Michel Rocard, une figure majeure de la politique française.
La Socialiste, le Protestant, l'Humaniste
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Michel Rocard est l’une des grandes figures du socialisme français de la seconde moitié du 20ème siècle.
Né le 23 août 1930 à Courbevoie, il est issu d’un milieu intellectuel et scientifique (son père est Yves Rocard, polytechnicien). Ancien élève de l’École nationale d'administration (ENA), il choisit très tôt l’engagement politique, marqué par une sensibilité réformiste et une forte exigence morale.
Il fut incontestablement mon maître en politique, avec Pierre Mendes-France. Je l'ai connu en 1984 en même temps que Manuel Valls, Alain Bauer, Stéphane Fouks, Jessica Scale et quelques autres au sein des groupes Forum puis des Clubs Convaincre.
Opposé à la guerre d’Algérie, Michel Rocard se fait connaître en publiant en 1959 un rapport dénonçant les camps de regroupement.
Membre du Parti socialiste unifié (PSU), il incarne une gauche critique, autogestionnaire (proche de la CFDT et d'Edmond Maire) et indépendante du Parti communiste.
Dans les années 1970, il rejoint le Parti socialiste, où il devient l’un des principaux représentants de la « deuxième gauche », réformiste et européenne, souvent en rivalité avec François Mitterrand.
Après l’élection de ce dernier à la présidence de la République en 1981, Rocard occupe plusieurs fonctions ministérielles avant d’être nommé Premier ministre de 1988 à 1991.
À Matignon, il mène une politique pragmatique et de compromis, marquée notamment par la création du Revenu minimum d'insertion (RMI) et par les accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie, qui contribuent à apaiser un conflit majeur.
Homme de pensée autant que d’action, Michel Rocard s’est distingué par son style direct, son goût du débat et son souci constant de concilier efficacité économique et justice sociale.
Après son passage à Matignon, il poursuit son engagement comme député européen et continue d’intervenir dans le débat public jusqu’à la fin de sa vie.
Il s’éteint le 2 juillet 2016 à Paris, laissant l’image d’un homme d’État rigoureux, intellectuellement exigeant, et profondément attaché à une gauche de responsabilité et de réforme.
Michel Rocard s'est intéressé très tôt au sort de la Palestine. D'abord au PSU puis au PS.
Paradoxalement au Parti Socialiste, les plus proches d'Israël étaient les plus à gauche, à l'image de Jean Poperen, partisan de l'Union avec le Parti Communiste et qui maintiendra toute sa vie un soutien indéfectible à Israël et présidera des associations d'élus français soutiens de l'état Hébreu
Michel Rocard, de par son engagement contre la Guerre d'Algérie d'abord, au PSU, puis ensuite au Parti Socialiste ou il incarne comme nous l'avons vu la « deuxième gauche », autogestionnaire, réformiste et européenne.
Mais Michel Rocard le Protestant est aussi proche de la CFDT d'Edmond Maire, qui est une scission de la CFTC, la Confédération des Travailleurs Chrétiens. Et c'est par ce biais là, celui des "chrétiens de gauche" chers au protestant Rocard, que le soutien à la cause palestinienne va entrer au sein du PS, traditionnel et indéfectible soutien d'Israël et de ses dirigeants, tous socialistes (Avoda), David Ben Gourion, Golda Meir, Moshé Dayan, et jusqu'à Ytzhak Rabin et Shimon Peres. Jusqu'alors le PS est pro-israélien avec notamment de nombreux socialistes très à gauche et membres du Grand Orient de France (comme Poperen).
Or il y avait beaucoup de chrétiens parmi les palestiniens, et le soutien à la cause palestinienne entre donc au PS avec les chrétiens de gauche, les syndicalistes de la CFDT ex-CFTC et les rocardiens. Evidemment maintenant c'est un peu différent.
Michel Rocard était soucieux de la situation israélo-palestienne et j'ai retrouvé quelques unes de ses formules dans ses écrits et discours :
« Il n’y aura pas de paix au Proche-Orient sans justice, et il n’y aura pas de justice sans reconnaissance pleine et entière du droit du peuple palestinien à avoir un État. »
« On ne construit pas la paix durable sur la négation d’un peuple. »
« La seule issue réaliste est l’existence de deux États vivant côte à côte, en sécurité. »
« Il ne peut y avoir de paix sans reconnaissance du droit du peuple palestinien à disposer de lui-même. »
« La communauté internationale doit garantir aux Palestiniens les conditions d’une existence nationale digne. »
« L’absence de solution politique est une faute grave, qui nourrit la violence et désespère les peuples. »
Il est toujours bon de se souvenir de la pensée de Michel Rocard non ?
Pour expliquer tout cela je vous propose trois textes qui ont été écrits en 2016 au moment de la mort de Michel Rocard par trois auteurs différents et qui vont vous expliquer dans le détails les relations de Michel Rocard avec la cause Palestinienne et Israël (d'ailleurs Michel Rocard n'était pas anti Israélien au contraire).
Bonne lecture !
Jean-Laurent Turbet
Palestine, l’héritage « oublié » de Michel Rocard.
Par Bernard Ravenel
La mort de Michel Rocard a provoqué une avalanche d’articles consacrés à l’itinéraire et à la personnalité de cet homme politique hors pair. Tous les aspects, toutes les dimensions de sa longue et riche vie politique ont été évoqués. Tous, sauf au moins deux : deux tabous de l’establishement politique français, à gauche comme à droite, et sur lesquels Rocard a toujours marqué sa différence : la Palestine et le désarmement nucléaire.
Je n’évoquerai ici que la Palestine, même si le nucléaire (israélien) n’est pas loin...
Le positionnement clair et permanent de l’ancien secrétaire national du PSU sur la question palestinienne n’est pas le produit d’un emballement subit consécutif à un événement grave comme le fut la guerre des Six jours en juin 1967, il s’intègre dans la prise de conscience de la jeunesse française des années 1950-1960 lorsque celle-ci est directement impliquée dans la guerre d’Algérie.
Déjà sensibilisé au lycée par l’enseignement du grand historien socialiste de l’Afrique du Nord et infatigable artisan de la décolonisation, Charles-André Julien (1891-1991), Rocard rejoint les Etudiants socialistes à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po).
Bientôt responsable national des ES il milite à l’Unef alors dominée par la droite et l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen, avant de changer de majorité en 1956. Reçu à l’ENA il est envoyé en Algérie où comme administrateur il découvre l’existence clandestine de camps de regroupement de centaines de milliers d’Algériens déplacés de force de leurs villages bombardés ensuite au napalm... Il réussit à faire un rapport détaillé et accablant qu’il parvient à faire parvenir au cabinet d’Edmond Michelet, alors ministre de la justice.
Par une fuite très opportune le rapport est intégralement publié dans Le Monde et dans France Observateur provoquant un grand scandale.
En même temps Rocard quitte la SFIO de Guy Mollet et rejoint le PSA (Parti socialiste autonome) qui deviendra plus tard le PSU où il retrouve Charles-André Julien devenu la conscience de toute une génération.
Dans un livre écrit en 1987, Le cœur à l’ouvrage, Rocard précise que sa « détermination anticolonialiste ne l’a jamais quitté » et il ajoute : « La dignité ne s’accommode pas de l’asservissement : les revendications d’autonomie ou d’indépendance (...) sont légitimes ».
Militant du PSU dès 1960 il milite activement an bureau fédéral de Paris contre la « sale » guerre d’Algérie.
De 1962 à 1966, Rocard est surtout impliqué dans la réflexion sur la politique économique et monétaire à opposer au gaullisme dominant ; ce sera le contre-plan.
En 1967, en plein congrès, éclate la guerre des Six jours. Michel Rocard, qui s’apprête à devenir secrétaire national du PSU, va se trouver au milieu d’un débat non préparé et passionné sur la question palestinienne.
Deux tendances s’opposent durement, d’un côté un courant que l’on peut qualifier de socialiste-sioniste avec Pierre Mendès-France et Daniel Mayer alors président de la LDH, de l’autre, une sensibilité favorable au nationalisme révolutionnaire arabe, qualifié souvent (trop) de socialiste. A ce moment assistent au congrès des représentants du Mapam (parti socialiste-sioniste de gauche) d’un côté, de l’Union socialiste arabe (Nassérien, Egypte) et du Baas syrien. De l’autre. Aucun contact n’est pris de part et d’autre...
Finalement après un très long débat une résolution unanime, produit d’une difficile synthèse entre les deux tendances, est votée. La ligne du PSU peut alors être caractérisée en trois points.
La paix doit reposer :
1) « sur la reconnaissance simultanée des droits et des aspirations nationales du peuple israélien et du peuple arabe de Palestine » ;
2) « sur l’indépendance des Etats du Moyen-Orient » ;
3) « sur le développement des forces socialistes et l’éviction des intérêts impérialistes étrangers dans ces Etats ».
Dans l’immédiat, « la discussion doit s’engager entre l’Etat d’Israël d’une part, l’ensemble des pays arabes et les représentants du peuple arabe de Palestine d’autre part, éventuellement sous l’égide des Nations unies ou par tout autre intermédiaire ».
En décembre 1967, le PSU de Rocard appelle à la formation d’un « Etat indépendant » pour les Palestiniens et estime que la création de l’Etat d’Israël est « un fait politique irréversible ».
A partir de ce moment, l’occupation des territoires arabes devient l’objet central des représentations d’Israël au sein du PSU et constitue le principal obstacle à la paix.
Pour les instances dirigeantes et par conséquent pour Michel Rocard, l’Etat juif mène une politique de force, d’annexion rampante et de faits accomplis.
Ce qui justifie le droit du peuple palestinien à mener une lutte armée.
Désormais les responsables du PSU refusent de se rendre en Israël et déclinent l’invitation au congrès du Mapaï que leur adresse Golda Meïr (ce que celle-ci ne pardonnera pas à Rocard, surtout quand celui-ci l’informe que le PSU après avoir rompu avec le Mapam (ancêtre du Meretz) aura comme interlocuteur israélien le Matzpen qui regroupe quelques centaines de militants anti-sionistes.
Au cours des premières années 1970, la période dite gauchiste du PSU, on assiste à une radicalisation des positions du PSU, y compris sur la Palestine. La commission internationale du PSU est composée très majoritairement par la gauche du Parti où domine une tendance tiers-mondiste maoïsante à un moment où la Chine communiste soutient fortement « la guerre populaire prolongée » qu’entend mener le Fatah.
A la fin de l’année 1970 le terme « révolution palestinienne » supplante celui de « résistance palestinienne ». Une équipe de la Commission internationale sort alors une brochure intitulée : « Pour une Palestine unifiée » tout en notant qu’ « il faudra préciser les conditions de fonctionnement d’un tel Etat et notamment les formes de participation et d’expression des communautés qui le composeront ».
A ce moment est créé le BARP (Bureau d’aide à la Révolution palestinienne) dont le trésorier est François della Sudda et à partir duquel vont se développer les premiers comités Palestine.
Rocard, préoccupé par les problèmes de politique intérieure, laisse volontiers la commission internationale dans les mains de la gauche. Mais il va se trouver confronté en 1972 à l’attentat de Munich du groupe Septembre noir contre l’équipe israélienne aux JO.
La réaction du BN du PSU, produit d’une confrontation entre la Commission internationale et le BN dirigé par Rocard, est confuse et inappropriée. Tout en « rejetant des actions comme celles de Munich », le communiqué appelle « à soutenir la cause du peuple palestinien » sans une claire condamnation de cette action explicitement terroriste et totalement contre-productive pour la cause palestinienne. Bien entendu le lobby pro-israélien s’emparera de ce communiqué pour dénoncer les « scandaleuses » positions pro-palestiniennes de Michel Rocard.
L’année suivante, en 1973, à l’initiative de la Ligue des Etats arabes, un voyage est organisé avec pour but de renforcer les liens du PSU avec la Résistance palestinienne et les forces progressistes arabes.
Bernard Langlois accompagne Michel Rocard vers ce Moyen-Orient compliqué. Rocard a un entretien d’une heure avec Yasser Arafat. Le compte-rendu de ce voyage dans l’hebdo du PSU, Tribune socialiste, est illustré par une grande photo de cette rencontre entre les deux hommes « militants d’une même lutte anti-impérialiste »... Rocard aura aussi rencontré Georges Habache du FPLP et Nayef Hawatmeh du FDPLP seule organisation de référence marxiste reconnaissant les droits nationaux du peuple israélien, et qui dialogue avec le Matzpen.
Lorsque Rocard passe au PS à la fin de 1974 pour rejoindre Mitterrand, pour des raisons de politique intérieure, la question palestinienne n’est pas abordée. C’est alors qu’en Israël et qu’à l’intérieur du PS va se déclencher une violente campagne contre les positions de Rocard sur la question palestinienne. Tout est mis en œuvre y compris pour forcer Rocard à abandonner sa position. Les pressions, les humiliations, le dénigrement, les caricatures, les photos manipulées, rien n’est négligé pour faire reculer Rocard.
Pourquoi cette si vaste entreprise de disqualification ? Pour ma part j’y vois une raison majeure. Tout le monde politique sait que Rocard vise l’élection présidentielle et que ses chances sont réelles.
Pour les dirigeants d’Israël la perspective de l’élection d’un président français de la République favorable à la cause palestinienne est un problème majeur, quasi existentiel. Il est impensable qu’un président français ne puisse avoir la même lecture de la question palestinienne que le pouvoir israélien. Tout doit être fait pour barrer la route à Rocard.
Face à ces attaques multiformes, dont il faudrait recenser les méthodes et les acteurs, Rocard isolé, harcelé, probablement conscient de l’enjeu, est contraint à une défense difficile. Il est amené à donner sa version de son positionnement quand il était au PSU. C’est ce qu’il raconte dans Le cœur à l’ouvrage lorsqu’il évoque le congrès de 1967 qui se déroula en pleine guerre des Six jours et qui, on l’a vu, obligea le PSU à se positionner à chaud. « Nous assistâmes (alors), stupéfaits, à l’émergence d’un courant inconditionnellement et fanatiquement pro-palestinien. Autant je tenais pour légitime la revendication d’identité nationale du peuple palestinien, autant il n’était pas question pour moi, ni d’ailleurs pour la majorité du PSU, de voir mis en cause le droit d’Israël à l’existence, à la sécurité et à des frontières reconnues. L’extraordinaire sectarisme antisioniste habillait d’un discours pseudo-marxiste des attitudes qui confinaient au racisme pur et simple. Ce fut un rude combat que d’imposer le respect des droits nationaux du peuple juif aussi. Je le gagnai en soulignant l’urgence d’une recherche de la paix par la négociation. (…) A la vérité, ce conflit empoisonnerait la vie du PSU pendant bien des années, mais ma ligne n’a pas varié ».
Dans ce même livre Rocard propose une brève synthèse de sa position d’ensemble sur le Proche-Orient.Il fait au moins cinq propositions pour résoudre le problème :
« (…) Adopter la pratique mendésienne : il n’y a de paix qu’entre ceux qui se battent. Ce qui signifie aujourd’hui Israéliens et Palestiniens d’abord. Et pour cela, constater que les guerres qui ont consolidé Israël ont fait naître une force palestinienne indépendante et, comme on dit, incontournable, qui a vocation à s’établir comme Etat.
Aider les Israéliens à prendre conscience que leur sécurité passe désormais par l’acceptation de ceux qui ont habité en Palestine depuis des millénaires. (…)
Ne jamais accepter, pour respecter le droit à la différence,que le judaïsme et l’islam, le nationalisme juif ou le nationalisme palestinien s’écartent des principes universels de l’Etat de droit.
Mais ne jamais admettre non plus que la défense de l’Occident puisse passer par la résurrection masquée de l’oppression d’un peuple par un autre.
Considérer que le jour où des milliers d’Israéliens sont descendus dans la rue pour protester contre les massacres de Sabra et Chatila a vu naître le premier espoir d’une vraie entente entre les peuples qui veulent la même terre ». (pp 297-298).
En dernière analyse, le raisonnement de Rocard vise à faire comprendre à ses interlocuteurs que la sécurité d’Israël dépend directement de la création d’un Etat palestinien souverain, c’est-à-dire de l’abandon de sa politique d’occupation et de son insertion dans la réalité du Moyen-Orient.
Rocard n’abandonnera jamais cette conception du problème. Il essaiera de convaincre Mitterrand (comme l’a rappelé Jean-Pierre Filiu) et peut-être Hollande... Son dernier éclat public se produisit à l’occasion des obsèques de son ami d’au moins 50 ans, Stéphane Hessel, au cimetière de Montparnasse où il tacla sévèrement Hollande qui venait de désavouer Stéphane sur la Palestine au cours de l’hommage national aux Invalides. Edgar Morin fit de même. Cette rencontre entre la personnalité de gauche la plus populaire et l’intellectuel le plus renommé symbolise alors la rupture éthique entre un Président (socialiste) de la Républiqueet une gauche restée fidèle à ses valeurs cardinales, à l’internationalisme, à la Palestine opprimée.
Quelques mois avant sa mort, Michel, très pessimiste sur l’avenir du monde, avait, parmi les crimes commis par la dite communauté internationale, cité « l’acquiescement tacite de la communauté internationale à l’assassinat de la nation palestinienne ». Et puis, je ne peux, pour conclure, m’empêcher de rapporter ce qu’il me répondit il y a à peine quelques mois, au cours d’un de ces nombreux entretiens que j’ai réalisés avec lui pour mon travail sur l’histoire du PSU. L’interrogeant sur la possibilité d’emploi de l’arme nucléaire par Israël, la réponse fut aussi nette que concise : « Absolument ». Ce ne fut pas la moindre raison de son action internationale pour le désarmement nucléaire…
Source : https://shs.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2016-3-page-201
Proche-Orient : Michel Rocard, pro-palestinien et pro-israélien à la fois.
Par Alain Chémali
Dans le concert d’éloges qui ont accompagné la disparition de l’ex-Premier ministre français, Michel Rocard, les qualités le plus souvent évoquées sont sa capacité à « parler vrai » ou à se montrer « visionnaire». Des traits qui lui ont permis d’être, sur le dossier du Proche-Orient, pro-palestinien et pro-israélien. Mais son esprit, réputé vif, aura été mis au défi par l’imbroglio du conflit syrien.
De tous les hommages, toutes tendances politiques confondues, rendus à Michel Rocard, Premier ministre de François Mitterrand de 1988 à 1991, celui de Christiane Taubira(Nouvelle fenêtre), ancienne Garde des sceaux de François Hollande, est celui qui souligne le plus sa vivacité d’esprit.
« On connaît la subtilité, la profondeur de son esprit, la rapidité avec laquelle il raisonnait. Il galopait, ajoute-t-elle. Il y a des moments où il s’envolait complètement. Et donc il fallait vraiment s’accrocher pour comprendre ce qu’il disait.»
Une vivacité d'esprit rattrapée par le cynisme politique.
Pourtant l’imbroglio proche-oriental va réussir à mettre cette clairvoyance à l’épreuve. Notamment après le déclenchement du printemps syrien en mars 2011 et le coup d’arrêt que le régime de Bachar al-Assad lui a asséné.
Dans un entretien publié par l’hebdomadaire le Point neuf jours avant son décès, Michel Rocard considère que la France a sous-estimé Bachar al-Assad et «s’est plantée, à la limite du ridicule» en soutenant une coalition nationale «dont la moitié des membres sortaient de prison, pour raisons politiques. Pas vraiment une culture de haute influence», ajoute-t-il.
Pour lui, cette coalition représentait «moins de 10% de l’opinion syrienne», tandis qu’au milieu de la mosaïque religieuse syrienne, faite de sunnites, kurdes, druzes, chrétiens et chiites, Bachar al-Assad était «un facteur de maintien de l’ordre».
«Bachar al-Assad est aussi tueur que les autres, mais pas plus», précise-t-il avec un cynisme qui n’appartenait pas jusque là à son style, respectueux «des principes immuables de la société des humains », comme il le dit de lui-même.
Favorable au dialogue avec Russes et Iraniens avec « vigilance » :
Un pragmatisme qui lui fait préconiser dans le même entretien de reprendre langue avec les Russes, «avec vigilance» dit-il, pour trouver une issue à la crise syrienne. Tout comme il était partisan de «soutenir Obama dans la très difficile négociation» avec Téhéran sur le dossier du nucléaire iranien, convaincu qu’il était que le régime iranien ne voulait pas la bombe.
« Je pense que Laurent Fabius a joué contre son propre pays, accuse-t-il, il reste maintenant à sortir de la méfiance et à passer aux travaux d’application.»
Vieux règlement de compte avec le premier et plus jeune chef de gouvernement de François Mitterrand ou réalisme politique à l’égard d’« un pays de 80 millions d’habitants et 3.000 ans de civilisation », comme il le précise ?
Michel Rocard était en tout cas plus équilibré que le président Mitterrand sur la question du conflit israélo-palestinien. Il a «toujours affiché avec constance son soutien aux droits nationaux du peuple palestinien», écrit sur son blog l’historien arabisant Jean-Pierre Filiu.(Nouvelle fenêtre)
« La sensibilité pro-arabe de Michel Rocard découle assez naturellement de son opposition à la politique algérienne de Guy Mollet », explique le professeur à Sciences Po, ce qui l’amènera à fonder le Parti socialiste unifié (PSU). Un parti qui a entretenu des relations régulières avec Yasser Arafat.
Son adhésion au Parti socialiste en 1974 renforcera la sensibilité pro-palestinienne au sein du PS, jusqu’à l’invitation du chef de l’OLP à Paris en 1989 par François Mitterrand. Une attitude qui lui vaut aujourd'hui un hommage de Fadwa Barghouti. « Nous remercions Michel Rocard pour son engagement qui ne souffrait pas de double mesure et qui l'a poussé à se prononcer avec force pour la liberté du peuple palestinien, seule voix vers la paix », écrit sur le site de l'Association France Palestine Solidarité l'épouse du dirigeant palestinien, Marwan Barghouti, détenu en Israël.
Mais la défense des droits des Palestiniens n'empêchera pas Michel Rocard de déclarer également son attachement à l’Etat hébreu.
« Un pro-israélien de toujours » qui reproche à l'Etat hébreu de « ne pas aimer la paix ».
« Je suis un pro-israélien de toujours », déclare-t-il, en février 2014 tout en ajoutant : « J’ai vécu dix ans avec une femme israélienne (sa psychanalyste, NDLR) et Israël est l’état du monde dans lequel j’ai passé le plus de temps, en dehors de mon propre pays, mais vous nous faites peur. Vous n’aimez pas la paix. »
Dans le même entretien, il reconnaissait toutefois que «la Syrie, c’est horriblement compliqué. Il y a des tueurs de tous les côtés, les troupes de la résistance syrienne sont pour moitié des djihadistes qui sont tout aussi assassins que l’armée de Bachar al-Assad. »
Pour lui, « depuis le début, les Occidentaux ne se sont jamais trouvés face à une situation où la réponse à la question "Qu’est-ce qu’il faut faire ?", était claire… » Sa disparition laisse en tout cas la situation et la question en suspens.
Source : https://www.franceinfo.fr/monde/palestine/proche-orient-michel-rocard-pro-palestinien-et-pro-israelien-a-la-fois_3061753.html
Michel Rocard et la cause palestinienne.
Par Thomas Maineult, docteur en histoire, Sciences Po Paris
L’engagement de Michel Rocard pour les Palestiniens s’inscrit dans l’histoire de la deuxième gauche en France. Héritage des luttes anticoloniales, la défense du peuple palestinien et de son droit à disposer d’un Etat a mobilisé un grand nombre de militants du Parti Socialiste unifié (PSU) ainsi que son leader à partir de la guerre des Six Jours en 1967. C’est en effet à partir de cette date que le sort des Palestiniens mobilise les médias et l’opinion publique française. Pour toute une génération qui a fait ses armes dans le militantisme contre la guerre d’Algérie, la cause palestinienne apparaît comme une continuation dans la défense d’un peuple opprimé. Michel Rocard s’inscrit dans ce sillage et s’oppose ainsi aux positions très en faveur d’Israël des socialistes français.
Alors que ces derniers continuent à soutenir leur allié travailliste israélien, le PSU prend ses distances avec son interlocuteur israélien, le MAPAM, à cause de la guerre menée par Israël et des occupations qui s’ensuivent. Accompagné de Marc Heurgon, Michel Rocard décide que les relations doivent être rompues avec le parti israélien. La cause palestinienne trouve des soutiens parmi des figures éminentes du PSU et provoque aussi des débats assez vifs au sein du parti. C’est le cas entre Jean-Marie Vincent et Manuel Bridier dans les colonnes de Tribune socialiste au début de l’année 1969. Ce dernier défend l’idée d’un partage des territoires avant même qu’une Palestine unitaire et socialiste puisse émerger, grâce à l’aide des puissances étrangères. Ces arguments sont réfutés par Jean-Marie Vincent qui s’inscrit dans la ligne du parti réaffirmée au congrès de Dijon en mars de la même année : rejet de toute intervention de puissances étrangères susceptibles d’empêcher l’avènement du socialisme au Moyen-Orient. C’est notamment à l’occasion du congrès de Dijon qu’une délégation du Fatah de Yasser Arafat est invitée. Cependant, le parti cherche à tisser des liens avec les autres organisations palestiniennes davantage marquées par le marxisme. Influencées par les courants gauchistes au sein du PSU, des relations sont ainsi nouées avec le FPLP de Georges Habache et le FDLP de Nayef Hawatmeh[1].
La fin des années 1960 et le début des années 1970 voient l’approfondissement des relations entre Michel Rocard et les Palestiniens. C’est le cas avec l’arrivée en France à partir de 1969 d’un premier représentant de l’OLP, Mahmoud Hamchari. Alors que l’OLP devra attendre 1975 pour qu’un bureau de liaison officiel voit le jour à Paris, Mahmoud Hamchari tisse des liens avec les différentes organisations politiques de gauche en France. Le PSU et son dirigeant font partie de ces précieux contacts pour les Palestiniens. Cette présence palestinienne en France permet à Michel Rocard de mieux connaître le dossier palestinien et de renforcer les liens entre son parti et l’organisation palestinienne. Les liens d’amitié et de solidarité qui existent entre les Palestiniens et les acteurs de la deuxième gauche sont marquées par des moments tragiques. En effet, après la mort des athlètes israéliens pendant les Jeux olympiques de Munich en septembre 1972, le Mossad décide de l’élimination des représentants de l’OLP en Europe. Mahmoud Hamchari est ainsi victime d’un attentat à la bombe qui provoque son décès en janvier 1973. Les rares images qui nous sont parvenues des obsèques d’Hamchari confirment la présence de Michel Rocard aux côtés de quelques militants, alors peu nombreux, venus rendre hommage au représentant palestinien. Le leader du PSU est une des seules personnalités politiques d’envergure qui a montré son attachement à Hamchari et aux Palestiniens.
Alors que le PSU, influencé par ses composantes les plus à gauche, est en pointe au sujet de la défense des peuples opprimés et des causes tiers-mondistes au début des années 1970, l’entrée de Michel Rocard et de siens au Parti socialiste à l’occasion des Assises du socialisme de 1974 change la donne. En effet, au sein du PS, Michel Rocard et les rocardiens n’interviennent que très peu sur la question palestinienne. A l’exception de quelques articles parus dans la revue Faire, le courant rocardien se focalise avant tout sur les questions économiques et sociales et sur les questions de politique intérieure. Il faut noter cependant la présence de Michel Rocard aux côtés du Premier secrétaire François Mitterrand lors de son voyage au Proche-Orient en 1976. Si la voix de Michel Rocard et des rocardiens semble amoindrie au sujet de la Palestine, c’est aussi parce que le PS dispose déjà d’un courant enclin à soutenir le tiers-monde et les peuples en lutte[2]. Le CERES de Jean-Pierre Chevènement a ainsi très tôt développé un discours très à gauche sur le soutien à apporter aux Palestiniens, ce qui rompt avec les liens d’amitié traditionnels entre le PS et le parti travailliste israélien (MAPAÏ). La logique pro-israélienne du PS tend à se modifier sous l’impulsion de ce courant au cours des années 1970. En témoigne l’effacement progressif de Robert Pontillon, connu pour ses sympathies envers Israël, au profit de Lionel Jospin, plus favorable aux Arabes et aux Palestiniens, à la tête du secrétariat national aux relations internationales du PS.
Michel Rocard a ainsi accompagné tout au long de sa carrière les Palestiniens dans leur lutte et pour la reconnaissance de leurs droits, et ce jusqu’aux plus hautes responsabilités politiques puisqu’il accueillit en personne Yasser Arafat à Matignon lors de la visite de ce dernier en mai 1989.
[1] Bernard Ravenel, « Palestine, l’héritage oublié de Michel Rocard », Confluences Méditerranée, numéro 98, automne 2016, p. 204.
[2] Jean-Pierre Filiu, « Michel Rocard, François Mitterrand et la Palestine », Le Monde, 3 juillet 2016.
Source : https://michelrocard.org/analyses/international/michel-rocard-et-la-cause-palestinienne
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