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Le Blog des Spiritualités

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Secret maçonnique et communication. Ce qu'en pense Michel Dumesnil de Gramont lors du Convent de la Grande Loge de France en 1945.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 21 Septembre 2018, 11:55am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #DumesnildeGramont, #Convent, #Secret

Plutôt que de réécrire pour la énième fois sur les mêmes sujets, j'aime bien chercher des documents dans nos archives et donner à lire ce qu'en pensaient nos grands anciens.

Michel Dumesnil de Gramont fait un discours essentiel et fondateur lors du Convent de 1945 de la Grande Loge de France. Il a lieu le 14 avril, la Guerre n'étant pas fini mais le territoire national libéré.

Les francs-maçons avaient eu à pâtir gravement de leur appartenance durant l'occupation et le Régime de Vichy.

Michel Dumesnil de Gramont (qui siégeait  à l'assemblée consultative provisoire au titre du mouvement de Résistance Libération-Sud avec Raymond Aubrac, Yvon Morandat et Louis Vallon) a obtenu du Général de Gaulle à Alger en 1943 qu'il autorise par un acte positif les francs-maçons à se réunir et la Franc-Maçonnerie a exister légalement, annulant par la même la législation pétainiste de juin 1940.

Sachant cela il aurait pu recommander aux maçons de taire leur appartenance... Comme vous pourrez le constater en lisant son propos ci-dessous, ce n'est pas vraiment ce qu'il fait.

Voici l'extrait du discours de Michel Dumesnil de Gramont :

"Ce problème du secret maçonnique qui intéresse à si haut point l'avenir de notre Ordre mérite donc qu’on s’y arrête toute particulièrement et qu’on lui cherche une solution s’accordant avec l’époque où nous vivons,

Je sais bien que l’on invoque tout de suite la tradition. C’est un vieil argument, mais comme beaucoup de vieux arguments, il tire sa seule valeur du fait qu’à force de l’entendre on ne songe plus à le discuter.

Il est cependant, à mon avis du moins, tout à fait discutable. Car enfin, cette tradition si complaisamment invoquée, la Maçonnerie française ne peut avoir la prétention d’en être l’unique dépositaire. Il y a dans le monde - et notamment dans le monde anglo-saxon - d’autres Maçonneries attachées autant que la nôtre aux antiques règles de l’Ordre. Or, on ne constate pas chez elle cette sorte de honte du Maçon qui n’ose pas dire son nom.

En Amérique, en Angleterre et dans l’empire britannique, on ne se cache pas d’appartenir à notre Ordre; bien au contraire, on en est fier, on considère que c’est un titre d’honneur. Les Temples maçonniques ne se réfugient pas dans des ruelles écartées en se donnant des allures de maison louche; ils se dressent dignement dans les plus populeuses avenues; les frères ne s’y arrêtent pas en relevant le col de leur manteau et en abaissant leur chapeau sur les yeux: ils y entrent avec cette liberté et cette assurance que donne une conscience tranquille.

Et ce que je dis des Maçonneries anglo-saxonnes, je pourrais le dire aussi des Maçonneries belge, suisse, hollandaise, qui savaient éviter à la fois le double écueil de l’ostentation et de la pusillanimité.

Oui, en vérité, mes frères, il faut le constater et l’avouer : la France était bien le seul pays où les Maçons semblaient atteints d’une pudeur dérisoire qui les frappait d’une espèce d’inhibition, leur interdisant les démarches les plus normales, les réflexes les plus courants.

Alors, mes frères, je n’hésite pas à le dire: il faut que notre pays perde ce pitoyable privilège; il ne faut plus qu’un Maçon qui ose dire « Oui, je suis Maçon et je m’en honore », passe, même au sein de l’Obédience, pour une manière dé héros; il faut pour tout dire que l’ère des Maçons honteux soit close et que seuls restent ou entrent parmi nous ceux qui reconnaîtront être des nôtres et auront le courage d’en supporter, le cas échéant, toutes les conséquences.

Est-ce à dire que je prône pour la Grande Loge ce qu’on a nommé, d’un vocable barbare: l’extériorisation? Pas le moins du monde. Loin de moi la pensée que notre Obédience devrait se mêler à l’agitation du Forum. J’estime, au contraire, que la véritable vie maçonnique est dans nos Temples et ne peut être que là.

C’est dans l’intimité des Loges, sous l’égide de notre symbolisme, que la Maçonnerie peut garder sa figure de société initiatique et de société de pensée.

Si elle voulait se transporter sur la place publique, elle y serait déplacée, ridicule et partant inefficace.

Mais cette discrétion et cette dignité ne sont pas incompatibles avec une nécessaire fierté et ne doivent pas nous amener à supporter en silence, comme nous l’avons fait jusqu’alors, toutes les calomnies, toutes les avanies.

Il est peut-être très beau de déclarer que l’on est au-dessus de ces outrages et que l’on se contente de les mépriser. Le malheur est que ce comportement est très mal compris par la foule et que, tout bien considéré, il fait le jeu de nos adversaires. Le public a des réactions élémentaires : lorsqu’il voit un accusé rester muet devant ceux qui l’accablent, il en conclut que cet accusé est coupable. Or, c’est cette attitude de coupable, impuissant à se disculper, que la Maçonnerie française a observée depuis bien longtemps. Ne soyons donc pas surpris que n’ayant jamais voulu ou osé se défendre elle-même, elle n’ait au moment des persécutions trouvé nulle part aucun défenseur, même dans la Presse clandestine.

Nous avons au contraire dans l’histoire récente, un exemple de ce que peut, en ce qui concerne la Maçonnerie, une riposte énergique.

Rappelez-vous que quelques années avant la guerre, les adversaires de notre Institution demandèrent au peuple suisse de dissoudre la Maçonnerie; nos frères engagèrent résolument le combat et, bien qu’ils soient fidèlement attachés aux traditions de l’Ordre, dépensèrent plus de cinq millions pour éclairer leurs compatriotes sur le véritable caractère et l’activité réelle de l’Ordre. Aussi le referendum fut-il pour eux un triomphe. Je suis, pour ma part, convaincu que s’ils s’étaient contentés de recevoir les coups sans les rendre, ils eussent été condamnés par l’opinion publique de leur pays.

Sans aller jusqu’à imiter en tous points l'attitude de nos amis suisses, nous pouvons tirer de cet incident des conclusions raisonnables, à savoir qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients à combattre la calomnie et à faire en sorte que le public soit renseigné sur nous autrement que par nos pires ennemis".

Avouez que ses propos sont toujours totalement d'actualité !

Jean-Laurent Turbet

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