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Le Blog des Spiritualités

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L'origine de l'adage : "Le Franc-Maçon libre dans la Loge libre". Par André Combes. PVI N°124 - Décembre 2001 - Janvier, février 2002.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 17 Mai 2021, 14:16pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #FrancMaçonnerie, #GLSE, #Maçonlibre, #GoumainCornille, #PVI, #GLDF

"Un maçon libre dans une loge libre" ou "le Franc-Maçon libre dans la loge libre", voici un adage que nous connaissons bien.

Mais savons nous toujours d'où il vient ou plutôt d'où il viendrait ? Car souvent j'ai entendu dire... "forcément ça vient du GO"! Mais est-ce si sûr ?

Et bien justement non. C'est d'ailleurs ce que nous explique fort bien dans l'article ci-dessous l'ami André Combes (lui-même professionnellement professeur agrégé d’Histoire, et également rédacteur en chef des « Chroniques d’histoire maçonniques ») qui nous l'explique dans un article intitulé "L'origine de l'adage : "Le Franc-Maçon libre dans la Loge Libre".

Cet article a été publié dans le numéro 124 de "Points de vue Initiatiques" (Décembre 2001, janvier, février 2002), la revue de la Grande Loge de France, intitulé "La Souveraineté des Grandes Loges".

C'est un point de vue intéressant car comme chacun le sait, André Combes est franc-maçon du Grand Orient de France. Il est l'un des historiens les plus réputés du GODF, dont il a écrit l'Histoire. Il ne s'agit donc pas d'un point de vue d'un historien appartenant à la Grande Loge de France.

Car c'est bien le frère le F.·. Paul Goumain-Cornille (membre de la loge La Justice N°133 - qui existe toujours aujourd'hui au sein de la Grande Loge de France), 1er président de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE) créée en février 1880,  qui lance la formule : "le maçon libre dans la loge libre" à l'occasion de l'inauguration du Temple de la GLSE le 26 mars 1880.

Jean-Laurent Turbet

Et pour tout savoir lisez en entier l'article d'André Combes ci-dessous (suivez la flèche) : 

 

L'origine de l'adage "Le Franc-Maçon libre dans la Loge libre".

"Le Franc-Maçon libre dans la Loge libre" est une expression souvent employée pour dénoncer toute forme d'autoritarisme au sein de l'Institution maçonnique. Elle a pris aujourd'hui une connotation liber­aire. Certes, le Maçon  et la Loge ne sont libres que s'ils s'expriment dans le respect des règlements de !'Obédience et des usages de !'Ordre, mais c'est dans la mesure où le  Maçon et la Loge ont usé et  parfois abusé de cette liberté que la Maçonnerie a pu évoluer.

Elle apparaît ou tout au moins se diffuse en 1880 à un moment où la Maçonnerie dans son ensemble évolue sous la pression de nou­veaux adeptes vigoureusement démocrates et au terme de trois conflits internes au sein du Rite écossais.

Elle est empruntée à Cavour. Influencé par le  Vaudois Alexandre Vinet, théologien protestant du "Réveil'', partisan de la sépa­ration de l'Eglise et de l'Etat, il s'était prononcé pour "l'Eglise libre dans l'Etat libre", provoquant de vives réactions de la hiérarchie ecclésiastique et des parlementaires piémontais de droite. Il avait besoin de fonds pour renforcer l'administration et l'armée dans la cadre de la politique du Risorgimento. En 1854, les ordres religieux purement contemplatifs ne s'adonnant pas à l'assistance ou  à  l'enseignement  sont  supprimés  et leurs biens incamérés c'est-à-dire gérés par l'administration publique et leurs revenus servent à alimenter une Caisse ecclésiastique destinée à payer les traitements du clergé séculier qui étaient  auparavant  à  la charge de l'Etat. Ce n'est qu'en France, en  1905, avec la loi de  sépara­tion des Eglises et de l'Etat, que le projet initial de Cavour sera grosso modo mis en application.

En cette année 1854, la Maçonnerie est sous le joug impérial. Le Grand Orient a été contraint d'élire , comme Grand Maître le prince Murat, afin d'éviter les pires désagréments et peut-être même la dissolu­ tion. Le Suprême Conseil de France a traversé une crise sous la Seconde République car une fraction de ses adeptes, essentiellement parisiens, a fait sécession reprochant à l'exécutif de ne pas procéder à des réformes démocratiques et a fondé une Grande Loge Nationale de France qui, par réaction, a rejeté les hauts grades. L'audace de ses tra­vaux, l'idéologie socialiste affichée par certains de ses membres, l'hosti­lité manifestée à l'égard de ce concurrent par les deux autres Obé­diences, expliquent sa dissolution, en janvier 1851, sur ordre du ministre de l'Intérieur.

Le Suprême Conseil de France, en ce milieu du XIXème siècle, est à la fois l'organisme dirigeant  de !'Obédience écossaise et celle-ci dans son ensemble. Dans le premier sens, ses membres  sont cooptés parmi les Grands Inspecteurs Généraux. Ils sont sous l'autorité d'un Souverain Grand Commandeur qui désigne un Lieutenant Grand Com­mandeur destiné à lui succéder après sa démission ou son décès. L'âge avancé de ces 33ème, leur choix parmi les aristocrates et les grands bourgeois (dont l'assiduité et le volontarisme ne sont pas toujours les qualités principales), leur nombre peu élevé (entre 13 et 17), ont pour conséquence que !'Obédience n'est gérée que par quelques personnes dévouées mais peu à l'écoute des Loges symboliques.  Régulièrement, mais sans se hâter,  le Suprême-Conseil comble  les vides dus aux décès ou aux honorariats. En 1860, succédant à Decazes, le Grand Comman­deur est Guillaume Viennet, ancien ministre et pair de France, académi­cien depuis 1830, monarchiste libéral, unanimement respecté.

Sous cette tutelle débonnaire se réunit  une Grande  Loge centrale présidée par un membre du Suprême Conseil. Elle se réunit aux solstices pour recevoir les communications de l'autorité. Composée des Chevaliers Kadosch et des députés des Chapitres et des Loges, elle est divisée en trois sections chargées de préparer et d'étudier les affaires qui leur sont soumises. Chacune est présidée par un membre du Suprême Conseil. La première section, dite symbolique, regroupe les députés des Loges et ses travaux sont ouverts à tout Maçon reçu au grade de maître. Elle élit son vice-président et ses officiers. Elle connaît des demandes en institution des Loges symboliques, des règlements intérieurs et de leur administration.

La seconde, dite capitulaire, est l'équivalente concernant les Chapitres. La troisième, dite des Hauts Grades, vérifie les travaux d'enquête des deux premières sections concernant les ouvertures d'Ateliers puis transmet son avis au Suprême Conseil. Elle connaît aussi de toutes les difficultés dont elle est saisie par la commission administrative du Suprême Conseil. Elle vote l'attache aux demandes d'admission au 30ème degré et procède aux réceptions à ce grade. Précisons que le recrutement des Loges du Suprême Conseil est identique à celui du Grand Orient et parfois même plus populaire car la capitation peut y être moins élevée. Le passage aux Ateliers supérieurs est bourgeoise­ment sélectif et les éléments jugés turbulents sont écartés.

Une telle structure pyramidale ne correspondait déjà pas à l'attente des maçons quarante-huitards. Elle est supportée sous l'Empire autoritaire et les troupes écossaises se serrent autour de Viennet quand, en 1862, le maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient tente, avec autant de maladresse que d'arrogance, tente d'absorber la Puissance fra­ternellement rivale. Elle devient à nouveau insupportable quand l'Empire se libéralise .

Quelle que soit !'Obédience, à l'exception de brèves périodes post-révo­lutionnaires, en 1830 et 1848, les Loges ne jouissent que d'une liberté conditionnelle. Celles qui ont profité des circonstances pour s'émanci­per rentrent dans le rang ou disparaissent. Ainsi, en 1830, la Loge écossaise "Les Trois Jours" qui, autour de Laffitte et de La Fayette, réunissait des anciens combattants des Trois Glorieuses, se dissout en 1832.

La Maçonnerie est tolérée à la condition de ne pas débattre de politique ou de religion et de se cantonner à la pratique des rites et à la philanthropie. Il est évidemment de bon ton de tenir des discours favo­rables aux autorités politiques ou maçonniques mais dangereux de les critiquer. Cette règle est certes détournée car, par exemple, au lieu de dénoncer l'attitude du clergé, un orateur peut toujours condamner, sans autre précision, l'intolérance religieuse, le fanatisme ou la superstition . L'apologie de la liberté ou de l'égalité, considérés par plusieurs généra­tions de FF.·. comme la substance même de la philosophie maçonnique, dans une société où la presse est censurée et le suffrage encore censi­taire , est bienvenue, mais il est dangereux d'étayer sa démonstration par des faits d'actualité. La Loge risque d'être dénoncée auprès des autori­tés par un quelconque visiteur ou par un de ses membres en délicatesse avec le Vénérable et, le plus souvent, il est demandé à !'Obédience de procéder à une enquête et, si nécessaire, de sévir.

Cette conquête de la liberté de parole, qui va faire de la Loge une réelle société de pensée, ne devient possible qu'avec la libéralisation du Second Empire qui, contesté à droite à cause de sa politique étrangère (l'intervention en Italie) et économique (les traités de Libre­ Echange), cherche un appui à gauche en ralliant à sa cause la petite bourgeoisie républicaine et le monde ouvrier.

Or, en ces années 1865-1870, la nouvelle génération qui entre dans les Loges est sensiblement différente de celle qui l'a précédée car elle a vécu sous un régime autoritaire qui s'appuie toujours sur une Eglise condamnant les idées modernes (socialisme, libéralisme ... ). Les Maçons démocrates qui, en 1848, avaient voulu faire entrer la devise de la République dans la définition même de la Maçonnerie étaient (presque) tous croyants, même si les uns se référaient aux religions du Livre, les autres à la religion naturelle ou au panthéisme. En 1865, une forte minorité est agnostique ou athée. Cette minorité est renforcée par les attaques portés par le Pape, relayé par des prélats en chaire, contre l'Institution maçonnique. Se voulant positiviste, elle sourit de l'idéalisme "religiosâtre" des anciens quarante-huitards, et demande à la Maçonnerie de ne se préoccuper que de l'amélioration du niveau culturel et poli­tique de ses adeptes afin qu'ils transforment la société. D'où l'accent mis, dans les travaux, sur les questions scolaires (gratuité, obligation, puis laïcité) et sociales. D'où surtout l'intérêt de la jeune génération républicaine pour une Institution honnie par le clergé et où le débat est devenu possible, alors que le droit de réunion est encore très limité dans la société profane. C'est dans ce contexte que se pose, pour la première fois, la question du Grand Architecte de l'Univers et, à nouveau, celle de la hiérarchie maçonnique.

La crise débute au Suprême Conseil, comme au Grand Orient, en 1865. L'Orateur de la Grande Loge centrale, le F.·. Genevay, ancien secrétaire du duc Decazes, à la fête solsticiale de décembre, explique que "la morale maçonnique est toute humaine". Dans une brochure, éditée en 1867, intitulée : Qu'est-ce que la Maçonnerie? Lettre à M. Viennet.., il affirme le droit à l'initiation pour qui ne croit pas en un Dieu personnalisé. Par vingt-quatre voix contre huit, la première Section de la Grande Loge centrale, en 1865, vote une motion selon laquelle la croyance en Dieu et à l'immortalité de l'âme ne peuvent "être l'objet d'une profession de foi collective". L'Orateur de la Grande Loge centrale, l'avocat Meurizet, en présence d'une délégation du Suprême Conseil, à la fête d'ordre du 24 juin 1867, ose dire:

"C'est en effet sur la libre pensée, le libre examen que la Franc-Maçonnerie fonda sa légitime influence. Chez elle, la conscience trouve un asile sur et respecté. Et si certaines doctrines sont  plus  particulièrement chères à la majorité d'entre nous , ce n'est pas parce qu'elles sont inscrites dans d'antiques Constitutions ou consacrées par des traditions respectables et qu'on pourrait les considérer par là comme échappant à tout examen. Bien décidés d'ailleurs à en faire le sacrifice le jour la fausseté nous en sera démontrée pour nous rallier aux  vérités nouvelles qui pourront sur­gir du débat" .

Les réactions sont vives. D'abord sur la question religieuse. Mal­apert, du Suprême Conseil, précise que la Maçonnerie n'est pas une "école de morale" mais un culte et qu'elle se doit d'enseigner Dieu et l'immortalité de l'âme aux apprentis et aux compagnons . En ce sens, il est dans la continuité de la génération de 1848. Au Grand Orient, tra­ditionalistes et modernistes s'affrontent également. L'historien suisse Emmanuel Rebold dénonce "la secte des athées". Au convent de 1865 du GODF, l'existence des Ateliers supérieurs n'est maintenue que de justesse et si "la liberté de conscience" entre dans l'article 1er de la Constitution défi­nissant la Franc-Maçonnerie, il ne s'agit pas encore de la "liberté abso­lue de conscience" préconisée par Marie-Alexandre Massai car la croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers et à l'immortalité de l'âme, est maintenue. Mais pour combien de temps ? Une brèche est ouverte.

Ensuite, et dans les deux Obédiences, l'organisation interne est mise en cause. Au Grand Orient, le conflit se règle en 1871 par l'abolition de la Grande Maîtrise et, en 1872-1873, par la suppression de la représentation des Ateliers supérieurs aux convents, ce qui leur permet­tra de survivre et de philosopher paisiblement. Le Grand Collège des Rites, demeure, dans les faits, sous le contrôle du Conseil de !'Ordre.

Au Suprême Conseil, il va se dérouler en trois épisodes et aboutir à un schisme, avec la création de la Grande Loge Symbolique Ecossaise. La rigueur excessive d'un côté, l'impatience de l'autre, ainsi que les aléas de la vie politique, ont empêché la conclusion d'un compromis. La première crise éclate en 1868, la seconde en 1873, la troi­sième en 1878 ; entre temps, des plages d'accalmie toutes relatives.

En vue de désamorcer une opposition grandissante, la troisième Section du Suprême Conseil est, en 1866, sur sa demande, chargée d'une révision des Règlements généraux dont la dernière mouture datait de 1846 mais son président refuse la discussion sur les questions de principes. Il est vrai que !'Obédience est tenue par la signature du Traité d'union, d'alliance et de confédération des Suprêmes Conseils de 1834, ce qui sert de prétexte aux conservateurs pour limiter les réformes.

Décidé à conserver l'unité du dogme, le Suprême Conseil n'exclut pas la possibilité de procéder à des retouches des Règlements généraux. Les critiques fusent de toutes parts. Meurizet écrit dans "Le Monde Maçonnique" : "L'organisation actuelle du Rite Ecossais n'est qu'une gérontocratie autoritaire, anonyme, absolue, ayant la préten­tion d'imposer  non  seulement  des  discours  plus  ou  moins  arbi­traires, mais de véritables dogmes sans rapport avec les tendances actuelles de la Maçonnerie active et intelligente".

Des Vénérables s'autorisent à organiser à Paris une semaine maçonnique avec initiations et conférences. Ulysse Parent, un dessinateur sur étoffes, futur élu de la Commune de Paris, propose la modification des rituels, l'élection des dirigeants de l'Obédience, la déposition du Grand Architecte. Le doc­teur Edmond Goupil, autre futur élu radical de la Commune, rejette la dogma­tique du Grand Architecte en qui il ne voit qu'une "entité morale". Proudhon ne l'avait-il pas confondu avec "l'équilibre universel" ? Ainsi donc, s'amorce un glissement sémantique qui va aboutir au convent international de Lausanne à le définir comme un "principe créateur".

En 1868, l'administration des hospices met en adjudication le bail du Temple écossais du 35 rue Grenelle Saint-Honoré. Les Loges s'indignent du manque de prévoyance du Suprême Conseil et les demandes de réformes les plus radicales (comme l'élection du Suprême Conseil au suffrage universel) sont exposées dans les Ateliers. Le Suprême Conseil réagit, le 8 avril, par des sanctions. Les exclus déci­dent de créer un "Comité central du Rite Ecossais Réformé", pour pré­parer un convent qui édifierait une nouvelle Obédience écossaise sur les bases du suffrage universel, de rituels et de règlements nouveaux. C'est dans cette atmosphère survoltée que se réunit, le 27 juin 1868, la Grande Loge centrale. A l'encontre des usages, par décision de la com­mission administrative du Suprême Conseil, la séance est réservée aux députés des Ateliers, sans présence de visiteurs. Ceux-ci finissent par "arracher" la porte et font irruption. La séance est aussitôt levée. Ils n'obtiennent pas l'autorisation de se constituer en Obédience : le gou­vernement impérial ne tient pas à voir se constituer une Obédience républicaine !

Les tensions vont s'apaiser après la mort de Viennet, le 10 juillet 1868. Son successeur, le banquier Bénédict Allegri nomme Adolphe Crémieux, Lieutenant Grand Commandeur : un choix opportun car cet ancien ministre de la Justice du Gouvernement provisoire de février 1848, relevant du judaïsme libéral, est le seul républicain affiché qui soit membre de l'exécutif écossais. Allegri accepte que "le voile de l'oubli s'étende sur ces faits regrettables qu'il faut attribuer non à de mauvaises pensées mais à un entraînement irréfléchi". Goupil et ses amis répondent favorablement, se félicitant de la promotion de Cré­mieux. 

Deux projets de réforme des Règlements généraux vont être élaborés. L'un émane du Suprême  Conseil, l'autre des représentants des Loges symboliques. Le Suprême Conseil modifie même l'article pre­mier de la Constitution.  La phrase : "Adoration  du Grand  Architecte de l'Univers, philosophie morale,  bienveillance  envers  les  hommes, voilà ce que  tout  vrai Maçon  doit constamment  étudier et  pratiquer" est supprimée.

La nouvelle définition de l'Ordre maçonnique qu'il suggère est la suivante : "II se fonde sur le principe de la liberté religieuse, sur les règles de la plus pure morale, sur les doctrines les plus élevées de la philosophie. li  proclame  le sentiment  de la dignité  humaine source de la fraternité universelle, c'est-à-dire l'égalité entre  tous  les hommes qui se doivent appui mutuel. li a pour devise Liberté, Egalité, Fraternité".

La commission de la première section, qui a élaboré son propre projet de réformes soumet au vote des Loges, cette autre définition de la Maçonnerie : "La Franc-Maçonnerie  se  partage  en  différents  Rites  qui, bien que divers, tendent au même but : la recherche de la vérité et la pratique de la  vertu.  La  philosophie  morale,  la bienveillance  envers les hommes, le respect de  la  personne  morale,  voilà  ce  que  les Maçons étudient et pratiquent".

Elle supprime la référence à un Grand Architecte mais les deux autres sections de la Grande Loge centrale la maintiennent. Une com­mission de neuf membres prise dans les trois sections élabore un texte de synthèse qui aurait dû être soumis au vote de la Grande Loge cen­trale puis à l'approbation du Suprême Conseil mais les travaux sont interrompus par la déclaration de guerre à la Prusse.

La seconde crise éclate en 1873. S'appuyant sur le prestige de Crémieux (quelque peu diminué par l'âge) et surtout, sur l'élimination (temporaire) des activistes consécutive à la défaite de la Commune de Paris, le Suprême Conseil, sous l'impulsion du F.·. Malapert, va mener une politique de reprise en mains. Il annonce une modification mineure des Règlements généraux : deux membres élus par chacune des trois sections de la Grande Loge centrale (Loges, Chapitres et Conseils) pour­ront participer, avec voix consultative, à I'administration des affaires du Rite au sein de la commission administrative et exécutive du Suprême Conseil. D'autres mesures sont prises comme I'insertion sur toutes les planches, sous le traditionnel A la G.·. du Gr.'.Arch.".de l'Univ... , du triptyque : Liberté, Egalité, Fraternité.

En revanche, par décret du 2 décembre 1873, il rappelle aux Loges l'obligation d'invoquer le G.A.D.L.U. Les cinq Loges qui refusent de se soumettre sont sanctionnées par décret du 28 avril 1874. Les Hospitaliers de Saint Ouen seront réveillés après épuration et La Jus­tice (ex Ecossaise 133) autorisée, par décret du 6 décembre 1876, à reprendre ses travaux. Pour ses meneurs (Goumain-Cornille, Mesureur, Brisson, Floquet), une bataille se mène de l'intérieur alors que, s'ils étaient restés au Grand Orient, leur poids aurait été négligeable.

La tension s'apaise momentanément et le Suprême Conseil réussit un joli coup politique en faisant entrer en son sein Jules Simon et Emmanuel Arago, deux des principaux chefs du parti républicain. Surtout, il apparaît, au plan international, comme le promoteur des réformes au sein de l'Ecossisme, en organisant, en 1875, le convent international de Lausanne.

Au terme des travaux de ce convent, le 22 septembre, un mani­feste et une déclaration de principes sont adoptés. Désormais, "La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle a proclamé dès son origine, l'existence  d'un  principe  créateur  sous  le  nom  de Grand  Architecte de l'Univers.

Elle n'impose aucune limite à la recherche de  la vérité, et c'est pour garantir à tous cette liberté qu'elle exige de tous la tolé­rance. La Franc-Maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance. Elle interdit dans ses ateliers toute discussion politique et religieuse; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opi­nions en politique et en religion, pourvu qu'il soit libre et de bonnes mœurs. La  Franc-Maçonnerie a  pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'humanité par son émancipation progressive et paci­fique".

Les devoirs de l'homme envers Dieu ne figureront plus dans le Testament (qui n'est pas encore "philosophique"), remis au  récipien­daire. Il devra répondre aux questions suivantes : "Quel est votre but en entrant dans la  Franc-Maçonnerie? Quels sont les devoirs envers l'humanité et envers la patrie? Quels sont les devoirs de l'homme envers lui-même?"

La devise "Deus meumque Jus" est maintenue pour satisfaire les tradi­tionalistes mais chaque Suprême Conseil est libre d'adopter une sous­ devise ce qui permet au Suprême Conseil de France de la compléter par celle de la République. La formulation "A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers" demeure donc obligatoire.

Les Obédiences s'engagent à ne reconnaître qu'un Suprême Conseil par juridiction et refusent aux Grands Orients le droit de confé­rer des hauts grades ce qui va provoquer un clash avec la rue Cadet ! Pour atténuer les effets de cette décision, chaque Suprême Conseil est autorisé, dans le pays de sa juridiction, à tolérer l'admission de visiteurs élevés à des hauts grades par d'autres Obédiences nationales et à régulariser ceux qui les ont "irrégulièrement" obtenus.

Le Grand Chancelier Guiffrey présente un rapport  sur  le Convent de Lausanne, à la fête  solsticiale  d'hiver,  le  27 décembre 1875. A propos du Grand Architecte de l'Univers, il précise :

"Cette formule est si générale et si vague à la  fois qu'elle laisse ouverte la porte à toutes les explications, à toutes les déclara­tions. Le croyant  comme le matérialiste   y trouve satisfaction Et cela est nécessaire. Qui peut sonder cet insondable, qui est renfermé dans ces mots : Grand Architecte de l'Univers? il convient donc de respecter la conscience individuelle dans quelque cantonnement qu'elle se soit placé. Le siècle a si bien marché que, à l'époque actuelle, la science doit seule avoir le dernier mot en toute chose".

Mais le Grand Commandeur Albert Pike de la juridiction sud des Etats­ Unis s'indigne, écrivant : "Aucun des Maçons de langue anglaise n'a désiré proclamer  leur non-croyance  au  Dieu  de  leurs  pères,  ni leur foi  dans  un  principe  créateur,  phrase  sans  signification,  qui  annule le Dieu de Justice, de Sagesse et de Bonté, la Providence  protectrice de notre existence quotidienne, détruisant du  même coup la  religion et renversant les autels de toute Foi et  de la Maçonnerie". Pour évi­ter une scission, le Suprême Conseil de France est contraint de rentrer dans le rang mais deux conceptions vont désormais s'opposer au sein de l'Ecossisme comme dans l'ensemble de la Maçonnerie.

En Suisse, une convention est signée entre la Grande Loge Alpina et le Suprême Conseil pour la Suisse. Alpina gérera les trois pre­miers degrés symboliques et le Suprême Conseil sera seul dépositaire des hauts grades. Un même type d'accord est conclu, en 1880, en Bel­gique. Il est vraisemblable que le Suprême Conseil de France aurait évité la troisième crise, s'il était entré dans cette voie. Il refuse encore, le 26 décembre 1878, à la première section, le droit d'élire son président, ne la considérant pas comme une Loge mais comme une émanation du Suprême Conseil.

Goumain-Cornille se livre à un réquisitoire. "Les esprits les plus libres et les plus éclairés" hésitent, dit-il, à rallier une association "dont les Statuts ne sont pas conformes aux idées démocratiques". Il souligne que la juridiction essentielle des Suprêmes Conseils ne commence qu'au 4ème degré et que certains Suprêmes Conseils reconnaissent l'autonomie des Loges symboliques et admettent l'existence d'une Grande Loge. Il fait observer que la victoire électorale des républicains en 1877 rend inutile le besoin d'une protection. En conséquence, au nom de La Justice 133, il demande l'élection d'une commission char­gée d'établir un projet de constitution, établissant l'autonomie des Loges, instituant un pouvoir intermédiaire (autrement dit une Grande Loge). Ce projet ne serait soumis au Suprême Conseil qu'à fin de pro­mulgation. La revue "La Chaîne <l'Union" publie la planche-circulaire, du 15 avril 1879, d'un "Parti de la Réforme "selon lequel" les foudres du Vatican "tomberont bientôt" sur des temples déserts". Gustave Mesureur publie un "Examen critique et historique du Rite écossais en France".

Le 12 mai, le Suprême Conseil tranche en suspendant pour deux ans les FF:. signataires de la planche circulaire du 15 avril, adres­sée sans autorisation et au contenu "calomnieux dans le fond". Il démolit La Justice pour publication illégale et mensongère de deux bro­chures. D'où, naturellement, des protestations, une lettre ouverte à Crémieux, lui rappelant qu'il avait toujours défendu la liberté. Il y a foule, le 20 mai, quand se réunit la première section de la Grande Loge Centrale. Une motion est distribuée aux députés sur le parvis. Le F.·. Granvigne qui la préside lit les décrets privant pour deux ans de leurs droits maçonniques les signataires, dissolvant La Justice 133 et modi­fiant l'ordre du jour. Un délégué qui veut prendre la parole s'entend répondre que les Règlements généraux interdisent à un Maçon de s'opposer à un décret du Suprême Conseil. Le F.·. Granvigne, devant l'agitation grandissante, lève la séance.  

Le Suprême Conseil fait savoir "qu'il continuera à respecter les liens qui l'unissent aux autres Puissances Maçonniques confédérées" , façon élégante de dire non aux réformes. Les FF.·. Bibal, Goumain­ Cornille, Mesureur, Friquet et Dubois décident enfin de franchir le pas. Ils fondent un comité d'initiative pour la formation d'une Grande Loge Symbolique Ecossaise "sous l'Obédience du Suprême Conseil ou provisoirement en dehors de son Obédience". Leur Déclaration est co-signée par une centaine de FF.·.. 

Crémieux répond le 1er septembre 1879 en faisant savoir sa "tristesse" , invitant les dissidents à "briser" leur association , à tout oublier et à revenir. Il les reçoit le 16 septembre. Le Grand Comman­deur semble acquiescer aux projets de réforme et une réunion se tient, le 22, dans le Grand Temple de la rue J.J. Rousseau, pour en débattre. Les décrets du 12 mai sont officiellement levés , de nouvelles élections prévues à la première section. Dans l'attente, chaque Atelier est invité à adresser des propositions au Suprême Conseil. Sa commission admi­nistrative et exécutive, le 15 octobre, demande aux FF.·. frappés par le décret du 12 mai de s'abstenir de toute activité maçonnique jusqu'à ce que le Suprême Conseil se prononce sur les promesses du Grand Com­mandeur. 

La Justice, le 3 octobre 1879, réunit des opposants et décide que les transformations ne devront être votées que par les représentants des Loges symboliques. Le comité scissionniste apporte son soutien à Crémieux "après l'éclatante adhésion qu'il vient de donner aux idées de réforme" et s'efforce de l'opposer aux autres membres du Suprême Conseil. Il demande aux Loges de donner un mandat précis à leurs députés pour l'élection du président de la première section, le droit de fixer l'ordre du jour et les dates de réunions. En réalité, le comité veut laisser au Suprême Conseil la responsabilité de la rupture. 

Crémieux ne peut accepter une telle mise en cause de l'orga­nisme qu'il préside. Un décret raye des contrôles du Rite les dirigeants de l'opposition. 

Le comité d'initiative, renforcé de sept nouveaux membres dont Georges Martin, Conseiller de Paris annonce, le 20 novembre, la naissance de la Grande Loge Symbolique Indépendante. Il expose à nouveau son différend avec le Suprême Conseil et énonce une déclara­ tion de principes. L'Assemblée Constituante se tient  dans le Temple l'Union et Bienfaisance, le samedi 20 décembre 1879. Le Suprême Conseil, par décret du 5 décembre, annonce qu'il radiera ceux qui rejoindront "ce centre maçonnique irrégulier". La rupture est consom­mée. Douze Loges font sécession

La Grande Loge Symbolique Ecossaise est autorisée par déci­sion ministérielle en février 1880. Le Temple est inauguré le 26 mars et, à cette occasion, le premier président de la G.L.S.E., le F.·. Paul Goumain-Cornille lance (ou reprend) la formule : "le maçon libre dans la loge libre" et nous lui en accordons, au moins provisoirement, la pater­nité. Il invite la Maçonnerie à recruter des libres penseurs, lui assigne pour but de promouvoir "la solidarité humaine". "Solidarité", "Libre­ Pensée" sont des concepts porteurs en cette année 1880 ! La G.L.S.E. regroupera dans ses rangs une élite intellectuelle et politique : Georges Martin, Henri Brisson, Charles Floquet, Gustave Mesureur, Oswald Wirth et, en dépit de ses faibles effectifs, jouera un rôle important dans l'histoire de la Maçonnerie. Les deux Obédiences écossaises finiront par se reconnaître et amorceront des discussions en vue d'une réunification. Elle aboutira en 1896 soit deux ans après la naissance de la Grande Loge de France

André Combes

  1. - Bibal est vénérable de La Prévoyance n°88, Paul Goumain-Cornille, de La Jus­ tice n°133, Friquet, <l'Union et Persévérance n°187, Gustave Mesureur et Dubois, députés des Loges 38 et 89 au Havre et à Lyon.

 

  1. - La presse maçonnique, de 1848 à 1880, raconte, dans le détail, les péripéties des conflits internes à la Franc-Maçonnerie. On peut lire également aux Editions du Rocher : "Histoire de la Franc-Maçonnerie au XlXème siècle" en deux volumes (1815-1860) et (1860-1914) par André Combes et "La Grande Loge Symbolique Ecossaise 1880-1911 ou les avant-gardes maçonniques" par Françoise Jupeau Réquillard.

 

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Je rappelle simplement que la liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

« Jurez-vous, de plus, d’obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre, en ce qu’ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? » (Extrait du Serment prêté par chaque franc-maçon lors de son initiation).

Jean-Laurent Turbet

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