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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Colloque : « La laïcité, entre universalité et lutte contre les discriminations ». Autour de Jean Baubérot.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 26 Janvier 2007, 00:52am

Catégories : #Laïcité

L'intégrisme républicain contre la laïcitéL’ouvrage de Jean Baubérot, L’intégrisme républicain contre la laïcité (éd. de l’Aube), relance le débat historique et contemporain sur les liens entre les religions et l’Etat en France.

Un colloque, organisé par l’association ADAPes et la revue Passages,  aura lieu le :


Lundi 5 février 2007
de 14 h 30-18 h
à Institut hongrois,
92, rue Bonaparte, Paris 6e.

Il réunira Sylviane Agacinsky, philosophe ; Jean Baubérot, titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité, EPHE ; Régis Debray, professeur à l’université Jean-Moulin de Lyon; Chantal Delsol, philosophe ; Jean-Paul Durand, doyen de la faculté de droit canonique ; Chris Laroche, proviseur du lycée Robert-Doisneau, Vaulx-en-Velin; Charles Melman, psychanalyste ; Alain-Gérard Slama, universitaire ; Alain Gresh, rédacteur en chef au Monde Diplomatique ; Emile H. Malet, directeur de la revue Passages.


Réservation auprès d’ADAPes, 01 43 25 23 57 ou adapes@club-internet.fr ou à Passages, 10, rue Clément, Paris 6e. 01 43 25 62 57, passages@club-internet.fr .

Jean Baubérot, titulaire de la chaire histoire et sociologie de la laïcité à l’EPHE, revient dans son dernier ouvrage sur les rapports entre religion et Etat en France. Il propose de repenser la laïcité à la française.

Il a accoré un entretien au magazine Réforme intitulé « Contre la vulgate intégriste républicaine ». Ses propos ont été recueillis par Frédérick Casadesus.

Encore un livre sur la laïcité à la française ? Que peut-on ajouter sur ce sujet ?
L’idée de ce livre a d’abord été inspirée par la célébration du centenaire de la loi de séparation. Certes, de nombreuses manifestations ont, une fois encore, montré la vitalité associative dans notre pays ; mais les cérémonies officielles, cantonnées dans des colloques élitistes, n’ont pas permis un débat sur les aspects les plus intéressants de cette loi qui restent méconnus. Sait-on, par exemple, qu’elle a mis en cause l’universalisme républicain abstrait ?

La révolte des banlieues, qui a montré à quel point des discriminations sont ressenties, m’a également questionné. Des commentateurs ont parlé de «communautarisme» mais des analystes plus sérieux ont montré qu’il s’agissait avant tout d’une révolte sociale. Les Français doivent affronter leurs problèmes avec courage, sans langue de bois sclérosant le débat.

A partir de ces constats, j’ai pensé qu’une manière récente de parler de la République, en l’opposant à la démocratie (dite « anglo-saxonne »), nous enferme dans une fausse bonne conscience. J’appelle cela une «vulgate intégriste républicaine». Des stéréotypes circulent, que retiennent les médias et qui façonnent l’opinion. Je passe en revue dans l’ouvrage les thèmes les plus actuels où se reconnaît cette vulgate, qui pose un diagnostique faux sur l’Histoire et n’affronte pas les défis d’aujourd’hui. Il s’agit de l’égalité des sexes, l’outre-mer, la relation entre l’islam et le politique, la façon dont on aborde les «sectes», le multiculturalisme, etc.

A propos de l’islam, je m’appuie sur mes propres analyses et sur un rapport publié en 2006 par l’«
International Crisis Group», qui est financé par divers Etats et sociétés pour analyser comment lutter intelligemment contre le terrorisme et diminuer l’intensité des conflits actuels. Cette organisation montre que les musulmans sont plus individualistes qu’on ne le croit, tandis que les politiques publiques sont souvent communautaristes.

A propos des sectes ou prétendues telles, vers 2002-2004, la société française paraissait capable d’aborder cette question de façon raisonnable. Mais, après cette date, un changement a pris corps, provoquant des réactions disproportionnées – que l’on se souvienne de l’attitude du maire de Montreuil à l’égard des évangéliques.

Vous confrontez la laïcité française aux modèles étrangers…
Ayant souvent présenté la laïcité au Japon, dans les deux Amériques, en Europe, je relate mes expériences et rends compte des critiques. Nombreux sont ceux qui pensent que notre conception de la laïcité ressemble à une religion républicaine, ou font diverses critiques qu’il faut entendre. Je montre qu’un multiculturalisme à la française prend forme derrière le discours dit «républicain». Des politiques publiques intègrent le multiculturalisme de manière honteuse, sans vision claire de ce qui doit être gardé de la tradition républicaine.

Vous parlez des «impensés du centenaire de la loi de 1905». Le débat n’a-t-il pas été suffisant ?
J’essaie de créer le débat qui n’a pas eu lieu. D’abord en retraçant le processus qui a permis de passer de ce que l’on appelait à l’époque une laïcité intégrale (analogue à la vulgate républicaine intégriste d’aujourd’hui) à une laïcité inclusive qui prend en compte les croyances des individus et les intègre à la société. L’Assemblée nationale a republié le rapport d’
Aristide Briand en enlevant son chapitre sur la laïcité hors de France. Cela est typique de ce rétrécissement dit «républicain» de la laïcité. A l’époque, le débat sur la soutane comporte des arguments très proches de celui sur le voile. La virilité masculine était en jeu, la féminité l’est tout autant de nos jours. Je termine par « Les séparations auxquelles nous avons échappé » pour montrer tout ce qui a été refusé et prouver que la loi de séparation de 1905 était libérale. En étudiant ce qui a été refusé, on le perçoit mieux.

Vous proposez de repenser la laïcité. Dans quel sens ?
Je l’étudie comme d’autres sont spécialistes de la biologie. Dans mon livre, je m’attarde sur la question de la religion civile. Elle est au centre du questionnement de la
Fédération protestante de France sur la laïcité. Je m’interroge aussi sur les mutations du domaine public et de l’espace privé. Depuis 30 ans, nous assistons à une interconnexion étroite du public et du privé, due notamment au fait que la vie privée est exposée à la télé, sur Internet. Les médias ne connaissent pas la frontière public-privé.

D’autre part, dire que «la religion est affaire privée» signifie surtout qu’elle relève d’un choix personnel. On a dit cela à un moment où la liberté individuelle gagnait du terrain. Autrefois, les fils embrassaient la profession de leur père. On constate maintenant une diversification. J’observe le même phénomène pour la religion, qui s’apparente moins à un héritage qu’à une démarche personnelle.

Vous évoquez l’idée d’un pacte laïque international…
Je reproduis une
Déclaration internationale sur la laïcité au XXIe siècle, signée par 250 universitaires appartenant à une trentaine de pays de différents continents. C’est un acte universitaire et citoyen de gens qui, à partir des analyses qu’ils peuvent mener dans leurs pays respectifs, cherchent à définir un pacte laïque international. Ne pas lier uniquement la laïcité à l’expérience française est essentiel. Cela permet de lui donner un horizon plus large.

 

A lire absolument :

L'intégrisme républicain contre la laïcitéL’intégrisme républicain contre la laïcité

Par Jean Baubérot éditions de L’Aube. 301 p. 22 euros.

A consulter :

Le Blog de Jean Baubérot sur la Laïcité

L'article du Monde concernant la déclaration universlle sur la laïcité du XXIème siècle.

Laïcité et Sectes par Jean Baubérot lors du séminaire "sectes et laïcité" de 2003/2004.

3 questions à Jean Baubérot sur la laïcité, sur le site de la Documentation Française.

Tous les livres de Jean Baubérot sur le site Fnac.com.

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