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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Alain Graesel explique les relations entre le GODF et la maçonnerie écossaise.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 16 Juillet 2012, 18:19pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie

Graesel-Alain-2.jpgAlain Graesel, ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France, vient de publier un article très intéressant dans le dernier numéro de la revue de la Grande Loge de France,  Points de Vue Initiatiques. Cet article s'intitule "Propriété du Rite Ecossais Ancien & Accepté". C'est une version résumée d'un article que vous trouverez en totalité sur le site d'Alain Graesel.

Vous pouvez donc facilement retrouver l'intégralité de l'article en question sur le site internet d'Alain Graesel en allant dans l'onglet "Rite Ecossais - REAA"; il s'agit du texte N° 4 en pdf intitulé "La maçonnerie écossaise et le Grand Orient de France du 18ème siècle à nos jours".

Pour celles et ceux qui auraient la mémoire courte, rappelons qu'Alain Graesel, est un ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France (de 2006 à 2009) et qu'il est actuellement le président en exercice de la Confédération des Grandes Loges Unies d'Europe (qui comprend 18 obédiences qui travaillent au Rite Ecossais Ancien & Accepté).

Alain Graesel fait dans cet article le point sur l'histoire des relations entre le Grand Orient de France et la maçonnerie écossaise à partir de la création du GODF en 1773. Que ce soit les relations avec la Grande Loge de France comme avec le Suprême Conseil de France.

Il met en évidence trois points qui lui semblent essentiels à la compréhension du Rite Ecossais Ancien & Accepté en France et à son développement et il examine, documents à l'appui :

- les liens entre la Grande Loge de France de 1728, les hauts grades écossais et le Rite Ecossais Ancien & Accepté;

- la politique menée par le Grand Orient de France à l'égard de la maçonnerie écossaise dès 1773;

- la question de la propriété supposée du Rite Ecossais Ancien & Accepté en France.

Alain Graesel a le grand mérite de réaffirmer un certain nombre de faits historiques qui éclairent d'un jour tout à fait intéressant les enjeux actuels entre diverses obédiences.

Il s'agit de pièces historiques à verser au débat qui se déroule entre francs-maçons de la Grande Loge de France comme du Grand Orient de France, dans le respect absolue des histoires respectives de ces obédiences et de l'Histoire qui nous est commune.

Pour vous donner envie de lire l'intégralité de l'article d'Alain Graesel, en voici quelques extraits :

"Le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le Grand Orient de France  du 18e siècle à nos jours".

Par Alain Graesel, Ancien Grand Maître de la GLDF, Juin 2006 – Juin 2009.

Président de la Confédération des Grandes Loges Unies d'Europe. 

 "… nous ne pratiquons pas tous le Rite Écossais Ancien et Accepté, nous pratiquons tous les rites puisque nous en sommes propriétaires [… ] pour nous le Grand Orient de France est aussi une obédience spiritualiste. C'est une obédience qui atteint à la transcendance … "

Cette déclaration a été faite par le Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), le 21 juin 2009, invité à la "Cérémonie de réception des obédiences amies" (sic) qui suit la clôture du Convent de la Grande Loge de France (GLDF), en présence de 300 Frères et Sœurs du monde entier, représentant 48 obédiences, après son accueil par le Grand Maître de la GLDF dans le Grand Temple de la rue Puteaux.

Elle figure dans le compte rendu officiel des travaux de la GLDF de cette date. 

Elle est proprement ahurissante.

Elle a d'ailleurs stupéfait tous les participants à la cérémonie et pas uniquement les Frères de la GLDF.

Mais lorsque le Grand Maître du GODF s'exprime ainsi, il formule la position officielle de son obédience qui considère manifestement que tout ce qui est maçonnique en France relève de ce qu'elle estime être sa naturelle autorité.

………//………….

Nous tenterons donc de répondre aux trois questions suivantes :

- Quel est le lien entre la GLDF de 1728, les hauts grades écossais et le REAA ?

- Le GODF a-t-il tenté des manœuvres pour annexer la maçonnerie écossaise ?

- En vertu de quoi pourrait-il se qualifier de propriétaire du REAA ?

………//………….

Alain-Graesel-1.jpg

1) Première question :

- Quel est le lien entre la GLDF de 1728, les Hauts Grades écossais et le REAA ?

La première obédience créée en France est la "Grande Loge des Maîtres maçons de Paris, dite Grande loge de France" qui apparaît en 1728. Le nom "Grande Loge de France" apparaît lui explicitement pour la première fois en février 1737, dans le certificat de constitution de la loge Bussy-Aumont.

Les loges de la GLDF pratiquent au départ, à quelques exceptions près, uniquement les rituels des deux premiers degrés. C'est dans ses loges et dans les loges dites écossaises qu'apparaissent, à partir des années 1725 / 1730, le 3e degré symbolique (avec la légende d'Hiram) puis les Hauts Grades qui donneront naissance au REAA.

………//………….

2) Deuxième question :  

- Le GODF a-t-il tenté des manœuvres pour annexer la maçonnerie écossaise ?

Retour sur l'histoire.

La naissance du GODF se produit à la suite de conflits entre des Frères de la Grande Loge de France à la mort de leur Grand Maître, le Comte de Clermont en 1771.

La scission qui se produit donne naissance en 1773 au Grand Orient de France.

Le GODF est donc le résultat d’une opposition entre des Frères de la GLDF de 1728 / 1737 en désaccord sur des règles de fonctionnement et qui ne trouvent d'autre solution que la séparation et la création d'une deuxième obédience qui se présentera fallacieusement et immédiatement comme héritière de la première … qui continue pourtant de fonctionner au vu et au su de tous.

En effet la résistance de la GLDF s'organise car toutes les loges du Royaume ne suivent pas les Frères dans la scission. Et dès 1773 la Grande Loge de France "maintenue" soutient l’affirmation de sa légitimité, face à un GODF tenu par elle pour schismatique.

Sentant émerger là une opposition soucieuse de s’affranchir de sa volonté hégémonique, le GODF veut s’affirmer auprès des loges écossaises de la GLDF et des Mères Loges écossaises comme un pouvoir légitimé par une radicale antériorité dont la revendication est historiquement indéfendable.

………//……………

L’établissement du Suprême Conseil De France.

Lorsque Auguste de Grasse-Tilly fonde le 20 octobre 1804 le Suprême Conseil de France du Rite Écossais Ancien et Accepté dont il devient Souverain Grand Commandeur, il rassemble rapidement autour de lui les Frères des loges écossaises mises à l'index par le GODF.

Et c'est avec leur appui qu'il crée le 22 octobre la Grande Loge Générale Écossaise de France – son existence fut brève mais son titre distinctif est explicite - en charge des trois premiers degrés symbolique. De suite les fondateurs du SCDF, se démarquent des loges bleues du GODF en adoptant un rituel spécifique.

C'est le "Guide des Maçons Écossais", plus ancien rituel imprimé du REAA en France pour les trois premiers degrés.

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La Grande maîtrise du maréchal Magnan et la tentative de soumettre le SCDF en 1862 .

En 1862 Napoléon III - élu Président de la République en 1848 et devenu empereur par coup d'état en 1851 - nomme par décret le maréchal Magnan – gouverneur militaire de Paris et homme de confiance lors du coup d'état de décembre 1851 - à la tête de "l’Ordre maçonnique de France".

Mais Magnan, comme il le souligne lui-même à J.P.G. Viennet, alors Grand Commandeur du SCDF, n’est "même pas maçon" et ne connaît "rien à la maçonnerie" (sic).

Qu'importe. Il reçoit les 33 grades du REAA du Grand Collège des Rites du GODF en quelques heures et prend ses fonctions officielles le 1er février.

Dans cette maçonnerie aux ordres tout le monde suit le mouvement sans sourciller, sauf Viennet qui résiste et auquel Magnan envoie immédiatement une première lettre le sommant de "fondre" les loges du SCDF dans le GODF – "cette grande famille qui vous recevra à bras ouverts" (sic) !

…………//………..

La campagne du GODF contre la GLDF en 1930.

Au début des années 1930 le GODF, fidèle à ses options stratégiques, organise une campagne d'action dans les loges de la GLDF en vue de l'absorber.

Ayant obtenu des informations probantes sur cette tentative le Grand Maître de la GLDF, Maurice Monier, pour mobiliser ses troupes envoie le 19 octobre 1930 aux Conseillers Fédéraux de la GLDF la circulaire suivante) :

"T:.C:.F:. et Collègue … à lire ou à commenter devant les membres des Loges […] il importe de régler […] l'incident avec le G:.O:. de France et l'offensive qu'il a décidé de mener en vue de ce qu'il nomme l'unité maçonnique".

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L'opération dite de la " Maçonnerie française " en 2003.

Association de fait, au nom déposé à l'INPI par le GODF lui-même comme sa seule propriété elle a pour vocation supposée de représenter la maçonnerie française – comme si toutes les obédiences étaient identiques - .

Curieusement, c'est le GODF qui apparaît régulièrement dans les médias, comme le seul porte parole de toute la maçonnerie française.

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3) Troisième question :  

- En vertu de quoi le GODF pourrait-il se qualifier de propriétaire du REAA ?

Concernant cette fameuse "propriété du REAA" revendiquée par le GODF au travers de la parole de son Grand Maître en juin 2009 on pourrait demander avec un peu d'humour : "propriété intellectuelle ou propriété commerciale" ?

 

La "propriété intellectuelle" laisserait entendre que le GODF serait à l'origine de la conception du REAA. On a vu que n'est pas le cas car les loges qui ont conçu, pratiqué et stabilisé les rituels ayant servi d'architecture au REAA l'on fait au milieu du 18e siècle, avant la naissance même du GODF.

…………//…………

La "propriété commerciale ou de rapport" quant à elle signifierait que le GODF, même s'il ne se considère pas comme le concepteur du REAA, pourrait l'avoir acquise par transaction en vue de facturer des droits d'usage aux obédiences et loges pratiquant le REAA pour qu'elles aient précisément le droit de le faire !

On peut penser avec un peu d'humour que s'il envisageait de le faire les réactions seraient à la fois amusantes et percutantes.

…………//……………..

Cette "propriété" de tous les rites au profit du GODF est donc une rumeur sans autre fondement que les fantasmes de ceux qui la diffusent et il ne faut pas lui accorder plus de temps que celui qui a été nécessaire pour la lecture de cet article.

En conclusion

Le Suprême Conseil de France et la Grande Loge de France, qui fonctionnent depuis 1904 très explicitement dans une totale indépendance institutionnelle - revendiquée à la fois par l'une et par l'autre structure - sont passionnément attachés au REAA fondateur de leur identité.

Mais ils n'en conçoivent aucun sentiment de supériorité à l'égard de quiconque.

Et ils souhaitent entretenir avec tous une relation équilibrée et respectueuse, fondée sur la Valeur qui est au cœur même de leur démarche : la Liberté de chacun comme condition de la Liberté de tous. 

……………………………………

Alain-Garesel-2.jpgEnfin, je me permets d'ajouter à l'article d'Alain Graesel que, comme le rappelle Maurice Lévy dans son "Guide de l'Orient Eternel" c'est dans l'appartement et sous l'impulsion décisive du Maréchal Kellermann, le héros de Valmy - qui connaissait le prix de la Liberté - que les francs-maçons écossais dénoncèrent, le 6 septembre 1805, le concordat avec le GODF, imposé en décembre 1804 au Suprême Conseil de France par l'Empereur. La Franc-Maçonnerie écossaise retrouvait son indépendance. Elle devra souvent lutter pour la sauvegarder, comme le rappelle fort justement Alain Graesel dans son article.

Vous l'avez compris, un article à lire de toute urgence !

Jean-Laurent Turbet

 

° Pour aller plus loin :

° Le site internet d'Alain Graesel.

° "La maçonnerie écossaise et le Grand Orient de France du 18ème siècle à nos jours", sur le site d'Alain Graesel, au format pdf.

° Le site de la Grande Loge de France.

° La revue de la Grande Loge de France, Points de Vue Initiatiques.

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