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Le Blog des Spiritualités

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La France compte aujourd’hui deux millions de protestants, par Sébastien Fath. Dans l'hebdomadaire Réforme.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 12 Avril 2021, 16:30pm

Catégories : #Protestants, #Protestantisme, #Luthériens, #Calvinistes, #Evangéliques, #Fath, #SébastienFath, #Réforme

La France compte aujourd’hui deux millions de protestants, par Sébastien Fath. Dans l'hebdomadaire Réforme.

À partir de plusieurs enquêtes, l’historien des religions Sébastien Fath esquisse le paysage protestant français contemporain : sa démographie et sa recomposition qui profite aux Églises évangéliques désormais majoritaires au sein du protestantisme français. À noter aussi la part importante prise par des Églises évangéliques non affilées et le maintien d’une pratique religieuse à un haut niveau.

 

Que représente aujourd’hui la démographie protestante en France ? Il y a dix ans, la synthèse La nouvelle France protestante (Labor et Fides, 2011) nous en avait donné une photographie précise à partir de données de 2010 de l’Institut français d’opinion publique (Ifop). Il est temps d’une mise à jour en s’appuyant sur la synthèse des dernières enquêtes. 

Environ 3 % de la population française. Voilà ce que représente le poids démographique du protestantisme en France en 2021, métropole et outremer. La population française totale s’élève à un peu plus de 67,4 M d’habitants au 1er janvier 2021 (estimation de l’Institut national de la statistique et des études économiques, Inséé). Ce qui renvoie à une population de 2,022 M de protestantes et protestants. C’est peu au regard de la population globale, mais on n’est plus dans la « peau de chagrin » constatée il y a un demi-siècle. Le protestantisme dans son ensemble confirme une tendance à la progression démographique, à la fois en chiffres absolus, mais aussi en pourcentage de la population française. En 2021, le christianisme en version protestante séduit, et attire beaucoup de jeunes. 

Affiliation réformée et luthérienne

 

Que dire de la répartition interne du protestantisme ? Depuis le début du XXIe siècle, un lent basculement s’est opéré. Deux générations en arrière, le protestantisme réformé et luthérien était majoritaire. Dans la première moitié des années 2010, on est arrivé à parité avec les évangéliques. Désormais, onze ans après l’enquête Ifop 2010 à laquelle avait participé le sociologue Jean-Paul Willaime, l’affiliation réformée et luthérienne est devenue légèrement minoritaire au sein de la « famille recomposée » du protestantisme français. En 2012 déjà, Patrick Cabanel estimait la démographie réformée en France à « moins de 0,5 % de la population » (Histoire des protestants de France, Fayard, 2012, p. 1183).

En tenant pleinement compte du protestantisme réformé et luthérien de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uépal), sans négliger l’outremer, on peut estimer à 0,9 % la part des protestants luthériens et réformés dans la population française en 2021. Ce qui représente environ 600 000 fidèles, regroupés essentiellement dans l’Uépal et dans la principale dénomination en territoire français, l’Église protestante unie de France (ÉPUdF), née en 2013 de la fusion de l’Église réformée de France (ÉRF) et de l’Église évangélique luthérienne de France (ÉÉLF). Ce qui représente environ 30 % des effectifs protestants français en 2021. Sur un strict plan démographique, réformés et luthériens sont certes devenus minoritaires au sein du protestantisme, mais leur rôle y demeure déterminant en matière de représentation, d’impact… et de financement de la Fédération protestante de France (FPF). 

 

Les évangéliques et les autres protestants

Les protestants évangéliques (incluant les expressions pentecôtistes et charismatiques) rassemblent quant à eux 1,6 % de la population. Rattachés à 60 % au Conseil national des évangéliques de France (Cnef) créé en 2010, ils comptent environ 1,1 M de fidèles, ce qui équivaut à 54 % du total protestant en 2021. Ce sont aussi les plus assidus au culte dominical. Enfin, il faut compter aussi avec des protestants qui ne se reconnaissent ni dans l’étiquette luthérienne et réformée, ni dans celle d’évangélique. Ces « autres protestants » (Églises adventistes, anglicanes, prophétiques, hors-Églises, etc.) regrouperaient 0,5 % de la population française, soit 340 000 fidèles, ce qui revient à 16 % du total protestant.

Qu’en est-il de la pratique religieuse ? Les enquêtes révèlent une pratique protestante sensiblement plus élevée que la pratique catholique. Ce ne fut pas toujours le cas. C’est une réalité significative aujourd’hui. Cette surproportion explique que 9 % de celles et ceux qui pratiquent une religion en France sont protestants, comme le soulignent Philippe Portier et Jean-Paul Willaime dans La religion dans la France contemporaine (Armand Colin, 2021, p. 34). Près d’un pratiquant religieux sur dix, en France, est protestant. La Réforme est en forme.

 

Protestant, pas toujours pratiquant

 

Avec un différentiel suivant les familles protestantes. À partir d’une actualisation des résultats de l’enquête Ipsos de 2017 (réalisée à l’occasion des 500 ans de la Réforme en France), on obtient les données estimatives suivantes. Du côté des luthéro-réformés, on compterait 102 000 pratiquants réguliers au sens d’Ipsos (qui se rendent à l’église une fois par semaine), soit 17 % d’entre eux. S’ajoutent ensuite 186 000 pratiquants occasionnels (soit 31 %), et 312 000 non-pratiquants (soit 52 %). Côté évangélique, la pratique est beaucoup plus importante, tout comme le recours quotidien à la prière, ou à la lecture de la Bible. 605 000 protestants évangéliques seraient des pratiquants réguliers au sens d’Ipsos, auxquels s’ajoutent 220 000 pratiquants occasionnels (20 %), et 275 000 évangéliques non pratiquants (25 %).

Ce dernier montant a été longtemps sous-estimé ou même nié : les protestants évangéliques ont tendance à s’autoreprésenter comme nécessairement pratiquants. Mais les données d’enquête disent autre chose. Comme dans tout groupe religieux, les évangéliques comptent bien des non-pratiquants, pour de multiples raisons (âge, handicap, distance par rapport à un lieu de culte, décrochage). Enfin, on dénombrerait environ 85 000 pratiquants réguliers (25 %) parmi les autres protestants (soit 25 % du total des protestants non affiliés), 40 % de pratiquants occasionnels (soit 136 000 fidèles), et 35 % de non-pratiquants (soit 119 000 personnes). 

Pour résumer, le protestantisme français se répartit, en 2021, entre une petite majorité d’évangéliques (1,6 % de la population totale et 54 % des protestants), un protestantisme luthérien et réformé stable (0,9 % de la population totale et 30 % des protestants) et d’autres protestants en marge des deux principales familles confessionnelles (0,5 % de la population totale et 16 % des protestants). On attend de nouvelles enquêtes qui permettront d’actualiser plus précisément, pour la décennie 2020, les contours de la « famille recomposée » protestante.  

Sébastien Fath,
chercheur au Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS)

 

Méthodologie : un bouquet d’enquêtes 

Les estimations statistiques ici présentées pour 2021 reposent sur quatre sources principales. Elles s’appuient d’abord sur deux grandes enquêtes internationales à forte crédibilité quantitative et qualitative. La première est l’enquête ISSP (International Social Survey Program), qui connaît tous les dix ans un volet « religion », ce qui a été le cas en 2018. Le sociologue Pierre Bréchon en a proposé une analyse détaillée. La deuxième est la dernière vague de l’EVS (European Value Study), dont les résultats ont été diffusés en 2019, notamment via Claude Dargent et Olivier Galland pour la partie française. C’est cette enquête EVS qui révèle, conjointement à un effritement de la part réformée et luthérienne, une affiliation évangélique à hauteur de 1,6 % de la population totale. À titre de comparaison, cette même enquête révèle un total catholique de 32 % de la population française.

On s’appuie ensuite sur les données fournies par les réseaux et Églises protestantes. Les données de l’ÉPUdF et de l’Uépal en matière de fidèles, de nombre de pasteurs et de lieux de culte, cumulées avec celles d’autres Églises luthériennes et réformées, y compris outremer, permettent, par exemple, de valider l’estimation donnée de 600 000 fidèles luthériens et réformés en 2021. 

Enfin, signalons l’enquête Ipsos réalisée en 2017 pour Réforme et la Fédération protestante de France à l’occasion des 500 ans de la Réforme. Préparée par Stéphane Zumsteeg et Mathieu Gallard, elle fournit des données fines sur la diversité protestante française contemporaine. Elle indique que 3,1 % des répondants « se déclarent protestants ». Un ratio à rapprocher des 3 % du sondage Vivavoice/Observatoire de la laïcité de 2019 (avec une question d’entrée plus large) et des 2,5 % qui répondent être rattachés au protestantisme en 2018 selon l’enquête ISSP. Ce dernier chiffre est en partie tributaire de l’autoreprésentation et de la référence à une étiquette « protestante » que certains protestants d’Églises évangéliques ou prophétiques ne s’approprient pas forcément (voir la rubrique « autre religion chrétienne » créée aussi par l’enquête ISSP). 

En matière de taux de pratique religieuse, l’enquête Ipsos fournit les données les plus précises… à actualiser en cette décennie 2020. Les taux de pratique présentés ici sont issus de cette enquête. Mais on a tenu compte d’une certaine surpratique ultramarine (protestantismes d’outremer), affectant en conséquence les résultats Ipsos d’une légère correction à la hausse (2-3 points). Ce choix peut être discuté. Enfin, signalons que les données proposées pour les protestants dits non affiliés (ni évangéliques, ni luthériens ou réformés) reposent sur des éléments plus aléatoires, en raison du caractère flottant de cette catégorie.

Références

Pierre Bréchon, ISSP France, Résultats France 2018 : la religion, analyses statistiques et commentaires rédigés par P. Bréchon, Pacte/CNRS, 2019.

Sandrine Astor, Pierre Bréchon, Frédéric Gonthier (dir.), La France des valeurs. Quarante ans d’évolutionsParis, Presses universitaires de Grenoble, 2019, 382 p., 28,50 €. (L’ouvrage s’appuie sur les données de l’enquête EVS.)

Sondage Ipsos, « Enquête auprès des protestants » (Réforme, FPF), octobre 2017.

L’historien Sébastien Fath anime un blog consacré à ses thèmes de recherche, laïcité et protestantisme évangélique en premier lieu.

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Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

« Jurez-vous, de plus, d’obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre, en ce qu’ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? » (Extrait du Serment prêté par chaque franc-maçon lors de son initiation).

Jean-Laurent Turbet

 

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