"Frangines indésirables au Grand Orient"
L'initiation de cinq femmes par des loges maçonniques déclenche un
scandale au sein de la société secrète.
Par Catherine Coriller. Libération
du jeudi 19 juin 2008
Voici l'article :
C’est une première dans l’histoire du Grand Orient de France (GO), principale obédience maçonnique française avec 47 000 membres. Aujourd’hui, une femme initiée le 24 mai par
la loge Combats participera à sa première tenue (une réunion, en langage profane). Et quatre autres loges viennent d’initier chacune une femme. Des crimes de lèse-majesté,
l’appartenance au GO étant strictement réservée aux hommes. Vendredi, Jean-Jacques Mitterrand, le vénérable [le président, ndlr] de la loge Combats sera traduit devant la Chambre suprême
de justice maçonnique. La loge Combats dans son ensemble est même menacée de suspension. Le vénérable risque davantage, puisque d’après l’historienne Françoise Jupeau Réquillard (1), le
hiérarque d’une loge du Grand Orient qui avait initié une femme, en 1999, avait été radié par ce même tribunal maçonnique. Presque dix ans plus tard, les responsables des autres loges
également coupables d’«initiations sauvages», comme les qualifie Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient
Libéral. Ces actes de dissidence marquent-ils une date dans l’histoire de la franc-maçonnerie française voire mondiale - les obédiences anglo-saxonnes étant encore plus fermées au deuxième sexe ? Par rapport à d’autres groupes francs-maçons comme la Grande loge de France
(GLF), la Grande loge nationale française ou la Grande loge traditionnelle et symbolique Opéra, le GO est plutôt libéral. «Tous les soirs, dans nos ateliers [loges, ndlr], il y a des
frères et des sœurs qui travaillent ensemble», proteste Jean-Michel Quillardet. «Au Grand Orient, les sœurs initiées ailleurs peuvent entrer librement alors que la GLF en est encore
à les admettre sur invitation», confirme Françoise Jupeau Réquillard. Pour autant, le Grand Orient se refuse à aller plus loin en accueillant les femmes à
égalité avec les hommes. «Ça fait cinquante ans qu’on en parle», reconnaît Jean-Michel Quillardet.
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