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Le Blog des Spiritualités

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23 septembre 2026 : l’équinoxe d’automne, quand la Lumière et les Ténèbres se rencontrent.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 23 Septembre 2026, 06:30am

Catégories : #Astrologie, #Esotérisme, #Spiritualité, #FrancMaçonnerie, #RenéGuénon

23 septembre 2026 : l’équinoxe d’automne, quand la Lumière et les Ténèbres se rencontrent.

23 septembre 2026 : l’équinoxe d’automne, quand la Lumière et les Ténèbres se rencontrent

 

Astronomie, traditions spirituelles, mythes et symbolisme initiatique d’un des grands seuils de l’année

Il est des moments où le mouvement silencieux des astres semble offrir à l’être humain une image de sa propre destinée. L’équinoxe d’automne appartient à ces instants privilégiés. Le mercredi 23 septembre 2026, à 2 h 05, heure de Paris, le Soleil franchira l’équateur céleste : l’automne astronomique commencera alors dans l’hémisphère Nord, tandis que s’ouvrira simultanément le printemps dans l’hémisphère Sud.

Phénomène astronomique rigoureusement calculable, l’équinoxe est aussi, depuis des millénaires, un formidable symbole. Car quelque chose se joue alors qui dépasse la seule succession météorologique des saisons : la lumière et l’obscurité paraissent parvenir à un point d’équilibre avant que, dans notre hémisphère, la nuit n’entame sa marche vers le solstice d’hiver.

C’est pourquoi les équinoxes ont pu être interprétés comme des portes, des moments de passage et de retournement, des points d’équilibre entre deux forces opposées et cependant complémentaires. À l’équinoxe de printemps, cet équilibre annonce la croissance de la lumière ; à l’équinoxe d’automne, il annonce au contraire l’entrée progressive dans l’obscurité. Mais cette obscurité est-elle nécessairement négative ? Toutes les grandes traditions initiatiques nous invitent précisément à nous méfier d’une lecture aussi simpliste. La nuit n’est pas seulement absence de lumière. Elle est aussi le temps de la germination invisible, de l’intériorisation, du silence et du mystère. La graine doit disparaître sous terre avant de pouvoir renaître. L’automne devient alors beaucoup plus qu’une saison : une métaphore de la vie spirituelle.

 

L’équinoxe : ce que dit réellement l’astronomie

Le mot lui-même vient du latin aequinoctium, formé à partir de aequus, « égal », et nox, « nuit » : la « nuit égale ». Deux fois par an, autour du 20 mars et des 22 ou 23 septembre, le Soleil traverse, dans son mouvement apparent, le plan de l’équateur terrestre. Il passe alors par l’un des deux points d’intersection entre l’écliptique et l’équateur céleste.

La raison profonde de l’existence des saisons ne réside pas dans une variation importante de la distance séparant la Terre du Soleil, mais dans l’inclinaison d’environ 23,4 degrés de l’axe de rotation terrestre par rapport au plan de son orbite. Au cours de la révolution annuelle de notre planète, chacun des deux hémisphères se trouve alternativement davantage orienté vers le Soleil. Aux équinoxes, aucun des deux hémisphères n’est privilégié de cette manière.

C’est cette situation astronomique qui produit l’image extraordinaire d’une Terre partagée entre lumière et obscurité, comme si l’astre du jour dessinait momentanément sur notre planète une immense ligne de partage. Le phénomène est cependant plus subtil que la formule souvent répétée selon laquelle « le jour dure exactement aussi longtemps que la nuit ». L’atmosphère terrestre réfracte la lumière solaire et nous permet de voir le Soleil alors qu’il se trouve encore légèrement sous l’horizon ; de plus, le lever et le coucher sont calculés à partir du bord supérieur du disque solaire et non de son centre.

À Paris, le 23 septembre 2026, la durée du jour sera ainsi encore d’environ 12 heures et 8 minutes.

Cette nuance scientifique n’enlève pourtant rien à la puissance du symbole. Elle lui donne même une profondeur supplémentaire : l’équilibre n’est jamais immobilité absolue, il est un instant de passage.

 

Pourquoi l’équinoxe tombe-t-il le 23 septembre en 2026 ?

La date de l’équinoxe n’est pas fixée arbitrairement par notre calendrier. Elle résulte du mouvement réel de la Terre autour du Soleil. L’année tropique - le temps séparant deux passages successifs du Soleil au même point saisonnier - ne correspond pas exactement aux 365 jours de notre calendrier ordinaire. Elle dure approximativement 365,2422 jours, soit 365 jours, 5 heures et près de 49 minutes. Notre système d’années bissextiles corrige périodiquement ce décalage, mais les heures et parfois les dates des équinoxes se déplacent légèrement d’une année à l’autre.

Ainsi, l’équinoxe d’automne se produira le 23 septembre en 2026 et en 2027 ; il aura lieu le 22 septembre en 2028 et 2029, avant de revenir au 23 septembre en 2030 et 2031. L’astronomie nous enseigne donc déjà quelque chose qui intéresse le symboliste : le temps cosmique n’obéit pas exactement aux cases du calendrier humain. Nous essayons de compter le ciel tandis que le ciel, indifférent à nos conventions, poursuit son mouvement.

 

Le grand équilibre : Lumière et Ténèbres

C’est ici que commence véritablement la lecture spirituelle de l’équinoxe. Pendant quelques instants, aucune des deux puissances symboliques ne semble l’emporter : lumière et obscurité se tiennent face à face. Mais cet équilibre est précaire. Au printemps, la balance penche ensuite vers la lumière ; à l’automne, elle penche vers la nuit.

L’équinoxe de septembre constitue donc un seuil. Dans une conception initiatique, le seuil est toujours un lieu singulier. On n’appartient déjà plus entièrement au monde que l’on quitte, sans appartenir encore pleinement à celui dans lequel on entre. C’est l’espace de l’entre-deux, et c’est précisément dans cet entre-deux que peuvent s’effectuer les transformations.

L’initié est lui-même un homme du seuil, car toute initiation authentique implique une séparation, une mort symbolique, un passage par l’obscurité et une renaissance à une condition nouvelle. L’alternance saisonnière offre à ce processus intérieur son immense analogue cosmique. L’automne nous enseigne ainsi une vérité paradoxale : il faut consentir à perdre pour pouvoir recevoir autrement.

Les arbres abandonnent leurs feuilles, les fruits sont récoltés, la végétation se retire et la sève descend. Ce qui, quelques mois auparavant, s’exprimait dans l’exubérance extérieure retourne progressivement vers l’intérieur. Pour le chercheur spirituel, le message est limpide : vient un temps où il faut cesser d’accumuler pour commencer à approfondir.

 

De la descente à la remontée : Perséphone et Déméter

La mythologie grecque fournit l’une des expressions les plus puissantes de cette intuition avec le mythe de Déméter et Perséphone, divinités mythologiques auxquelles on ne saurait évidemment attribuer des dates de naissance et de mort historiques.

Perséphone, fille de Déméter, est enlevée par Hadès et conduite dans le monde souterrain. Déméter, déesse des moissons et de la fécondité terrestre, accablée par la disparition de sa fille, cesse de rendre la terre fertile. Les plantes dépérissent et la famine menace. Un compromis est finalement établi : Perséphone partagera son existence entre le monde inférieur et celui de sa mère.

Le mythe devient alors une explication sacrée du cycle végétal : lorsque Perséphone descend auprès d’Hadès, la terre entre dans sa période de dépouillement ; lorsqu’elle remonte, la végétation renaît. Mais sa portée dépasse largement l’explication primitive des saisons. La descente de Perséphone est l’un des grands archétypes de l’histoire spirituelle de l’humanité.

 

Dante Alighieri

Inanna descend aux Enfers dans la tradition mésopotamienne ; Orphée descend chercher Eurydice ; Héraclès pénètre dans l’Hadès. Le Christ lui-même, dans la tradition chrétienne, « descend aux enfers ». Et Dante Alighieri (1265-1321) devra descendre jusqu’au plus profond de l’Enfer avant de pouvoir entreprendre l’ascension du Purgatoire puis accéder aux sphères célestes du Paradis. Le symbolisme est constant : on ne monte pas sans être descendu, et voilà peut-être l’une des grandes leçons ésotériques de l’automne.

 

Les Mystères d’Éleusis : mourir avant de mourir

Le mythe de Déméter et Perséphone se trouve au cœur des Mystères d’Éleusis, parmi les plus célèbres initiations du monde antique. Pendant près d’un millénaire, des hommes et des femmes venus de tout le monde grec puis romain furent initiés dans le sanctuaire d’Éleusis, près d’Athènes. Nous ignorons volontairement une grande partie de ce qui s’y accomplissait : le secret initiatique fut remarquablement préservé.

Nous savons cependant que le drame sacré de Déméter et Perséphone y occupait une place centrale et que l’expérience éleusinienne transformait profondément le rapport de l’initié à la mort.

L’Hymne homérique à Déméter associe explicitement la connaissance des mystères à une condition privilégiée face au destin des morts. Ce qui est contemplé à Éleusis semble donc avoir été moins une doctrine abstraite qu’une expérience du passage.

La graine enfouie sous la terre paraît morte, mais elle ne l’est pas : elle porte invisiblement la vie future. L’homme qui entre symboliquement dans la nuit initiatique peut ainsi comprendre que toute disparition n’est peut-être pas anéantissement et que toute obscurité ne signifie pas absence.

 

L’automne et les traditions celtiques : une prudence nécessaire

On rapproche aujourd’hui fréquemment l’équinoxe d’automne de Mabon, dans ce que les mouvements néopaïens contemporains appellent la « roue de l’année ».

 

Il convient cependant d’être historiquement précis. Le nom de Mabon est bien celui d’un personnage de la tradition mythologique galloise, Mabon ap Modron, mais l’appellation de l’équinoxe d’automne comme fête de « Mabon » est moderne. Il ne faut donc pas projeter telle quelle la roue néopaïenne contemporaine sur les pratiques religieuses des anciens Celtes.

Cela n’empêche nullement la fête moderne d’avoir acquis une réelle cohérence symbolique. Elle est aujourd’hui associée à la seconde récolte, aux pommes, au raisin, aux fruits de la terre, à la gratitude et à l’équilibre.

Les pratiques néopaïennes contemporaines font ainsi de l’équinoxe un temps de remerciement pour ce qui a été reçu avant l’entrée dans la partie sombre de l’année. Là encore apparaît le même principe : récolter avant de se dépouiller.

23 septembre 2026 : l’équinoxe d’automne, quand la Lumière et les Ténèbres se rencontrent.

La récolte : un symbole spirituel universel

L’automne est d’abord la saison des récoltes, et le symbole de la récolte traverse les traditions religieuses. Ce que l’homme récolte est le résultat de ce qu’il a semé. La formule est agricole, mais son sens moral et spirituel est évident et se retrouve sous des formes différentes dans de nombreuses traditions.

Dans l’Épître aux Galates, Paul de Tarse (vers 5-vers 64/67) écrit : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi » (Galates 6,7). La récolte devient ainsi l’image d’une loi intérieure : nos actes portent des fruits.

L’équinoxe d’automne peut donc devenir un moment d’examen : qu’avons-nous semé depuis le printemps ? Qu’avons-nous réellement fait croître ? Quels fruits pouvons-nous recueillir ? Et quelles choses, au contraire, devons-nous laisser mourir ?

Le christianisme : mourir pour porter du fruit

Le christianisme a donné à la symbolique végétale de la mort et de la renaissance une formulation particulièrement saisissante. Dans l’Évangile selon Jean, Jésus de Nazareth (vers 5 av. J.-C., 7 avril 30) déclare : « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12,24).

Tout le paradoxe initiatique est contenu dans cette image. La graine doit disparaître comme graine afin de devenir autre chose. La mort symbolique n’est donc pas recherchée pour elle-même : elle est transformation. Ce thème rejoint profondément l’expérience automnale : sous la terre apparemment morte se prépare déjà une vie invisible. L’hiver n’est donc pas le contraire du printemps ; il en est la préparation secrète.

L’équinoxe et la tradition hermétique : réunir les contraires

La pensée hermétique et alchimique permet d’aller plus loin encore. L’œuvre alchimique est traversée par la recherche de la coniunctio oppositorum, l’union des opposés : Soleil et Lune, soufre et mercure, masculin et féminin, fixe et volatil, haut et bas.

La célèbre Table d’Émeraude, texte traditionnellement attribué à Hermès Trismégiste, personnage légendaire et syncrétique auquel aucune date historique de naissance ou de mort ne peut être assignée, affirme selon l’une de ses traductions classiques que ce qui est en bas correspond à ce qui est en haut. Le ciel et l’homme peuvent alors être lus analogiquement.

L’équilibre céleste de l’équinoxe devient l’image d’un équilibre à réaliser intérieurement. Il ne s’agit pas de supprimer l’un des contraires au bénéfice de l’autre, mais de parvenir à un niveau où leur opposition peut être dépassée. Lumière et ténèbres cessent alors d’être simplement ennemies : elles deviennent les deux termes d’une totalité.

La coincidentia oppositorum

Nicolas de Cues

Cette intuition conduit à une notion fondamentale de la mystique occidentale : la coïncidence des opposés. Nicolas de Cues (1401-1464) développe au XVe siècle cette coincidentia oppositorum (chère à notre ami Michel Maffesoli) : en Dieu, les oppositions qui structurent notre pensée finie sont dépassées dans une unité supérieure.

La mystique rhénane avait déjà exploré cette profondeur où les catégories ordinaires cessent de suffire. Maître Eckhart (vers 1260-1327 ou 1328) recherche ce fond de l’âme où l’homme doit se dépouiller de ses représentations, de ses possessions et jusqu’à ses possessions spirituelles elles-mêmes, afin de devenir disponible à ce qui le dépasse.

L’automne peut alors recevoir une lecture eckhartienne particulièrement féconde : le dépouillement de l’arbre ressemble au dépouillement de l’âme. L’arbre ne retient pas ses feuilles mortes ; l’homme, lui, s’acharne pourtant souvent à retenir ce qui, en lui, a déjà achevé son cycle.

René Guénon : le symbolisme des portes du cycle

René Guénon

Pour René Guénon (1886-1951), le symbolisme cosmique ne relève jamais d’une poésie arbitrairement plaquée sur les phénomènes naturels. Les rythmes du cosmos peuvent constituer l’expression sensible de principes métaphysiques.

Guénon insiste notamment, dans ses études sur le symbolisme cyclique, sur l’importance des portes solsticiales, auxquelles les traditions antiques associent notamment le symbolisme de Janus.

Les solstices constituent évidemment les points extrêmes du cycle solaire, tandis que les équinoxes en sont les points d’équilibre intermédiaires.

Il serait donc abusif d’attribuer directement aux équinoxes tout ce que Guénon écrit des portes solsticiales.

Mais sa méthode symbolique nous aide à comprendre la structure générale du cycle annuel : montée, apogée, descente, profondeur, puis remontée.

Dans cette perspective, l’équinoxe d’automne marque le moment où la manifestation extérieure commence à céder devant un mouvement d’intériorisation. Ce n’est pas encore la nuit la plus longue : c’est l’entrée consciente dans la nuit, et cette distinction est essentielle.

 

Franc-maçonnerie : l’équilibre du pavé mosaïque

La symbolique maçonnique fournit évidemment une autre lecture particulièrement suggestive. Le Temple maçonnique est lui-même ordonné selon une géographie symbolique de la lumière. L’Orient est le lieu où elle naît ; l’Occident celui où elle décline. Les travaux s’ouvrent et se ferment dans un temps qui n’est plus exactement le temps profane.

Et au centre se trouve notamment le pavé mosaïque, alternance du noir et du blanc. Il serait réducteur de voir dans ces cases l’opposition naïve du « Bien » et du « Mal ». Le pavé mosaïque manifeste plus profondément la condition du monde manifesté, soumis à la dualité : lumière et obscurité, joie et douleur, vie et mort, expansion et contraction.

L’équinoxe offre une extraordinaire projection cosmique de cette alternance. Pendant un instant symbolique, le noir et le blanc semblent en équilibre, puis la balance se déplace. Mais l’initié ne doit s’identifier exclusivement ni au blanc ni au noir : il apprend à percevoir l’unité du pavé tout entier. La sagesse n’est pas l’abolition des contraires, mais leur mise en ordre.

 

De l’équinoxe à V.I.T.R.I.O.L.

L’automne conduit naturellement à un autre symbole majeur de la tradition hermétique et maçonnique : V.I.T.R.I.O.L., Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem, que l’on traduit habituellement par : « Visite l’intérieur de la Terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. »

La formule prend à l’automne une résonance singulière. La végétation retourne vers la terre, la graine s’y enfouit et la lumière extérieure diminue. L’homme est symboliquement invité à effectuer le même mouvement : descendre, non dans quelque souterrain géographique, mais en lui-même.

L’initiation commence précisément par cette inversion du regard. L’homme profane cherche spontanément hors de lui ce qui pourrait le satisfaire. L’homme engagé dans une voie intérieure découvre progressivement que le voyage essentiel s’accomplit dans une autre direction. Visita Interiora Terrae : entre dans ta propre terre.

Mourir à ce qui doit mourir

Voilà peut-être pourquoi l’automne exerce sur nous une fascination mêlée de mélancolie. La beauté automnale est celle d’un monde qui meurt magnifiquement. Les feuilles deviennent rouges, jaunes, ocres et or au moment même où elles vont tomber. Cette beauté enseigne le détachement.

Tout ce qui naît est appelé à se transformer. Tout ce qui apparaît disparaîtra. Les traditions orientales l’ont exprimé avec une force particulière. Le bouddhisme place l’impermanence, anicca en pāli, au cœur de l’expérience humaine. La souffrance naît notamment de notre volonté de rendre permanent ce qui, par nature, ne peut l’être.

L’automne nous montre exactement l’inverse : l’arbre ne négocie pas avec novembre ; il laisse tomber ses feuilles.

L’automne comme voie de dépouillement

Il existe ainsi une véritable ascèse de l’automne. Le printemps nous parle de naissance, l’été de rayonnement, l’automne de récolte et d’abandon, tandis que l’hiver nous conduira vers le silence et l’attente. Puis le printemps reviendra. Le cycle des saisons devient alors une immense pédagogie spirituelle.

L’homme moderne vit pourtant largement comme s’il pouvait abolir ces rythmes. L’électricité supprime artificiellement la nuit ; le chauffage atténue l’hiver ; les fruits et légumes parcourent la planète afin que presque toutes les saisons soient disponibles toute l’année ; nos sociétés connectées exigent une activité permanente. Nous avons gagné un confort extraordinaire, mais peut-être avons-nous aussi perdu quelque chose : l’expérience du rythme.

Or aucune vie spirituelle profonde ne peut être une excitation permanente. Il faut des temps de parole et des temps de silence, des temps d’action et des temps de contemplation, des temps d’expansion et des temps de retrait. L’équinoxe nous rappelle cette respiration fondamentale.

23 septembre 2026 : se tenir sur le seuil

Mercredi 23 septembre 2026, à 2 h 05, heure de Paris, aucun bruit particulier ne retentira. La plupart d’entre nous dormiront et pourtant, à cet instant précis, la Terre aura franchi un point remarquable de son immense voyage autour du Soleil.

À partir de là, dans notre hémisphère, les nuits continueront à s’allonger jusqu’au solstice d’hiver du 21 décembre 2026, qui surviendra à 21 h 50 selon les données de l’IMCCE reprises dans les tables des saisons. Mais nous savons déjà ce que contient cette progression vers la nuit : au cœur même de l’obscurité future se prépare le retournement. Au solstice d’hiver, lorsque la nuit semblera avoir remporté sa victoire, le mouvement s’inversera déjà et les jours recommenceront imperceptiblement à croître.

C’est l’un des plus beaux paradoxes du symbolisme solaire : la lumière recommence à naître au cœur de la plus longue nuit. Voilà pourquoi l’équinoxe d’automne ne devrait pas être compris comme une fête triste. Il est une invitation à entrer volontairement dans l’intériorité, à regarder ce que nous avons semé, à recueillir ce qui a porté fruit, à reconnaître ce qui n’en portera plus, à abandonner ce qui doit l’être et à accepter la diminution de la lumière extérieure afin de rechercher plus profondément la lumière intérieure.

Entre l’équinoxe et le solstice, la nature semble ainsi nous murmurer cette vieille vérité initiatique : celui qui veut renaître doit d’abord consentir à descendre. L’arbre abandonne ses feuilles, mais conserve ses racines ; la graine disparaît dans la terre, mais elle porte déjà le printemps.

Et lorsque, ce 23 septembre 2026, Lumière et Ténèbres se tiendront un instant en équilibre, peut-être pourrons-nous nous souvenir que la véritable sagesse ne consiste ni à nier notre nuit ni à nous y perdre, mais à chercher, au plus profond d’elle, la Lumière qui ne décline jamais.

Bonne équinoxe d'automne !

Jean-Laurent Turbet

 

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