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Le Blog des Spiritualités

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La Passion de Jésus-Christ : une lecture religieuse et symbolique du Vendredi Saint.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 3 Avril 2026, 06:00am

Catégories : #Pâques, #Passion, #Jésus, #JésusChrist, #Golgotha, #INRI

La Passion de Jésus-Christ : une lecture religieuse et symbolique du Vendredi Saint.
La Passion de Jésus-Christ : une lecture religieuse et symbolique du Vendredi Saint.

Le Vendredi Saint 
Jour de la Passion et de la Crucifixion

Article publié pour la 1ère fois le vendredi 18 avril 2026
Modifié depuis

Le Vendredi Saint est l’un des jours les plus sacrés du calendrier chrétien.

Il commémore la Passion du Christ, c’est-à-dire ses souffrances et sa mort sur la Croix, au sommet du Golgotha (le "Mont du Crâne").

Ce jour dramatique est au cœur de la foi chrétienne, car il constitue l’accomplissement du sacrifice rédempteur de Jésus, considéré par les chrétiens comme le Fils de Dieu, l'Agneau immolé pour les péchés du monde.

Les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) et l’évangile de Jean racontent les derniers instants du Christ avec des détails poignants.

Trahi par Judas, arrêté, humilié, jugé de façon expéditive, flagellé et finalement cloué sur une croix entre deux brigands, Jésus connaît une mort atroce, mais choisie dans l’obéissance à la volonté du Père.

Ce jour noir de la Passion est aussi, paradoxalement, porteur d’une lumière secrète : c’est le mystère du salut à travers la souffrance, un thème majeur dans la théologie chrétienne.

 

 

(Image Jean-Laurent Turbet + IA)

La signification religieuse de la Passion.

La signification religieuse de la Passion du Christ constitue l’un des cœurs les plus profonds et les plus mystérieux de la foi chrétienne. Elle ne peut se comprendre pleinement qu’à la lumière de toute l’histoire du salut, telle qu’elle est déployée dans les Écritures, et en particulier dans les prophéties de l’Ancien Testament.

Parmi celles-ci, le texte du Serviteur souffrant, au chapitre 53 du livre d’Livre d’Isaïe, occupe une place centrale et saisissante. Ce passage, d’une intensité spirituelle exceptionnelle, décrit un personnage innocent, méprisé, rejeté des hommes, qui accepte librement de porter les fautes d’autrui : « Il a été blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ». La tradition chrétienne y a reconnu, dès les origines, une préfiguration du Christ, annonçant de manière prophétique le sens de sa Passion.

Ainsi, la mort de Jésus ne saurait être réduite à un simple événement historique ou à une tragédie humaine.

Elle est comprise, dans la théologie chrétienne, comme un acte profondément volontaire et salvifique : un sacrifice expiatoire, offert par amour. Là où les anciens sacrifices de l’ancienne alliance, répétés sans cesse, visaient à exprimer la repentance et à restaurer symboliquement l’alliance avec Dieu, le sacrifice du Christ apparaît comme unique, parfait et définitif. En lui, selon la foi chrétienne, s’accomplit et se dépasse toute la logique sacrificielle antérieure. Le Christ n’offre pas quelque chose d’extérieur à lui-même : il s’offre lui-même, dans une totale obéissance et un abandon confiant à la volonté du Père.

Ce mystère est au cœur de la compréhension chrétienne du salut. Jésus assume, en sa personne, la condition humaine jusque dans ses conséquences les plus tragiques : la souffrance, l’injustice, l’abandon et la mort.

Mais il le fait en portant, selon l’expression théologique classique, « le péché du monde ». Autrement dit, il prend sur lui la rupture qui sépare l’humanité de Dieu, afin de la réparer de l’intérieur. Sa Passion devient alors un lieu de réconciliation : non pas une simple compensation juridique, mais un acte d’amour radical par lequel Dieu lui-même, en la personne du Fils, vient rejoindre l’homme dans sa détresse pour le relever et lui rouvrir un chemin vers la vie.

Ce sacrifice, unique et universel, marque le passage de l’ancienne alliance à la nouvelle. Là où l’ancienne alliance reposait sur des rites et des prescriptions, la nouvelle alliance, scellée dans le sang du Christ, inaugure une relation renouvelée entre Dieu et l’humanité, fondée sur la grâce et l’amour. Quelle avancée, quelle transformation majeure avec l'Ancienne Loi. La Croix devient ainsi le signe paradoxal de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, du pardon sur le péché.

 

C’est pourquoi le Vendredi Saint occupe une place si particulière dans le calendrier liturgique chrétien. Ce jour n’est pas seulement le souvenir d’un événement passé ; il est une entrée dans un mystère qui se rend présent à chaque génération.

L’Église y adopte une attitude de dépouillement et de gravité : les autels sont nus, privés de leurs ornements, les cloches se taisent, comme si toute la création retenait son souffle. La liturgie elle-même se fait sobre, presque austère, laissant une large place au silence, à la méditation et à la contemplation de la Croix.

Dans ce silence habité, les fidèles sont invités à contempler le Crucifié, non comme un simple martyr, mais comme le Sauveur qui, par amour, a accepté de traverser la nuit la plus profonde pour ouvrir à l’humanité l’espérance de la résurrection. Le jeûne et le recueillement qui caractérisent ce jour ne sont pas seulement des pratiques ascétiques ; ils expriment une participation intérieure à ce mystère, une manière de s’unir, dans la foi, à celui qui « a porté nos souffrances » et qui, par sa Passion, a transformé à jamais le sens même de la souffrance humaine.

Le Vendredi Saint est ainsi un jour de recueillement, de jeûne et de silence, marqué par des liturgies sobres, où l’autel est dépouillé, les cloches se taisent, et l’Église médite devant la Croix nue.

 

 

INRI : une inscription à déchiffrer.

L’inscription INRI, placée au-dessus de la tête du Christ crucifié, constitue l’un de ces signes apparemment simples dont la profondeur ne cesse de se déployer à mesure qu’on les contemple. Les Évangiles rapportent en effet que Ponce Pilate fit apposer sur la croix un titulus, selon l’usage romain, indiquant le motif de la condamnation. Ce titulus portait ces quatre lettres : INRI, abréviation de Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, c’est-à-dire « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » ou « Jésus le Nazoréen, le roi des Juifs ».Par ce geste, Pilate entendait sans doute marquer une forme d’ironie politique, voire de dérision à l’égard des autorités juives, en affichant comme « roi » celui qui venait d’être livré à la mort la plus infamante.

Mais, comme souvent dans les récits évangéliques, ce qui relève de l’intention humaine la plus ambiguë devient, à un niveau plus profond, porteur d’une vérité qui dépasse celui qui l’énonce. Car, à son insu, Pilate proclamait une réalité que la foi chrétienne reconnaît comme essentielle : le Christ est bien roi.

Non pas un roi terrestre, exerçant un pouvoir de domination ou de contrainte, mais un roi d’un ordre radicalement différent. Sa royauté ne s’inscrit pas dans les catégories politiques ou sociales du monde ; elle se révèle dans l’abaissement, dans le don de soi, dans l’amour poussé jusqu’à l’extrême.

Son trône est une croix, instrument de supplice devenu signe de gloire ; sa couronne est tressée d’épines, symbole paradoxal d’une souveraineté qui passe par la souffrance et le renoncement. Ainsi, l’inscription INRI, voulue comme une dérision, devient une proclamation théologique : celle d’une royauté spirituelle, fondée sur le sacrifice et la vérité.

Cependant, au fil des siècles, ces quatre lettres n’ont cessé d’inspirer des lectures qui dépassent encore le cadre strictement historique ou dogmatique.

Dans certaines traditions symboliques, notamment dans les courants hermétiques et initiatiques, INRI a été relu, interprété, transfiguré. On ne le prononce plus comme un mot, mais on médite chaque lettre comme un signe porteur de sens. Ainsi est née l’interprétation célèbre : Igne Natura Renovatur Integra« Par le feu, la nature est intégralement renouvelée ». Cette devise, issue du langage de l’alchimie, exprime l’idée centrale de la transformation par le feu, non seulement comme phénomène matériel, mais comme processus spirituel.

Dans cette perspective, la Croix elle-même peut être comprise comme un véritable athanor, ce four alchimique où s’opère la transmutation. L’être ancien, marqué par ses limites, ses passions et ses obscurités, y est consumé pour laisser place à un être nouveau, purifié et régénéré. Le feu dont il est ici question n’est pas destructeur au sens négatif ; il est purificateur, illuminant, transfigurant. Il correspond à cette épreuve intérieure que toute démarche initiatique suppose : traverser la nuit, accepter la dissolution de ce que l’on croyait être, afin d’accéder à une réalité plus haute.

Dans cette lecture, le Christ crucifié devient la figure même de l’Œuvre accomplie, ce que les alchimistes nomment l’Œuvre au Rouge, stade ultime de la réalisation où la matière, parfaitement purifiée, atteint sa plénitude. Il incarne la réussite de la transmutation spirituelle : la mort n’est plus une fin, mais un passage ; la souffrance, un lieu de transformation ; la Croix, un seuil vers la résurrection. Ainsi, INRI, de simple inscription judiciaire, devient un véritable symbole initiatique, un condensé de sens où se rejoignent la théologie, la mystique et l’hermétisme.

Cette richesse symbolique trouve un écho particulier dans certaines traditions initiatiques occidentales, notamment celles qui, à l’image des Chevaliers Rose+Croix, célèbrent durant le temps pascal des cérémonies où se conjuguent mémoire chrétienne et lecture symbolique du mystère pascal. Dans ces démarches, la Passion n’est pas seulement commémorée ; elle est intériorisée comme un processus vivant, une voie de transformation de l’être. INRI devient alors un mot de passage, une clé de lecture, un appel à la régénération intérieure.

Ainsi, derrière ces quatre lettres gravées au sommet d’une croix, se déploie tout un univers de significations. Elles nous invitent à dépasser la lettre pour entrer dans l’esprit, à voir dans l’événement historique le signe d’une réalité intemporelle, et à reconnaître que, parfois, ce qui fut écrit dans l’ironie ou le mépris peut devenir, pour celui qui cherche, une parole de vérité et de lumière.

Dans cette optique, la Croix devient un athanor, le four alchimique dans lequel l’homme ancien meurt pour renaître à une vie nouvelle. Le Christ crucifié symbolise alors l’Œuvre au Rouge, le couronnement de l’alchimie spirituelle : la transmutation de l’être.

 

Les femmes et le centurion au pied de la Croix.

La scène du Golgotha (le Mont du Crâne) atteint, avec la présence des femmes et du centurion, une intensité humaine et spirituelle d’une rare profondeur. Alors que la violence de l’événement culmine, que la peur a dispersé la plupart des disciples, et que la Croix se dresse comme un signe de scandale et d’échec apparent, quelques figures demeurent. Leur présence silencieuse, presque effacée, éclaire pourtant le sens même de ce moment.

Parmi elles, les femmes occupent une place singulière et bouleversante. Les Évangiles mentionnent notamment Marie, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, ainsi que Salomé.

À leurs côtés, selon l’Évangile de Jean, se tient aussi « le disciple que Jésus aimait ».

Tandis que beaucoup ont fui sous l’effet de la peur ou du désarroi, ces femmes, elles, restent. Elles ne comprennent peut-être pas pleinement ce qui se joue, mais elles demeurent, fidèles, présentes, enracinées dans un amour qui ne se dérobe pas devant la souffrance.

Leur attitude contraste fortement avec l’abandon général. Là où l’homme cède à la crainte, elles incarnent une fidélité humble mais inébranlable. Leur présence n’est ni spectaculaire ni triomphante : elle est faite de compassion, de douleur contenue, d’une proximité silencieuse qui refuse de laisser le condamné seul dans son ultime épreuve. Elles ne cherchent pas à intervenir, ni à changer le cours des choses ; elles sont là, simplement, et cette présence devient en elle-même un témoignage. Elles incarnent, en quelque sorte, cette part de l’humanité capable d’aimer jusqu’au bout, sans calcul, sans espoir de retour, dans la pure gratuité de la fidélité.

Au centre de cette assemblée se tient Marie, debout au pied de la Croix. La tradition chrétienne a vu en elle la figure de la Mater Dolorosa, la Mère des douleurs, associée intimement au sacrifice de son Fils. Sa présence est d’une densité théologique et symbolique immense : elle ne subit pas seulement la souffrance, elle y consent dans une foi silencieuse. Elle est là où toute mère, en humanité, ne voudrait jamais être. Et pourtant, elle demeure debout, signe d’une espérance qui ne cède pas, même dans la nuit la plus obscure.

C’est dans ce contexte que retentissent les paroles rapportées par l’Évangile : « Femme, voici ton fils… Voici ta mère ». Par cet échange, le Christ ne se contente pas de confier sa mère à Jean l’Évangéliste ; il institue, au cœur même de la souffrance, une nouvelle forme de filiation. Une famille spirituelle naît au pied de la Croix, fondée non sur le sang, mais sur la foi et l’amour. Marie devient alors, pour la tradition chrétienne, la mère de tous les croyants, et Jean représente l’humanité appelée à accueillir ce don. Dans ce geste ultime, Jésus transforme la désolation en communion, la perte en naissance, la mort en lien.

Mais un autre personnage, plus inattendu encore, se tient également au pied de la Croix : le centurion romain. Officier de l’armée impériale, il appartient au monde des puissants, à cette structure politique et militaire qui a précisément conduit Jésus à la mort. Il est, en quelque sorte, du côté de ceux qui exécutent. Et pourtant, c’est lui qui, dans un retournement saisissant, prononce l’une des premières confessions de foi après la mort du Christ : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! ».

Ce cri, rapporté notamment dans l’Évangile selon Marc, a une portée considérable. Il émane d’un païen, d’un étranger à l’alliance d’Israël, d’un homme formé à la discipline militaire et non à la contemplation spirituelle. Et pourtant, c’est lui qui, le premier, perçoit, à travers le spectacle de la Croix, quelque chose du mystère qui s’y joue. Là où d’autres voient un condamné, un échec, une fin tragique, lui discerne une réalité plus profonde. Son regard franchit le voile de l’apparence pour atteindre une vérité cachée.

En ce sens, le centurion apparaît comme une figure de seuil. Il incarne l’ouverture universelle du salut, le passage d’une révélation initialement adressée à un peuple à une vocation destinée à toutes les nations. Sa confession annonce déjà l’élargissement de l’Église au monde païen, la reconnaissance du Christ au-delà des frontières religieuses et culturelles.

Mais il peut aussi être compris, dans une lecture plus symbolique, comme une figure de l’initié. Celui qui, confronté au scandale de la Croix, ne se contente pas de l’apparence, mais perçoit, dans l’humiliation et la mort, une manifestation du divin. Il est celui qui voit autrement, qui comprend au-delà des évidences, qui reconnaît la lumière là où tout semble obscurité.

Ainsi, au pied de la Croix, se dessine une humanité rassemblée dans toute sa diversité : les femmes fidèles, figures de l’amour persévérant ; Marie, icône de la souffrance offerte et de la maternité spirituelle ; le disciple bien-aimé, représentant de la foi naissante ; et le centurion païen, symbole de l’ouverture universelle et de la reconnaissance inattendue. Tous, chacun à leur manière, participent à la révélation du mystère de la Croix, qui, loin d’être seulement un lieu de mort, devient le point de rencontre entre Dieu et l’humanité.

 

La symbolique de la Croix : au croisement du Ciel et de la Terre.

La Croix est sans conteste le symbole central du christianisme, mais réduire sa signification au seul souvenir d’un instrument de supplice serait en trahir la profondeur. Car la Croix est bien davantage qu’un objet historique : elle est un signe total, une figure à la fois théologique, cosmique et initiatique, qui condense en elle toute une vision du monde et de l’homme. Elle est, au sens le plus élevé, un langage silencieux, une architecture spirituelle où se rencontrent les dimensions visibles et invisibles de l’existence.

D’un point de vue symbolique, la Croix se présente d’abord comme une structure simple, presque évidente : deux axes qui se croisent. Et pourtant, cette simplicité apparente dissimule une richesse infinie. L’axe horizontal déploie la dimension du monde : il représente l’histoire humaine, le temps, les relations entre les êtres, la condition incarnée, la matière et ses limites. C’est l’axe de l’humanité dans ce qu’elle a de plus concret, de plus fragile aussi. L’axe vertical, quant à lui, ouvre vers une autre dimension : celle de la transcendance, de Dieu, du Ciel, de l’Esprit. Il relie ce qui est en bas à ce qui est en haut, ce qui est fini à l’infini, ce qui est terrestre à ce qui est divin.

Or, dans la figure du Christ en croix, ces deux axes ne sont plus simplement juxtaposés : ils sont unifiés. En Jésus-Christ, suspendu entre ciel et terre, s’opère une rencontre décisive. Il devient le point vivant où se rejoignent ces deux dimensions, le médiateur entre l’humain et le divin. Sa présence sur la Croix n’est pas seulement celle d’un condamné : elle est celle d’un pont, d’un passage, d’un lien restauré. Là où la tradition biblique parlait de rupture entre l’homme et Dieu, la Croix devient le lieu de la réconciliation. Elle manifeste que la distance peut être franchie, que la séparation peut être surmontée, que l’amour peut rétablir l’unité perdue.

C’est pourquoi la Croix a souvent été comprise, dans la tradition chrétienne, comme un nouvel arbre de vie. Là où, dans le récit de la Genèse, l’arbre est associé à la chute, la Croix devient l’arbre de la restauration. Elle porte en elle un paradoxe fondamental : instrument de mort, elle devient source de vie ; lieu de souffrance, elle devient lieu de salut. Elle réunit ce qui semblait irréconciliable : la faiblesse et la puissance, l’humiliation et la gloire, la finitude et l’éternité. Elle est, en ce sens, le symbole même de l’union des contraires, de cette coïncidence des opposés que tant de traditions spirituelles ont cherchée à exprimer.

De nombreux mystiques ont médité sur cette dimension centrale de la Croix. Jean de la Croix y voyait le lieu de la nuit intérieure, passage nécessaire vers l’union divine. Maître Eckhart, quant à lui, y discernait le point où l’âme, dépouillée d’elle-même, peut accueillir la naissance de Dieu en elle. Pour ces grandes figures de la mystique, la Croix n’est pas seulement un événement extérieur : elle est une réalité intérieure, un centre où s’opère la transformation de l’être.

Cette idée de centre est essentielle. La Croix peut être comprise comme le centre du monde, non pas au sens géographique, mais au sens symbolique : le point où tout converge, où tout s’équilibre, où tout se transforme. Elle est ce lieu intérieur où l’homme, traversant ses contradictions, peut accéder à une unité plus profonde. En ce sens, elle rejoint des symboles universels que l’on retrouve dans des traditions très anciennes, parfois bien antérieures au christianisme. La croix, sous diverses formes, apparaît comme un archétype fondamental : celui de la rencontre, du passage, de l’équilibre entre des forces opposées.

Cette lecture peut être approfondie encore dans une perspective alchimique. Dans l’alchimie, la Croix peut être associée à la croix des éléments, structure fondamentale de la matière et du cosmos : la terre, l’eau, l’air et le feu. Chacun de ces éléments correspond à une dimension de l’être, à une énergie spécifique, à une qualité particulière. Leur équilibre est la condition de l’harmonie, leur déséquilibre, source de désordre.

Dans cette perspective, le Christ en croix apparaît comme le point d’unification de ces forces. Il est celui qui, en se livrant totalement, opère une forme de transmutation : il dépasse les tensions, traverse les oppositions, et révèle une unité supérieure. La Croix devient alors un véritable instrument de régénération intérieure. Elle symbolise ce processus par lequel l’homme ancien, attaché à ses limites et à son ego, est appelé à mourir pour laisser place à un être renouvelé, plus vaste, plus libre, plus lumineux.

Il n’est pas indifférent de constater que cette symbolique des quatre éléments se retrouve, sous une forme initiatique, dans certains rituels traditionnels, notamment en franc-maçonnerie. Les épreuves de la terre, de l’eau, de l’air et du feu, que traverse l’apprenti lors de son initiation, évoquent ce passage nécessaire par les différents états de l’être, cette purification progressive qui conduit à une transformation intérieure. La Croix, dans cette perspective, n’est plus seulement un symbole contemplé : elle devient une voie à parcourir, une expérience à vivre.

Ainsi, la Croix apparaît comme un signe total, à la fois historique, spirituel, cosmique et initiatique. Elle est le lieu où se croisent le ciel et la terre, mais aussi le visible et l’invisible, le temps et l’éternité, la mort et la vie. Elle invite chacun, au-delà des dogmes et des formes, à entrer dans ce mystère de l’unité retrouvée, où les oppositions ne sont pas niées, mais transfigurées.

 

Conclusion : la Croix, mystère de mort et de vie.

Au terme de cette méditation, la Croix apparaît dans toute sa densité, comme un symbole total, à la fois historique, spirituel et initiatique. Elle n’est pas seulement le souvenir tragique de la Passion de Jésus-Christ, mais le lieu où se révèle une vérité plus profonde, qui touche à l’essence même de l’existence humaine. Elle est ce point de rencontre où se croisent le ciel et la terre, le visible et l’invisible, le temps et l’éternité.

Car la Passion du Christ n’est pas simplement un fait inscrit dans l’histoire : elle est un mystère, au sens le plus fort du terme, c’est-à-dire une réalité qui ne se laisse pas enfermer dans une explication, mais qui appelle à être contemplée, vécue, intériorisée. Elle vient nous rejoindre dans ce que nous avons de plus intime : nos blessures, nos doutes, nos fidélités, nos espérances. Elle met à nu la violence du monde, l’injustice, l’abandon, mais elle révèle en même temps, et de manière paradoxale, la tendresse d’un Dieu qui accepte de s’y exposer, sans réserve.

Dans la Croix se noue en effet tout le drame humain et divin. Elle est le lieu où se rencontrent la souffrance et l’amour, la solitude et la communion, la mort et la vie. Elle est scandale pour la raison, qui y voit l’échec et l’absurde ; elle est gloire pour la foi, qui y reconnaît la victoire cachée de l’amour. Elle est ce point central, cette « géométrie sacrée » où l’axe horizontal de l’humanité et l’axe vertical de la transcendance se rejoignent et s’unifient. En elle, la séparation est dépassée, la rupture est guérie, l’homme et Dieu sont réconciliés.

C’est pourquoi la tradition chrétienne n’a jamais cessé de vénérer la Croix. Non pas pour la souffrance en elle-même — qui demeure une réalité tragique — mais pour l’amour qui s’y révèle dans sa forme la plus pure et la plus radicale. Un amour qui va jusqu’au bout du don, jusqu’au pardon, jusqu’à la transformation de la mort elle-même en passage vers la vie.

Mais cette signification ne s’épuise pas dans le seul registre de la foi. La Croix, comme nous l’avons vu, parle aussi un langage symbolique universel. Elle est l’arbre de vie, le centre du monde, le lieu de la coïncidence des opposés. Elle est aussi, dans une lecture plus intérieure, l’athanor où s’opère la transmutation de l’être, le point où les forces contraires — terre, eau, air et feu — trouvent leur unité. Elle devient alors un véritable chemin initiatique : celui par lequel l’homme est appelé à mourir à lui-même pour renaître à une vie plus haute.

C’est là, au fond, le cœur de tout processus initiatique. Et c’est aussi ce que propose, dans son langage propre, le Rite Écossais Ancien et Accepté : un passage, une transformation, une élévation progressive de l’être à travers l’épreuve, la purification et la lumière retrouvée. La Croix n’y est pas seulement un symbole contemplé ; elle est une expérience intérieure à vivre, une invitation à franchir un seuil.

Ainsi, qu’on la contemple dans la foi chrétienne, dans la méditation mystique, dans la symbolique universelle ou même dans l’alchimie spirituelle, la Croix demeure un appel. Un appel à descendre en soi-même, à traverser ses propres ténèbres, à consentir à une forme de dépouillement pour accéder à une réalité plus lumineuse. Elle nous rappelle que toute véritable transformation passe par une forme de mort — non pas destruction, mais passage — et que toute vie authentique naît d’un don.

Le Vendredi Saint nous place ainsi devant ce mystère dans toute sa gravité et sa beauté. Il nous invite au silence, à la contemplation, à l’intériorité.

Mais il ne constitue pas un terme.

Car déjà, dans l’ombre de la Croix, se profile une lumière.

Et c’est pourquoi, dans l’espérance, nous pouvons dire : dimanche de Pâques sera un autre jour…

À dimanche, au Temple ou à l'Eglise !

Jean-Laurent Turbet

 

 

 

Jean 19 ( Traduction Louis Segond)

Flagellation, condamnation et crucifixion 

1Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges.

Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre; puis, s'approchant de lui,

ils disaient: Salut, roi des Juifs! Et ils lui donnaient des soufflets.

Pilate sortit de nouveau, et dit aux Juifs: Voici, je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime.

Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit: Voici l'homme.

Lorsque les principaux sacrificateurs et les huissiers le virent, ils s'écrièrent: Crucifie! crucifie! Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le; car moi, je ne trouve point de crime en lui.

Les Juifs lui répondirent: Nous avons une loi; et, selon notre loi, il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu.

Quand Pilate entendit cette parole, sa frayeur augmenta.

Il rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus: D'où es-tu? Mais Jésus ne lui donna point de réponse.

10 Pilate lui dit: Est-ce à moi que tu ne parles pas? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te crucifier, et que j'ai le pouvoir de te relâcher?

11 Jésus répondit: Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché.

12 Dès ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient: Si tu le relâches, tu n'es pas ami de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César.

13 Pilate, ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors; et il s'assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.

14 C'était la préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux Juifs: Voici votre roi.

15 Mais ils s'écrièrent: Ote, ôte, crucifie-le! Pilate leur dit: Crucifierai-je votre roi? Les principaux sacrificateurs répondirent: Nous n'avons de roi que César.

16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus, et l'emmenèrent.

17 Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha.

18 C'est là qu'il fut crucifié, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

19 Pilate fit une inscription, qu'il plaça sur la croix, et qui était ainsi conçue: Jésus de Nazareth, roi des Juifs.

20 Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville: elle était en hébreu, en grec et en latin.

21 Les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate: N'écris pas: Roi des Juifs. Mais écris qu'il a dit: Je suis roi des Juifs.

22 Pilate répondit: Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit.

23 Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. Et ils dirent entre eux:

24 Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s'accomplît cette parole de l'Écriture: Ils se sont partagé mes vêtements, Et ils ont tiré au sort ma tunique. Voilà ce que firent les soldats.

25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

26 Jésus, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: Femme, voilà ton fils.

27 Puis il dit au disciple: Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.

28 Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l'Écriture fût accomplie: J'ai soif.

29 Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l'ayant fixée à une branche d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche.

30 Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.

31 Dans la crainte que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, -car c'était la préparation, et ce jour de sabbat était un grand jour, -les Juifs demandèrent à Pilate qu'on rompît les jambes aux crucifiés, et qu'on les enlevât.

32 Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l'autre qui avait été crucifié avec lui.

33 S'étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes;

34 mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau.

35 Celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi.

36 Ces choses sont arrivées, afin que l'Écriture fût accomplie: Aucun de ses os ne sera brisé.

37 Et ailleurs l'Écriture dit encore: Ils verront celui qu'ils ont percé.

38 Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus.

39 Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès.

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs.

41 Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis.

42 Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche.

 

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et non pas l'une ou l'autre des associations dont ils sont éventuellement membres.

La liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

La Rédaction du Blog des Spiritualités

Pour tout contact : Redaction@jlturbet.net

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