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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


« Ce que la France doit aux Francs-Maçons » de Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 4 Octobre 2012, 12:40pm

Catégories : #Chroniques de livres.

Ce-que-la-France-doit-aux-FM.jpgC’est donc aujourd’hui la sortie de la dernière livraison du duo d’auteurs maçonnique Laurent KUPFERMAN et Emmanuel PIERRAT qui nous avaient enchantés avec « Le Paris des Francs-Maçons » en 2009 puis avec « Les Grands Textes de la Franc-Maçonnerie » en 2011.

Autant dire que leur nouvel opus qui sort aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre, « Ce que la France doit aux Francs-Maçons », était attendu avec la plus grande impatience. Et il faut dire que le résultat est tout à fait conforme l’espérance que nous avions mise à la lecture de ce livre.

Comme le note dans sa préface le toujours excellent Pierre MOLLIER (qui est directeur du Musée de la Franc-Maçonnerie et de la Bibliothèque du Grand Orient de France), « l’intérêt de l’approche que nous proposent Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat est de remettre l’apport maçonnique dans le contexte historique au sein duquel il s’est manifesté. En effet, si nul ne conteste que la Franc-Maçonnerie présente un caractère particulier – comme la plupart des sujets d’ailleurs -, en revanche son histoire n’est pas une discipline à part qui aurait des règles propres, comme le pensent certains, mais une branche de l’histoire sociale, de l’histoire des idées ou de l’histoire politique » (p11-12).

En 290 pages les auteurs font un tour d’horizon presque complet de l’action des francs-maçons dans l’Histoire de France.

En ce qui concerne la Révolution Française, ils font fi avec raison de l’opinion de l’abbé Barruel reprise par tous les anti-maçons (mais parfois par des francs-maçons eux-mêmes, opinions selon laquelle la Révolution Française serait l’œuvre de la Franc-Maçonnerie.

Certes si les idées des Lumières ont pu influencer penseurs et hommes politiques ou aristocrates libéraux (tels La Fayette et les américains) elle n’a pas pensé et dirigé les actions contre le trône et l’autel. « Si, en tant que corps unifié et institutionnel, la franc-maçonnerie n’a donc pas directement commandé la Révolution, elle y a joué un rôle non négligeable par l’engagement individuel de ses membres – parmi les francs-maçons actifs de l’époque révolutionnaire citons, Mirabeau, Desmoulin, Couthon La Fayette, La Rouërie, Choderlos de Laclos, David et Rouget de l’Isle… Elle a contribué à leur donner un espace d’expression et d’agrégation… qui profitait à ses adversaires – Anne Charles, duc de Montmorency-Luxembourg, dignitaire du Grand Orient de France, est un opposant à la Révolution. On est donc loin du complot organisé et monté de toutes pièces que les contemporains de la Franc-Maçonnerie aiment à décrire, et qu’elle-même a un temps cherché à accréditer. Faut-il le dire encore et le répéter ? La franc-maçonnerie n’est pas une structure secrète, elle est tout au plus une organisation discrète qui – malheureusement pour ses membres ! – ne dirige pas le monde. Il serait déjà bien qu’elle ait une influence continue et féconde sur celui des idées » (p25).

En ces quelques lignes l’essentiel de la démarche des auteurs est clairement exposée. Le rôle également des protagonistes y est expliqué. Est-ce parc ce qu’il est franc-maçon que tel personnage a agit comme il l’a fait ? Ou parce qu’il avait des valeurs et des engagements qu’il est devenu franc-maçon ? Bref, qui de la poule ou de l’œuf … ?

Je ne vais pas faire un inventaire à la Prévert de tous sujets évoqués par Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat, tant ils sont nombreux, mais voici les principales têtes de chapitres des thèmes traités dans cet ouvrages : Révolution Française, abolition de la peine de mort, les ymboles de la République, les Droits de l’homme, la Société des Nations, L’Instruction Publique laïque et obligatoire, le Mutualisme, la Liberté d’association, le divorce et l’union libre, les banques populaire, le service militaire, la crémation, l’impôt sur le revenu, le décret Crémieux, le syndicalisme, l’étatisation des chemins de fer, le droit à l’avortement, la laïcité, l’abolition de l’esclavage, la colonisation.

Je me permets, très subjectivement, d’avoir apprécié la remise en lumière de frères par trop oubliés aujourd’hui, dont je parle souvent dans ce bloc-notes mais qui sont par trop oubliés du grand public :

Adolphe Crémieux tout d’abord, orateur hors pair, avocat célèbre (il défend en 1819 trois jeunes gens accusés d’avoir chanté la Marseillaise – alors interdite sous la Restauration), Sénateur, il fut Président de l’Alliance israélite universelle et l’auteur du décret Crémieux de 1870 donnant la nationalité française aux juifs d’Algérie. « Attiré très jeune par la franc-maçonnerie, à laquelle certains juifs de Carpentras étaient affiliés dès le XVIIIème siècle, il est initié à vingt-deux ans, en 1818, à la loge nîmoise « Le Bienfait anonyme » du Grand Orient de France. Rappelons néanmoins que c’est au début du XIXème siècle que les loges françaises admettent les juifs sans réserve. Crémieux gravira les trente premiers degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il est fait chevalier Rose-Croix dès 1821 au chapitre lié à la loge « L’Union Intime ». Pour Adolphe Crémieux, il ne saurait y avoir de contradiction entre judaïsme et attachement au Grand Architecte de l’Univers : convaincu que le monde est régi par une force suprême, il récuse toutes les oppositions religieuses, et c’est lui qui fera l’éloge funèbre de son frère et ami l’abbé Grégoire. Adolphe Crémieux luttera toute sa vie pour les valeurs de l’humanisme, qui fonderont aussi bien son engagement international pour la cause des juifs que son engagement politique et son « militantisme » maçonnique » (p175)

« En 1860 , Crémieux quitte le Grand Orient de France pour rejoindre le Suprême Conseil du rite écossais ancien et accepté, dont il devient le Souverain Grand Commandeur. En 1875, il réunit à Lausanne, en Suisse, une assemblée des Suprêmes Conseils du rite écossais ancien et accepté, afin d’harmoniser le rite « avec les légitimes exigences de la civilisation moderne ». Cette réunion de Lausanne, qui proclamera – ou plutôt rappellera – l’existence d’un principe créateur appelé « Grand Architecte de l’Univers », est aujourd’hui unanimement considéré comme un des actes fondateurs d’une forme de franc-maçonnerie moderne » (p177).

Le docteur Pierre Simon également, qui fut le créateur du planning familial et l’un des principaux rédacteurs des lois dites « Veil » sur l’interruption volontaire de grossesse et la contraception, que Simone Veil défendit avec honneur et dignité le 26 novembre 1974 à l’Assemblée Nationale.

Tout est parti des années 1950 : « En 1953, une groupe de médecins francophones et libres penseurs, pour l’essentiel gynécologues et francs-maçons, se réunit à Genève – où il se savent à l’abri des poursuites infligées au nom de la loi de 1920. Leur objectif est d’amener la société à reconnaître la liberté de conception, de planifier les naissances, et, partant, de permettre aux femmes de disposer librement de leur corps. La cheville ouvrière de ce groupe est un gynécologue né en 1925 à Metz, Pierre Simon. Marqué par la guerre et les persécutions antijuives, il s’engage très tôt dans le combat social » (p.209). « Initié à la loge La Nouvelle Jérusalem (de la Grande Loge de France) en 1953, il se rend la même année en URSS pour s’y familiariser avec une nouvelle méthode d’accouchement sans douleur, qu’il sera l’un des premiers à introduire en France, malgré l’opposition farouche de la hiérarchie catholique – la femme doit souffrir pour enfanter, c’est bien connu… - et des médecins conservateurs » (p.210).

Pierre Simon créé « La Maternité heureuse » qui devient, en 1960, le Planning Familial. « Disparu en 2008, Pierre Simon aura donc eu le temps de voir se consolider l’un des projets qui lui avaient tenu le plus à cœur. Mais cet homme dynamique aura également consacré un grande partie de son temps à la maçonnerie. En 1969 il devient Grand Maître de la Grande Loge de France. Il le restera jusqu’en 1971, puis il sera réélu de 1973 à 1975 – l’époque du vote de la loi Veil. Son passage à la tête de la GLDF marquera l’histoire de la maçonnerie. Durant son premier mandat, il engage notamment la reprise des relations avec l’Eglise : la visite de monseigneur Pézeril, évêque auxiliaire de Paris, à la GLDF lors d’une tenue blanche fermée sera un événement d’autant plus retentissant qu’aucun évêque français n’avait été reçu en loge de puis la Révolution » (p.218-219).

Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat remettent également à l’honneur de grands francs-maçons trop oublié de nos jours comme Léon Bourgeois ou Savorgnan de Brazza. Et n’occultent pas le rôle de certains frères comme Jules Ferry dans le processus de colonisation.

Trois oublis seulement (je choisis exprès le ternaire), qui seront, je n’en doute pas, réparés lors d’une prochaine édition : Boissy d’Anglas, protestant et franc-maçon initié à la Loge « La Vraie Amitié » d’Annonay en 1879. Il écrivit la déclaration des devoirs de l’homme en 1792 et prit des positions courageuses en faveur des libertés pour les protestants et la défense des gens de couleur. Il prit également le décret du 3 ventôse, qui instituait la séparation des Églises et de l'État et la liberté des cultes, prélude à la loi de 1905. L’Emir Abdel Kader ensuite pour sa défense des chrétiens lors de la révolte des Kurdes de Damas en 1860: Il sera initié quelques années plus tard au nom de la Loge « Henri IV » du Grand Orient de France. Pierre Brossolette enfin initié en 1927 au sein de la loge « Emile Zola » de la Grande Loge de France, pour le devoir de Résistance.

Vous trouverez dans ce livre, qui se révèlera vite un livre indispensable dans votre bibliothèque, des dizaines d’histoire et d’anecdotes souvent oubliées et parfois curieuses. J’avoue humblement avoir oublié la déclaration du faite le 16 octobre 1979 par le sénateur et frère Henri Caillavet, du Grand Orient de France… en faveur de la peine de mort :  « Voilà pourquoi je répéterai sans cesse – c’est ma conviction d’homme, un homme parvenu à l’automne de sa vie – que, si l’assassin, quand il prend le droit de tuer, a la responsabilité de ce droit, la société possède, en retour, le même droit que lui et donc, dans ces conditions le droit de dispenser l’exécution » (p.50).

Un livre à acheter, à lire et à dévorer du début à la fin (sans modération bien entendu).

Jean-Laurent Turbet

 

° Résumé du livre par l’éditeur :

C'est à partir du XVIIIe siècle à la faveur du progrès des idées des Lumières que la franc-maçonnerie s'implante aussi profondément que durablement dans la société française. Au point que ses adversaires les plus enragés, monarchistes catholiques et antirépublicains en tête, ont tôt fait de voir en elle un groupe de conspirateurs occulte, on dirait aujourd'hui un « lobby », et de dénoncer son influence néfaste : le fameux « complot maçonnique ».

Si la légende noire de la franc-maçonnerie fait la part belle au fantasme, il n'en demeure pas moins exact que la franc-maçonnerie a parfois joué un rôle non négligeable dans la conduite des affaires de la nation, et que certains de ses membres illustres ont façonné l'édifice politique et social de l'État moderne. Savez-vous par exemple que la Marseillaise est l'œuvre d'un franc-maçon, ou que les frères furent aux avant-postes de la bataille pour la laïcité ?

Pour la première fois, un livre inventorie ce que notre pays doit et, pour faire bonne mesure, ce qu'il ne doit pas aux « frères trois-points » : des avancées incontestables, telles la liberté d'association ou l'abolition de l'esclavage, mais aussi des entreprises plus discutables, comme la colonisation, ou plus inattendues, comme... la crémation ! Vous y apprendrez beaucoup de choses passionnantes non seulement sur la franc-maçonnerie elle-même, mais plus généralement sur l'histoire de France et les dessous de notre République.

 

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° Les auteurs :

- Laurent KUPFERMAN

Après une première carrière dans l'administration culturelle, au cours de laquelle il est l'un des fondateurs de l'Orchestre Symphonique d'Europe et conseiller au Cabinet du Ministre de la Culture, Laurent Kupferman est consultant en communication, chroniqueur littéraire dans le 17-20, Talk-Show animé par Alexandra Kazan sur SNCF La Radio, et auteur avec Emmanuel Pierrat du Paris des Francs-Maçons (éditions du Cherche-Midi, 2009, Réédité en janvier 2013), Les Grands-textes de la Franc-Maçonnerie décryptés (Editions First, 2011) et Ce que la France doit aux Francs-Maçons (Editions First, 2012).

- Emmanuel PIERRAT

Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, dirige un cabinet spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle. Chroniqueur, romancier et auteur de nombreux essais et ouvrages juridiques, il est notamment l'auteur de La Justice pour les Nuls (First, 2007).

 

° Le livre :

Ce que la France doit aux FM« Ce que la France doit aux Francs-Maçons… et ce qu’elle ne leur doit pas ».

De Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat.

First Editions

Sortie le 4 octobre 2012

390 pages

20,50 €

 

° Pour aller plus loin :

° « Les Grands Textes de la Franc-Maçonnerie décryptés », de Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat, sur ce site.

° « Le Paris des Francs-Maçons », de Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat, sur ce site.

° Achetez le livre , sur le site des éditions First.

° Achetez le livre, sur le site d’Amazon.fr (19,47€ au lieu de 20,50€).

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