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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Les textes sacrés sont-ils la Parole de Dieu ?

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 16 Janvier 2007, 13:50pm

Catégories : #Religions

C'est une très bonne question posée par Antoine Nouis et Claire de Casabienca  dans le magazine Réforme. Antoine Nouis est pasteur de l'Eglise Réformée de France, auteur de nombreux ouvrages dont "Un catéchisme protestant", livre que j'ai beaucoup apprécié !

Les écrits juifs, chrétiens ou musulmans sont ils écrits par Dieu, ou par des hommes qui transcrivent les paroles de Dieu ou des Prophètes ?

Peut-on analyser, faire de l'exégèses avec des textes qui n'auraient pas le même statut ? Peut on interpréter des textes qui émaneraient de la bouche même de Dieu ?

Voici leur article :

Pour chacune des trois religions monothéistes, les textes sacrés sont bien la Parole de Dieu. Mais le sens de cette affirmation diffère profondément d’une tradition à l’autre. Commentaires.

S’il n’est qu’un seul Dieu, un Dieu qui parle en effet, il existe pourtant deux livres : la Bible (hébraïque d’une part, chrétienne d’autre part) et le Coran. Quel est leur statut respectif ?

Les juifs parlent de « livres de sainteté » ou d’« écrits de sainteté » pour exprimer la dimension sacrée des textes d’inspiration divine. Ainsi en est-il de la Bible hébraïque appelée Tanakh parce que composée des initiales de ses trois parties : Tav, l’initiale de la Torah (Enseignement), Noun pour Neviim (Prophètes) et Kaph pour Ketouvim (Prophètes). Pour les juifs, Dieu est inaccessible. Ce qui est à notre portée, c’est le Livre, c’est pourquoi ils attachent tant d’importance à l’étude et à l’interprétation. Les différentes interprétations de la Torah ont été rassemblées dans un second livre, le Talmud, qui est la mise par écrit de la tradition orale que les commentaires font remonter à Moïse.

Historiquement, cette affirmation est fausse puisque le Talmud contient les paroles des sages qui ont vécu jusqu’au troisième siècle après Jésus-Christ. Théologiquement, elle affirme cependant que l’interprétation du texte est aussi importante que le texte lui-même. C’est ce qui a fait dire au professeur Maurice-Ruben Hayoun : « Le judaïsme n’est pas une religion biblique. C’est une religion biblico-talmudique. La Bible est parole de Dieu mais comme Dieu est infini, il ne se laisse pas enfermer dans une lecture unique. Le but de l’étude est de toujours multiplier les interprétations pour ouvrir le sens du texte, c’est ce qu’on a appelé la lecture infinie. »

Pour les chrétiens, c’est le concile régional de Carthage en 397 qui fixe la liste des livres composant la Bible, désormais en deux parties. Le Premier ou Ancien Testament, qui correspond à la Bible hébraïque, et le Nouveau Testament qui regroupe les textes postérieurs à la mort du Christ. A la question de savoir si la Bible est parole de Dieu, le Nouveau Testament répond que cette parole n’est pas un livre mais une personne, Jésus de Nazareth, que l’évangile de Jean définit comme « la parole faire chair ». Dieu ne s’est pas incarné dans un livre mais dans un homme. La Bible n’est pas lue en raison de son caractère sacré mais parce qu’elle renvoie à Jésus-Christ et qu’elle est le moyen laissé aux humains pour le connaître. Ce caractère central de la Bible pose la question de son interprétation. Alors que l’Eglise catholique privilégie le rôle de la tradition et du magistère dans la juste interprétation de l’Ecriture, le protestantisme fait de la Bible l’instance critique de toute affirmation de foi, c’est ce qu’on a appelé la «sola scriptura», l’écriture seule. En affirmant que l’Ecriture est interprète d’elle-même, le protestantisme croit que la lecture régulière de sa Parole nous permet d’accéder à une juste connaissance du Christ.

Pour les musulmans, Dieu est l’unique auteur du Coran. C’est sur Mahomet dont le livre sacré ne relate pas la vie qu’est descendue la Parole de Dieu par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Mahomet la reçoit et la mémorise afin de la transmettre à ses contemporains. Il n’y a donc qu’un seul Coran, transmis oralement en arabe, la langue sacrée. Le texte a été dicté phrase par phrase pour les hommes comme la parole directe de Dieu, il est infailliblement vrai mot pour mot. Pour les musulmans orthodoxes, c’est un livre qu’il faut accepter à la lettre et qui est parfait à tous points de vue : linguistique, stylistique, logique et historique, il ne saurait donc être interprété. Outre les prescriptions religieuses, le texte se présente sous la forme de 114 chapitres (sourates) sur tous les sujets de la morale individuelle et collective. Puisqu’il est la vraie Parole de Dieu, imparfaitement recueillie auparavant dans la Torah et les Evangiles, le Coran ne peut être ni critiqué, ni mis en question. Dans l’histoire de l’islam, l’itihad, qui est l’interprétation du texte sacré en vue de déterminer le contenu des obligations religieuses, a été fermé au XIIIe siècle. De nos jours, des intellectuels musulmans préconisent la «réouverture des portes de l’itihad» à la suite de l’appel à la raison lancé par Averroès (1126-1198) lorsqu’il écrivait : « Il y a dans la Loi divine des passages ayant un sens extérieur dont l’interprétation est obligatoire pour les hommes de la démonstration rationnelle, et qu’ils ne peuvent prendre à la lettre. »

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