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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


"Scandale au Grand Orient", d'Emmanuel Thiébot

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 9 Août 2008, 22:58pm

Catégories : #Chroniques de livres.

Encore un nouveau scandale au Grand Orient?, pensera le lecteur distrait (ou malveillant) de cet article. Point de nouveau scandale ici.

Dans l'ouvrage qu'il vient de faire paraître intitulé "Scandale au Grand Orient", Emmanuel Thiébot nous fait revivre, de façon extrêmement vivante et très documentée l'Affaire des Fiches qui a secouée la IIIème République au début du siècle dernier.

Quelques mots de contexte tout d'abord : Née en 1870 après la défaite de Sedan, la Troisième République est définitivement instaurée le 30 janvier 1875 par l'adoption, à une voix de majorité (comme il a été rappelé récemment), de l'amendement Wallon qui dispose :
« Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunie en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. »
Sont ensuite votées les trois lois constitutionnelles  qui fixent le régime.

Les républicains ont du mal à s'imposer après Thiers et le gouvernement d'ordre moral de Mac-Mahon.

Deux crises majeures ont lieu juste avant la période qui nous intéresse : La crise du Boulangisme (qui prendra fin avec le suicide du général ridicule en 1891) et l'Affaire Dreyfus (qui ne prendra définitivement fin qu'en 1906).

A ces deux occasions, les forces de droite, cléricales et réactionnaires, formées des ligues, des antisémites, monarchistes, légitimistes, bonapartistes de tous poils menacent gravement le régime. Il s'en faut de peu qu'à ces deux occasion la République ne disparaisse corps en biens.

Voici comment l'Affaire commence. Il faut comprendre que le grand sujet politique du moment est le projet de loi de Séparation des églises et de l'Etat (projet qui ne déviendra réalité que par l'adoption de la loi du 9 décembre 1905). 

Le général Louis André est nommé, en 1900, ministre de la guerre, pour remplacer le général Gaston de Galliffet démissionnaire, dans le gouvernement de défense républicaine de Waldeck-Rousseau, puis reconduit dans celui d'Émile Combes, après le triomphe du Bloc des Gauches aux élections législatives de 1902.

Le souci principal des gouvernants d'alors est de s'assurer de la loyauté républicaine des fonctionnaires d'Etat. Ce qui vaut pour les instituteurs ou les magistrats doit valoir aussi ... pour les officiers de l'Armée française.

Il est clair que l'armée "voltairienne sous l'Empire", est peu à peu et paradoxalement sous la République, tombée sous le joug de la réaction, surtout en ce qui concerne les officiers.

L'armée est en effet le dernier bastion que se sont trouvés les anciens tenants de l'ordre moral, progressivement chassés de leurs corps d'origines comme la préfectorale ou les affaires étrangères. Sous l'égide de l'Etat-Major, par un système de cooptation complexe qui échappe totalement au contrôle des Chambres et du Ministère, la caste réactionnaire et cléricale des officiers et officiers supérieurs se reproduit elle-même. Les officiers républicains sont systématiquement bloqués dans leur avancement et subissent moult brimades.

Il ne fait pas bon être républicain et démocrate dans l'armée d'avant 1900. Il ne fait pas bon surtout ne pas être un catholique pratiquant : "Dans une école militaire, un candidat juif voit sa note de 14 rabaissée à 2 par le colonel, président du jury d'entrée, sous le prétexte qu'il ne reçoit pas de juifs dans son établissement" (p65). Athées, libres penseurs, juifs, protestants, sont systématiquement freinés.

Ce n'est d'ailleurs pas étonnant car celà correspond bien à l'idéologie de la droite et de l'extrême droite d'alors. Comme le dit Jules Lemaître, fondateur de la Ligue de la Patrie Française (créée en réaction à la fondation de la Ligue des droits de l'Homme) en parlant des francs-maçons : "N'oubliez cependant pas qu'ils n'agissent pas seuls. Le complot de l'anti-France est en réalité mené par trois minorités: les francs-maçons, les juifs et les protestants qui merveilleusement actives et unies entre elles, sont proportionnellement beaucoup plus puissantes et beaucoup plus mêlées aux affaires publiques que la molle et apathique majorité du pays." (p92).

Ce que veulent ces extrémistes réactionnaires et cléricaux, c'est le retour à l'ordre ancien, celui de l'alliance du Sabre et du Goupillon, entre un pouvoir autoritaire fort (monarchie, empire, dictature selon les cas) et l'église catholique apostolique et romaine. La Franc-Maçonnerie est donc leur principale ennemie : "En effet, les militants antimaçons se réclament dans leur immense majorité d'un catholicisme ardent. Ils sont confortés dans leurs choix par le fait que les prêtres occupent des postes de responsabilité au sein de ces organisations. Car s'il existe des formes d'antimaçonnisme dans toutes les écoles de pensée, c'est bien la défense de la cause catholique qui cimente leurs membres" (p84).

Le général André (qui n'est pas franc-maçon), dès son arrivée au ministère, veut donc changer cet état de fait et promouvoir enfin des officiers républicains sûrs. Rien de plus normal en ces temps incertains où la lutte est acharnée contre les factieux.

Il avait déjà depuis plusieurs années, constitué son propre fichier baptisé Corinthe & Carthage pour séparer le bon grain républicain de l'ivraie cléricale. Mais, oeuvre personnelle, il ne comportait que quelque dizaines de noms. Il demande donc aux Préfet de lui signaler les officiers cléricaux et les officiers républicains : Le résultat n'est pas à la hauteur de ses attentes.

Il pense alors faire appel aux organisations de défense de la République. Parmi celles-ci, il pourra compter sur l'appui du Grand Orient de France. Le Capitaine Henri Mollin (gendre d'Anatole France et franc-maçon), met bientôt en place, avec l'accord de ses chefs, un système de fiches où seront recollés les renseignements fournis sur les officiers par des frères soigneusement choisis. L'obédience maçonnique dans son ensemble n'est pas alertée. Le Grand Maître (et député radical) Louis Lafferre, charge le secrétaire général du GODF, Narcisse-Amédée Vadecard de trouver une personne sure au sein de chaque loge et d'être le contact de Mollin pour la transmission des renseignements au ministère de la Guerre.

La Capitaine Mollin "se sent d'autant moins coupable qu'il a eu connaissance par ses amis politiques, de l'existence, au moment de l'affaire Dreyfus, d'un réseau de surveillance orchestré par les Augustins de l'Assomption. En effet, les assomptionnistes avaient mis en place un système de fiches sur lesquelles les citoyens influents se trouvaient affectés de coefficients B, D ou M, initiales de "bons, douteux ou mauvais". Quoi de plus naturel donc pour combattre ses adversaires que d'employer des méthodes identiques" (p66).

La collaboration  Mollin-Vadecard va être couronnée de succès. "Une estimation fait état de 18 818 fiches élaborées entre le 1er septembre 1901 et le 30 octobre 1903" (p116). Les officiers républicains si longtemps mis à l'index par leur hiérarchie rétrograde peuvent enfin recevoir une promotion méritée et si longtemps empêchée.

Mais, après bien des péripéties que vous lirez dans le livre, le scandale éclate à la Chambre des députés le 28 octobre 1904, lorsque le député nationaliste d'extrême-droite Guyot de Villeneuve dénonce la collusion entre le ministère de la Guerre et le GODF. Des exemplaires des fiches lui avaient en effet été remises par un rénégat, Jean-Baptiste Bidegain, adjoint de Vadecard au secrétariat général du GODF.

Le scandale est énorme et la presse d'extrême-droite se déchaine. Mollin est sacrifié. André doit démissionner peu après. Le ministère Combes n'y survivra pas: le Petit Père Combes démissionne lui aussi le 15 janvier 1905.

Le Grand Orient de France défend les frères auteurs de fiches, victimes de la vindicte populaire et qui n'ont fait que leur devoir de bons républicains. Des carrières et des réputations sont brisées, souvent fort injustement comme celle du frère Bedarride. Certains même se suicident.

Pourtant, les français n'ont - fort heureusement - pas été sensibles aux sirènes des réactionnaires cléricaux : "Les candidats francs-maçons n'ont-ils pas été victorieux, dans presque toute la France, aux élections sénatoriales puis législatives de mai 1906 ?" (p 274).

Mais cette affaire marquera la fin définitive des liens organiques entre le Grand Orient et le gouvernement républicain. L'Affaire des Fiches restera pour le GODF une expérience douloureuse à laquelle on ne le reprendra plus. Les loges continueront leur travail de prospective sans plus jamais servir de supplétifs aux services de l'Etat.

L'Affaire des Fiches eut aussi des retombées tardives. Si Pétain demanda ardemment dès août 1940, bien avant le statut des juifs, la loi sur la dissolution des sociétés secrêtes (c'est à dire l'interdiction de la Franc-Maçonnerie), c'est parce qu'il avait toujours pensé que son avancement avait été retardé à cause de sa fiche. Cet être mesquin et vindicatif portera toujours une haine inexpugnable à la Franc-Maçonnerie et aux francs-maçons dont il supervisa personnellement les persécutions sous le régime collaborationniste de Vichy.

La fiche du colonel Pétain, rédigé par le capitaine Pasquier alors que le futur Maréchal commandait le 104ème de ligne est ainsi rédigée: "Passé à l'école de Guerre. Inconnu, mais des renseignements nouveaux et sérieux le donnent comme professant des idées nationalistes et cléricales" (p 277). On ne pouvait voir plus clair que le frère Pasquier...

Le livre d'Emmanuel Thiébot se lit comme un roman passionnant et nous fait revivre avec talent cette histoire passée aujourd'hui au second plan par rapport à d'autres comme l'affaire Dreyfus.

Un livre à lire absolument pendant cette période de vacances.

Le Mot de l'éditeur :

Le scandale de l’affaire des fiches éclate sous la IIIe République, révélant le pacte secret conclu par le gouvernement avec la franc-maçonnerie pour épurer et républicaniser l’armée.

Le 28 octobre 1904, le député Jean Guyot de Villeneuve interpelle le gouvernement à la Chambre sur le système de délation des opinions politiques et religieuses des officiers organisé par le ministère de la Guerre avec le concours du Grand Orient de France. Près de 20 000 fiches ont été rédigées entre 1901 et 1904 et utilisées pour décider de l’avancement ou non des officiers, avant que le secrétaire général adjoint du Grand Orient de France, Jean-Baptiste Bidegain, écoeuré, ne révèle leur existence à l’opposition…
L’auteur nous relate dans un style riche et vivant ce scandale majeur de la IIIe République, en s’appuyant sur les archives de la franc-maçonnerie.

Le Livre :

Scandale au Grand Orient
d'Emmanuel Thiébot
Publié chez Larousse, collection "L'Histoire comme un roman"
Mai 2008
288 pages
ISBN : 2035839785

Commenter cet article

bebe 15/05/2018 01:02

merci

Sandra 12/08/2008 20:54


QUI SERA GRAND MAITRE AU GRAND ORIENT?L’élection du nouveau grand maître aura lieu le 4 septembre, en marge du convent de Lyon, par les 35 conseillers de l’ordre.
L’affrontement prend la forme d’un duel entre le Marseillais Pierre Lambicchi, cardiologue libéral de 59 ans, et le Toulousain Jean-Paul Bouche, avocat de 52 ans.

Lambicchi est socialiste, Bouche radical de gauche, mais a soutenu Jean-Luc Moudenc (UMP) aux dernières législatives.
Le premier pratique le rite français (RF) ; le second, le rite écossais ancien et accepté (REAA). Deux systèmes de règles qui ont leur propre hiérarchie.
Le duel Lambicchi-Bouche est-il gagné d’avance pour le premier, soutenu par l’establishment franc-maçon ?
Guglielmi assure que Lambicchi aura les voix de 24 conseillers de l’ordre. Bouche jure qu’il en aura au moins 19 et conseille à son adversaire d’"apprendre à compter." Il n’y a en effet que 35 électeurs !
Quel que soit le vainqueur, il aura à régler l’épineux dossier de la mixité.
Le 5 juillet, cinq loges du GO devraient être suspendues pour avoir osé initier des femmes, il y a quelques semaines, dans cette obédience d’hommes.
Le convent de septembre risque fort, à nouveau, de ne pas reconnaître la liberté des loges d’initier des femmes. Les avant-gardistes pourraient alors faire condamner la Rue Cadet par la justice profane pour discrimination. Laquelle apparaîtrait, du coup, encore plus ringarde.

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