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Le Blog des Spiritualités

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Yom Kippour : le temps du pardon, de la réparation et du retour à l’essentiel.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 21 Septembre 2026, 16:30pm

Catégories : #Judaïsme, #Fête, #Religion, #Histoire

Yom Kippour : le temps du pardon, de la réparation et du retour à l’essentiel.

Yom Kippour : le temps du pardon,
de la réparation et du retour à l’essentiel.

Du dimanche 20 septembre au soir au lundi 21 septembre 2026 à la tombée de la nuit, les communautés juives du monde entier célèbrent Yom Kippour, le jour le plus solennel du calendrier hébraïque. Fixé au 10 du mois de Tichri, Yom Kippour clôt les dix jours redoutables, les Yamim Noraïm, ouverts par Roch Hachana, le Nouvel An juif. Durant cette période, chacun est invité à examiner sa conduite, à reconnaître les fautes commises, à demander pardon à ceux qu’il a blessés et à revenir vers Dieu avec un cœur sincère. En cette année 5787 du calendrier hébraïque, Yom Kippour commence au coucher du soleil le dimanche 20 septembre et s’achève à la tombée de la nuit le lundi 21 septembre 2026.

Souvent appelé en français le « Grand Pardon », Yom Kippour est plus littéralement le « Jour des expiations », Yom haKippourim, selon l’expression employée par la Torah. Le mot hébreu kippour renvoie à l’expiation, à l’effacement de la faute et à la restauration d’une relation qui a été altérée. Il ne s’agit pourtant ni d’oublier artificiellement le mal commis ni de s’en remettre à une indulgence divine qui dispenserait l’être humain de réparer ses actes. Yom Kippour est au contraire une journée d’une immense exigence morale, car le pardon véritable suppose la lucidité, la responsabilité, la confession, la réparation et la transformation intérieure.

Aux sources bibliques du jour des expiations

L’institution du jour des expiations apparaît principalement dans le seizième chapitre du Lévitique. Le texte décrit le rite accompli autrefois par le grand prêtre dans le sanctuaire, puis dans le Temple de Jérusalem. Une fois par an, celui-ci pénétrait dans le Saint des saints afin d’accomplir les rites d’expiation pour lui-même, pour les prêtres et pour l’ensemble du peuple d’Israël. Deux boucs étaient présentés : l’un était offert en sacrifice, tandis que l’autre, chargé symboliquement des fautes du peuple, était conduit dans le désert. C’est de cet antique rite que vient l’expression devenue courante de « bouc émissaire », bien que son sens moderne se soit considérablement éloigné de sa signification religieuse originelle.

La Torah ordonne ensuite : « Ce sera pour vous une loi perpétuelle : au septième mois, le dixième jour du mois, vous humilierez vos personnes et vous ne ferez aucun ouvrage » (Lévitique 16, 29). Elle précise que ce jour est destiné à purifier le peuple de ses fautes : « Car en ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier ; vous serez purifiés de tous vos péchés devant l’Éternel » (Lévitique 16, 30).

Le commandement est repris au chapitre 23 du Lévitique, où Yom Kippour est présenté comme une convocation sainte consacrée à l’expiation, à l’abstention de tout travail et à « l’affliction » de la personne. La tradition rabbinique a notamment compris cette dernière expression comme prescrivant le jeûne et la privation volontaire de plusieurs satisfactions corporelles. Cette mise à distance des besoins ordinaires ne constitue pas un mépris du corps, mais une ascèse temporaire destinée à libérer l’attention intérieure et à replacer l’existence humaine devant sa vérité la plus profonde.

Le jeûne : se tenir devant Dieu dans la vérité

Durant environ vingt-cinq heures, les fidèles en état de le faire s’abstiennent de manger et de boire. La tradition prévoit également de renoncer à se laver pour l’agrément, à s’oindre de parfums ou de lotions, à porter des chaussures de cuir et aux relations conjugales. Les personnes dont la santé serait mise en danger, les femmes qui viennent d’accoucher et, selon les situations, les malades ou les personnes fragiles ne sont pas tenus d’observer le jeûne au détriment de leur vie. La sauvegarde de la vie, pikuach nefesh, demeure en effet un principe majeur du judaïsme.

Le jeûne n’est donc ni une mortification recherchée pour elle-même ni une manière d’acheter le pardon de Dieu par la souffrance. Il place l’être humain dans une situation de dépouillement. Pendant quelques heures, celui-ci abandonne ses préoccupations matérielles, ses habitudes, ses sécurités et les multiples diversions par lesquelles il échappe ordinairement à l’examen de lui-même. Il se tient devant Dieu sans masque, avec ses fragilités, ses manquements, ses promesses oubliées et ses responsabilités.

Le prophète Isaïe avait déjà dénoncé un jeûne purement extérieur qui laisserait subsister l’oppression, l’injustice et la violence : « Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, un jour où l’homme humilie son âme ? » demande Dieu, avant de rappeler que le jeûne véritable consiste à libérer les opprimés, à partager son pain avec celui qui a faim, à accueillir le pauvre et à ne pas se détourner de son semblable (Isaïe 58, 5-7). La privation rituelle n’a de sens que si elle conduit à une conversion de la conduite et à une attention plus grande envers autrui.

La techouva, bien davantage que le remords

La notion centrale de Yom Kippour est celle de techouva. Ce mot est souvent traduit par « repentance », mais sa racine hébraïque signifie d’abord le retour. Faire techouva, c’est revenir vers Dieu, revenir vers autrui et, peut-être, revenir vers cette part la plus authentique de soi-même qui s’est trouvée obscurcie par les fautes, les mensonges, l’orgueil ou l’indifférence.

La techouva ne se réduit pas à éprouver du regret. Elle demande de reconnaître précisément la faute, de l’abandonner, de la confesser, d’en réparer autant que possible les conséquences et de prendre la résolution de ne pas la répéter. Dans sa grande œuvre juridique, le Mishné Torah, Moïse Maïmonide (1138-1204) explique que la techouva est pleinement accomplie lorsque la personne, replacée dans une situation comparable à celle où elle avait autrefois fauté, choisit désormais d’agir autrement, non par faiblesse ou par crainte, mais parce qu’elle s’est véritablement transformée.

Cette exigence empêche de faire du pardon une formule facile ou une amnistie à bon marché. La miséricorde divine n’abolit pas la responsabilité humaine : elle rend au contraire possible un recommencement qui doit se traduire dans les actes. Celui qui demande pardon ne cherche pas seulement à être délivré de sa culpabilité ; il accepte de devenir responsable de l’avenir qu’il construira à partir de sa faute reconnue.

Les fautes envers Dieu et les fautes envers autrui

L’un des enseignements les plus célèbres de la tradition rabbinique se trouve dans la Michna, traité Yoma 8, 9 : « Pour les fautes commises entre l’homme et Dieu, Yom Kippour procure l’expiation ; mais pour les fautes commises entre l’homme et son prochain, Yom Kippour ne procure pas l’expiation tant que l’on n’a pas apaisé son prochain. »

Cette distinction est essentielle. Dieu ne pardonne pas à la place de la personne qui a été humiliée, trompée, dépouillée ou blessée. Avant Yom Kippour, chacun est donc invité à se tourner vers ceux auxquels il a fait du tort, à leur demander sincèrement pardon et, lorsque cela est possible, à réparer le dommage causé. Une somme volée doit être rendue, une réputation injustement atteinte doit être rétablie, une parole blessante doit être reconnue et regrettée.

La demande de pardon ne donne cependant aucun droit sur la personne blessée. Elle ne permet pas d’exiger d’elle un oubli immédiat ni de lui imposer une réconciliation prématurée. Le pardon ne supprime ni la justice, ni la prudence, ni les nécessaires limites qui protègent les victimes. Il ne saurait devenir le moyen par lequel le responsable d’une faute se libérerait à bon compte du poids de ses actes. La réconciliation authentique suppose la vérité, la réparation et la preuve d’un changement réel.

Une prière entièrement communautaire

Yom Kippour commence par l’office solennel de Kol Nidré, dont la mélodie bouleversante constitue l’un des sommets de la liturgie juive. Le texte concerne les engagements religieux personnels prononcés inconsidérément devant Dieu ; il ne dispense nullement des engagements contractés envers autrui et ne permet évidemment pas de se soustraire à une obligation morale, civile ou juridique.

Tout au long de la journée, les fidèles se rassemblent à la synagogue pour cinq offices : Maariv le soir, Cha’harit le matin, Moussaf, Min’ha et enfin Neïla, la prière de clôture. Les longues confessions occupent une place centrale dans la liturgie. Le Vidouï, la confession, comprend notamment l’Achamnou et le Al ‘Het, énumérations des fautes humaines que l’assemblée récite collectivement.

Un trait remarquable de ces prières réside précisément dans l’emploi constant du « nous ». Le fidèle ne dit pas seulement : « J’ai fauté », mais : « Nous avons fauté, nous avons trahi, nous avons volé, nous avons parlé avec médisance. » Même s’il n’a pas personnellement commis chacune des fautes énumérées, il se reconnaît solidaire d’une humanité faillible et d’une communauté dont il partage la responsabilité. Nul ne se présente devant Dieu en s’estimant pur face aux coupables. Chacun porte une part du monde, de ses égarements comme de ses possibilités de relèvement.

Yom Kippour est ainsi profondément personnel sans jamais devenir individualiste. L’examen de conscience s’accomplit au sein d’un peuple rassemblé. La solitude intérieure du repentir rejoint la prière commune, et la transformation de chacun devient inséparable de la restauration de la communauté.

Le Livre de Jonas : nul ne peut enfermer la miséricorde de Dieu

Au cours de l’office de Min’ha, la tradition fait lire le Livre de Jonas. Ce choix est particulièrement significatif. Jonas reçoit de Dieu la mission d’annoncer aux habitants de Ninive la conséquence de leurs fautes, mais il tente de s’enfuir, comme s’il était possible d’échapper à l’appel divin. Après l’épisode célèbre de la tempête et du grand poisson, il accepte finalement de se rendre à Ninive. Les habitants, depuis le roi jusqu’aux plus humbles, entendent son avertissement, jeûnent, renoncent à leur violence et changent de conduite ; Dieu accueille leur conversion et épargne la ville.

Jonas s’en irrite, car il aurait préféré voir sa prophétie de destruction accomplie. Dieu lui enseigne alors que sa miséricorde dépasse les frontières, les appartenances et les mérites supposés. La techouva demeure accessible à tous, même aux habitants d’une ville étrangère et pécheresse, dès lors qu’ils se détournent réellement de la violence.

La lecture de Jonas rappelle ainsi qu’aucun être humain ne peut s’approprier le pardon de Dieu, en fixer les limites ou en exclure ceux qu’il juge indignes. Elle rappelle également que la conversion ne réside pas d’abord dans les paroles ou les manifestations extérieures de pénitence, mais dans l’abandon effectif de l’injustice : Dieu voit que les habitants de Ninive « revenaient de leur mauvaise voie » (Jonas 3, 10).

Neïla : lorsque les portes se referment

La journée atteint son sommet avec Neïla, l’office de clôture, dont le nom évoque la fermeture des portes. Selon l’image traditionnelle, les portes célestes qui se sont ouvertes pendant les jours redoutables vont bientôt se refermer. L’assemblée demeure debout pour une dernière supplication, tandis que la lumière décline et que le jeûne approche de son terme.

Cette image ne signifie pas que la miséricorde divine deviendrait ensuite inaccessible, mais elle exprime l’urgence spirituelle de l’instant. Il existe dans toute vie des heures qu’il ne faut pas laisser passer, des paroles qu’il faut enfin prononcer, des pardons qu’il faut demander, des décisions qu’il faut prendre et des chemins auxquels il faut renoncer. Neïla est le moment où l’être humain rassemble toute son énergie intérieure pour franchir la porte avant qu’elle ne se ferme, autrement dit pour ne plus différer la transformation qu’il sait nécessaire.

L’office s’achève par la proclamation du Chema Israël — « Écoute, Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un » — puis par l’affirmation répétée : « L’Éternel est Dieu. » Une sonnerie unique du shofar marque enfin la fin de Yom Kippour. Après environ vingt-cinq heures de jeûne et de prière, les fidèles se retrouvent pour rompre le jeûne, mais le retour à la vie ordinaire doit désormais porter la trace du travail spirituel accompli.

Être inscrit et scellé dans le Livre de la vie

De Roch Hachana à Yom Kippour, la liturgie évoque le Livre de la vie. Selon une image traditionnelle, Dieu inscrit à Roch Hachana le jugement de chaque être humain pour l’année nouvelle, puis le scelle à Yom Kippour. C’est pourquoi l’on adresse avant et pendant la fête le vœu : Gmar ‘hatima tova, « Puissiez-vous être définitivement scellé pour le bien », ou « dans le Livre de la vie ».

Cette symbolique ne doit pas nécessairement être comprise comme la description matérielle d’un registre céleste où un destin immuable serait consigné. Elle rappelle surtout la gravité de chaque existence et de chaque décision. Nos actes nous inscrivent dans le monde ; ils laissent une trace dans la vie des autres, parfois bien au-delà de ce que nous imaginons. Demander à être inscrit dans le Livre de la vie, c’est aussi choisir de devenir soi-même un serviteur de la vie, de la justice et de la paix.

Une espérance offerte à l’être humain qui accepte de changer

Yom Kippour appartient en propre à l’Alliance, à la mémoire, à la liturgie et à la vie spirituelle du peuple juif. Il convient donc d’en respecter la singularité et de ne pas en dissoudre le sens dans une spiritualité générale qui lui ferait perdre ses racines. Pourtant, le questionnement qu’il porte rejoint l’expérience humaine la plus universelle : que pouvons-nous faire du mal que nous avons commis ? Sommes-nous condamnés à demeurer prisonniers de nos fautes passées ? Comment restaurer une relation détruite, réparer ce qui peut encore l’être et recommencer autrement ?

À ces questions, Yom Kippour n’apporte pas une réponse facile, mais il offre une espérance exigeante. L’être humain ne peut abolir ce qui a été fait, mais il peut regarder son passé en vérité, reconnaître sa responsabilité, demander pardon, réparer le dommage et choisir une nouvelle orientation. La faute est grave, mais elle ne constitue pas nécessairement le dernier mot d’une existence.

Dans un monde où chacun se montre volontiers impitoyable envers les fautes des autres tout en demeurant indulgent envers les siennes, Yom Kippour invite à renverser le regard. Il ne s’agit plus de dresser le procès permanent d’autrui, mais d’entrer soi-même dans la vérité, sans complaisance et sans désespoir. Car le jugement de Dieu n’est pas la fermeture de tout avenir : il est aussi l’appel adressé à l’être humain pour qu’il se relève, se réconcilie et reprenne le chemin de la justice.

C'est ce qui est bien le plus difficile dans la période actuelle.

À toutes celles et tous ceux qui observent Yom Kippour, puisse ce jour être un temps de vérité intérieure, de réparation et surtout de paix. Gmar ‘hatima tova : puissiez-vous être inscrits et scellés dans le Livre de la vie.

Jean-Laurent Turbet

 

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La Rédaction du Blog des Spiritualités.

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