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Le Blog des Spiritualités

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1905–2025 : La laïcité, une liberté en héritage.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 9 Décembre 2025, 15:37pm

Catégories : #Loi1905, #Anniversaire

1905–2025 : La laïcité, une liberté en héritage.

1905–2025 : La laïcité, une liberté en héritage

J'avais écrit en 2012 un article intitulé "La Laïcité en France aujourd'hui" qui fait le point sur ce qui est juridiquement applicable aujourd'hui, contrairement à ce qu'on croit habituellement. Vous le trouverez également en lien en fin de cet article.

Il est des dates qui façonnent durablement la conscience d’un peuple.

Le 9 décembre 1905, la France adopte la loi de séparation des Églises et de l’État.

À l’époque, la République est jeune, fragile encore, traversée de passions politiques et religieuses. Et pourtant, de cette tension naît un texte d’une incroyable maturité : une loi qui ne cherche ni à exclure, ni à dominer, mais à émanciper.

 

Jean Jaurès, Aristide Briand et Ferdinand Buisson

 

Une loi de liberté

Contrairement aux caricatures d’hier et d’aujourd’hui, la loi de 1905 n’est pas une loi d’hostilité envers les religions. Elle n’est pas une arme, mais une garantie.

Elle ne brise pas les consciences, elle ne les contraint pas : elle les libère.

Aristide Briand (1862-1932) , rapporteur de la loi, le disait avec une clarté lumineuse :

« Ce que nous voulons, c’est l’apaisement ; ce que nous voulons, c’est la liberté. »

La laïcité n’est pas un combat contre le spirituel, mais un bouclier pour toutes les spiritualités — et aussi pour ceux qui n’en professent aucune.

C’est ce qu’exprimait Ferdinand Buisson (1841-1932), radical-socialiste, fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme, l’un des pères les plus clairvoyants de la laïcité républicaine :

« La laïcité, c’est le droit de chacun à chercher librement sa vérité. »

Cette vérité, personnelle, intime, évolutive, la République la protège non en s’y substituant, mais en se tenant à égale distance de toutes les croyances. C’est ce qu’a permis la grande loi de 1905 : une séparation non pas hostile, mais féconde, qui libère l’État de toute tutelle religieuse et les religions de toute emprise de l’État.

 

La laïcité : neutralité de l’État, liberté des citoyens

La force de la loi de 1905 tient à son équilibre.

  • L’État ne reconnaît ni ne salarie aucun culte : il se tient en dehors.
  • Les citoyens peuvent pratiquer librement le culte de leur choix : ils demeurent maîtres de leurs consciences.
  • L’ordre public est garanti : la laïcité n’est pas un désordre, mais une paix organisée.

Cet équilibre, Jean Jaurès (1859-1914) en saisit mieux que quiconque la portée spirituelle et démocratique. Lors des débats parlementaires, il affirma :

« La loi n’a pas à connaître de la foi ; la foi n’a pas à dicter la loi. »

Et encore, dans une formule qui résonne avec une force intacte aujourd’hui :

« La liberté de conscience est la condition même de la dignité humaine. »

Dans la bouche de Jaurès, la laïcité n’est pas seulement un principe juridique : c’est une éthique, une vision de l’homme, un humanisme qui reconnaît à chaque être la capacité de choisir, de douter, de croire ou de ne pas croire.

 

Un peu d'Histoire 

Ce n'est pas pour rien que ce sont deux socialistes, Jean Jaurès et Aristide Briand, qui vont faire de la Loi de 1905 de séparation des églises et de l'Etat, une loi de Liberté.

Les Radicaux antireligieux autour d'Emile Combes (discrédité peu avant en 1904 par l'Affaire des Fiches), héritiers des accapareurs des biens de l'église en 1789, des Girondins de la Révolution, des Directeurs, des partisans de M. Thiers et des républicains opportunistes (Jules Ferry et autres) aussi conservateurs et réactionnaires socialement qu'anti religieux et laïques intransigeants sur le plan spirituel.

Jean Jaurès lui, en bon socialiste (il a écrit une merveilleuse Histoire Socialiste de la Révolution Française) se réfère principalement à l'action de Maximilien Robespierre (1758-1794). Or, contrairement à la vulgate communément admise aujourd'hui, c'est Maximilien Robespierre qui a mit fin aux persécutions anti religieuses lancées par les Girondins prévaricateurs et va-t-en-guerre.

Robespierre et l'Etre Suprême

Robespierre qui, avec Saint-Just (1767-1794) , combat l'athéisme et souhaite même l'interdire.

« La Convention nationale considérant ce qu’exigent d’elle les principes qu’elle a proclamés au nom du peuple français, et le maintien de la tranquillité publique ; Défend toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes » déclare Robespierre lors de son discours à la Convention le 16 frimaire an II - 6 décembre 1793.

Lors de son  discours du 7 mai 1794 (18 floréal an II) il déclare notamment « L'athéisme est aristocratique ; l'idée d'un grand Être qui veille sur l'innocence et qui punit le crime est toute populaire. » « Quiconque combat l’athéisme en servant la cause du peuple combat pour la liberté et pour la vertu. » « L’athéisme me paraît une affectation froide et aristocratique. »

Robespierre met au point (avec d'autres) le Culte de l'Etre Suprême (qui a beaucoup à voir avec un certain Grand Architecte de l'Univers ou un Principe Créateur) qui donnera lieu à une grande fête qui sera  célébrée le 20 prairial an II (),

C'est toujours une référence dans nos textes constitutionnels aujourd'hui puisque le préambule de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyens stipule  "l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'homme et du citoyen". (https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789).

La volonté de Jaurès, de Briand et même de Buisson, qui est protestant, c'est de faire une loi de liberté et non une loi clivante voire de guerre civile comme voulue par Combes et ses amis.

Car Jaurès s'inscrit clairement dans cette lignée des socialistes spiritualistes qui, bien qu'il soient anticléricaux, ne jettent pas le bébé avec l'eau du bain et savent qu'il y a besoin de spiritualité.

 

Réaffirmer l’esprit de 1905

Cent vingt ans ont passé. La France d’aujourd’hui n’est plus celle de Briand, Buisson ou Jaurès.

Les fractures ont changé, les peurs se sont déplacées, les débats parfois crispés ont remplacé les grands discours.

Mais la laïcité demeure un pilier, une ligne de crête à laquelle la République doit sans cesse revenir.

Quelle que soit la période; 1905 ou aujourd'hui, il faut en revenir et s'en tenir aux principes.

Parce que la laïcité n’est pas un slogan.
Parce qu’elle n’est pas un instrument de stigmatisation.
Parce qu’elle n’est pas une identité contre d’autres identités.

La laïcité, c’est le lieu commun où toutes les différences peuvent coexister sans se combattre.

C’est la promesse que la liberté de chacun n’écrasera jamais celle d’autrui.

Elle n’est ni un glaive ni un rempart idéologique : elle est un espace. Un espace de paix.

 

La laïcité : une liberté pour demain

Au moment où certains voudraient la restreindre, d’autres la dévoyer, et d’autres encore l’ériger en dogme figé, il faut revenir à la sagesse de ses fondateurs.

Ferdinand Buisson nous rappelle :

« La laïcité, c’est la République qui organise la liberté. »

Aristide Briand insiste :

« Nous n’avons détruit aucune liberté : nous les avons toutes affermies. »

Et Jaurès, comme toujours, montre la voie :

« La République doit être laïque et sociale, parce qu’elle veut que chaque homme soit un citoyen libre et un être humain complet. »

La laïcité n’est pas seulement un pilier institutionnel : elle est une respiration. Une manière d’habiter la société.

Elle exige de la nuance, de l’intelligence, de la bienveillance. Elle nous invite à conjuguer la pluralité des convictions avec l’unité du destin collectif.

 

 

Un anniversaire pour se souvenir et pour agir

En célébrant le 120ᵉ anniversaire de la loi du 9 décembre 1905, nous honorons un héritage qui n’est pas un monument figé, mais un principe vivant.

Nous nous souvenons que la laïcité n’est pas née contre quelqu’un, mais pour tous.
Qu’elle n’a jamais voulu restreindre, mais émanciper.
Qu’elle n’a pas pour but d’uniformiser, mais d’harmoniser.

Ceux qui croient (en Dieu?) et ceux qui n'y croient pas.

De toute manière nul ne peut contraindre la liberté intime des consciences.

La France est grande lorsqu’elle sait tenir ensemble des consciences multiples sous un même toit républicain.
La laïcité est ce toit.
La liberté est sa clef de voûte.

Puissions-nous, à l’image de Briand, Buisson et Jaurès, garder vivante cette flamme fragile et magnifique : celle d’une République qui fait confiance à la liberté.

Jean-Laurent Turbet

 

 

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La liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

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