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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


RPMF : Le Pari Confédéral.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 19 Février 2013, 19:13pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie

Confederation1.gifLa recomposition du paysage maçonnique français (RPMF) aura au moins eu une vertu : Celle de faire réviser leurs fondamentaux à bon nombre de frères, même à ceux qui d’habitude n’en ont cure.

De là nous avons depuis quelques semaines des florilèges d’exégèse sur le sens de la Régularité, sur la reconnaissance, les visites, les rites et même l’histoire de la Franc-Maçonnerie. C’est bien. Cela permet de réviser les concepts, de les actualiser, de les remettre, disons, au goût du jour.

Si la situation en restait là tout irait bien. Après tout, surtout chez les francs-maçons, la parole est libre. Mais on voit surtout poindre depuis des semaines maintenant des commentaires de plus en plus acerbes, des prises de positions de plus en plus radicales et des conseils qui se veulent amicaux et fraternels mais qui le sont de moins en moins. Cela pourrait prêter à sourire. Cela démontre surtout une certaine fébrilité, pour ne pas dire une fébrilité certaine.

Il faut bien le dire, les frères du Grand Orient de France qui s’expriment notamment sur les réseaux sociaux (et ils sont nombreux), ne cachent pas leur « irritation », pour ne pas dire plus, face au projet de confédération des grandes loges régulières françaises en cours de constitution.

Les articles se multiplient et fusent pour tenter – vainement, mais pour tenter tout de même – de démontrer que le Rite Ecossais Ancien et Accepté aurait été usurpé par la Grande Loge de France (évidemment le « vrai » propriétaire du Rite serait le GODF, comme si un rite pouvait être une propriété…), que celle-ci est définitivement « irrégulière » de par sa naissance (position défendue conjointement avec la GLNF), qu’il y a une franc-maçonnerie « libérale et adogmatique » d’un côté (celle du Grand Orient de France) et une maçonnerie réactionnaire, symbolâtre, et tournée sur elle-même (celle de la Grande Loge de France).

Je pourrais multiplier les exemples. Celles et ceux qui suivent les débats en cours et qui lisent à la fois les articles et les commentaires voient parfaitement de quoi il est question.

Je rappelle tout de même, très fraternellement, que lorsque le Grand Orient de France est devenu mixte en 2010, cela n’a suscité aucun commentaire des responsables de la GLDF ni des autres obédiences. Il s’agissait des affaires internes au GODF. Et nombre de frères des autres obédiences pensaient simplement que si les frères (et les sœurs) du GODF étaient plus heureux ainsi c’était encore mieux. Personne n’a remis en cause ni le GODF ni son histoire ni ses rites ni sa place dans la Franc-Maçonnerie Française.

Il en va différemment aujourd’hui alors que cinq obédiences françaises s’organisent pour créer cette confédération de grandes loges régulières. Confédération à laquelle ne peut appartenir le Grand Orient de France tout simplement  - et c’est parfaitement respectable – parce qu’il ne souhaite pas répondre aux critères de la Franc-Maçonnerie Universelle de Tradition.

Peut-être aussi parce que Le Grand Orient de France se conçoit aujourd’hui, comme il s’est toujours conçu comme « L’axe central de la Maçonnerie française » : Sur le site internet du GODF, nous pouvons lire après cette expression : «  Dès sa création le Grand Orient de France s'est voulu le corps fédérateur de la Franc-maçonnerie française. Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, il rassemblait d'ailleurs près des deux tiers des Maçons français. Aujourd'hui il est la seule grande obédience traditionnelle à entretenir des relations fraternelles avec toutes les obédiences, y compris mixtes et féminines, dont il reconnaît la parfaite légitimité maçonnique ».

Le seul hic est que le Grand Orient de France ne  représente plus aujourd’hui qu’un petit tiers de la Franc-Maçonnerie Française et que personne ne lui demande plus d’être « le corps fédérateur de la Franc-Maçonnerie Française » au 21ème siècle.

Pour autant il est parfaitement respecté par l’ensemble des autres obédiences, pour son histoire, ses traditions, ses particularismes, sa vision sociétale et politique de la Franc-Maçonnerie.

Il est l’une, parmi bien d’autres, des facettes qu’offre aujourd’hui la pluralité – nous pouvons dire plutôt la richesse – de la Franc-Maçonnerie Française. Ni plus, ni moins.

La Franc-Maçonnerie Mixte se porte bien : Que ce soit l’obédience historique de la Mixité – le Droit Humain né en 1893 – ou la Grande Loge Mixte de France, comme la Grande Loge Mixte Universelle.

La Franc-Maçonnerie Féminine, avec la Grande Loge Féminine de France, est reconnue pour la qualité et le sérieux de ses travaux.

De nouvelles obédiences comme l’Ordre Initiatique Traditionnel de l’Art Royal (OITAR), la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU) ou la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (GLCS) prennent peu à peu toute leur place dans le paysage maçonnique français.

Les obédiences se réclamant du rite de Memphis-Miraïm sont actuellement en crise de recomposition depuis la disparition de Robert Ambelain en 1997.

Concernant l’appellation Franc-Maçonnerie Française qui datait de 2002, chacun sait bien que ça n’a jamais été la déclaration de 2002 des obédiences maçonniques françaises qui a posé problème : bien au contraire, elle est le reflet de valeurs communes. Mais Alain Graesel (Grand-Maître de la Grande Loge de France de 2006 à 2009), a eu parfaitement raison de faire sortir rapidement la GLDF de la « Maçonnerie Française » lorsqu’il s’est aperçu que le nom « Franc-Maçonnerie Française » avait été déposé et était la propriété du GODF. Dans les faits la « Franc-Maçonnerie Française » était la propriété du GODF ce qui, évidemment n’est pas plus acceptable aujourd’hui qu’hier.

Nouvel argument et non des moindres, avancé par des frères du GODF, et notamment notre ami Gérard Contremoulin sur son bloc-notes, l’argument de l’immobilier. Dans son article du 15 février 2013, Gérard écrit : « la question des intervisites pose problème. S'il est vrai que Marc Henry souhaite fortement maintenir le principe d'intervisites hors confédération (et on comprend pourquoi, 3.000 Frères de la GLDF sont accueillis dans des locaux GO et 800 Frères du GO le sont dans des locaux GLDF), Alain Juillet semble s'y opposer fortement ».

Si la Confédération se fait, cela veut-il dire que les frères de la GLDF ne seront plus hébergés dans les temples qui appartiennent au GODF ? Il est vrai que, pour le coup, la question est intéressante pour les frères et les loges de la GLDF qui se trouvent dans cette situation. Les loges de la GLDF doivent elles envisager d’ores et déjà une autre solution d’hébergement ? Je n’ose le croire.

Je préfère quant à moi me souvenir de la Grande Fête maçonnique de 1830 en l’honneur de La Fayette qui était le héros des Deux Mondes à plus d’un titre : Héros européen et américain, héros du rite français et du rite écossais, puisqu’il appartenait aux deux organisations. Mais c’était un temps où tous se retrouvaient à travailler à la Gloire de ce Grand Architecte qui fut le symbole commun de tous les francs-maçons français, quel que soit leur rite…

Mais aujourd’hui encore et toujours, il n’y a aucune raison pour que les relations entre les obédiences françaises s’enveniment ou se tendent. La Fraternité, qui est la valeur commune à tous les francs-maçons devrait continuer à rassembler.

 

- Sur la régularité :

La question de la régularité des cinq obédiences françaises ne se pose pas, ou ne se pose plus. Les cinq Grandes Loges européennes dans la déclaration qu’elles ont signée à Bâle le 10 juins 2012 sont très claires :

« Parmi tous les acteurs potentiels de ce processus de recomposition un rôle majeur pourrait revenir à la Grande Loge de France que les cinq Grandes Loges estiment depuis longtemps avec considération en raison de la qualité des frères qui la composent et du travail rituel qui y est accompli. Elles savent que depuis toujours la volonté de rejoindre la chaîne universelle régulière y est vivace.

Les cinq Grandes Loges considèrent donc qu'une chance historique est venue pour cette Grande Loge de concrétiser cette aspiration en assumant tous les choix que cela implique, à savoir en particulier :

- de continuer à œuvrer dans le respect des principes fondamentaux de la Franc-maçonnerie régulière ;

- de rompre sans ambiguïté avec les Obédiences non régulières;

- d’observer les us et coutumes internationaux en vigueur entre une Grande Loge et un Suprême Conseil.

Les cinq Grandes Loges s’engagent à la soutenir et à la conseiller dans une telle démarche et se déclarent partant prêtes à entamer les négociations avec elle en vue, le cas échéant, de sa reconnaissance future ».

Pour elles, la régularité des travaux de la Grande Loge de France est acquise. Ainsi que celle des quatre autres obédiences maçonniques (GLTSO, LNF, GL-AMF, GLIF) que la Grande Loge de France a rassemblé depuis pour préparer la future Confédération des Grandes Loges Régulières Françaises.

Les cinq Obédiences ont d’ailleurs réaffirmé le 13 janvier 2013 leur volonté de continuer à travailler selon les principes de la Franc-Maçonnerie Universelle.

Pour mémoire, ces principes de Régularité Universelle, bien connus de tous, sont :

-  l’invocation du Grand Architecte de l’Univers,

- la présence en Loge des trois Grandes Lumières : le Volume de la Loi Sacrée exposé et ouvert avec l’Equerre et le Compas,

- leur souveraineté exclusive sur les grades symboliques, leur indépendance de toute structure maçonnique de Hauts Grades,

- la non-mixité dans leurs travaux rituels,

- l’interdiction de discussions politiques ou religieuses,

- le caractère progressif et spirituel de la démarche initiatique.

Les Cinq Obédiences Françaises « confédérales » respectent scrupuleusement ces principes réguliers traditionnels. Les questions de « régularité » sont donc derrière nous. Reste simplement la question de la reconnaissance par les cinq grandes loges européennes.

En effet un point portait à interprétation et à discussion. Et il pouvait en effet poser problème. C’est celui de « de rompre sans ambiguïté avec les Obédiences non régulières ». Mais vu le feu roulant des attaques et critiques qui fusent depuis des semaines maintenant, des remises en cause de l’identité même de ce qui constitue la Grande Loge de France, il est fort probable que si la question était posée directement, telle quelle, elle recueillerait une très grande majorité de suffrages.

En effet, pourquoi donc les frères du GODF tiendraient ils à ce point à partager des travaux maçonniques de frères qu’ils jugent si réactionnaires, irréguliers dont ils pensent qu’ils sont les usurpateurs d’un rite qu’ils interprètent mal et dont ils ont travestis l’histoire? Si j’en crois du moins le sens des articles que je lis. Cela relèverait vraiment du masochisme…

Sur l’histoire du Rite Ecossais ancien et accepté, je ferai peut-être un article détaillé, mais je me permets de conseiller la lecture des livres de Claude Guérillot et des livres d’Alain Berheim ainsi que le Que-sais-Je ? d’Alain Graesel sur la Grande Loge de France et le Que-sais-je ? d’Yves-Max Viton sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté et vous aurez tous les éléments historiques voulus.

 

- Le Pari de la Confédération :

C’est bien pour cela qu’il faut se tenir loin de toutes ces considérations et revenir à l’essentiel de ce qui a fondé la démarche des cinq obédiences régulières françaises : le retour de la Franc-Maçonnerie Française au sein de la  fraternité universelle.

Loin de l’antagonisme qui opposait auparavant  une maçonnerie qui se voulait politique (de gauche), celle du GODF, et celle qui s’était construite comme un « contre-GODF » de droite, la GLNF, la Confédération va pouvoir poursuivre et amplifier la voie du milieu, celle du retour à la vocation initiatique de l’Ordre.

« La Franc-Maçonnerie est un Ordre Initiatique Traditionnel et Universel, fondé sur la Fraternité » : Cet article premier des Constitutions de la Grande Loge de France doit être réaffirmé dans toute sa force et doit prendre un sens nouveau avec les liens qui sont en train de se nouer avec les quatre autres obédiences de la Franc-Maçonnerie Française de tradition et avec les cinq Grandes Loges Européennes.

Tout ceci sans voir renaître l’ostracisme dont la GLNF frappait injustement et indument les autres obédiences françaises du temps où elle était reconnue.

Mais au contraire, la Confédération sera un acteur nouveau et qui participe pleinement à la Franc-Maçonnerie Française. Avec les frères et les sœurs de toutes les obédiences qui voudront bien partager des réflexions, des débats et des idées avec les membres de la Confédération.

Une Confédération est un système démocratique ouvert où les identités et l’Histoire de chaque obédience et donc des frères qui la compose sont respectées. Pas de volonté d’hégémonie. Mais du travail en commun, dans le respect des uns et des autres.

C’est en effet une nouvelle aventure. Elle peut inspirer des craintes. Des doutes. Comme tout changement. Le statu quo est toujours plus confortable. Parfois aussi plus sclérosant.

Mais, comme dans le « Pari de Pascal », en fait,  si les frères font le pari de la Confédération il n’y a pas grand risque à prendre. Tout d’abord par ce que ces sont les frères qui librement, lors des Convents de chaque obédience auront à décider s’ils souhaitent rejoindre ou non la Confédération. C’est un premier point.

Ensuite, si avec le temps, les membres d’une obédience ne sont pas satisfaits de la Confédération… ils pourront la quitter aussi simplement qu’ils y sont entrés, par décision du Convent de leur obédience.

Les frères de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, de la Loge Nationale Française, de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française et de la Grande Loge Indépendante de France feront-ils le pari de la Confédération ?

La réponse à cette question ne saurait plus tarder maintenant. Elle devrait logiquement être apportée entre le mois de juin et le mois de septembre 2013, lors des Convents respectifs des diverses obédiences qui vont la composer.

Jean-Laurent Turbet

 

° Pour aller plus loin :

° RPMF : Des réponses aux rumeurs qui font peur ! , sur ce site.

° RPMF : Tenues communes pour les frères des cinq Obédiences Régulières françaises, sur ce site.

° RPMF : Conférence de presse de Marc Henry et des Grands-Maîtres des obédiences régulières françaises, sur ce site.

° Marc Henry (GLDF) : « La Confédération aura une direction à 5 têtes. », sur le site La Lumière de François Koch.

° La Grande Loge Indépendante de France est consacrée, sur ce site.

° GLTSO : le Grand-Maître Jean Dubar parle de la recomposition du paysage maçonnique français, sur ce site.

° RPMF : La Confédération des Grandes Loges Traditionnelles Régulières est en marche, sur ce site.

° Déclaration des cinq Grandes Loges Françaises du 18 décembre 2012, sur ce site.

° GLNF : Le texte de la GLUA qui enlève la reconnaissance (explications), sur ce site.

° GLNF : La reconnaissance anglaise, c’est fini, sur ce site.

° La Grande Loge de France confirme que les négociations sont engagées avec les 5 Grandes Loges européennes, sur ce site.

° La GLDF répond officiellement aux 5 obédiences européennes, sur ce site.

° La déclaration de Bâle du 10 juin 2012, sur ce site.

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