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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


GLTSO : Jean Dubar, le Grand-Maître, parle de la recomposition du Paysage Maçonnique Français.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 7 Janvier 2013, 07:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie

Jean-Dubar-Gltso.gifJean DUBAR est le Grand-Maître discret d’une obédience qui l’est tout autant, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO).

La GLTSO est pourtant une obédience qui compte depuis longtemps dans le paysage maçonnique français (PMF).

Il s’exprime très rarement et c’est donc un événement que d’obtenir un entretien avec lui. Je le remercie d’avoir accepté l’interview que je lui ai proposée pour ce bloc-notes. Il a bien voulu me recevoir dans son bureau, au siège de la GLTSO, place Henri Barbusse à Levallois-Perret.

Ancien chef d’entreprise, Jean Dubar est un jeune retraité domicilié à Villeneuve d’Asq dans la périphérie Lilloise. Il est marié et a deux enfants.

Jean Dubar a été initié en 1982 au sein de la loge « Le Bon Accord » qui venait de quitter à l’époque la Loge Nationale Française (LNF). Sa loge rejoint la GLTSO en 1985. Jean Dubar a occupé plusieurs responsabilités au sein de son obédience avant d’en devenir le Grand-Maître, il y a un an et demie.

Les origines de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra remontent, sous sa forme initiale, à 1913. Il s’agissait alors de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises. Celle-ci deviendra la Grande Loge Nationale Française (GLNF) en 1948. La GLNF est constituée alors dans sa grande majorité de frères anglais et quelques américains qui souhaitent imposer le rite anglais de style Emulation au détriment du rite fondateur de l’Obédience, le Rite Ecossais Rectifié (RER).

Une scission règle le problème en 1958. Les témoins de l’époque se rappellent encore que les frères quittèrent le convent de la GLNF en chantant la Marseillaise.

logo-GLTSO-2.gifLes fondateurs d’hier et leurs héritiers directs fondent alors la Grande Loge Nationale Française Opéra (GLNF-Opéra) à partir de 7 loges dont "Le Centre des Amis N°1" qui fut déjà à l’origine de la création de 1913. En 1982, la GLNF Opéra prend son nom définitif de Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra.

Les frères de la  GLTSO vont d’ailleurs, le 13 avril prochain, célébrer le centenaire de la fondation en 1913 de la Grande Loge Nationale Indépendante et  Régulière pour la France et les Colonies Françaises.

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra pratique à 65% le Rite Ecossais Rectifié qui est le rite officiel de l’Obédience. Mais plusieurs autres rites sont pratiqués au sein de la GLTSO, ils sont (par ordre d’importance numérique) : Le Rite Anglais Emulation (RAE), le Rite Français Traditionnel (RFT), le Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA), le Tite du Standard d’Ecosse (RSE) et le Rite d’York (RY).

Jean Dubar est le premier Grand-Maître de la GLTSO à ne pas être issu du RER mais du RAE.

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra est aujourd’hui la troisième obédience masculine française. Elle compte un peu plus de 4500 frères, répartis au sein de 240 loges.

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra est partie prenante dans les discussions en cours avec les cinq Grandes Loges Européennes (Grande Loge d’Autriche, Grande Loge Régulière de Belgique, Grandes Loges Unies d’Allemagne, Grande Loge du Luxembourg, Grande Loge de Suisse Alpina), signataires de la déclaration de Bâle du 10 juin 2012 en vue d’assister en France au retour de la fraternité universelle. Sous l’impulsion de la Grande Loge de France (Art.4 de la déclaration de Bâle : « un rôle majeur pourrait revenir à la Grande Loge de France que les cinq Grandes Loges estiment depuis longtemps avec considération en raison de la qualité des frères qui la composent et du travail rituel qui y est accompli »), 5 obédiences françaises, dont la GLTSO, ont co-signé  un communiqué du 18 décembre 2012 par lequel elles conviennent de mettre en chantier une Confédération des obédiences maçonniques régulières françaises. Ces cinq obédiences françaises sont : La Grande Loge de France (GLDF), la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO), la Loge Nationale Française (LNF), la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF), la Grande Loge Régulière de France (GLIF).

Voici le contexte posé. J’ai pu demander à Jean Dubar son opinion et son ressenti sur cette évolution du paysage maçonnique français (PMF).

- Jean-Laurent Turbet : Cher Jean Dubar, tout d’abord merci de bien vouloir me recevoir dans votre bureau. Pour parler de l’évolution du PMF, comment s’est constitué ce groupement constitué par les cinq obédiences françaises ?

JD-22-09-2012.gif- Jean Dubar : Si l’on s’en reporte à la déclaration de Bâle du 10 juin 2012, cinq Grandes Loges européennes sont entrées en relations avec la Grande Loge de France.

Ce n’est que plus tard que le principe d’une Confédération a été évoqué et que le GLTSO fut sollicitée, ainsi que la LNF. Les rencontres eurent lieu d’abord entre ces trois obédiences françaises.

Parallèlement sont venues se joindre à nous deux obédiences issues de la GLNF, la GL-AMF et la GLIF (cette dernière finalise définitivement sa création). Ce processus résulte bien de l’article 5 de la déclaration de Bâle qui demande de « ne pas abandonner les très nombreux frères de la Grande Loge Nationale Française ou issus de celle-ci qui désirent continuer à pratiquer une maçonnerie de Tradition dans un cadre d’une organisation reconnue et intégrée dans la chaîne universelle régulière ».

C’est pourquoi j’ai signé le communiqué du 18 décembre 2012 qui émet le vœu de création d’une Confédération des Obédiences Régulières Françaises.

- JLT : Ce vœu de constitution d’une Confédération étant posé, qu’en est-il aujourd’hui ?

- JD : La question est parfaitement posée car si cette structure existe aujourd’hui de façon encore informelle, il n’en demeure pas moins vrai que nous allons maintenant tous nous mettre au travail pour lui donner un contenu.

Il est bien évident qu’une franche cordialité règne entre nous autour de ce grand projet et qu’une volonté commune d’avancer dans des délais raisonnables anime l’équipe. Le but est bien d’aboutir à la création de cette Confédération.

- JLT : Comment vous organisez-vous ?

- JD : Il est établi que les cinq Grandes Loges Européennes ont choisi la Grande Loge de France pour piloter ce projet de recomposition du paysage maçonnique français.

J’ai constaté certaines interprétations erronées d’un communiqué récent, émis sur un blog voisin par un des membres de cette confédération naissante, à propos du rôle supposé de chacun dans cette recomposition du PMF. Mais c’est bien à la GLDF qu’est confié le pilotage de l’opération.

Ceci étant, chaque obédience française représente une entité, quel que soit le nombre de frères qui la compose. Chacune possède sa propre histoire, et ses traditions. Pour encore mieux nous connaître, les cinq Grandes Loges européennes ont reçu individuellement une délégation de chacune des cinq obédiences françaises.

- JLT : En quoi va consister le travail des cinq obédiences françaises ?

- JD : Comme je le disais, chaque obédience possède sa propre culture, sa propre identité, son propre mode de fonctionnement.

Chacun sait qu’il est très difficile en Maçonnerie de modifier des habitudes que l’on classe trop souvent au chapitre des « us et coutumes » inaliénables, très difficiles à modifier.

A fortiori, un chantier de l’importance de celui-ci ne manquera pas de susciter un questionnement au sein de nos loges. C’est bien normal.

Il est évident qu’aucune des cinq obédiences françaises ne renoncera à ses fondamentaux. C’est bien pourquoi nous parlons de Confédération. En revanche, il nous faudra harmoniser certaines pratiques incontournables dans le respect de la Régularité.

A ce sujet, il est de coutume de faire l’amalgame entre Régularité et Reconnaissance. La Régularité constitue un pré-requis qui consiste à observer certaines règles. Les cinq obédiences françaises qui souhaitent constituer la Confédération (GLDF, GLTSO, LNF, GL-AMF, GLIF) sont régulières, même si elles ne sont pas encore reconnues aujourd’hui.

La Reconnaissance est un lien qui unit à travers le monde les obédiences régulières selon les principes qui ont été mis en place par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

- JLT : Est-il donc question d’une reconnaissance de la Confédération par la Grande Loge Unie d’Angleterre ?

- JD : Il est normal que votre question soit induite par le principe que je viens d’évoquer, mais il n’en est nullement question aujourd’hui.

Cette initiative relève exclusivement du souhait le plus cher des cinq Grandes Loges Européennes de voir se recomposer en France un nouveau paysage maçonnique.

L’exclusion de la GLNF de ce principe de Reconnaissance a laissé un grand vide dont certaines Grandes Loges européennes ressentent les effets. C’est bien là la motivation légitime, des cinq Grandes Loges européennes.

Il n’y a aucune intention sous-jacente, aucune arrière-pensée de la part des cinq Grandes Loges européennes, et j’ai, pour ma part, l’intime conviction que cette démarche relève uniquement d’un élan de Fraternité.

- JLT : Que peuvent apporter Régularité et Reconnaissance ?

 Jean-Dubar-GM2.gif- JD : La Régularité et la Reconnaissance ont deux avantages : elles contribuent de façon massive au respect des règles que nous avons librement consenties, par nous-mêmes et pour nous-mêmes, et renforcent la qualité du travail maçonnique en Loge.

Il est une chose que l’on ne peut reprocher aux frères de la GLNF : c’est la qualité du travail maçonnique. Nous avons été meurtris de la tournure prise par la GLNF depuis plusieurs années et avons toujours eu une pensée particulière pour ces frères de grande qualité qui ont été contraints de rompre avec leurs origines, au profit d’horizons nouveaux dont ils n’avaient aucune visibilité du fait de cet ostracisme permanent.

La Reconnaissance n’est pas une mesure discriminatoire au sens où l’entendent certaines obédiences dites libérales ; il s’agit d’une reconnaissance offerte à tout franc-maçon travaillant sérieusement dans le respect des règles.

- JLT : La Reconnaissance et la Régularité ne constituent-elles pas un retour en arrière pour la GLTSO qui a rompu avec la GLNF en 1958 ?

JD : Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte qu’en 1958.

En 1958 la GLNF comptait une grande majorité de frères anglais qui voulaient notamment imposer leurs choix en matière de rites, et de fonctionnement interne. En termes profanes, nous aurions pu accepter les principes autonomes d’une "franchise", mais pas la dépendance imposée à une "succursale".

Dès lors, une forme de ségrégation s’est instaurée au sein de cette obédience, laissant la part du pauvre au Rite Ecossais Rectifié, rite qui pourtant présidait à nos origines en 1913.

La Reconnaissance en tant que telle n’était pas le motif de notre départ. 55 ans plus tard, il ne s’agit pas d’un retour aux sources, mais d’une nouvelle orientation.

De plus, la Reconnaissance ce n’est pas la "régularisation des sans papiers", fussent-ils maçonniques. Nous existons sous notre forme actuelle de relations inter-obédientielles ; nous existerons peut-être demain sous une autre forme de relation. Mais nous demeurons, aujourd’hui comme demain, des maçons réguliers.

Je profite de la parole qui m’est accordée à l’occasion de cette entretien pour rappeler notre profonde et durable amitié avec la Grande Loge de France qui nous a accueillis à l’époque et nous a hébergés le temps juste et nécessaire pour que notre structure naissante puisse matériellement nous permettre de voler de nos propres ailes.

 

JLT : Il semblerait que vous dévoilez les discussions en cours, de façon libre et transparente ?

JD : Non, pas du tout. Il n’est évidemment pas dans mon intention de communiquer sur ce qui se débat en interne, entre nous, lors de nos réunions.

En revanche, je m’impose la plus grande clarté dans l’information en temps réel, en faisant un point sur l’évolution de la démarche, et non en dévoilant prématurément son contenu.

Nous n’avions pas encore rencontré la GLDF que des rumeurs circulaient sur une prétendue fusions entre nos deux obédiences et vue d’une reconnaissance par l’Angleterre !!! Ben voyons…

Le projet de Confédération n’est pas seulement l’affaire des dirigeants de notre obédience, mais un élan commun des tous nos frères doit demeurer à la base de notre entreprise.

Le moment venu, bien informés de toutes les dispositions et de tous les effets de cette proposition, les membres de la GLTSO auront à se prononcer sur l’objectif final.

Les frères de la GLTSO m’ont toujours accordé leur confiance et je pense la mériter car il a toujours été dans mes principes d’agir pour leur compte en les informant au maximum. Il en sera de même en cette occasion.

- JLT : Mais alors - question que beaucoup se posent – quid des relations actuelles avec les autres obédiences françaises ?

- JD : Certes, il existe un faisceau de relations plus ou moins étroites avec la majorité des obédiences françaises.

Pour la plupart, il existe une convention régissant les relations administratives. Celles-ci permettent d’échanger à l’occasion des transferts de membres, de décisions de radiations, ou de décisions de toute nature.

Il faut savoir que l’ostracisme dont a fait preuve la GLNF en ayant aucune relation avec les autres obédiences françaises, va au-delà de ce que les principes de Reconnaissance imposent.

Ceux-ci n’interdisent pas à toute obédience reconnue de procéder, en collaboration avec toute obédience constituée comme telle, à des colloques sur des sujets sociétaux, des manifestations culturelles, caritatives, ou de toute autre nature.

Nous n’allons pas renier ceux avec qui nous avons travaillé par le passé et continueront à apporter notre participation aux colloques publics et autres réflexions sur des sujets de société pour peu que ceux-ci ne revêtent aucune connotation politique ou religieuse.

A ce titre, le Gala de Charité annuel organisé par la GLTSO le 1er février prochain, le colloque sur la Fraternité organisé le 2 mars par le Droit Humain, ainsi que le colloque public sur l’Europe organisé le 6 avril 2013 par la Grande Loge de France, la GLTSO et la Grande Loge Féminine de France, ne sont en infraction ni avec les principes de la Régularité, ni avec les règles de la Reconnaissance.

- JLT : Enfin, que souhaitez-vous dire en guise de conclusion ?

- JD : Je souhaite qu’en finalité cette Reconnaissance soit de nature à renforcer les liens à l’intérieur même de nos obédiences.

La pratique d’une maçonnerie plus conforme à nos anciennes institutions devient incontournable.

Nous ne pouvons admettre davantage que se constituent en obédiences, des groupuscules d’illuminés ayant une interprétation trop personnelle de notre maçonnerie et de nos rites, ou encore que la création de pseudos grandes loges soient la réaction de dissidents déçus de n’avoir pu accéder aux hautes fonctions qu’ils convoitaient. Là, nous ne sommes plus en maçonnerie.

Nous sommes en Franc-Maçonnerie pour son caractère initiatique qui amène chacun à travailler sur soi-même, à se surpasser, dans une volonté constante d’amélioration et de regard permanent vers les autres.

Il est de notre Devoir d’accueillir tous les hommes de bonne volonté, déjà orientés dans cette direction qui place la vertu avant les honneurs, et cultive toutes les dispositions du cœur avant celle du rang ou de la fortune.

Or, je déplore que, trop souvent, on "recrute"au lieu d’initier.

La Reconnaissance, bien comprise et bien pratiquée, doit être un rempart à toutes ces déviances et à tous ces disfonctionnements.

JLT : Jean Dubar, cher Grand-Maître, je vous remercie pour la teneur de vos propos, pour leur franchise et leur clarté.

Interview de Jean Dubar, Grand-Maître de la GLTSO. Propos recueillis par Jean-Laurent Turbet.

 

° Pour aller plus loin :

° Le site de la GLTSO.

° GLTSO : Convention nationale du régime Ecossais Rectifié. Un Grand Succès, une grande Emotion, sur ce site.

° RPMF : La Confédération des Grandes Loges Traditionnelles Régulières est en marche, sur ce site.

° Déclaration des cinq Grandes Loges Françaises du 12 décembre 2012, sur ce site.

° GLNF : Le texte de la GLUA qui enlève la reconnaissance (explications), sur ce site.

 

° GLNF : La reconnaissance anglaise, c’est fini, sur ce site.

 

° La GLDF répond officiellement aux 5 obédiences européennes, sur ce site.

° La déclaration de Bâle du 10 juin 2012, sur ce site.

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