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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses...


Jeudi Saint : le dernier repas, la Cène.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 2 Avril 2026, 06:00am

Catégories : #SemaineSainte, #JeudiSaint, #LaCène, #Jésus, #Pâques, #FêtePascale, #REAA, #ChevalierRoseCroix

La Cène (Image Jean-Laurent Turbet + IA)

La Cène (Image Jean-Laurent Turbet + IA)

Article publié pour la 1ère fois le jeudi 17 avril 2025
Très largement réécrit et modifié depuis.

 

La Cène :
mémoire d’un dernier repas ou présence réelle ?

 

Comprendre les différences entre catholiques et protestants sur l’Eucharistie.

Un moment fondateur.

La scène de la Cène constitue sans doute l’un des moments les plus solennels, les plus denses et les plus fondateurs de toute la tradition chrétienne. Rapportée par les Évangiles — notamment dans l’Évangile selon Matthieu, l’Évangile selon Marc et l’Évangile selon Luc — elle se déroule dans une atmosphère à la fois intime et dramatique, à la veille de l’arrestation de Jésus-Christ. Tout est déjà là : la trahison imminente, l’angoisse de la Passion, et pourtant aussi une forme de paix souveraine, presque hors du temps.

Au cours de ce dernier repas partagé avec ses disciples, Jésus accomplit des gestes d’une simplicité bouleversante. Il prend du pain, le rompt, le donne en disant : « Ceci est mon corps ». Puis, prenant la coupe, il la leur tend en déclarant : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la multitude ». Ces paroles, d’une densité extrême, ont traversé les siècles et se trouvent au cœur même de la vie chrétienne. Elles fondent ce que l’on appellera plus tard l’Eucharistie, c’est-à-dire l’action de grâce, le sacrement central autour duquel s’organise la liturgie.

Mais précisément, que signifient-elles ? Que voulait dire Jésus en prononçant ces mots ? Était-il en train d’instituer un rite mystérieux et efficace, par lequel le pain et le vin deviendraient réellement — au-delà des apparences — son corps et son sang ? Ou bien parlait-il dans un langage symbolique, comme il le faisait si souvent dans ses paraboles, invitant ses disciples à comprendre ces gestes comme des signes, des mémoriaux, des appels à vivre selon son enseignement ?

C’est là que s’ouvre l’une des plus grandes lignes de fracture de l’histoire du christianisme. Car, dès les premiers siècles, et plus encore à partir des débats théologiques du Moyen Âge et de la Réforme, deux grandes interprétations vont se développer et parfois s’opposer.

Dans la tradition catholique, l’Eucharistie est comprise comme un véritable sacrement, au sens fort : une réalité visible qui rend présente une réalité invisible. Selon la doctrine dite de la transsubstantiation, définie notamment au concile de Trente, le pain et le vin deviennent réellement, substantiellement, le corps et le sang du Christ, même si leurs apparences sensibles demeurent inchangées. Il ne s’agit pas d’une simple symbolique, mais d’une présence réelle, mystérieuse, qui fait de chaque célébration eucharistique une actualisation du sacrifice du Christ. La messe devient ainsi le lieu où le fidèle entre en communion véritable avec le Christ vivant.

Les traditions protestantes, issues de la Réforme du XVIe siècle, vont proposer une autre lecture. Sans nier l’importance fondamentale de la Cène, elles refusent généralement l’idée d’une transformation substantielle du pain et du vin. Pour Martin Luther, le Christ est réellement présent, mais cette présence est comprise de manière différente, souvent qualifiée de « présence réelle spirituelle » ou de « consubstantiation » (même si ce terme est discuté). Pour Jean Calvin, la présence du Christ est réelle, mais elle est de l’ordre de l’Esprit : le croyant est élevé vers le Christ par la foi, plutôt que le Christ ne descend matériellement dans les éléments. D’autres courants, enfin, comme celui de Ulrich Zwingli, insistent davantage sur le caractère symbolique et mémoriel de la Cène : le pain et le vin sont des signes qui rappellent le sacrifice du Christ et invitent à s’en souvenir activement.

Ainsi, derrière un même geste — partager le pain et le vin — se déploient des compréhensions théologiques profondément différentes. Pour les catholiques, l’Eucharistie est un mystère où le divin se rend réellement présent dans la matière. Pour les protestants, elle est avant tout un acte de foi, de mémoire et de communion spirituelle.

Et pourtant, au-delà de ces divergences, un point commun demeure : la Cène est un moment fondateur. Elle est le lieu où se noue l’alliance nouvelle, où le Christ se donne, où la communauté des croyants se constitue autour d’un geste partagé. Qu’elle soit comprise comme présence réelle ou comme symbole vivant, elle demeure une invitation à entrer dans le mystère du don, du partage et de l’amour.

C’est peut-être là, au-delà des débats théologiques, que réside son sens le plus profond.

 

 

Deux visions de l’Eucharistie

1. La transsubstantiation catholique :

Dans la tradition catholique, l’Eucharistie ne se comprend pas simplement comme un symbole ou un mémorial, mais comme un mystère réel, au sens le plus fort du terme : un acte où le divin se rend véritablement présent dans la matière. Cette compréhension a été progressivement élaborée au fil des siècles, puis solennellement définie lors du Concile de Trente (1545–1563), en réponse notamment aux contestations de la Réforme.

Au cœur de cette doctrine se trouve le concept de transsubstantiation. Selon cet enseignement, lorsque le prêtre prononce les paroles de la consécration — celles mêmes que Jésus-Christ a prononcées lors de la Cène — le pain et le vin cessent d’être, dans leur réalité profonde, du pain et du vin. Leur « substance » est transformée : ils deviennent véritablement le corps et le sang du Christ. Pourtant, leurs « accidents » — c’est-à-dire leurs apparences sensibles, ce que perçoivent les sens (goût, couleur, texture) — demeurent inchangés.

Cette distinction entre substance et accidents s’enracine dans la philosophie d’Aristote, reprise et approfondie par la théologie médiévale. Elle permet d’exprimer, avec les outils conceptuels de la raison, un mystère qui dépasse en réalité toute compréhension humaine. Il ne s’agit pas d’un changement matériel observable, mais d’une transformation ontologique, invisible, qui ne peut être saisie que par la foi.

C’est précisément ce que souligne avec une grande profondeur Thomas d’Aquin, l’un des plus grands penseurs de la tradition catholique. Dans sa Somme théologique, il écrit : « Ce n’est pas par les sens, mais par la foi seule que l’on sait que sous ces espèces se cache le vrai Christ. » Cette formule exprime admirablement la tension propre au sacrement : ce que l’on voit demeure ordinaire, mais ce qui est donné est extraordinaire. Le visible voile l’invisible, et c’est à la foi qu’il revient de reconnaître la présence réelle.

Ainsi, pour le catholicisme, le Christ est présent dans l’Eucharistie de manière réelle, substantielle et permanente. Il ne s’agit pas d’une simple présence symbolique ou spirituelle, mais d’une présence totale, engageant toute la réalité du Christ : son corps, son sang, son âme et sa divinité. Cette présence perdure tant que subsistent les espèces eucharistiques, ce qui explique notamment la pratique de l’adoration eucharistique, où les fidèles viennent prier devant l’hostie consacrée.

La messe elle-même prend alors une dimension exceptionnelle. Elle n’est pas seulement un souvenir ou une commémoration de la Passion : elle est une actualisation sacramentelle du sacrifice du Christ. Non pas une répétition — car le sacrifice du Christ est unique — mais une présence rendue actuelle, ici et maintenant, pour les fidèles. L’autel devient ainsi, dans la théologie catholique, à la fois la table du repas et le lieu du sacrifice, unissant en un seul acte la Cène et la Croix.

Dans cette perspective, communier ne signifie pas seulement partager un geste communautaire, mais entrer en union réelle avec le Christ lui-même. Recevoir l’Eucharistie, c’est accueillir en soi la présence du Christ vivant, c’est être transformé de l’intérieur par cette rencontre, c’est participer, d’une certaine manière, à la vie même de Dieu.

Ainsi comprise, la transsubstantiation ne se réduit pas à une définition abstraite ou à une subtilité théologique. Elle exprime une vision du monde profondément incarnée, où le divin ne reste pas à distance, mais vient habiter la matière, la transformer, et, à travers elle, rejoindre l’homme dans ce qu’il a de plus concret. Elle affirme, au cœur du christianisme, que l’invisible peut se rendre présent dans le visible, et que le mystère peut se donner à vivre, humblement, sous les apparences les plus simples du pain et du vin.

 

Jean Calvin

2. Le symbolisme protestant :

Au XVIe siècle, la Réforme protestante marque un tournant décisif dans la compréhension de l’Eucharistie. Face à la doctrine catholique de la transsubstantiation, les Réformateurs entendent revenir à ce qu’ils considèrent comme la simplicité et la pureté du message évangélique. Leur démarche s’inscrit dans une volonté plus large : celle de recentrer la foi sur l’Écriture, sur la parole du Christ, et sur une relation intérieure et vivante avec Dieu, affranchie de certaines élaborations théologiques jugées excessives.

Dans cette perspective, la Cène n’est plus envisagée comme une transformation ontologique du pain et du vin, mais avant tout comme un acte de mémoire, de proclamation et de foi. Elle devient un geste communautaire, profondément symbolique, par lequel les croyants se souviennent du sacrifice de Jésus-Christ et en actualisent le sens dans leur vie.

Le réformateur Ulrich Zwingli incarne la position la plus radicale sur ce point. Pour lui, la Cène ne comporte aucune présence réelle du Christ dans les éléments. Le pain et le vin demeurent ce qu’ils sont : des signes, des symboles. Mais loin d’être insignifiants, ces symboles ont une fonction essentielle : ils rappellent aux croyants le don du Christ et les invitent à y répondre par la foi. Comme il l’écrit dans son traité De vera et falsa religione (1525) : « Ce repas n’est qu’un souvenir du sacrifice du Christ et une proclamation de sa mort. » Le terme « seulement » ne doit pas être compris ici comme une réduction, mais comme une purification : il s’agit de débarrasser le rite de toute ambiguïté pour en faire un acte de conscience et d’engagement.

Cependant, tous les Réformateurs ne partagent pas cette interprétation strictement symbolique. Jean Calvin, par exemple, adopte une position plus nuancée, cherchant à maintenir une forme de présence réelle, tout en refusant la transsubstantiation. Pour lui, le Christ est véritablement donné dans la Cène, mais cette présence n’est ni matérielle ni locale : elle est spirituelle. Le pain reste pain, le vin reste vin, mais ils deviennent les instruments par lesquels Dieu communique réellement sa grâce.

Ainsi, Calvin peut écrire dans son Institution de la religion chrétienne : « Le pain reste pain, le vin reste vin, mais Dieu, par son Esprit, nous donne véritablement ce qu’ils signifient. » Cette formule exprime une idée essentielle : le signe et la réalité ne sont pas confondus, mais ils ne sont pas séparés non plus. Le signe devient efficace par l’action du Saint-Esprit, qui élève le croyant vers le Christ. Ce n’est pas le Christ qui descend matériellement dans les éléments, mais le fidèle qui est rendu participant de la réalité du Christ par la foi.

La clé de cette compréhension se trouve notamment dans le mot grec anamnèsis, utilisé par l’apôtre Paul dans l’Première épître aux Corinthiens (11,24) : « Faites ceci en mémoire de moi. » Mais cette « mémoire » ne doit pas être entendue au sens moderne d’un simple souvenir intellectuel. Dans le langage biblique, l’anamnèsis désigne une mémoire vivante, active, qui rend présent ce dont elle se souvient. Il ne s’agit pas seulement de se rappeler un événement passé, mais de le revivre intérieurement, de s’y associer, d’en recevoir aujourd’hui encore la portée spirituelle.

Ainsi, dans la théologie protestante, la Cène devient un acte de foi dynamique. Elle est à la fois mémoire, proclamation et communion. Mémoire du sacrifice du Christ, proclamation de sa mort et de sa résurrection, communion des croyants entre eux et avec le Christ dans l’Esprit. Elle n’opère pas par une transformation des éléments, mais par une transformation du cœur du croyant.

Cette approche met l’accent sur la responsabilité personnelle et sur l’intériorité. Là où la théologie catholique insiste sur l’efficacité objective du sacrement, indépendamment de la disposition du fidèle, la théologie protestante souligne la nécessité de la foi pour que le rite porte du fruit. Le sacrement n’agit pas mécaniquement : il appelle une réponse, une participation consciente, un engagement intérieur.

Ainsi, le symbolisme protestant ne doit pas être compris comme une simple réduction du mystère, mais comme une autre manière de l’habiter. Il déplace le centre de gravité : du changement des éléments vers la transformation du croyant, de la présence matérielle vers la présence spirituelle, de l’objectivité du rite vers la subjectivité de la foi. Et, ce faisant, il ouvre une autre voie d’accès au mystère eucharistique, centrée sur la Parole, l’Esprit et la communauté des croyants.

 

 

Symbolisme ou réalité physique ? Les enjeux du débat

La question de l’Eucharistie — faut-il y voir une transformation réelle des éléments ou un acte symbolique chargé de sens — touche en réalité à des enjeux bien plus vastes que la seule interprétation d’un rite. Elle engage une certaine manière de lire l’Écriture, de comprendre la présence du Christ, et plus profondément encore, de concevoir la relation entre Dieu et l’homme. Derrière cette alternative, c’est toute une théologie qui se dessine, avec ses implications spirituelles, philosophiques et même existentielles.

La Bible en son contexte : un langage à discerner

L’un des arguments majeurs avancés par la tradition protestante repose sur une lecture attentive du langage employé par Jésus-Christ dans les Évangiles. Celui-ci, en effet, recourt fréquemment à des images, des métaphores, des paraboles. Lorsqu’il déclare : « Je suis la porte » (Évangile selon Jean 10,9) ou encore « Je suis le cep » (Jean 15,1), nul ne songe à comprendre ces paroles dans un sens littéral. Elles expriment une vérité spirituelle à travers un langage symbolique, accessible et vivant.

Dès lors, pourquoi faudrait-il interpréter autrement la parole prononcée lors de la Cène : « Ceci est mon corps » ? Ne s’inscrit-elle pas, elle aussi, dans ce registre symbolique propre à l’enseignement du Christ ? La cohérence herméneutique invite à ne pas isoler cette parole de l’ensemble du discours évangélique, mais à la comprendre dans la dynamique globale de ce langage imagé et profondément pédagogique.

Un autre élément mérite d’être souligné : l’Évangile selon Jean, pourtant riche en développements théologiques sur la personne du Christ et sur le mystère de la communion (notamment au chapitre 6), ne rapporte pas explicitement l’institution du pain et du vin lors de la Cène. À la place, Jean met en scène un autre geste, tout aussi central : le lavement des pieds. Ce geste, humble et concret, devient le signe par excellence du service et de l’amour. Il semble ainsi orienter la compréhension du dernier repas non vers une transformation des éléments, mais vers une transformation du cœur, dans le don et l’humilité.

Une théologie de la grâce, non de la magie

Au cœur de la divergence se trouve également une question fondamentale : celle du sacrifice. Dans la perspective protestante, la Cène ne saurait être comprise comme une répétition ou une actualisation du sacrifice du Christ. Ce sacrifice est unique, parfait, accompli une fois pour toutes. Comme le rappelle l’épître aux Hébreux : « Christ est apparu une seule fois […] pour abolir le péché par son sacrifice » (Hébreux 9,26).

Cette affirmation est décisive. Elle signifie que l’œuvre du salut est pleinement accomplie, qu’elle n’a pas à être renouvelée ni prolongée par un rite. Le Christ, ressuscité et glorifié, siège désormais auprès de Dieu, comme l’indique encore Hébreux 10,12. Dès lors, imaginer une présence corporelle du Christ sur les autels terrestres peut apparaître, du point de vue protestant, comme une tension avec cette affirmation scripturaire.

C’est pourquoi les Réformateurs ont souvent dénoncé ce qu’ils percevaient comme une dérive vers une forme de « sacralisation magique » du rite, où l’efficacité serait attachée à l’acte lui-même, indépendamment de la foi. À l’inverse, ils ont voulu réaffirmer une théologie de la grâce, dans laquelle tout procède de l’initiative divine et s’accueille dans la foi. La Cène n’est pas un acte qui produit le salut, mais un signe qui en rappelle la source et en manifeste la réalité.

Pourquoi le symbolisme protestant apparaît plus cohérent

Dans cette perspective, plusieurs arguments viennent renforcer la cohérence de l’interprétation protestante.

D’abord, elle s’inscrit dans le sens immédiat des paroles de l’Écriture. Lorsque l’apôtre Paul, dans la Première épître aux Corinthiens (11,24), rapporte l’institution de la Cène, il insiste sur cet impératif : « Faites ceci en mémoire de moi ». Le cœur du geste est donc la mémoire — non pas un souvenir passif, mais une commémoration vivante, une actualisation intérieure. Rien, dans ce texte, n’impose l’idée d’une transformation ontologique des éléments.

Ensuite, cette lecture respecte la réalité corporelle du Christ ressuscité. Le Christ glorifié n’est pas disséminé dans une multitude de lieux à travers les espèces eucharistiques ; il est dans la gloire, auprès du Père. La communion ne se fait pas par une présence matérielle multipliée, mais par l’Esprit, qui unit le croyant au Christ dans une relation vivante.

Par ailleurs, l’interprétation protestante évite le recours à des constructions philosophiques étrangères au texte biblique. La doctrine de la transsubstantiation, en s’appuyant sur la distinction aristotélicienne entre substance et accidents, mobilise un appareil conceptuel élaboré, mais absent de l’Écriture elle-même. La Réforme, fidèle à son principe de sola scriptura, cherche au contraire à fonder la théologie sur le texte biblique, sans y ajouter des catégories extérieures.

Enfin, et peut-être surtout, cette approche met en valeur la simplicité et la force de l’Évangile. La Cène devient un moment de partage, de mémoire et de communion fraternelle. Un pain rompu, un vin partagé : gestes simples, universels, accessibles à tous. Mais ces gestes portent en eux une profondeur infinie, car ils rappellent l’amour donné, le sacrifice consenti, la grâce offerte.

Ainsi, loin de réduire le mystère, le symbolisme protestant le rend peut-être plus proche, plus intérieur, plus existentiel. Il ne s’agit pas d’un « moins », mais d’un « autrement » : une manière de vivre la Cène non comme un événement extérieur et sacralisé, mais comme une rencontre vivante avec le Christ, dans la foi et dans l’amour.

 

Bijou Rose+Croix

 

La Cène au Rite Ecossais Ancien et Accepté :

Au 18ᵉ degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Chevalier Rose-Croix, la cérémonie de la Cène se déploie comme l’un des moments les plus élevés, les plus émouvants et les plus riches de sens de tout le parcours initiatique. Elle ne constitue pas seulement un rite parmi d’autres : elle est une véritable synthèse spirituelle, un point d’aboutissement où se rencontrent la tradition chrétienne, la symbolique universelle et l’expérience intérieure de l’initié. C’est, à bien des égards, une cérémonie d’une beauté saisissante, tant par sa forme que par la profondeur de ce qu’elle suggère.

Inspirée de la Cène évangélique — ce dernier repas du Christ avec ses disciples — elle ne s’inscrit toutefois pas dans une perspective dogmatique ou confessionnelle. Elle ne prétend pas reproduire un sacrement ni affirmer une doctrine particulière.

Elle s’enracine dans une tradition, mais pour mieux la dépasser et l’universaliser. La Cène du 18ᵉ degré devient ainsi une commémoration symbolique, ouverte à tous les hommes de bonne volonté, quelles que soient leurs croyances, un moment où l’essentiel est mis en lumière : le sacrifice, la transmission, et l’amour fraternel.

Dans ce cadre, le pain et le vin ne sont pas compris comme des réalités transformées, mais comme des symboles puissants, porteurs d’une signification intérieure. Le pain, rompu et partagé, évoque la connaissance offerte, transmise sans réserve, cette nourriture de l’esprit qui ne diminue pas lorsqu’elle est donnée, mais qui, au contraire, s’accroît dans le partage. Il est l’image de la sagesse qui circule entre les frères, de la parole vivante qui éclaire et unit.

Le vin, quant à lui, renvoie à une dimension plus profonde encore : celle de la vie, du sang, de l’engagement. Il est le symbole de ce qui se donne entièrement, de ce qui engage l’être dans sa totalité. Il évoque la régénération intérieure, cette transformation progressive par laquelle l’initié, traversant les épreuves, accède à une conscience plus élevée de lui-même et du monde. Le vin est ainsi à la fois mémoire du sacrifice et promesse de renaissance.

La Cène du Chevalier Rose-Croix marque également un moment de passage essentiel : celui du dépassement de la Loi ancienne vers la Loi nouvelle. Non pas dans un sens historique ou théologique strict, mais dans une acception symbolique et initiatique. La Loi ancienne peut être comprise comme celle de la lettre, de la règle extérieure, de la contrainte ; la Loi nouvelle, comme celle de l’esprit, de l’amour librement consenti, de la vérité intérieure. Ce passage n’est pas un rejet, mais une transfiguration : il s’agit de passer de la forme au sens, de l’obéissance à la compréhension, de la division à l’unité.

Dans cette perspective, la cérémonie de la Cène invite le Chevalier Rose-Croix à dépasser les formes extérieures des religions, non pour les nier, mais pour en atteindre le cœur vivant. Elle ouvre à une vision profondément humaniste et universelle, où les symboles ne sont plus des marqueurs d’appartenance, mais des passerelles vers une vérité commune. Elle rappelle que, derrière la diversité des traditions, il existe une même quête : celle de la lumière, de la réconciliation et de l’amour.

Ainsi, la Cène du 18ᵉ degré n’est pas seulement un souvenir ritualisé. Elle est un appel. Un appel à incarner, dans la vie quotidienne, les valeurs qu’elle met en scène : la fraternité, le partage, le dépassement de soi, la fidélité à une exigence intérieure de vérité.

Elle engage l’initié à devenir lui-même porteur de cette lumière, à faire de sa propre existence une œuvre de réconciliation, un chemin d’unité.

 

 

 

Le jeudi de Pâques est organisée une Fête Pascale qui réunit tous les 18ème degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

C’est dans cet esprit que, chaque année, autour du temps pascal, très souvent le Jeudi Saint, se tient la Fête Pascale, moment privilégié où les Chevaliers Rose-Croix se réunissent pour vivre ensemble cette cérémonie. Le jeudi de Pâques, en particulier, devient alors un temps fort, où se ravive la mémoire du rite, mais surtout où se renouvelle l’engagement intérieur de chacun. Car, au-delà du rituel, c’est bien une transformation vivante qui est attendue : celle de l’homme appelé à devenir, toujours davantage, artisan de lumière et de fraternité.

 

Conclusion : une vraie présence, mais spirituelle.

Au terme de cette réflexion, une ligne de force se dégage avec clarté : la question de l’Eucharistie ne se réduit pas à une opposition technique entre symbolisme et réalisme, mais engage une manière de comprendre la présence du Christ, la nature du sacré, et la relation vivante entre Dieu et l’homme. Derrière les formulations théologiques, c’est en réalité une expérience spirituelle qui est en jeu.

Dans la perspective protestante, la Cène ne se comprend pas comme une transformation du pain et du vin, mais comme une transformation du regard et du cœur. Le centre n’est pas le rite en lui-même, mais le Christ vers lequel il oriente. Ce n’est pas la matière qui devient divine, mais le croyant qui, par la foi, s’ouvre à la présence de Dieu. Le geste est simple — du pain partagé, une coupe transmise — mais il devient, dans la foi, un lieu de rencontre authentique avec le Christ vivant.

Ainsi, la « présence réelle » n’est pas niée, mais déplacée. Elle n’est pas enfermée dans les éléments, ni liée à une transformation matérielle invisible ; elle est de l’ordre de l’Esprit. Elle advient dans la relation, dans l’assemblée, dans la communion des croyants. Elle est vivante, dynamique, toujours offerte, jamais capturée. Comme le rappelle Évangile selon Matthieu : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Voilà peut-être, dans sa simplicité, l’une des plus profondes définitions de cette présence.

Cette approche rejoint, d’une certaine manière, ce que nous avons contemplé dans la symbolique de la Croix et dans la richesse des rites initiatiques : l’essentiel ne réside pas dans la forme extérieure, mais dans la réalité intérieure qu’elle révèle. Le signe n’est pas une fin en soi ; il est un passage. Il ne retient pas le mystère, il y conduit. De même que la Croix n’est pas seulement un objet, mais un lieu de transformation, de même la Cène n’est pas seulement un rite, mais un chemin.

Le symbolisme, dès lors, ne saurait être considéré comme une faiblesse ou une réduction. Il est, au contraire, une fidélité profonde à l’enseignement du Christ, qui n’a cessé de parler en images, en paraboles, en gestes simples porteurs d’une vérité infinie. Il respecte la liberté de la foi, il appelle à une participation consciente, il invite à une intériorité vivante. Il est simple comme l’Évangile, parce qu’il ne s’encombre pas de constructions inutiles ; il est profond comme la Croix, parce qu’il ouvre à une transformation radicale de l’être.

Dans cette lumière, la Cène apparaît comme un acte de mémoire vivante — une anamnèse — où le passé n’est pas seulement rappelé, mais rendu présent dans la conscience et dans la foi. Elle est une proclamation : celle d’un amour donné jusqu’au bout. Elle est une communion : celle d’une communauté rassemblée autour d’une même espérance. Elle est enfin un engagement : celui de vivre, à son tour, dans la logique du don et du partage.

Et c’est là, sans doute, que se rejoint, au-delà des différences confessionnelles, l’essentiel. Car que l’on insiste sur la présence sacramentelle ou sur la présence spirituelle, tous reconnaissent que le Christ se donne, qu’il appelle, qu’il rassemble. Mais la tradition protestante rappelle avec force que cette présence ne se possède pas : elle se reçoit. Elle ne s’enferme pas dans un objet : elle se vit dans une relation.

Ainsi, la véritable présence du Seigneur ne se limite pas à un lieu ni à une matière. Elle advient là où l’homme se tourne vers Dieu avec sincérité, là où la parole est partagée, là où l’amour circule, là où la foi se fait vivante.

Là où deux ou trois sont réunis en son nom.

Là est, silencieuse et réelle, la présence du Christ.

Jean-Laurent Turbet

Luc 22:7-23 (NBS) :

7 Le jour des Pains sans levain, où l’on devait immoler la Pâque, arriva.

8 Jésus envoya Pierre et Jean en disant : « Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions. »

9 Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous la préparions ? »

10 Il leur répondit : « Quand vous serez entrés dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le dans la maison où il entrera.

11 Vous direz au maître de la maison : “Le maître te dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ?”

12 Il vous montrera à l’étage une grande salle aménagée : c’est là que vous ferez les préparatifs. »

13 Ils partirent, trouvèrent les choses comme il le leur avait dit et préparèrent la Pâque.

14 Quand l’heure fut venue, il se mit à table avec les apôtres.

15 Il leur dit : « J’ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ;

16 car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. »

17 Il prit une coupe, rendit grâce et dit : « Prenez cette coupe et partagez-la entre vous ;

18 car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. »

19 Ensuite il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.»

 

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