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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


« Le Réenchantement du Monde », texte de Jacques Samouelian, président de la Fédération Française du Droit Humain.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 20 Novembre 2012, 18:42pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie

JS-22-09-2012Voici, sous forme de Tribune Libre, le texte de la conférence intitulée « Le Réenchantement du Monde », que Jacques Samouelian, président de la Fédération Française du Droit Humain a donné le samedi 17 novembre 2012 à  15 heures 30, en l’Hôtel de la Grande Loge de France dans le cadre du salon Maçonnique du Livre de Paris.

Je vous en souhaite une bonne lecture, voici ce texte :  

17 novembre 2012

 

« En exergue de mon propos, cette réplique d’Hamlet à Horatio (Acte I scène 5) :

« Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que toute votre philosophie n’en peut rêver. »

Au cours de ces dernières années, le réenchantement du monde est devenu un thème de réflexion de plus en plus fréquent si l’on en juge par la variété des auteurs et des disciplines qui se sont emparés de cette idée.

Une requête par les moteurs de recherche sur internet enregistre plusieurs dizaines de milliers d’entrées.

Il est clair qu’il existe une attente, un désir en ce sens.

Ainsi, tout le monde se souvient de la proposition du Président François Hollande, alors qu’il était encore candidat à l’élection, déclarant, le 17 octobre 2011, qu’il voulait offrir à la jeunesse de France une vie meilleure que la nôtre, en ajoutant : « c’est le rêve français que je veux réenchanter ».

Au vu de toutes ces propositions, on peut dire sans prendre beaucoup de risques, que ce réenchantement est une réaction à ce qu’il est convenu d’appeler le désenchantement du monde. Et donc, c’est aussi à ce désenchantement que nous devrons prêter quelque attention.

Si le mot désenchantement est connu depuis le XVIème siècle, l’expression « désenchantement du monde » est plus récente. On l’attribue à Max Weber, au tout début du XXème siècle, mais c’est en réalité Emile Durkheim qui l’a utilisé quelques années avant Weber, mais avec la même idée.

La formule traduit une nostalgie, presque une mélancolie, engendrée par le recul des croyances, quelle qu’en soit la nature, que celles-ci soient mythiques, légendaires, religieuses ou magiques, en tant qu'explication des phénomènes et des choses du monde.

Aujourd’hui le sens s’est élargi, allant de la perte des illusions jusqu’au sentiment confus d'une perte de sens, voire jusqu’à englober quelque chose qui est de l’ordre du déclin des valeurs anciennes.

Marcel Gauchet voit dans ce désenchantement, je le cite, "l'épuisement du règne de l'invisible".

A partir de son analyse du christianisme en occident, Gauchet nous dit qu’il s’agit, non seulement de l’élimination du magique dans le religieux, mais aussi, et surtout, de la disparition du religieux en tant que structure de l’espace collectif. Le religieux se cantonnant désormais à la sphère du privé.

A contrario, le mot « réenchantement » est assez récent dans la langue française ; Il s’écrit en un seul mot depuis une trentaine d’années seulement.

Mais son usage est répandu, je l’ai dit, parce que manifestement, il répond à un besoin, à un manque : littéralement, le réenchantement, c’est un retour, un enchantement qui viendrait à nouveau, après un premier enchantement qui aurait pris fin, dans une succession de séquences : enchantement, désenchantement, réenchantement.

L’objet de cette réflexion est d’en proposer une lecture maçonnique, ou plutôt d’essayer de voir à travers les diverses phases que je viens d’énumérer, comment la Franc-maçonnerie s’est adaptée à ces mutations, et pourquoi, elle reste, et c’est ma proposition, dans cette société postmoderne, une voie du réenchantement, c’est-à-dire un accès à la Connaissance de l’essentiel.

En effet, la Franc-maçonnerie a traversé l’histoire sans jamais perdre, j’allais dire corrompre, la force de son message.

Au contraire, elle a puisé dans chacune de ces mutations, de quoi offrir à ses membres la capacité de construire une pensée libre et originale, débarrassée des vérités révélées et des dogmatismes. De tous les dogmatismes.

Elle prend en compte autant l’aphorisme de Nietzsche, qui dit que « la vérité n’est rien d’autre qu’une erreur qui ne peut pas être réfutée », qu’elle rejette les croyances magiques ou surnaturelles qui excluent le recours à la raison et aliènent la liberté.

C’est cette forme de pensée qui la rend aujourd’hui aussi sereine et active, parce qu’elle est un syncrétisme réussi, au sens où elle est le mélange vivant des influences et des cultures qu’elle a rencontrées, qui lui ont chacune apporté une touche originale, que les rites, et en particulier le R\E\A\A\ qui est le nôtre au Droit Humain, restituent pleinement.

Si on se place dans une perspective chronologique, on a coutume de distinguer d’une manière schématique et assez réductrice, il faut bien le dire, trois périodes marquantes dans le monde occidental, une pré-modernité qui va de l’Antiquité à la période médiévale, la modernité des Lumières, et ce qu’il est convenu d’appeler la postmodernité contemporaine.

De cet arbitraire, nous garderons quelques points de repère. Et pour commencer le Moyen-âge.

Alors une question : le Moyen-âge correspond-il à un enchantement du monde ?

La réponse est ambiguë :

Non, si l’on retient de l’enchantement son sens moderne, lié à une expérience émotionnelle de félicité, de joie. Le Moyen-âge ne baigne pas toujours dans l’allégresse, c’est le moins que l’on puisse dire, par le poids que la religion y a pris.

Oui, si l’on tient compte de l’étymologie du verbe enchanter qui vient du latin « incantare », et signifie « chanter, prononcer des formules magiques (contre quelqu'un ou sur quelque chose) », voire « soumettre à des enchantements, c’est-à-dire, ensorceler ».

Le latin utilise aussi le mot carmen qui a donné charme en français et c’est ainsi que l’on retrouve cette idée de magie du chant dans les mots « incantation » et « enchanteur ».

On en trouve une belle illustration dans l'Odyssée d’Homère (XII, 29-58) :

« Tu rencontreras d'abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront… »

Petite remarque : ni Prosper Mérimée dans sa nouvelle (1845), ni Bizet dans son opéra (1875), ne devaient ignorer le sens latin de carmen, en nommant ainsi leur héroïne… charmeuse et envoûtante !

Il est donc clair si l’on s’en tient à ce dernier aspect de l’enchantement, le Moyen-âge l’est complètement puisqu’il se situe à un moment de notre civilisation où la magie et le surnaturel occupent partout une place prépondérante, tant dans les récits et les légendes que dans la vie quotidienne.

Le monde médiéval offre une vision fondée sur une double dimension : terrestre et céleste, avec une porosité entre elles : que Dieu puisse se manifester aux hommes au cours de leur vie quotidienne n’a rien de surprenant.

Et dans la ferveur ambiante, dont les cathédrales restent de puissants vestiges, toutes les formes de manifestations surnaturelles sont recevables : miracles, prophéties, visions et expériences mystiques. Autant de phénomènes merveilleux qui sont aussi, accessoirement, sources de pouvoir.

Car, ne l’oublions pas, la reconnaissance de la sainteté dans la société médiévale introduit une intrication entre le religieux et le politique, qui fait, comme l’écrit l’historienne médiéviste Edina Bozoky, que « les saints ont du pouvoir et le pouvoir a ses saints ».

La prise en compte du fait religieux au Moyen-âge est essentielle pour sa compréhension. Les formes religieuses y sont multiples et variées : pour la première fois dans l’histoire de l’occident, les trois monothéismes coexistent, ensemble et indépendamment.

En occident, le christianisme est au cœur de son histoire et il modèle toute la pensée. Et la montée en puissance de l'Église catholique crée une situation particulière par ce mélange des genres entre le pouvoir, la religion et le sacré.

Il n’est bien entendu pas question d’étudier ici les méandres de cette intrication, mais une question mérite d’être posée.

Quelle que soit l’emprise du fait politico-religieux, n’y aurait-il pas d’autres raisons qui pourraient expliquer son influence si puissante sur les consciences ?

Essayons de voir cela de plus près.

Je dirai que cet enchantement au Moyen-âge est l’expression d’une hiérophanie, au sens que Mircea Eliade donne à ce mot, c’est-à-dire une manifestation du sacré dont la source est ailleurs, dans ce que Jung désigne comme des formes de « représentation donnée a priori » et qu’il nomme « archétype », lesquelles participent à la structuration du psychisme inconscient.

La forme hystérisée que prend le sacré au Moyen-âge ne doit pas nous faire oublier que ce sacré est dans l’ordre de l’universel.

Et j’ajouterai que c’est précisément pour cette raison que la question du sacré est consubstantielle à toute démarche initiatique, même et surtout de nos jours.

Ce monde médiéval nous laisse en héritage une collection d’images, de narrations et de mythes, dont les messages ne s’adressent pas à la rationalité discursive, mais plutôt à la sensorialité et à l’intuition.

La communication est visuelle, gestuelle, verbale certes, mais aussi non verbale. Les rites y tiennent une place importante, tandis que signes extérieurs, vêtements, attributs, lieux, formules concourent à en renforcer l’expression théâtralisée et solennelle. Ces représentations peuplent encore notre imaginaire.

Et dans ce monde où tout se rapporte au plan divin, les bâtisseurs opératifs dégagent les lignes de force que la Franc-maçonnerie spéculative, des siècles plus tard, conservera ou reprendra à son compte.

Car, ce qui fait la force de la Franc-maçonnerie aujourd’hui, et qui lui donne la capacité de réenchanter ses membres à défaut du monde, c’est l’usage de cet héritage dans sa culture, et que l’on retrouve dans l’essentiel de ses représentations, que ce soient l’importance de la pensée symbolique et analogique, la place de l’intuition, des outils, du rituel, etc…

Ecoutons Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage :

« Au lieu d’opposer magie et science, il vaudrait mieux les mettre en parallèle, comme deux modes de connaissance, inégaux quant aux résultats théoriques et pratiques... »

Et de fait, cette juxtaposition des modes de connaissance n’est pas étrangère à la méthode maçonnique.

Pour revenir à Mircea Eliade, je souhaiterais reprendre ici l’une de ses propositions : alors que les formes de spiritualité sont multiples et variées, y compris dans leur expression religieuse, Eliade postule l’idée qu’il y aurait une universalité de l’être humain dans sa relation avec le sacré.

Cette donnée est pour lui une constante universelle, mais nous savons qu’il n’est pas le seul à le penser, par exemple à Camille Tarot, sociologue des religions, ne dit pas autre chose.

Dans cette hypothèse, tout être humain a besoin de se construire une expérience du sacré, une expérience qui lui est personnelle ; elle est sa tentative de réponse à ses angoisses existentielles.

Camille Tarot ajoute que ce besoin est une donnée constitutive de la condition humaine, il dit qu’elle est, je le cite, « une catégorie universelle de toute conscience humaine », face à sa finitude et à sa condition de mortel.

Il est bien évident que ce besoin n’est pas étranger à la constitution du fait religieux, mais il convient de s’entendre sur cette idée.

L’histoire de l’humanité nous montre que ce besoin s’est d’abord exprimé sous les traits d’une religion naturelle reposant non pas sur le culte d’un dieu, mais davantage sur l’expérience de sa présence au monde, de son Mystère, et ce, bien avant la constitution des religions instituées.

Dans La Nostalgie des origines » Mircea Eliade, encore lui, écrit :

« Il est regrettable que nous ne disposions pas d’un terme plus précis que « religion » pour exprimer l’expérience du sacré »

Et il ajoute :

« [Toutefois] religion peut encore être un terme utile, pourvu qu’on se rappelle qu’il n’implique pas nécessairement une croyance en Dieu, en des dieux ou en des esprits, mais se réfère à l’expérience du sacré et, par conséquent, est lié aux idées d’être, de signification et de vérité. »

Il n’est pas dans mon propos d’établir ici une généalogie de l’idée de religion et je renvoie volontiers aux travaux des anthropologues et sociologues qui s’y sont consacrés et pas des moindres : depuis Emile Durkheim et Marcel Mauss jusqu’à Pierre Bourdieu et Marcel Gauchet, en passant par Claude Lévi-Strauss et René Girard, les fonctions de la religion ont été savamment étudiées à l’intersection entre sacré et symbole.

Mais, pour les besoins de cet exposé, je voudrais rappeler succinctement la thèse du psychiatre et philosophe Karl Jaspers, peu suspect de dérive mystique, sur leur émergence.

Jaspers décrit ce qu’il nomme une « période axiale », l’Achsenzeit, c'est-à-dire littéralement l'« âge pivot » qui se situe dans le millénaire précédant l’ère chrétienne, et au cours duquel on constate, en plusieurs endroits de la planète, en Occident, aux Indes, en Chine, un phénomène identique : l’émergence de nouveaux penseurs, et pour les plus connus ; Homère, Pythagore, Platon et Aristote et tant d’autres en Grèce, Zarathoustra en Perse, les prophètes Élie, Isaïe, Jérémie en Palestine, Lao Tseu et Confucius en Chine, Bouddha en Inde…

Et ces maîtres initient des modes de pensée totalement nouveaux : leur enseignement pose les fondations de nouvelles spiritualités qui pensent et perçoivent le monde de façon nouvelle.

Confucius semble être un des premiers philosophes à exclure le divin dans sa recherche de l'harmonie sociale : sa morale est complètement débarrassée de toute finalité métaphysique.

C'est sans doute Protagoras, avec sa formule « L'Homme est la mesure de toute chose », qui représente le mieux le scepticisme antique à l'égard des divinités.

Démocrite, avec son explication purement matérialiste de la nature, selon lui constituée de minuscules particules, élimine aussi les dieux de sa vision de la réalité du monde.

Épicure non plus n'a pas besoin de dieux pour établir son éthique.

Lorsque Périclès, en 431 av. J.-C., prononce une longue oraison funèbre pour honorer les guerriers athéniens morts au combat lors de la Guerre du Péloponnèse, pas une fois il ne mentionne les dieux. Son hommage est strictement laïque.

Et ainsi, pour la première fois dans l’histoire, l’homme découvre sa propre conscience, et il se rend compte de la dichotomie fondamentale entre le monde matériel et le monde de l’esprit.

Le mythe perd l’exclusivité de l’explication du monde et l’homme commence à chercher une explication à ce qu’il est lui-même, et à ce qui l’entoure.

C’est le fameux « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », que Leibniz formalisera beaucoup plus tard.

L’ordre social en est bien entendu affecté : il ne peut plus être un ordre divin immuable et d’autres choix sont rendus possibles.

Dans La République, Platon présente les différents aspects de sa Cité idéale.

Et de nouveaux combats se font jour, par exemple la lutte pour la transcendance d’un Dieu unique, ou encore la prise de conscience de l’inscription des faits dans l’Histoire.

C’est autour d’Athènes que prend naissance l’idée révolutionnaire de placer l’humain au centre de l’organisation sociale par l’invention de la démocratie.

Tout cela est l’héritage de l’Antiquité.

Mais l’histoire n’est pas une suite linéaire.

Car, nous l’avons vu, la pensée moyenâgeuse en occident, fortement influencée par la religion, oubliera ces propositions et placera l’homme sous son emprise, sa tutelle, malgré l’œuvre de quelques penseurs parmi lesquels Jean Scot Erigène, Joachim de Flore, Dante Alighieri, Maître Eckhart, ou encore Nicolas de Cues, qui tentent plus ou moins de s’en émanciper.

On a coutume de situer la rupture avec le Moyen-âge au moment où l’imprimerie est inventée (1454) et où Christophe Colomb (1492) découvre l'Amérique.

Mais pour les Francs-maçons ce sont plutôt des personnages comme Pic de la Mirandole (24 février 1463 - 17 novembre 1494) qui sont emblématiques. Dans son principe d’humanisme, il affirme que l’être humain est une conscience qui aspire à la liberté. A la liberté de ses actes et de ses choix, notamment religieux.

Ce qui est intéressant c’est que cette affirmation n’est pas une fermeture envers le sacré, mais au contraire l’invitation pour l’être l’humain vers ce qui le dépasse.

Pic de la Mirandole se passionne pour toutes les sciences, toutes les langues, toutes les traditions. Il relit la Bible, plonge dans la Kabbale, expérimente l’alchimie, l’astrologie et tous les langages symboliques que les cultures humaines ont explorés, et dont il découvre, ébloui, que tout cela est à sa disposition.

Nous sommes à la charnière avec l'époque moderne, et cette charnière est peut-être le moment d’un véritable enchantement, ou réenchantement, comme le terme Renaissance pourrait le laisser suggérer.

A quoi servirait la compréhension de la nature et de toutes ces choses, se demande Pétrarque, si elles ne favorisent pas la connaissance de la nature de l’homme?

Et Marsile Ficin, l'un des philosophes humanistes les plus influents de la Renaissance italienne, affirme que la connaissance de soi devrait permettre à l’âme de donner une signification à la matière.

Pour Erasme, la philosophie humaniste est celle qui place l’humain au centre de ses préoccupations. Il affirme qu’il faut vulgariser tous les savoirs, y compris religieux, et c’est ainsi qu’il propose une traduction de la Bible.

Erasme dit « Je souhaite que toutes les femmes lisent l’Évangile, qu’elles lisent les épîtres de Paul et que ces textes soient traduits dans toutes les langues des hommes ».

C’est dans la continuité de cette idée d’émancipation que prennent naissance les Lumières. Elles émergent lentement au XVIIème siècle, s’affirment au XVIIIème et deviennent la pensée dominante et même hégémonique au XIXème.

L’idée est belle : il s’agit de lutter contre l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés par la diffusion des savoirs.

L'Encyclopédie, dirigée par Diderot et d'Alembert, est le meilleur symbole de cette volonté : rassembler toutes les connaissances disponibles et les répandre.

Le projet des Lumières est fondé sur l’éclairage de la Raison, « la chose du monde la mieux partagée », disait Descartes.

La plus belle illustration de ce dessein en revient sans doute à Emmanuel Kant, en décembre 1784, lorsqu’on lui demande, « qu’est-ce que les Lumières ? ».

Sa réponse est célèbre :

« Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre... »

Et se termine par :

« Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »

L’usage de cet entendement met en relief une valeur nouvelle, la Démocratie.

En effet, toutes les nouvelles découvertes valent pour chaque être humain, quelle que soit sa place dans la société.

Avec cette science moderne apparaît pour la première fois l’idée d’universalité, car à la différence des cosmogonies et mythologies anciennes, il est facile de vérifier que les lois de la gravitation valent pour tous, riches et pauvres, aristocrates ou roturiers, amérindiens, européens ou chinois…

Le caractère révolutionnaire de cette modernité est là, dans cette universalité qui s’impose malgré tous les procès de Galilée et qui, pour la première fois, rend possible un lien entre tous les êtres humains, partout et où qu’ils se trouvent.

C’est cette universalité qui rend possible l’émergence et le développement de la Franc-Maçonnerie spéculative, avec des loges qui vont accueillir désormais, au-delà des métiers du bâtiment, tous les hommes de bonne volonté.

C’est cette idée d’universalité qui fait dire à Luc Ferry que les Lumières correspondent à la première mondialisation, car elles portent effectivement en elles un vaste projet de civilisation, une ambition immense, qui est d’édifier un monde meilleur par la compréhension de l’Univers.

C’est ce projet qui sera bientôt porté par la Révolution française, avec ses principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, dont la finalité est le bonheur. Ce bonheur dont Saint-Just déclarera, dans un rapport à la Convention le 3 mars 1794, qu’il est « une idée neuve en Europe ».

La République sera sa forme de gouvernement et le Progrès son credo politique.

C’est à cette idée de progrès que les Francs-maçons vont proclamer leur attachement indéfectible. Ils travailleront désormais au bonheur de l’humanité, tant sur le plan matériel que spirituel, avec l’objectif affiché de produire des effets sociétaux inspirés par le travail de réflexion mené dans leurs Loges.

Dans cet esprit, l’Ordre maçonnique deviendra un mouvement universaliste attaché à promouvoir des objectifs d’ordre éthique et humaniste, porteur d’un idéal de fraternité et de solidarité.

Ainsi le Convent de Lausanne de 1875 définira la Franc-Maçonnerie comme une alliance universelle d’hommes éclairés qui œuvrent en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité.

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle définition de l’Homme se fera jour : dans la République, il n’y a plus de « nature humaine » prédéterminée. L’être humain est libre au sens où il peut s’arracher à tous les conditionnements, à toutes les modèles dont il serait dépendant.

Ce que Rousseau, dans son Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, démontre par la capacité de l’homme, à la différence de l’animal, de s’écarter du programme de la nature et, au contraire, d’être en capacité, par sa liberté, de commettre tous les excès jusqu’à en mourir.

Et cette liberté, entendue comme capacité de s’arracher à toutes les prédéterminations, Sartre la reprendra dans la formule : « l’existence précède l’essence ».

Car pour Sartre « l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait », parce qu’il n’y a pas de nature humaine prédéterminée, et qu’il « se conçoit précisément après l’existence ».

Alors osons la question qui fâche : si ce monde est le meilleur, comment un projet aussi ambitieux que généreux a-t-il pu conduire au désenchantement du monde ?

Pourquoi la modernité n’a-t-elle pas été à la hauteur de toutes les espérances initiales ?

Questions difficiles, extrêmement délicates pour un Franc-Maçon, car le fait même de les poser est, d’une certaine façon, souvent perçu comme une remise en question d’une part de notre héritage.

Et le risque est grand alors de prêter son concours, même involontaire, à toutes les formes de conservatisme, voire même de porter l’étendard des anti-Lumières, expression de Friedrich Nietzsche, auquel on doit, ne l’oublions pas, la formalisation de ce contre-courant.

Mais, en même temps, à l’heure de toutes les déconstructions, nous ne pouvons adopter une attitude péremptoire de refus systématique, car le propre de la méthode maçonnique, c’est précisément de se servir de son entendement et de répéter, avec Voltaire, que « plus les hommes sont éclairés et plus ils sont libres », et de rappeler, avec Sénèque, que : « Seul l'arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c'est dans cette lutte que ses racines, mises à l'épreuve, se fortifient. »

D’autant que l’analyse de ce désenchantement du monde ne remet jamais en cause les acquis des Lumières pour un être humain épris de liberté.

Qui pourrait aujourd’hui, sérieusement, refuser les acquis de la Raison, la Démocratie ou de la Science ?

Et, à l’inverse, qui pourrait s’en contenter ?

Car, répétons-le, il ne s’agit pas de remettre en question ces acquis, mais de les enrichir.

En réalité, le désenchantement de la modernité repose sur un malentendu.

Par les outils qui ont été les siens, et avec la Raison au premier plan, la modernité a scindé le monde en deux :

·         d’un côté, tout le champ de la subjectivité où l’imaginaire, le symbolique, la foi, sont devenus des affaires privées, Marcel Gauchet l’a bien analysé pour la religion ;

·         de l’autre, la Science en pleine ascension, qui s’est employée, comme le dit Descartes, à rendre l’homme « comme maître et possesseur de la Nature ».

A son apogée au XIXème siècle, le matérialisme positiviste a produit un clivage profond, radical, entre ces deux catégories de représentations.

Que faire, par exemple, de l’alchimie après la chimie ? Et de la Kabbale ? Et du symbole ?

Voyez comment la Franc-Maçonnerie s’en est sortie…

Par cette illusion de suprématie, l’homme ne s’est pas rendu compte qu’il se coupait de son environnement, de la nature, de son corps, pour ne plus être qu’une sorte de machine à penser, et finalement par la science il pensait avoir réponse à tout.

Deux exemples pour l’illustrer, deux catastrophes : la première se produit le 1er novembre 1755 à Lisbonne, la seconde se produit à Fukushima, le 11 mars 2011.

A Lisbonne, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée, catastrophe sans équivalent en Europe, fait instantanément entre 50.000 et 100.000 victimes.

Elle entraîne une prise de conscience quasi unanime autour de l’idée que la Nature n’est pas clémente avec l’espèce humaine et, comme la science nouvelle est là, sa mission sera de la domestiquer pour prévenir les catastrophes naturelles, et de lui donner plus de liberté et plus de bonheur.

Mesurons le désenchantement de Fukushima : non seulement nous avons du mal à nous rendre maîtres et possesseurs de la Nature, mais nous mesurons que cette domestication comporte des risques, indépendamment du fait que les ressources naturelles ne sont pas inépuisables.

Alors, que s’est-il passé entre Lisbonne et Fukushima ?

Le projet de maîtrise scientifique des Encyclopédistes avait une finalité, nous l’avons vu : la liberté et le bonheur.

En réalité, lorsque Newton écrit les lois de la gravitation universelle, il n’a pas d’explication de ce qu’est vraiment la force de gravitation.

Mais, ce faisant, il inaugure une voie royale aux ingénieurs qui, aujourd’hui, ont pour vocation prioritaire de tirer profit d’un phénomène, même s’ils n’en saisissent pas complètement la portée :

« L’homme peut faire, et faire avec succès, ce qu'il n'est pas à même de comprendre. » écrit Hannah Arendt dans La Crise de la culture.

La science, réduite à un utilitarisme, devient inexorablement une technoscience, c’est-à-dire un « mode d’emploi de la nature ».

Les conséquences du progrès ont dépassé la finalité initiale car, si la technoscience a amélioré et continue d’améliorer notre existence, - qui pourrait aujourd’hui y renoncer ?- elle produit des effets collatéraux considérables.

Tout d’abord, que reste-t-il de cette finalité, lorsque le savoir et la science sont subordonnés au pouvoir de l’économie ?

Quand le projet initial d’émancipation de l’humanité s’éclipse au profit, c’est le cas de le dire, du rendement, du gain, de la productivité, et de l’efficacité ?

Albert Einstein dira « Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mise dans les mains d’un psychopathe. »

On dit aussi qu’ « on n’arrête pas le progrès », mais personne n’est en mesure de dire où nous mène ce progrès, car la technoscience se développe dans une logique propre, indifférente à l’existence humaine.

On doit à Martin Heidegger une analyse très pertinente de ce processus.

Dans les années 1950-60, il développe l’idée que la raison d’être de la technique, dès son origine, est un « arraisonnement de la nature », au sens où celle-ci est soumise à la Raison humaine dans la suite de l’idée cartésienne.

Mais, pour lui, cet « arraisonnement », au-delà de notre rapport au monde, s’est immiscé au plus profond de notre être, dans notre pensée même.

Pour suivre la réflexion d’Heidegger, il faut revenir à l’étymologie du mot « technique ».

Le mot grec tekhnè désignait autrefois un mode de savoir-faire traditionnel, que celui-ci soit indifféremment utilitaire ou artistique.

Mais le développement utilitariste de la technique a provoqué sa dissociation d’avec l’Art.

Et, tandis que l’Art reste attaché à son appréciation esthétique, la technique n’a plus comme projet que l’utilité et l’efficacité. Elle doit produire du concret.

Constat que l’on retrouve chez Max Weber :

« Je ne peux expliquer comment marche un tramway mais ce n’est pas l’important, l’important c’est le fait de pouvoir compter sur le tramway », écrit-il.

Heidegger formule l’hypothèse que notre pensée, sous l’influence de cet utilitarisme, va infiltrer la totalité de notre être, « L’essence de la technique déploie son être », écrit-il, et le subvertir au point de devenir une « pensée calculante » l’expression est de lui, qui cherche partout l’utile et le profit.

D’autre part, chaque phénomène qui devient scientifiquement explicable voit les représentations mentales qui l’affectent subir une transformation.

Le discours rationnel vient se substituer aux énoncés traditionnels, produits par les mythes et l'imagination des hommes, c’est la thèse de Max Weber.

La conséquence, c’est que la nature perd ses mystères et devient un ensemble de choses matérielles, dénué de sens ou de valeur sacrée.

Le désenchantement du monde en est le résultat : une souffrance produite par l’abrasion du mystère de la Nature, et la réduction de la place du rêve et de l’imagination.

Enfin, ajoutons que ni Weber ni Marx ni Freud, peut-être Freud un peu quand même, ne pouvaient imaginer que ce monde pourrait produire aussi Auschwitz, Hiroshima ou le Goulag.

Michel Maffesoli, fait une analyse très critique de la modernité :

« Le mythe d’un Progrès assuré de lui-même, reposant sur un évolutionnisme que rien ne peut entraver, et qui va inéluctablement « dépasser » tous les reliquats d’un obscurantisme rétrograde, ne suscite plus une adhésion sans réserves. Le rationalisme, héritier de la grande philosophie des Lumières est, de plus en plus, tempéré, relativisé par d’autres visions du monde. Et l’on peut même se demander si, en sa forme dogmatique, il n’est pas en train de devenir lui-même l’expression d’un obscurantisme désuet ».

Alors, répétons-le encore, s’agit-il de remettre en cause les acquis de la modernité, au premier rang desquels on trouve la liberté individuelle, le progrès, la science, c’est-à-dire l’héritage des Lumières ? Personne n’y songe.

S’agit-il d’accréditer un retour du religieux, tel que nous le voyons poindre ici et là, à travers une contestation du modèle occidental de développement, ce qui équivaudrait pour nous à une régression de la liberté de conscience ? Personne n’y songe.

Faut-il rappeler l’attachement de tous les Francs-Maçons, toutes obédiences confondues, au strict respect du principe de laïcité ?

Par contre, revoir les coupures épistémologiques entre l’humain et ce qui l’environne, entre l’esprit et le corps, entre la raison et l’émotion, Pascal l’a déjà dit d’ailleurs, certainement.

Réintroduire d’autres visions du monde, comme le dit Maffesoli, certainement aussi.

Nous disposons pour cela de plusieurs leviers.

Depuis ses origines la Franc-Maçonnerie allie tradition et progrès, cela signifie que l’héritage du passé, antique, pré-moderne ou moderne, est vivant dans ses représentations.

Nous savons que l’approche scientifique consistant à découper la réalité pour en comprendre des fractions a donné des résultats remarquables au cours des siècles passés.

Mais aujourd’hui, nous entendons les scientifiques eux-mêmes dire que ces méthodes ne peuvent plus décrire la réalité de la matière avec certitude, et qu’il faut se cantonner à une représentation probabiliste des phénomènes.

Nous mesurons la difficulté plus grande encore à rendre compte avec exactitude des phénomènes liés à l’humain lui-même, parce que ses multiples dimensions, corporelles, mentales, sociales ou spirituelles, rendent la Raison incapable à les appréhender sans le recours à d’autres approches reposant notamment sur la subjectivité.

C’est pour cette raison que les Francs-Maçons d’aujourd’hui sont des hommes et des femmes qui observent les avancées des sciences contemporaines, toutes les sciences, j’y inclus évidemment les sciences humaines, et qui les intègrent aux connaissances ésotériques héritées de la tradition.

Je peux attester qu’au Droit Humain, nous sommes très attachés à cette manière de travailler.

C’est donc avec l’humilité inhérente à toute démarche initiatique que nous mesurons, malgré l’étendue des connaissances acquises, que le mystère de ce que nous sommes n’aura, précisément à cause de ces avancées, jamais été aussi grand.

Quel que soit le chemin parcouru depuis les origines, nous restons imprégnés des mêmes interrogations métaphysiques, consubstantielles à notre psyché : le sens de notre existence, le mystère des origines, ce qui vient après la mort, la nature de la création, le Principe qui l’aurait mise en œuvre, et notre relation avec ce Principe.

Et, paradoxalement, si l’amélioration de notre immanence au monde représente une préoccupation forte et constante, notre solitude métaphysique est devenue si criante qu’elle conduit nos contemporains à rechercher, parfois bruyamment, des réponses que les modernités sont incapables de leur apporter.

Au siècle dernier, Maslow, psychologue américain, proposait de représenter sous la forme d'une pyramide la hiérarchie des besoins de l’homme.

Au sommet de cette pyramide, il mettait les besoins d’accomplissement, ce que les psychanalystes nomment sublimation, en particulier les aspirations qui sont dans l’ordre de l’éthique, du spirituel, notre besoin de rattachement à ce qui est de l’ordre du sacré.

Malraux l’a annoncé à sa façon, non pas dans l’aphorisme qu’on lui prête sur ce siècle qui serait religieux, mais dans celui-ci, plus parlant me semble-t-il :

« A quoi bon conquérir la Lune, si c’est pour s’y suicider ? »

La question de notre identité humaine revient toujours au centre : elle se résume pour chacun de nous par cette éternelle question : « qui suis-je ? ».

Or, depuis Platon et son mythe de la Caverne, nous savons que, prisonniers de nos préjugés et de notre ignorance, notre perception est illusion et que nous ne pouvons étendre notre entendement au-delà de l’ombre projetée sur le mur.

« Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous sommes », dit le Talmud, parce que notre réalité, notre réalité psychique, est nourrie par la somme des expériences existentielles contenues dans les profondeurs de notre psychisme.

Face à cet inconnu, l’homme du XXIeme siècle ne peut que constater le mystère insondable de sa propre nature.

Il en résulte que ce qui le concerne fondamentalement ne peut pas être de l’ordre du savoir, mais plutôt de l’ordre de la Connaissance.

Mais il faut bien s’entendre sur la portée de ces mots parce que nous sommes ici au cœur du message des traditions initiatiques dont la Franc-maçonnerie est aujourd’hui, dans notre société occidentale, l’un des meilleurs vecteurs.

En juin 2009, la revue Humanisme interviewait Michel Onfray sur sa représentation de la Franc-Maçonnerie. Et notre philosophe imaginait une Franc-Maçonnerie devenue, je le cite : « une école de sagesse et de pensée,... débarrassée de ce qu'il reste de religieux en elle : le rite, les habits, les formules, les objets, le cérémonial, la symbolique... »

Or, il se fait que ce sont précisément ces restes qui ont permis à la Franc-Maçonnerie, malgré tous les obstacles et périls, de demeurer ce qu’elle est, c’est-à-dire un Ordre initiatique, offrant à ses adeptes une voie de Connaissance originale et qui n’a rien avoir avec une école.

Et si l’on se réfère à l’Histoire, faut-il que cette méthode ait quelque fondement pour se voir interdire par tous les totalitarismes ?

Le savoir est assimilable à l’étendue des constructions de notre intelligence par toutes les spécialités à sa portée. Depuis les arts libéraux de l’antiquité jusqu’à la mécanique quantique et les neurosciences, le savoir peut être assimilé à la Raison des Lumières.

La Connaissance, telle que nous l’entendons ici, est beaucoup plus difficile à circonscrire. On pourrait dire que la Connaissance inclut ce qui échappe à l’entendement.

Mais le risque serait alors d’y trouver un prétexte pour se soustraire à l’effort qu’exige le Savoir.

Et ouvrir aussi le champ à toutes les spéculations hasardeuses voire sectaires…

Aussi dirons-nous que la Connaissance n’est pas fondée uniquement sur ce que l’on sait, ou que l’on pense savoir de la réalité du monde, mais qu’elle intègre aussi ce qui lui échappe et qui appartient à ce que l’on peut désigner par la notion de Mystère.

Lorsque je navigue de nuit en Méditerranée, mes instruments de navigation permettent de tracer ma route, mais aucun instrument n’est capable de rendre compte de ce que je ressens à la contemplation du ciel étoilé.

Dans une lettre datée du 5 décembre 1927, Romain Rolland demande à Freud comment il analyserait ce qu’il appelle «le sentiment océanique », cette sensation de l’infini, hors de toute croyance religieuse précise, qu’il dit éprouver fréquemment.

Avant d’en avancer une explication psychanalytique, peu satisfaisante d'ailleurs, Freud écrit ceci : « Combien me sont étrangers les mondes dans lesquels vous évoluez! La mystique m’est aussi fermée que la musique ».

Et Romain Rolland de lui répondre : « Je puis à peine penser que la mystique et la musique vous soient étrangères… je crois plutôt que vous vous en méfiez, pour l’intégrité de la raison critique dont vous maniez l’instrument. »

Et, de fait, en introduisant ce « sentiment océanique », Romain Rolland a mis Freud dans l'embarras. Un embarras dont celui-ci ne réussira jamais à se dépêtrer vraiment, mais il s’agit d’une autre histoire...

Mais cela illustre bien, pour les humains que nous sommes, la difficulté de cerner avec exactitude la variété et la complexité des expériences auxquelles nous sommes confrontés.

C’est ici encore aux traditions initiatiques que l’on doit de prendre en compte à la fois ce que nous enseigne le savoir et ce que nous livre l’expérience humaine.

Chaque vie est une expérience unique mais, en même temps, nous sommes condamnés à répéter les mêmes questions que ceux qui nous ont précédés, refaire les mêmes erreurs et apprendre pour l'essentiel par nous-mêmes.

Le secret de la Franc-Maçonnerie est peut-être là : permettre ces moments privilégiés en Loge, dans les conditions très précises où nous place le rituel, pour transmettre aux autres le sens que nos avons retiré de notre expérience existentielle.

Parce qu'il s'agit d'une transmission, retenons bien qu’il s’agit simplement d’une voie d'accès à la Connaissance et non de la Connaissance elle-même.

Car, nos rituels le répètent inlassablement, la Vérité est inaccessible à l'intelligence humaine, laquelle ne peut que s'en approcher sans jamais l'atteindre.

Réenchanter le monde ? Oui, les traditions initiatiques ont cette faculté pour ceux qui veulent bien s’engager sur cette voie, car ils gardent une pensée toujours en mouvement, afin de ne jamais s'arrêter sur une vérité qui, elle, se voudrait définitive...

L’humanisme moderne ou postmoderne est là : appréhender l’humain dans sa globalité, c’est-à-dire accueillir et intégrer toutes les formes de la Raison et du Savoir, y compris les plus déconcertantes, pour ouvrir le chemin à la Connaissance sans s'imposer de limites.

C’est cette ouverture, rendue possible par la conjonction du spéculatif et de l’intuitif, de la conscience et de l’imagination, que l’expérience du Mystère peut permettre, à celui qui l’a voulue, pour satisfaire à sa quête du sens ».

Jacques SAMOUELIAN

Pour réagir à cet article: communication@apfdh.org

 

° Pour aller plus loin :

° Le site de la Fédération Française du DROIT HUMAIN.

° Le Réenchantement du Monde, Conférence de Jacques Samouelian le 17 novembre 2012 à Paris, sur ce site.

° Le programme du 10ème salon maçonnique du livre de Paris, sur ce site.

° « Les Colonnes identitaires du DROIT HUMAIN », par Jacques Samouelin, sur le site.

° DH : Jacques Samouelian réélu. Bilan du Convent 2012, sur ce site.

° Le Droit Humain, conférence sur le thème «La Démocratie, état critique?», samedi 10 novembre 2012 à Paris, sur ce site.

° Conférence de Marc Henry, Grand Maître de la GLDF sur le thème « Quelle espérance pour le 21ème siècle » ?, 18 novembre 2012 à 15 heures 30, sur ce site.

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