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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses...


La Franc-Maçonnerie devant le Racisme la Xénophobie et l'Intolérance.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 11 Juin 2020, 16:05pm

Catégories : #FrancMaçonnerie, #GLDF, #Racisme, #Antiracisme, #Xénophobie, #Antisémitisme

La Franc-Maçonnerie devant le Racisme la Xénophobie et l'Intolérance.

"Dans le bon combat contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance,
est-il nécessaire de rappeler que la Franc-Maçonnerie
s'honore d'avoir toujours été au premier rang ?
"

Grande Loge de France, 1972

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager cet article de "Points de Vue Initiatiques", la revue de la Grande Loge de France.

Intitulé "La Franc-Maçonnerie devant le racisme, la xénophobie et l'intolérance" il a été publié dans le numéro 7-8 (3ème et 4ème trimestre 1972, page 91), en juillet 1972, durant le 5ème mandat (1971-1973) du Sérénissime Grand-Maître de la Grande Loge de France, Richard Dupuy.

Il s'agit d'une position officielle de la Grande Loge de France sur le sujet puisque il se trouve dans la rubrique "La Grande Loge de France vous parle"...

Inutile de vous dire que je suis à 200% d'accord avec cette position officielle de la Grande Loge de France et je ne doute pas un seul instant que tous les frères de la Grande Loge de France, qu'ils soient jeunes initiés ou blanchis sous le harnais, soient également fondamentalement d'accord avec les valeurs humanistes et fraternelles présentées dans cet article.

C'est cette Grande Loge de France éternelle qui nous rend fier d'y appartenir.

Malheureusement, la situation décrite en 1972 est-elle différente de celle de la France de 2020 ?

Il n'y a pas un mot à retirer de cet article de 1972....

La publication de cet article est dédiée à George Floyd et à toutes les victimes du racisme, de l'antisémitisme, de la xénophobie, de la haine de l'autre.

Jean-Laurent Turbet

 

Voici le texte original : 

 

La Grande Loge de France vous parle...

 

LA FRANC-MAÇONNERIE DEVANT LE RACISME,

LA XÉNOPHOBIE ET L’INTOLÉRANCE

 

Voilà plus d'un quart de siècle déjà que s'effondrait le IIIème Reich d’ Adolf Hitler. Des documents hallucinants révélaient à l'univers épouvanté l'indicible horreur des camps de la mort. Puis ce fut le procès de Nuremberg. On pouvait croire alors la cause du racisme jugée, le cauchemar dissipé pour toujours.

Or que voyons-nous aujourd'hui ?

La discrimination raciale, sous le nom d'apartheid, est érigée en doctrine officielle par l'Union sud-africaine, et dans ce grand pays les autochtones sont soumis à tout un arsenal de brimades légales intolérables.

Aux Etats-Unis, terre classique de la liberté, les louables efforts du législateur et de la Cour Suprême pour assurer aux Noirs l'égalité des droits se heurtent à de tenaces oppositions, la tension monte, pour aboutir ici et là à de violentes explosions.

En France même, dans le pays des Droits de Homme, quelle tristesse d'avoir à constater, chez trop de nos compatriotes, la modification d'un comportement traditionnellement accueillant et généreux !

Faut-II des exemples ? En voici.

Il y a peu, des commerçants israélites d'Amiens et d'Orléans ont eu à pâtir d'une crise d'hystérie collective indigne d'un pays civilisé.

A Toulouse, dans un collège privé, un adolescent juif succombe aux coups d'un groupe de ses condisciples.

A Paris, un gardien d'immeubles tue un enfant arabe d'un coup de fusil.

Les tenanciers de certaines brasseries du quartier Latin refusent de servir ici des clients juifs, là des consommateurs noirs.

A Lyon, les communautés catholique, protestante, israélite et musulmane dénoncent d'une même voix les incidents dont sont victimes, dans la région, certains travailleurs immigrés.

A la télévision, une enquête révèle que des propriétaires ne veulent pas de locataires noirs. Des maires de communes ouvrières de la banlieue parisienne viennent exprimer leur inquiétude devant l'hostilité que manifestent nombre de leurs administrés à l'égard des Nord-Africains.

La détérioration du climat dans lequel vivent trop de travailleurs immigrés parait suffisamment sérieuse aux grandes centrales syndicales pour qu'elles décident de lancer une campagne d'information et de défense.

C'est un fait qu'en dépit des intentions maintes fois proclamées et des premiers efforts tentés par le gouvernement, trop de familles étrangères vivent encore dans d'immondes bidonvilles, ou sont honteusement exploitées par leurs logeurs trop de nos hôtes sont morts brûlés ou asphyxiés dans des baraquements, des taudis et des caves.

N'oublions pas non plus le malaise qui règne parmi nos compatriotes de couleur des départements d'Outre-mer, conséquence du sous-développement économique et des séquelles d'une mentalité colonialiste. Des fonctionnaires antillais ont dû faire la grève de la faim pour que fût rapportée la décision qui les mutait en Métropole, loin de leurs foyers, de leur milieu, pour délit d'opinion et action politique.

Oui, certes, il est urgent de briser le retour offensif du racisme et de la xénophobie, de cette hideuse maladie qui ternit aux yeux de l'étranger l'image de la France, alimente les malfaisantes campagnes de groupes factieux, et menace les libertés si chèrement conquises par nos pères. Encore faut-il d'abord en poser correctement le diagnostic, critiquer ses fondements doctrinaux, discerner les facteurs psychologiques et sociaux qui favorisent sa propagation.

Le dictionnaires nous apprennent que le terme de racisme est récent. Il n'est entré dans notre langue que vers 1930. Il a été forgé pour désigner la doctrine du théoricien nazi Rosenberg, suivant laquelle li y aurait entre les différentes races d'hommes une hiérarchie naturelle, une inégalité innée de valeur et de talents d'où l'on conclut à la nécessité de préserver de tout croisement la race dite supérieure et à son droit de dominer les autres.

En fait cette théorie était en germe, dès 1853, dans l'Essai sur l'inégalité des races humaines de notre compatriote Gobineau. Reprise par l'Anglais H.S. Chamberlain, elle a servi d'abord à donner bonne conscience au colonialisme, puis à fonder le mythe de la supériorité des Aryens, et tout spécialement des Germains, enfin à justifier «, si l'on ose dire, le martyre et le meurtre de six millions de Juifs.

Or les savants sont unanimes à reconnaître qu'en dépit de ses prétentions scientifiques cette doctrine est radicalement fausse. Certes, et tous les instituteurs le savent bien, les enfants viennent au monde doués d'aptitudes inégales.

La génétique moderne précise que chacun de nous naît porteur d'un stock de caractères, choisis comme au hasard par la Nature dans les innombrables lignées dont il est issu. Mais les inégalités d'aptitudes qui en résultent se constatent entre les enfants d'une même race, voire d'une même famille, et non pas globalement d'une race à l'autre. Les caractères biologiques qui permettent de distinguer les races entre elles sont des caractères secondaires purement physiques : couleur de la peau et des yeux, pilosité, stature, forme du crâne, du nez, des lèvres ou des paupières.

Aussi bien admet-on aujourd'hui que toutes les races dérivent d'une souche commune, comme l'enseignait déjà, sous une forme mythique, la Bible, qui nous fait tous descendre de Noé par Sem, par Cham, ou par Japhet. C'est la dissémination de notre espèce en petits groupes distincts qui a provoqué, par adaptation à des conditions locales variées, la formation des races. Mais après cela la prolifération de l'espèce, les migrations, les conquêtes ont provoqué de tels brassages de population qu'aujourd'hui tous les grands peuples sont le produit de croisements sans nombre.

Sauf en quelques territoires isolés il n'y a plus de race pure. li n'y a donc pas de race aryenne, mais une mosaïque de peuples composites dont les parlers se rattachent à la famille des langues indo-européennes. Il n'y s pas de race germanique, mais des populations de langue allemande qui résultent de croisements entre cinq groupes raciaux au moins, il n'y a pas non plus de race juive, mais, liés par le ciment d'une forte tradition religieuse et culturelle, les descendants inextricablement mêlés des Juifs émigrés dès avant notre ère dans tout le monde gréco-romain, des femmes qu'ils y épousèrent, des nombreux convertis qu'ils firent en milieu païen.

L'erreur capitale du racisme, en tant que doctrine à prétention scientifique, est donc d'attribuer à la Nature la diversité des cultures. C'est la variété des habitats, des circonstances géographiques et historiques, des genres de vie et non la prétendue inégalité des races qui explique l'inégal développement des civilisations. Aussi l'ethnographie contemporaine, moins encline que celle du XIX' siècle, à juger de tout à l'aune du progrès technique, découvre-t-elle de plus en plus la grande richesse culturelle de sociétés qu'elle se refuse maintenant à qualifier de primitives.

Ainsi, de l'aveu unanime des savants, le racisme ne repose sur rien. Comment se fait-il donc qu'il recommence à exercer ses ravages, et jusque dans notre pays ? Ici ce n'est plus à la biologie ni à l'ethnographie, c'est à l'histoire à la sociologie, à la psychologie des foules qu'il faut demander l'explication, et si possible le remède.

***

On vient de traduire en français, sous le titre De la réforme aux Lumières, un livre de Hugh Trevor-Roper, l'historien anglais du nazisme. On y trouvera une admirable étude sur l'épidémie de sorcellerie qui ravagea toute l'Europe occidentale du xv à la fin du XVII- siècle. Rien de plus actuel que cette lumineuse analyse.

L'épidémie naquit d'une situation sociale particulière. Dès le XIIIème  siècle l'expansion de la société féodale s'était heurtée à la résistance de groupes sociaux, localisés surtout au voisinage des Alpes et des Pyrénées qui accusèrent encore leur originalité en épousant des doctrines religieuses dérivées du manichéisme. On sait comment furent liquidées par le fer et par le feu l'hérésie des Cathares et celle des Vaudois.

Mais la dissidence sociale subsista dans les montagnes. On découvrit, ou plutôt on élabora alors pour la réduire une hérésie nouvelle, la sorcellerie, ou magie diabolique. C'est que, condamnée jusque-là comme pure superstition par les canons de l'Eglise, la croyance au pouvoir des sorciers, la démonologie cadrait maintenant avec la conception du monde que saint Thomas d'Aquin avait cru pouvoir tirer d'Aristote. D'abord limitée aux Alpes du Sud et aux Pyrénées, la chasse aux sorcières s'étendit à l'Europe entière en ces temps de grande peur et de désolation que furent le XIV et le XV° siècles, marqués par la Grande Peste et la guerre de Cent ans.

Au même moment, fait significatif, la création de L'inquisition espagnole mettait les Rois très catholiques à même d'extirper le judaïsme.

L'épidémie se calma dans l'épanouissement de la Renaissance, mais reprit de plus belle au temps de la Réforme et des guerres de religion, aussi bien en pays protestant que catholique. Elle ne prit vraiment fin que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, quand la diffusion des idées de Gaulée, de Descartes et de Newton eut fait triompher une conception du monde où les démons n'avaient plus leur place.

Rien de plus riche en enseignements actuels, disions-nous, que cette vieille histoire. Qui ne le voit en effet? La présente poussée de racisme et de xénophobie ne diffère que par son point d'application, par sa moindre ampleur aussi mais non par sa nature profonde, de la chasse aux sorcières de l'époque prérenaissante.

Et pareillement de la chasse aux chrétiens des premiers siècles, de la chasse aux Juifs médiévale, de la chasse aux Papistes en Angleterre et en Irlande, de la chasse aux communistes dans l'Amérique de Mac Carthy. C'est toujours aux minorités, aux non-conformistes qu'on s'attaque, à ceux qui ne sont pas comme les autres, qui entendent conserver leurs traditions et leurs croyances. Et c'est dans les temps d'inquiétude et d'insécurité que l'intolérance s'exaspère. Pour se délivrer de son angoisse, la foule cherche un bouc émissaire. Des mythes naissent alors plus ou moins spontanément, qui chargent les minorités des vices, voire des crimes les plus extravagants.

On sait trop où cela nous a menés.

Nous n'en sommes pas encore revenus là, Dieu merci Et l'exemple de la chasse aux sorcières vient de nous montrer que les mythes redoutables engendrés par la peur et l'ignorance ne subsistent qu'autant qu'ils demeurent compatibles avec les opinions généralement reçues. C'est un grand point, par conséquent, que la science de notre temps répudie catégoriquement les bases théoriques du racisme. Encore faut-il que chacun le sache. Une campagne d'information intensive par le livre, la presse et les « mass media », devrait donc s'ingénier à chasser les mauvais démons du cœur et de l'esprit de nos contemporains.

Les Français répugnent aujourd'hui à exercer toute une série de métiers, les exigences du développement économique nous ont conduits à faire appel à trois millions et demi de travailleurs étrangers. Est-il si difficile de faire comprendre à nos compatriotes que loin de constituer pour eux une menace de chômage, leur appoint est indispensable à l'amélioration du niveau de vie de tous ? Encore faut-il que les pouvoirs publics fassent l'effort nécessaire pour les accueillir dignement, les familiariser avec un monde si différent du leur, leur procurer en nombre suffisant des logements adaptés à leurs besoins, favoriser de toute manière leur insertion dans la communauté nationale, celle aussi de leurs femmes et de leurs enfants.

***

Dans le bon combat contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance, est-il nécessaire de rappeler que la Franc-Maçonnerie s'honore d'avoir toujours été au premier rang ? A vrai dire, c'est là sa première raison d'être. Dès 1723, ses statuts ne lui assignaient-ils pas pour but de devenir le Centre de l'Union de tous les hommes de bien, sans distinction de race, de confession ou de nationalité ? Et ce n'était pas là paroles en l'air. Dès cette époque on la voyait accueillir fraternellement dans son sein un Père jésuite, d'éminents marchands juifs et de savants Indiens , et à Paris, le jour de Noël 1787, élever à son grade le plus élevé, celui de Chevalier Rose-Croix, quatre notables musulmans, algériens et marocains ?

Aujourd'hui l'un des ateliers de notre Grande Loge porte le nom de l'Abbé Grégolre, auteur, sous la Révolution, de la loi qui émancipe les Juifs. Sous la deuxième République, nos frères prirent une part active à l'abolition de l'esclavage.

Au début de la Troisième c'est le plus haut dignitaire de l'Ecossisme, Adolphe Crémieux, qui fit accorder la citoyenneté française aux Juifs algériens.

Au temps de l'affaire Dreyfus, puis dans la lutte contre le nazisme, toujours on nous trouva du bon côté. Aussi, quand vint l'heure de l'épreuve, nous ne fûmes pas épargnés. A elle seule, la Grande Loge de France a compté 549 fusillés, 989 déportés.

Cela lui donne le droit, n'est-il pas vrai, de vous convier à lutter inlassablement avec elle contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance.

JUILLET 1972

 

 

 

 

Attention ! Cet article, comme tous les articles du "Bloc-Notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités", (http://www.jlturbet.net/) est écrit en mon nom personnel.

Je ne parle ni au nom d'une association, ni d'un parti, ni d'une loge, ni d'une obédience maçonnique.

Mes propos n'engagent que moi et non pas
l'une ou l'autre de ces associations.

Je ne suis en aucune façon habilité à écrire au nom d'une association, d'un parti, d'une loge, d'une obédience maçonniqueTout ceci pour que cela soit bien clair, qu'il n'y ait aucune ambiguïté de quelque nature que ce soit.

Quelles que soient mes responsabilités - ou non -  présentes ou futures dans une organisation, les propos tenus dans cet article comme dans tous les articles de ce Bloc-Notes, sont exclusivement des opinions personnelles qui n'engagent que moi.

Je rappelle simplement que la liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

Jean-Laurent Turbet

Commenter cet article

laurent 21/06/2020 19:34

Jean-Laurent,
je partage pleinement la forme et l'esprit de l'article que tu nous a proposé. Les valeurs fondamentales et universelles de l'Humanisme traversent ainsi le temps et l'espace et trouvent toujours un échos auprès des Humains de bonne volonté. Il est bon de remettre régulièrement l'ouvrage sur le métier permettant ainsi par notre persévérance de maintenir notre vigilance que l'on soit un Apprenti ou un ancien Grand Maître...

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