« Mourir avec saint François » : Martin Steffens au couvent Saint-François de Paris, le vendredi 18 septembre 2026
À l’occasion du huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise, le philosophe et écrivain Martin Steffens donnera, le vendredi 18 septembre 2026 à 20 h 30, une conférence intitulée « Mourir avec saint François » au couvent Saint-François de Paris.
À partir de l’invocation bouleversante du Cantique des créatures — « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre Mort corporelle » —, cette rencontre invitera à méditer sur la mort non comme une abstraction philosophique ou une fatalité qu’il faudrait dissimuler, mais comme l’ultime passage d’une existence réconciliée avec Dieu, avec les autres, avec la Création et avec sa propre finitude.
Il existe des paroles que l’habitude finit parfois par rendre presque inoffensives, alors même qu’elles conservent, lorsqu’on les écoute vraiment, une force proprement vertigineuse. Il en va ainsi de cette ultime louange du Cantique des créatures dans laquelle saint François d’Assise (vers 1181-1226), à l’approche de sa propre fin, ose donner à la mort un nom fraternel :
« Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur notre Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels ;
heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés,
car la seconde mort ne leur fera pas mal. »
Ce n’est évidemment pas la mort elle-même que François célèbre, comme si la disparition, la séparation et la souffrance pouvaient devenir désirables. Le christianisme n’enseigne pas que la mort est bonne en elle-même : il la regarde comme une rupture, une épreuve et, selon les mots de saint Paul, comme « le dernier ennemi » qui doit être détruit (1 Corinthiens 15, 26). Mais François contemple cette réalité à la lumière de la mort et de la Résurrection du Christ. Parce que le Christ est passé par elle, parce qu’il en a traversé la nuit et brisé l’apparente toute-puissance, la mort ne possède plus le dernier mot. Elle demeure une déchirure, mais elle peut devenir un passage ; elle reste une ennemie, mais une ennemie désarmée, au point que le croyant peut finalement l’accueillir sous le nom paradoxal de sœur.
C’est autour de cette intuition spirituelle, exigeante et profondément actuelle, que Martin Steffens interviendra le vendredi 18 septembre 2026, à 20 h 30, au couvent Saint-François, situé 7 rue Marie-Rose, dans le 14e arrondissement de Paris. L’entrée est libre. La rencontre s’inscrit dans l’année jubilaire marquant le huitième centenaire de la mort — ou, selon le vocabulaire franciscain, du Transitus — de saint François d’Assise.
Saint François face à « sœur la Mort »
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François meurt dans la soirée du 3 octobre 1226, à la Portioncule, cette petite chapelle proche d’Assise qui avait occupé une place déterminante dans son itinéraire spirituel. Son corps est épuisé par la maladie, les privations et les années d’itinérance ; sa vue est presque entièrement perdue et les stigmates reçus sur le mont Alverne, en septembre 1224, rendent ses souffrances plus vives encore. Pourtant, les récits franciscains ne présentent pas ses derniers instants comme l’effondrement désespéré d’un homme vaincu, mais comme l’accomplissement d’une existence progressivement dépouillée de toute volonté de possession, y compris de la prétention à posséder sa propre vie.
François demande que l’on chante le Cantique des créatures. Selon la tradition, il veut être déposé nu sur la terre nue, non par mépris du corps, mais afin de manifester jusqu’au bout cette pauvreté radicale qui avait orienté toute son existence. Il accueille finalement la mort comme il avait essayé d’accueillir toute créature : non en propriétaire, mais en frère ; non dans la maîtrise, mais dans la gratitude ; non comme celui qui prétend retenir ce qui lui fut donné, mais comme celui qui remet librement entre les mains de Dieu le don reçu.
Dans une lettre publiée pour l’ouverture du huitième centenaire du Transitus, le pape Léon XIV rappelle que François allait à la rencontre de « notre sœur la mort » comme « un homme enfin apaisé ». Cette paix ne procède cependant ni d’une indifférence à la vie ni d’une fascination morbide pour la disparition. Elle découle de la conviction que la paix donnée par le Christ ressuscité annonce déjà sa victoire sur la mort et qu’elle réconcilie l’être humain avec sa condition de créature. Le pape souligne également que, chez François, la paix avec Dieu, la paix entre les hommes et la paix avec la Création sont les dimensions inséparables d’un même appel à la réconciliation universelle. Lire la lettre du pape Léon XIV pour le huitième centenaire de la mort de saint François
Le Cantique des créatures, une louange composée dans l’épreuve
Le Cantique de frère Soleil, plus communément appelé Cantique des créatures, est l’un des textes les plus célèbres de la spiritualité chrétienne et l’un des premiers grands textes poétiques composés en langue italienne. Il ne naît pourtant pas dans le confort d’une contemplation paisible de la nature, mais au cœur de la souffrance physique, de la maladie et d’une obscurité intérieure profonde.
Vers la fin de sa vie, François est presque aveugle. Son corps est douloureux et son œuvre elle-même paraît lui échapper, alors que l’ordre qu’il a fondé connaît une croissance rapide et des tensions internes. Il aurait pu ne voir dans sa faiblesse que l’annonce d’un échec. C’est précisément dans cette situation qu’il choisit de louer Dieu pour frère Soleil, sœur Lune, frère Vent, sœur Eau, frère Feu et sœur notre mère la Terre. La louange franciscaine n’est donc pas une manière d’ignorer la souffrance ; elle est la réponse spirituelle d’un homme qui refuse de laisser la souffrance devenir l’unique interprétation du monde.
Le pape François l’avait fortement souligné en 2021 : le Poverello ne compose pas son cantique dans un moment de bien-être, mais au milieu des difficultés, tandis qu’il sent se rapprocher les pas de la mort. C’est dans l’obscurité qu’il prie en louant, jusqu’à inclure la mort elle-même dans cette fraternité universelle des créatures. Relire la catéchèse du pape François sur la prière de louange
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Appeler le soleil « frère », la lune et l’eau « sœurs », la terre « mère », puis la mort « sœur », ne relève donc pas d’une poésie décorative. Cette langue traduit une métaphysique de la Création dans laquelle aucun être ne tire son existence de lui-même et ne peut, par conséquent, se considérer comme le maître absolu de ce qui l’entoure. Toutes les créatures sont liées par une origine commune et par une même dépendance envers le Créateur. François ne divinise ni le soleil, ni la terre, ni les éléments : il reconnaît en eux des créatures qui, par leur beauté, leur utilité et leur fragilité mêmes, renvoient silencieusement à Dieu.
C’est cette vision qui inspire directement l’encyclique Laudato si’, dans laquelle le pape François présente le saint d’Assise comme « l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité ». Chez le Poverello, la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement dans la société et la paix intérieure sont inséparables : l’écologie franciscaine n’est donc pas seulement une protection matérielle de l’environnement, mais une conversion du regard et une réconciliation de l’être humain avec tout ce qui existe. Lire l’encyclique Laudato si’
La mort comme passage et non comme néant
En appelant la mort « sœur », François ne cherche pas à supprimer l’angoisse humaine devant l’inconnu, pas plus qu’il ne demande à ceux qui souffrent d’un deuil de nier leur douleur. Les Évangiles eux-mêmes ne dissimulent pas les larmes du Christ devant le tombeau de Lazare. La foi chrétienne ne consiste donc pas à faire semblant que la séparation n’existe pas, mais à affirmer que cette séparation n’est pas définitive.
« Mourir avec saint François » signifie peut-être d’abord apprendre à ne plus considérer la mort comme un scandale qu’il faudrait dissimuler derrière les artifices d’une société obsédée par la jeunesse, la performance et la prolongation indéfinie de l’existence biologique. Notre époque sait médicaliser la fin de vie, en organiser les procédures et en repousser parfois les échéances ; elle éprouve davantage de difficultés à lui donner un langage, des rites et une signification. La mort est partout présente dans l’information et dans les fictions, mais elle demeure souvent absente de la parole familiale et de l’expérience quotidienne, jusqu’au moment où la disparition d’un proche vient brutalement déchirer cette illusion d’éloignement.
Benoît XVI observait que la « civilisation du bien-être » cherche fréquemment à chasser la mort de la conscience humaine. Il rappelait cependant que le Christ en a transformé le sens en la traversant lui-même : pour celui qui s’efforce de vivre en lui, elle peut cesser d’apparaître seulement comme une ennemie pour prendre, selon l’audacieuse expression de François, le visage d’une sœur. Lire l’Angélus de Benoît XVI consacré au sens chrétien de la mort
Cette fraternité avec la mort ne signifie donc pas que l’on renonce à vivre, mais que l’on consent à recevoir la vie au lieu de vouloir la posséder. Celui qui ne se considère plus comme le propriétaire absolu de son existence peut en accueillir chaque instant comme un don, précisément parce qu’il sait que ce don ne lui appartient pas. En ce sens, la méditation de la mort, loin de diminuer l’intensité de la vie, peut nous rendre plus attentifs à sa valeur, à la présence des autres et à l’urgence d’aimer.
Martin Steffens, une philosophie du consentement et de la joie
Né en 1977, marié et père de quatre enfants, Martin Steffens est professeur agrégé de philosophie et enseigne en classes préparatoires littéraires. Chroniqueur notamment pour La Croix, La Vie et la revue Prier, il est l’auteur de nombreux essais dans lesquels la pensée philosophique dialogue avec l’expérience spirituelle, la vulnérabilité humaine et la foi chrétienne.
Spécialiste de Simone Weil (1909-1943), il s’est notamment interrogé sur la joie, le consentement à l’existence, l’amour, la violence, l’épreuve et la possibilité de demeurer pleinement humain dans un monde qui tend parfois à reléguer les plus fragiles à ses marges. Parmi ses ouvrages les plus connus figurent Petit traité de la joie. Consentir à la vie, Vivre ensemble la fin du monde, La Vie en bleu, Rien que l’amour. Repères pour le martyre qui vient, L’Amour vrai, Faire face et, plus récemment, Ce qui nous fait humains. Une métaphysique des marges. Découvrir la présentation de Martin Steffens par le Campus des Bernardins
Sa présence dans un couvent franciscain pour parler de la mort paraît ainsi particulièrement cohérente avec l’ensemble de son travail. Martin Steffens ne développe pas une philosophie abstraite, détachée des blessures de l’existence, mais une pensée qui cherche à comprendre comment accueillir la vie sans nier ce qui la blesse, comment consentir sans se résigner et comment espérer sans se réfugier dans une consolation facile. La rencontre avec saint François permet d’approfondir ce paradoxe : la joie véritable ne consiste pas à nier la mort, mais à découvrir qu’elle ne peut abolir l’amour reçu, donné et promis.
Le huitième centenaire du Transitus de saint François
L’année 2026 marque le huitième centenaire de la mort de saint François, survenue le 3 octobre 1226. La famille franciscaine ne commémore pas simplement la disparition d’une grande figure du christianisme médiéval : elle célèbre son Transitus, son passage de ce monde vers Dieu, selon une expression qui inscrit la mort dans le mouvement pascal.
Cette commémoration permet également de redécouvrir un François plus profond que l’image parfois sentimentale du prédicateur parlant aux oiseaux. Le saint d’Assise est certes le frère des créatures et le chantre émerveillé de la beauté du monde, mais il est d’abord un homme radicalement saisi par l’Évangile, un disciple du Christ pauvre et crucifié, un artisan de paix capable de franchir les lignes de guerre et un mystique qui découvre la joie au terme d’un profond dépouillement.
Son rapport à la mort ne peut être séparé de ce chemin. François peut appeler la mort « sœur » parce qu’il a passé son existence à transformer la possession en communion, la domination en service et l’angoisse de perdre en liberté de donner. En refusant de faire de sa propre vie une propriété à défendre contre tous, il devient capable de la remettre entre les mains du Dieu dont il l’a reçue.
La conférence proposée par Martin Steffens ne s’adresse donc pas uniquement aux connaisseurs de la spiritualité franciscaine. Elle touche à une question universelle, que croyants et non-croyants rencontrent tôt ou tard : comment vivre en sachant que nous allons mourir ? Saint François ne fournit pas une réponse théorique susceptible d’abolir le vertige de cette question. Il montre plutôt un chemin de réconciliation où la finitude, sans cesser d’être douloureuse, peut être traversée par la confiance, la gratitude et l’espérance.
Informations pratiques
Conférence : « Mourir avec saint François »
Intervenant : Martin Steffens, philosophe et écrivain
Date : vendredi 18 septembre 2026
Horaire : 20 h 30
Lieu : couvent Saint-François, 7 rue Marie-Rose, 75014 Paris
Accès : métro Alésia
Participation : entrée libre
Consulter l’annonce officielle du diocèse de Paris
Une rencontre à ne pas manquer, en cette année du huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise, pour entendre à nouveau cette parole qui ne supprime ni la souffrance ni le deuil, mais les ouvre à une espérance plus vaste : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre Mort corporelle. »
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Conférence "Mourir avec saint François"
"Loué sois-tu mon Seigneur pour notre soeur la Mort corporelle", par Martin Steffens, philosophe.
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Martin Steffens - Le Campus des Bernardins
Marié, père de quatre enfants, professeur en khâgne à Strasbourg, Martin Steffens écrit des chroniques pour le quotidien La Croix, l'hebdomadaire La Vie.
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![Lettre du Saint-Père aux ministres généraux de la Conférence de la Famille franciscaine à l'occasion de l'ouverture du VIIIe centenaire de la mort de saint François d'Assise [Assise, 10 janvier 2026] (7 janvier 2026)](https://image.over-blog.com/E75p8BPJSifXHe75yhjITbwsCq8=/170x170/smart/filters:no_upscale()/https%3A%2F%2Fwww.vatican.va%2Fetc%2Fdesigns%2Fvatican%2Flibrary%2Fclientlibs%2Fthemes%2Fvatican-v2%2Fimages%2Flogo-vatican.png)
LETTRE DU PAPE LÉON XIV POUR L'OUVERTURE DU VIII e CENTENAIRE DU " TRANSITUS " DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE [Assise, 10 janvier 2026] ________________
https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/letters/2026/documents/20260107-lettera-morte-sf.html
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