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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


« De la mixité en franc-maçonnerie. Histoire, mythes, sociologie », de Brigitte Castella.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 6 Octobre 2010, 17:26pm

Catégories : #Chroniques de livres.

castella-dlmefm.jpgAvec «De la mixité en franc-maçonnerie. Histoire, mythes, sociologie», Brigitte Castella signe un livre court et dense plus profond et représentatif de se qui se passe réellement dans une loge maçonnique que bien des ouvrages descriptifs.

 

Evidemment il s’agit tout d’abord de raconter l’histoire de l’obédience Mixte Le Droit Humain : Tout commence le 14 janvier 1882 par l’initiation de Maria Deraismes par la loge Les Libres Penseurs du Pecq, de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (obédience aujourd’hui disparue mais qui est l’ancêtre de l’actuelle Grande Loge de France).

 

Car, on l’oublie trop souvent aujourd’hui, la franc-maçonnerie mixte, tout comme la franc-maçonnerie féminine, ne naîtront pas sous l’égide ou l’influence du Grand Orient de France, mais dans la mouvance et le giron du rite écossais ancien & accepté, venu du Suprême Conseil de France et de la GLSE.

 

Il faudra cependant attendre le 4 avril 1893 pour que Maria Deraismes et Georges Martin, créent à Paris, le premier Atelier Mixte. En janvier 1894, les obédiences maçonniques françaises sont avisées de la création de la Grande Loge Symbolique Écossaise "Le Droit Humain", donnant naissance à la franc-maçonnerie mixte. L'obédience va alors croître rapidement et s'installer dans de nombreux pays (Suisse et Angleterre).

 

Cette GLSE mixte deviendra quelques temps après l’Ordre International Mixte Le Droit Humain.

 

Brigitte Castella déroule ensuite les années de formation du DH. Il faut reconnaître l’expérience de cette obédience en ce qui concerne la maçonnerie mixte à l’heure où certains, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, donnent avec une ardeur de néophytes des leçons de maçonnerie mixte de façon quelque peu péremptoire parfois alors que leur obédience autorise la mixité depuis quelques semaines seulement. Il est donc bon de rendre à César ce qui lui appartient et au Droit Humain son ancienneté et son expertise en ce qui concerne les femmes et les hommes qui travaillent ensemble en maçonnerie.

 

La partie la plus intéressante du livre (qui par ailleurs est en tous points passionnant) réside de mon point de vue dans le chapitre «Le Banquet ou que nos désirs se tournent vers la Lumière» où l’auteure rend compte du vécu maçonnique à travers la grille de lecture du Banquet de Platon et de l’œuvre socratique…

 

Car Brigitte Castella est là au cœur de ce que l’on appelle le secret maçonnique. Il ne réside pas en quelques mots signes et attouchements trouvables dans le premier livre venu à la FNAC. Mais il consiste à faire comprendre ce qui se passe réellement en Loge lorsque les travaux sont bien menés.

 

Car une tenue maçonnique ne laisse pas indemne, mais secoue, remue, remet en question ce que nous sommes. Que nous travaillions en mixité ou pas.

 

Et là vient le Banquet. Et je ne résiste pas à vous livrer quelques extraits qui, mis bout à bout, peuvent faire entrevoir la puissance émotionnelle du Chemin Initiatique.  Car Zeus (comme le fera plus tard le Dieu des juifs et des chrétiens) brise l’unité originale de l’Être : « C’est depuis ce temps là que les humains cherchent leur âme sœur ; l’amour est donc cette quête de retrouver l’antique nature et de reconstituer l’unité perdue » (P. 53).

 

« C’est donc un itinéraire érotique que dessine une femme, Diotime, pour Socrate ; c’est un chemin qui appelle une transcendance, vers l’intelligible, selon les voies du désir, une voie qui va de l’avoir à l’être, vers la contemplation du beau, selon des comportements amoureux différents » (P 55).

 

« Ainsi, le désir, tout comme l’Eros de Diotime, tout comme l’Amour majuscule de notre Chaîne d’Union devient un guide initiant, un guide qui nous accompagne sur le chemin de la connaissance, sur le chemin de l’éthique » (P. 60).

 

« Penia nous renseigne sur le manque, Poros sur l’objet du manque, qui affirme sa présence dans la conscience du manque ; ainsi le désir devient conscience de mouvement avant d’être chemin de connaissance » (…) « C’est cette tension dynamique qui fait de nous des vivants, tant sur le plan profane que sur le plan initiatique ; nous vivons parce que nous nous projetons dans des désirs. Nous cheminons initiatiquement parce que nos regards se tournent vers la Lumière, parce que nous désirons ; le rituel d’ouverture génère l’aspiration individuelle et collective qu’advienne en nous et dans nos travaux Sagesse, Force et Beauté » (P. 61).

 

« Un travail qui invite à opérer une conversion de ses attentes sur l’autre, homme ou femme, vers un autre qui devient un frère ou une sœur, engagé comme lui, dans la recherche de la vérité ; cette recherche se nourrit de cet appétit, devenu conscient, qui emprunte à Eros sa ferveur et son insatisfaction perpétuelle d’une vérité que nous savons à jamais inacessible.

L’athanor de la loge intensifie la nature de cette relation impossible. La lumière et le miroir de l’initiation vont la faire apparaître dans l’intensité vive qui nous a ébloui quand le bandeau nous a été ôté, comme elle a éclairé notre pierre et ses aspérités affectives et émotionnelles » (…) « La sagesse grecque comme la sagesse du franc-maçon est une sagesse qui se nourrit de connaissance mais aussi qui s’éprouve dans l’action » (P.62).

 

« Le message à entendre est qu’il faut se mettre à l’écoute de son désir, car il parle de la vie qui se déploie dans un nouveau projet, dans un appel à la jouissance et à la plénitude. Il faut entendre son désir, entrer dans la conscience de ce qu’il exprime et inventer avec lui les modalités de la réponse, plaisir ou connaissance » (P. 64).

 

« La deuxième étape de la libération s’offre à qui souhaite se désentraver des chaînes de la dépendance, pour faire du désir un projet ; il trace alors une perspective qui s’inscrit dans le temps et dans la durée, une durée qui réinvestit le sujet, affranchi de la réponse immédiate. » (…) « La voie du désir devient ainsi un chemin éthique et initiatique qui fait la vie bonne des Grecs ; elle apparaît comme une voie du milieu ; nos aspirations sortent de l’ombre pour laisser éclairer et apprivoiser ce qu’elles contiennent de pulsions de vie, de métal en fusion, sur lesquelles nous allons nous entraîner aux opérations alchimiques de séparation » (P.65).

 

« Ce mythe vient éclairer l’amour des être séparés et l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre ; il invite aussi à voir dans cette aspiration, bien plus que le désir de retrouver sa moitié, puisqu’il s’agit de retrouver l’unité perdue » (P.66).

 

Vous trouverez encore bien d’autres choses dans ce livre qui vous donneront un aperçu du chemin initiatique proposé en loge, ou tout du moins dans une loge pratiquant le rite écossais ancien et accepté, que ce soit une loge mixte, féminine ou masculine.

 

Après, à chacun(e) de trouver son chemin de vérité.

 

En tout état de cause, la lecture du livre de Brigitte Castella s’impose…

 

castella-dlmefm.jpg° Le livre :

« De la mixité en franc-maçonnerie. Histoire, mythes, sociologie »

de Brigitte Castella.

Préfacé par Danièle Juette, Grand Maître de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain.

Publié chez Detrad, collection Rencontres

Août 2010

110 pages

15 euros.

www.editionsdetradavs.com

 

En plus : La librairie Detrad accueillera d'ailleurs Brigitte Castella pour 2 séances de dédicaces, les 12 et 13 octobre 2010 de 16h à 20h.

 

° L’auteure :

Diplômée en Sciences de l’Education, Brigitte Castella s’est particulièrement intéressée à ce que les humains mettent en oeuvre quand ils sont engagés dans une démarche et un processus de transmission des savoirs et des connaissances, dans tous leurs états. Continuer au dehors l’oeuvre commencée dans le temple, c’est affiner ses outils et ses instruments aux flammes de l’initiation, mais c’est aussi interroger l’initiatique avec les questions qui animent et bousculent le monde, en ayant recours aux modèles que proposent les Sciences Humaines.

Dans cet essai, Brigitte Castella, appartenant au Droit Humain depuis plus de 30 ans, s’est servie de trois entrées : elle aborde d’abord la question en interrogeant l’histoire des origines de la mixité maçonnique ; elle fait ensuite un détour par les mythes ; ceux-ci vont permettre d’approcher ce qui se joue dans les tenues, quand les principes masculin et féminin s’incarnent dans des hommes et des femmes devenus des Frères et des Soeurs ; enfin, prenant appui sur les études du genre et la sociologie, elle présente les loges mixtes comme des laboratoires d’une sociabilité nouvelle ; notre société n’en finit pas de se questionner sur les relations entre les hommes et les femmes ; le vécu maçonnique mixte construit des réponses spécifiques qui peuvent être proposées au monde.

 

 

° Le mot de l’éditeur :

Pourquoi la mixité maçonnique est-elle si difficile à dire, à partager et à vivre ? Des Francs Maçons ont fait le choix d’une obédience mixte ; ils ont pris cette option comme quelque chose qui va de soi et qui s’est imposé à eux, parce qu’elle correspond à la réalité de la vie. D’autres ont fait des choix différents : celui d’une obédience mono-genre ; au mieux, ils se satisfont de l’existence d’obédiences mixtes qui viennent compléter l’offre proposée aux profanes qui frappent à la porte du temple ; au pire, la représentation qu’ils s’en font les incite à considérer ce modèle avec circonspection ; ils se le représentent comme une modalité qui va semer d’embûches, la progression initiatique, des embûches inutiles, insurmontables, ou non signifiantes au regard de la tradition ; ou bien encore, comme un vécu qui va altérer la lisibilité du chemin qui se dessine et qui a pour but de les conduire à la lumière du Delta.

 

° Extrait de la préface de Danièle Juette,  Grand Maître de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain :

 

L’approche historique développée par Brigitte Castella permet d’éclairer le contexte et le projet des fondateurs de la première obédience mixte de la Franc-maçonnerie et de mettre en évidence sa modernité. En effet, à la fin du XIXe siècle, la Franc-maçonnerie, très engagée dans la promulgation des Droits de l’homme et du citoyen, est masculine. Les frères demeuraient dans l’esprit de 1789 : l’homme universel, le citoyen était l’être humain masculin exclusivement. Il faut souligner que parmi les grands hommes de la révolution, seul, Condorcet s’est ému au regard de l’exclusion des femmes de la vie de la cité. Il dénonçait ainsi dans un article, publié en 1788, le comportement des hommes : «Tous n’ont-ils pas violé le principe d’égalité des droits en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois

C’est dans ce sens que nos fondateurs, Maria Deraismes et Georges Martin, soutenus par des frères, se sont battus pour l’initiation maçonnique des femmes. Mais face à la forte résistance des obédiences,après l’initiation de Maria Deraismes en 1882, ils décident tous les deux de créer une loge mixte le 4 avril 1893 qui deviendra l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain. Cette loge s’est voulue d’emblée ouverte à tous sans distinction de sexe, d’ethnie, de religion ou de philosophie.

Elle est née de l’affirmation que la femme et l’homme doivent s’émanciper ensemble et vivre cette émancipation dans la mixité. Il ne s’agissait pas seulement d’une mixité numérique mais beaucoup plus d’une mixité profonde allant consciencieusement et courageusement au coeur des choses à transformer, et c’est ainsi qu’ils élevèrent sans ambiguïté ni hypocrisie la mixité au rang des droits humains. La création de cette loge a été un moteur du mouvement qui a abouti à l’acceptation de l’initiation des femmes même chez les plus réticents des frères. Mais par contre, la mixité a d’emblée été rejetée par ces mêmes frères qui ont alors créé des loges féminines d’adoption qui donneront naissance à la Grande Loge Féminine de France en 1945…

…Il semble bien que l’idéal n’est pas le face à face de revendications masculines ou féminines mais plutôt de reconnaître dans la différence des sexes l’origine de la diversité humaine et de fonder sur elle l’exigence de nouveaux partages, comme l’écrit Marc Olivier Padis : « la revendication de l’égalité sociale a entraîné une réorganisation inachevée de la répartition des tâches entre les sexes. Elle a aussi produit une nouvelle figure de l’égalité : la mixité. Parce qu’elle affirme le principe de la fin de la spécialisation des sphères d’activité par genre, la mixité suppose l’invention et l’observation de nouvelles règles de comportement : non discrimination, respect, dialogue. »

Il importe de toujours tenter de comprendre ce qui nourrit ce mouvement et ce qui lui donne sa dynamique propre.

 

° Sommaire :

 

Le contenu historique de la mixité

1- L’événement fondateur, une nécessaire transgression

2- Pourquoi le choix d’ateliers mixtes plutôt que celui d’ateliers féminins ?

3- De quelle mixité parle-t-on ?

4- Une Franc-maçonnerie mixte pour établir l’homme et la femme à égalité de droits, civils, juridiques, professionnels, éducatifs, conjugaux.

5- Une Franc-maçonnerie mixte, qui s’appuie sur la laïcité

6- Une Franc-maçonnerie mixte, internationale, et pacifiste

7- Une mixité, non à la différence, mais de l’universel

8- Une Franc-maçonnerie mixte et les mots pour la dire

Le Banquet ou que nos désirs se tournent vers la lumière

1- Comment le mythe éclaire le vécu initiatique mixte

2- Éros ou le désir terrestre et céleste

3- L’androgyne ou le désir comme attirance

4- Poros et Penia ou le désir comme manque

5- Et Platon créa Diotime

6- Le désir comme animant le vivant

7- Le désir, entre souffrance du manque et aspiration à la plénitude

8- Le désir, comme aspiration à la liberté

9- L’androgyne et comment le deux engendra le monde tel qu’il est

10- Le masculin et le féminin comme principes

11- Le masculin et le féminin comme forces en mouvement

12- Allez vous plus loin, interrogez-moi

13- Le masculin et le féminin comme force d’enfantement

Une tenue mixte, laboratoire de société

1- I have a dream

2- La mixité en loge ou l’apprentissage de la liberté

3- La mixité en loge ou l’apprentissage de l’égalité

4- La mixité en Loge ou l’apprentissage de la fraternité

Ne pas conclure, pour que tout reste ouvert

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