur maître : ils sont confrontés à la possibilité terrible de s’être trompés. Ils avaient tout quitté – leurs filets, leurs maisons, leurs sécurités, leurs appartenances sociales – pour suivre cet homme qu’ils reconnaissaient comme le Messie.

Et voici que ce Messie meurt comme le dernier des criminels, exposé à la honte publique de la crucifixion, ce supplice réservé aux esclaves et aux rebelles, la forme la plus dégradante de mort dans le monde romain. Ce contraste est insupportable : comment concilier la grandeur espérée avec l’abjection constatée ? Comment maintenir une foi messianique face à un échec aussi radical en apparence ?

C’est alors que s’installe un débat intérieur, peut-être même un murmure collectif, où les consciences vacillent. Certains, brisés, commencent à formuler l’impensable : et si tout cela n’avait été qu’une illusion ? Et si nous avions projeté sur lui nos propres attentes ? Et si nous avions confondu un prophète inspiré avec celui qui devait réellement délivrer Israël ? La tentation du désenchantement est immense. Elle n’est pas seulement intellectuelle, elle est existentielle : car si Jésus n’est pas ce qu’ils croyaient, alors leur vie elle-même apparaît comme une erreur, une impasse, un égarement. Ce doute rejoint profondément notre propre condition humaine.

Qui, en effet, n’a jamais été confronté à ce vertige ? Ai-je eu raison de croire ce que je crois ? Ai-je fait les bons choix ? Mes engagements, mes sacrifices, mes fidélités avaient-ils un sens, ou n’étaient-ils que des illusions construites pour donner une cohérence à ma vie ? Ce Shabbat devient ainsi un miroir de nos propres samedis intérieurs, ces moments où tout vacille, où les réponses anciennes ne suffisent plus, où l’on est contraint de se tenir dans une zone d’incertitude radicale.

Et pourtant, au sein même de ce doute, quelque chose résiste. Tous ne cèdent pas au désespoir. Certains, dans un effort presque désespéré, s’accrochent à la mémoire. Ils rappellent les paroles de Jésus, ses annonces mystérieuses de souffrance et de résurrection, ses gestes, ses miracles, cette autorité singulière qui se dégageait de lui. Ils tentent de relire les événements, de leur donner un sens qui échappe encore.

Mais cette relecture est fragile, presque inaudible face à l’évidence du tombeau scellé. Comment croire à une promesse de vie alors que la mort est là, tangible, irréversible ? Comment espérer lorsque même le Shabbat interdit de se rendre au tombeau pour accomplir les gestes élémentaires du deuil ? Le temps lui-même semble suspendu, empêché, comme si l’histoire s’était arrêtée dans une impasse.

C’est alors que surgit, paradoxalement, une forme de fidélité silencieuse. Car malgré tout, les disciples ne rompent pas avec ce qu’ils ont reçu. Ils continuent de prier. Non pas avec la ferveur enthousiaste des jours de miracle, mais avec une persévérance fragile, presque mécanique, enracinée dans la tradition. Le Shabbat demeure le Shabbat, don de Dieu au peuple d’Israël, et même dans la nuit du doute, il structure encore leur existence.

Les psaumes sont murmurés, les bénédictions prononcées à voix basse, comme si la prière devenait le dernier fil qui les relie à un sens possible. Ils prient pour Jésus, pour eux-mêmes, pour comprendre, pour tenir. Cette prière n’est pas triomphante, elle est pauvre, dénudée, mais elle est réelle. Et c’est peut-être là l’essentiel : continuer, malgré tout.

À un niveau théologique plus profond, ce silence du Shabbat n’est pas un vide absolu. La tradition chrétienne y verra plus tard un mystère invisible : celui de la descente du Christ dans les profondeurs de la mort, ce que l’on appelle le « séjour des morts », où se joue une victoire cachée, imperceptible aux yeux des disciples. Tandis qu’eux vivent le silence comme une absence, quelque chose est déjà à l’œuvre, mais dans une dimension qui leur échappe totalement. Il y a là une leçon fondamentale : l’histoire visible n’épuise pas le réel, et ce que nous percevons comme un échec peut être, en profondeur, une transformation en cours.

Ainsi, ce samedi saint devient le jour de tous ceux qui attendent dans l’obscurité. Le jour de ceux qui doutent sans renoncer totalement, de ceux qui pleurent sans cesser d’espérer, de ceux qui avancent sans voir. Il est d’une actualité brûlante, dans un monde marqué par l’incertitude, les crises, les remises en question personnelles et collectives. Nous sommes nombreux à vivre, à certains moments de notre existence, dans cet entre-deux : entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, entre la perte des évidences anciennes et l’absence de nouvelles certitudes.

Et ce qui sauve peut-être les disciples, ce jour-là, ce n’est ni une foi héroïque, ni une compréhension éclairée. C’est quelque chose de plus humble et de plus essentiel : ils restent ensemble. Malgré leurs peurs, leurs doutes, leurs incompréhensions, ils ne se dispersent pas totalement. Ils demeurent liés, fragiles mais unis. Et dans cette simple fidélité communautaire, dans cette présence partagée au cœur de la nuit, se trouve déjà en germe la possibilité d’un recommencement. Car parfois, dans les heures les plus obscures, rester, prier, et ne pas rompre le lien est déjà une forme de victoire silencieuse.

Jean-Laurent Turbet

 

Et puis je me suis "risqué" à un récit imaginaire. Celui de Pierre ce samedi là... 

Je le livre à votre lecture :

 

Les disciples le samedi de Pâques (image Jean-Laurent Turbet +IA)

Les disciples le samedi de Pâques (image Jean-Laurent Turbet +IA)

Le Shabbat de l’ombre

Récit fictif d’un des apôtres, le lendemain de la crucifixion par Jean-Laurent Turbet.

Le soir est tombé.

Le soleil s’est couché derrière les collines de Jérusalem, et avec lui notre dernier souffle d’espérance.

Nous avons allumé les bougies, comme chaque veille de shabbat, mais cette fois, leur flamme semble trembler plus que d’habitude. Est-ce le vent ? Non. C’est nous. Nous sommes tremblants.

La porte est verrouillée. Les volets sont fermés. Nous avons peur.

Judas est mort. Jésus aussi.


Et nous, nous ne savons plus qui nous sommes.

Je suis Simon, qu'IL appelait Pierre, et je n’arrive plus à me regarder en face.
Quand il m’a regardé, là, dans la cour, après mon troisième reniement… J’ai senti mon âme se déchirer. Il n’a rien dit. Juste un regard. Plus doux que je ne le méritais. Je crois que je préférerais qu’il m’ait crié dessus.

Jean était là, silencieux. Il ne parle pas. Il s’est assis près du mur, les genoux contre sa poitrine, et il fixe la flamme du grand cierge au centre de la pièce. C’est lui qui éclaire le plus. Il crépite un peu.

On entend ça et le souffle régulier d’André, qui s’est endormi, épuisé.

Thomas, lui, tourne en rond comme un fauve en cage. Je le connais : il ne le dira pas, mais il doute.

Les fils du Tonnerre sont anéantis. Pour une fois...

Barthélemy prie. Ses lèvres bougent sans bruit. Peut-être récite-t-il les psaumes.

Moi, je n’ai plus de mots.

Le sabbat a commencé.

Normalement, c’est un jour de paix. Mais cette fois, c’est un jour de vide.

Il n’est plus là.

Notre maître. Notre ami. L'Enseigneur. Celui qui parlait et les démons tremblaient. Celui qui touchait et les aveugles voyaient. Celui qui appelait et les morts se levaient.

Et maintenant, c’est lui, le mort.

Dans un tombeau, gardé par des soldats. Comme un roi enfermé hors du monde.

Je repense à ses paroles.

“Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup… être rejeté… être tué… et trois jours après, ressusciter.” Mais est-ce que je l’ai cru ? Vraiment cru ?  Je ne sais plus.

Marie, la mère de Jacques et de Jésus est venue un instant. Elle n’est pas restée. Elle portait le deuil comme une armure. Son regard n’était pas vide, pourtant. Il y avait… je ne sais pas. Quelque chose. Comme une attente.

Marie de Magdala est venue nous réconforter alors que son chagrin était abyssal...

Moi, j’attends aussi. Mais je ne sais pas quoi.

 

Jean réconforte Pierre durant la nuit du doute (Image Jean-Laurent Turbet + IA)

Et puis Jean, ce disciple que Jésus aimait s'est levé et est venu près de moi pour me consoler.

Je pose ma tête sur son épaule, je ne comprends pas encore que cette lumière qui nous éclaire c'est Lui. Qu'il nous regarde, pauvres disciples perdus. IL doit encore penser que nous ne comprenons pas, que nous ne comprenons rien, que nous ne sommes que des hommes de peu de foi, nous pourtant qu'il a choisi.

La nuit avance. On ne parle presque pas.

Un bruit dans la rue nous a tous fait sursauter. On se tait. On retient notre souffle. Ce n’était rien. Mais le cœur bat comme s’il voulait s’échapper de notre poitrine.

Je crois que Dieu est silencieux ce soir. Ou alors, peut-être qu’il murmure.
Mais mon cœur fait trop de bruit pour que je l’entende.

Je voudrais croire. Je voudrais espérer.
Mais j’ai vu le sang. J’ai vu la lance. J’ai vu le tombeau.

Alors je reste là, assis contre la pierre froide du mur, à regarder la flamme vaciller.

Et je prie. Pas avec des mots. Pas avec des formules.
Je prie avec ma fatigue.
Je prie avec mon absence de foi.
Je prie avec mon silence.

Et dans ce silence, je me tiens là.
Entre l’effondrement…
… et l’aube que je ne vois pas encore.

Jean-Laurent Turbet

 

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H
Tres interssa.t.<br /> ....passionnant.
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