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Le Blog des Spiritualités

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GLDF 1969 : Jeunesse, recrutement et Franc-Maçonnerie, par Richard Dupuy, ancien Grande Maître de la Grande Loge de France.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 8 Janvier 2019, 12:00pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #Jeunesse, #Recrutement, #Dupuy, #Charuel

GLDF 1969 : Jeunesse, recrutement et Franc-Maçonnerie, par Richard Dupuy, ancien Grande Maître de la Grande Loge de France.

Le grand mérite de Philippe Charuel, alors Grand-Maître de la Grande Loge de France est d'avoir été l'initiateur d'un colloque avec la Jeunesse tenu avec la Grande Loge Féminine de France au Palais Brongniart à Paris le 2 avril 2016. 

Intitulé #MonAvenir, ce colloque avait réuni effectivement plus de 600 (vrais) jeunes de moins de 30 ans venus débattre avec des maçonnes et des maçons (et pas que !) pendant toute une journée. Un événement  alors sans précédent et depuis lors toujours inégalé par son ampleur et son retentissement.

Le recrutement et la jeunesse étaient déjà des préoccupations majeures de Richard Dupuy, alors Sérénissime Grand-Maître de la Grande Loge de France en 1969.

Après Mai 68 il souhaitait entendre la jeunesse et offrir des perspectives d'avenir aux jeunes qui sont en questionnement et en recherche.

En 1969, la Grande Loge de France compte 8420 frères (dont 4324 à Paris et en Région parisienne), répartis dans 217 loges (111 à Paris, 10 en Outre-mer, 96 en Province). La Grande Loge de France est donc encore à l'époque une obédience majoritairement composée de frères venant de région parisienne. 

En 1969 le Grand-Maître se plaint d'une augmentation de 6 % par an de effectifs (c'est "notoirement insuffisant", dit-il). Il montre du doigts des loges et des Vénérables Maître qui n'initient pas assez : "s'ils ne sont pas capables de faire l’effort nécessaire pour, dans une année, absorber 10 % d’effectif supplémentaire avec le concours de leur collège d’Officiers, je pense qu’il est souhaitable que ces Vénérables Maîtres déposent le maillet et qu’ils demandent à des Frères plus dynamiques, plus ardents, ou plus disponibles, d’assumer leur charge".

Discours pratiquement impossible à tenir aujourd'hui !

Pour atteindre les 6% d'augmentation des effectifs demandé par Richard Dupuy en 1969, compte tenu des effectifs de 2018 (34 000 frères), il faudrait un solde positif (après décès, démissions et radiations) de plus de 2000 frères par an. Nous en sommes très loin...

Et surtout Richard Dupuy se plaint que les loges de la Grande Loge de France ne soient pas assez ouvertes aux jeunes. 

Lisons maintenant une partie du discours prononcé par Richard Dupuy le jeudi 11 septembre 1969 en ouverture du Convent.

Extraits : 

" La question essentielle qui nous est présentement proposée, c’est une double question de recrutement et de restructuration, dans le respect de notre cadre traditionnel mais dans la perspective des nécessités de demain.

Nos Loges sont trop petites, elles sont trop débiles, elles sont animées par des hommes trop pusillanimes, non pas toutes mais certaines et les députés des Loges dont je parle les reconnaîtront dans mes propos.

Je ne voudrais pas clouer au pilori les quelques Loges qui durant l’année maçonnique écoulée n’ont pas procédé à la moindre initiation. Les corps qui ne se renouvellent pas sont des corps en voie de décomposition. Les Loges qui ne font pas de recrutement sont des Loges qui sont déjà mortes.

Les Frères qui se refusent à avoir des enfants, qui ont peur d’affronter la mentalité des jeunes, qui ont peur de les recevoir dans leur sein, ne sont pas des Francs-Maçons.

Un Franc-Maçon est un homme qui tient solidement la main du cadavre qui se
trouve dans le tombeau et qui tient, de l’autre main, celle de l’enfant qui va venir demain ressusciter le Maître Hiram.

Celui qui se refuse à regarder vers l’avenir est en défaut avec sa profession de foi maçonnique, il trahit son serment.

La Loge qui se refuse à faire des initiations n’est pas une Loge maçonnique, car le métier de Franc-Maçon consiste à faire des Francs-Maçons.

Nous n’avons pas à nous réunir pour traiter de tel ou tel problème contingent, nous n’avons pas à nous réunir pour échanger nos témoignages d’autosatisfaction, nous sommes réunis dans les Loges pour assurer la préservation d’une méthode, pour la garder vivante et pour la cultiver, pour notre plus grand profit moral personnel, pour l’amélioration de nos individualités, mais aussi pour transmettre cette méthode aux générations qui viennent, pour les enseigner dans la culture de leur moi psychologique, pour leur permettre individuellement de se réaliser pleinement et ainsi de trouver l’équilibre en dehors duquel la recherche du bonheur est vaine, superfétatoire et
dérisoire.

Tel est te seul propos auquel j’ai voulu délibérément limiter mon exposé de ce matin. Depuis un an, nos effectifs, compte tenu des décès et des initiations, ont augmenté de 500 membres, c’est-à-dire un peu plus de 6% de l’effectif global.

Ceci est notoirement insuffisant, ceci trahit un refus dans l’esprit de certains de nos Frères, de comprendre les nécessités démographiques de notre pays et de jouer le rôle que la Grande Loge se doit de jouer en France.

Il n’est pas possible que nous laissions aller à vau-l’eau la dizaine de millions d’adolescents qui vont sortir demain de l’université et de l’école, il n’est pas possible que nous les laissions exclusivement livrés aux philosophes décadents et nihilistes, qui se bornent à proférer l’anathème contre la société « astreignante" que nous avons édifiée sans rien proposer pour la remplacer.

Nous ne pouvons pas les laisser livrés aux mauvais prophètes qui ne leur prédisent que la mort, que l’abstention, que la vanité de tout effort. 

Nous sommes, nous, les héritiers des gens du bâtiment, qui ont construit des cathédrales, lesquelles font encore la preuve de la vivacité des esprits et des corps de ceux qui les ont érigées, qui font la preuve de la vitalité de l’Ordre dont nous sommes les héritiers, et refuser de continuer à assumer notre charge c’est renier purement et simplement le serment initiatique que nous avons prêté.

Je suis à l’aise pour vous le dire car avec sept de vos Grands Officiers je descends de charge cette année.

Je vous adjure de procéder au cours de l’année qui s’ouvre à un effort de recrutement très important.

Lors que je suis allé au cours de l’été en Afrique noire, j’ai vu une Loge dont je ne dirai pas le nom car je ne veux pas que dans mon discours puissent percer des attaques contre tel ou tel Atelier en particulier, j’ai vu une Loge composée de vieillards, se refusant à faire le moindre recrutement alors que douze néophytes ont, depuis plusieurs mois, formulé leur demande d’initiation.

Ce que j’ai vu dans ce pays d’Afrique noire, je sais que cela existe également dans certaines de nos Loges de Paris et de Province, je sais qu’il existe des Vénérables Maîtres qui ont peur d’absorber d’un seul coup dix, douze ou quinze profanes.

Eh bien, s’ils ne sont pas capables de faire l’effort nécessaire pour, dans une année, absorber 10 % d’effectif supplémentaire avec le concours de leur collège d’Officiers, je pense qu’il est souhaitable que ces Vénérables Maîtres déposent le maillet et qu’ils demandent à des Frères plus dynamiques, plus ardents, ou plus disponibles, d’assumer leur charge.

Je demande à chacun des Frères de la Grande Loge de France de prendre conscience de cette nécessité morale et matérielle de faire entrer dans nos Loges ces adolescents qui, sans nous, ne deviendront rien, qui sans nous seront livrés au désespoir, qui sans nous ne verront jamais la Lumière.

Car, par bonheur ou par malheur, nous sommes dans ce monde contemporain, le seul phare survivant.

(...)

Nous voyons bien qu’ils ont besoin de s’engager, nous voyons bien qu’ils ont besoin de se battre, mais personne ne leur montre l’ennemi.

Au contraire, leurs bergers les endorment, les neutralisent et les droguent.

Seules nos Loges, où nous avons préservé intactes une méthode de progrès, une tradition de liberté, une tradition de choix, une technique de marche en avant, seules nos Loges peuvent leur permettre de se réaliser, d’y voir clair et d’accomplir leur sort.

Il faut donc que nous jouions ce rôle. il faut que nous jouions ce râle sous peine d’être rejetés par eux, sous peine d’être reniés par eux et d’être assimilés à ces individus méprisables dont ils ont le spectacle quotidien, qui ne vivent que pour la satisfaction de leurs appétits matériels, de leurs plaisirs et de leurs vices, sous peine de les livrer à la drogue, aux déviations de l’esprit et du corps, au désespoir et à la mort.

Allons ! ayons le courage de prendre nos enfants par la main, ayons le courage de faire encore une fois notre devoir vis-à-vis d’eux leur montrer la voie, les caresser, les aimer, les encourager et, éventuellement, les calotter quand ils le  méritent. Mais cessons d’être pour eux des étrangers.

Richard Dupuy

Sérénissime Grand Maître

 

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