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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


« Les religions meurtrières » d’Elie Barnavi.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 17 Août 2007, 10:18am

Catégories : #Chroniques de livres.

Nous connaissons bien Elie Barnavi en France puisqu’il a été ambassadeur d’Israël dans notre pays de 2000 à 2002. Professeur d’histoire de l’Occident moderne à l’Université de Tel Haviv, il dirige aujourd’hui le comité scientifique du musée de l’Europe à Bruxelles.
 
Les-religions-meurtrieres-B.jpgC’est donc en francophone et francophile qu’il nous livre ses réflexions sur la religion, les religions et les dangers encourus actuellement dans son livre "Les religions meurtrières".
 
Autant le dire tout de suite pour que les choses soient claires. Il y a très peu de choses avec lesquelles je ne sois pas d’accord dans ce livre! Car c’est un livre d’analyse clair précis et argumenté.
 
Elie Barnavi nous parle en théoricien, en historien, mais aussi en praticien. Ses diverses fonctions lui ont permis d’approcher de près et d’étudier les fondamentalistes.
 
Pour l’auteur il est certain que toutes les religions, et particulièrement les religions monothéistes, ont une capacité à la violence. Elle est inhérente à leur existence même. Et toute l’histoire de l’humanité le démontre : souvenons nous des Guerres de Religions entre catholiques et protestants en France, de l’Inquisition, des Croisades, des bûchers.
 
On a massacré au nom de Dieu et des écritures saintes tout au long des siècles et sur tous les continents.
 
Pourtant ce livre n’est pas un livre contre les religions. C’est un avertissement à nous européens et particulièrement à nous français sur les périls qui sont à notre porte. Parce qu’Elie Barnavi aime la France, sa culture et ses valeurs.
 
Peu être à son insu, il nous livre ses observations sur le mode des écrits rabbiniques, par circonvolutions, renvois et allers-retours. C’est comme ça qu’écrivaient des rabbins comme Hiller ou Saul de Tarse (on dit plus volontiers Saint Paul chez les chrétiens en oubliant sa qualité de rabbin).
 
Elie Barnavi nous propose de développer le sujet autour de neuf thèses que je ne résumerais pas séparément. Je vous laisse le soin de le faire.
 
Son introduction est éclairante «La premières chose que je vous demande est de cesser de considérer les religions comme des touts cohérents, ce qu’elles ne sont pas».
 
Après avoir définit le concept de religion il note fort justement que ni l’hébreu ni l’arabe ne connaissent ce mot (pas plus que le mot « laïc » d’ailleurs). En arabe cela se dit Din, la Loi et en hébreu Dat qui a à peu près le même sens. En déclarant (P25) : « Toute religion est politique. Sauf dans nos sociétés dûment sécularisées, précisément ». Et en citant Melanchthon (P27) il précise ce que l’on attend d’une religion «Deux choses : une morale civique et une consolation contre la mort et le Jugement dernier».
 
Il n’est pas contre les formes originales, parfois extrêmes de religiosités. Ce qu’il nomme l’orthodoxie, voire l’intégrisme, c'est-à-dire une forme particulièrement poussée de religiosité. Les quakers aux Etats-Unis par exemple. Ils ne font de mal à personne et souhaitent seulement vivre comme ils veulent. « Une démocratie doit savoir supporter en son sein ou plutôt sur ses marges, des communautés excentriques, même si elles méprisent l’Etat et se moquent ouvertement de ses lois » (P37).
 
Tout autre chose est ce que l’auteur appelle le «fondamentalisme révolutionnaire» (P40).
 
Un fondamentalisme agissant d’abord sur les siens (en reprochant de ne pas être assez observants) puis en essayant de transmettre sa loi à l’ensemble de l’humanité.
 
Il montre comment les « fondamentalismes révolutionnaires » chrétiens ou juifs ont échoué. Le fondamentalisme chrétien a échoué… grâce à la laïcité. « Car partout en Occident, la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est imposée comme l’un des traits majeurs de sa culture politique, mieux, une caractéristique essentielle de sa civilisation ». (P61). « Le bonheur de l’Occident, ce fut la laïcité ». (P65).
 
Que la laïcité soit imposée par la force dans les pays catholiques comme la France, ou qu’elle se soit imposée plus sereinement dans les pays protestants où « …la séparation des Eglises et de l’Etat a pu se faire dans l’harmonie, sans drame ni rupture. Pourquoi ? Eh bien parce que la Réforme a accompli elle-même l’œuvre de laïcisation qui était au cœur de la modernité politique. » (P58).
 
Le fondamentalisme juif est quand à lui condamné par son caractère endogène. Les fanatiques ont tué Yitzhak Rabin, un juif. Lorsque l’état israélien sonne la fin de la récréation comme lors de la libération de la bande de Gaza, les fondamentalistes sont obligés de se cantonner dans leur pré carré.
 
Reste le problème de l’Islam. Elie Barnavi le reconnaît : «Pourquoi le cacher, tout ce qui précède n’aurait pas été sans ce qui suit. C’est l’Islam qui provoque la réflexion et les débats actuels sur la religion. C’est l’Islam qui est aujourd’hui travaillé par le fondamentalisme révolutionnaire. C’est l’Islam qui fait peur» (P79).
 
Ce n’est pas dû particulièrement au Coran, ou l’on trouve autant de versets tolérants que guerriers (comme dans tous les autres textes sacrés). « Aussi la question n’est elle pas ce que dit le Coran, mais ce qu’on choisit de lire dans le Coran. Et pourquoi on choisit si fréquemment d’y lire l’incitation à la violence plutôt que l’invitation à la tolérance. Ce n’est donc pas le Coran qu’il faut interroger, mais l’histoire » (P82).
 
En Islam pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Religion et empire ne font qu’un. De plus, contrairement au christianisme il n’y a pas continuité entre le nouveau et l’ancien testament. Le Coran qui « préexistait » remplace les écritures antérieures qui s’étaient trompées.
 
Pas de Lumières non plus en Islam : Pourtant un Islam tolérant et éclairé a existé au IXème siècle : Bagdad l’Abbaside, Cordoue l’Ommeyade et le Caire fatimide. Mais à peine apparue, cette pensée « était aussitôt supplantée par l’école fondamentalisme avant la lettre d’Ahmad ibn Hanbal. Petit à petit, le débat théologique sera étouffé, le génie arabe se réfugiera dans l’abstraction mathématique, la poésie et la jurisprudence » (P85).
 
L’Islam se replie définitivement sur lui-même, sans se soucier des autres mondes, dans sa version fermée, exclusiviste et autocentrée. La curiosité arabe disparaît. «Lorsque Bonaparte s’embarque pour l’Egypte, les européens disposent de dizaines d’ouvrages de grammaire et dictionnaires arabes, persans et turcs ; il n’y en a aucun en face». (P86). « L’ensemble du monde arabo-musulmans a traduit en dix siècles moins d’ouvrages étrangers que l’Espagne n’en traduit de nos jours en une seule année » (P90).
 
Ce qui change à partir du XVIIIème siècle ce n’est pas la réalité mais la perception de la réalité par le monde musulman. La colonisation aggravera encore les choses. Les occidentaux, considérés comme des barbares sont en fait des conquérants, dominateurs dans tous les domaines.
 
«L’islamisme et son excroissance révolutionnaire se sont développés sur ce terreau de la mémoire et de l’échec. Si rien n’a marché, c’est parce que rien n’était à nous et que tout nous a été imposé par l’étranger. Il est grand temps de revenir à la foi de nos pères. Nous retrouverons ainsi le chemin de la grandeur et de la gloire perdues. Comme le proclame la propagande électorale des Frères musulmans égyptiens, « l’islam est la solution» » (P92).
 
Les islamistes, ne pouvant en général pas prendre le pouvoir directement dans les pays musulmans trop bien « tenus » (Egypte, Tunisie, Maroc, Algérie…) islamisent la société. Mais attention, dès que des élections un tant soit peu libres sont organisées, c’est bien les partis islamistes radicaux que les peuples arabes portent au pouvoir (FIS en Algérie en 1991, Hamas en Palestine, processus interrompu en Egypte).
 
De plus la situation des minorités en terre d’Islam devient de plus en plus difficile.
 
«Résumons donc : l’Etat musulman a tenté de chevaucher le tigre. Le tigre est en train de lui dévorer les entrailles» (P100).
 
Et l’Europe et particulièrement la Grande-Bretagne avant les attentats de 2005, a été particulièrement permissive à l’égard des islamistes radicaux.
 
Les jeunes déboussolés des banlieues européennes sont des proies faciles. Mais cela n’explique pas tout : «les terroristes de Londres étaient parfaitement intégrés, de même que les membres de la cellule islamiste qui a été démantelée en mars 2006 à Montpellier» (P107). On pourrait ajouter, car les faits sont postérieurs à l’écriture du livre, la même chose pour les terroristes (la filière des médecins) qui ont essayé de faire exploser leur véhicule à l’aéroport de Glasgow en Ecosse il y a quelques semaines.
 
Ne se sentant de nulle part «ils seront chez eux dans la révolution islamique mondiale » (P108). « Négocier avec eux ne signifie rien, puisqu’ils ne demandent rien et qu’on ignore ce qu’ils veulent, sinon tuer le plus de gens possible, voilà tout. Dans l’immédiat du moins » P109).
 
Et il faut toujours se souvenir que « Ben Laden est de loin l’homme le plus populaire dans le monde musulman, concurrencé il est vrai, depuis la « victoire » du Hezbollah sur Tsahal, par Hassan Nasrallah ». (P112).
 
« L’Occident démocratique est en guerre contre une idéologie globale qui entend user du terrorisme à une échelle inédite afin de le mettre à mort » (P113).
 
Barnavi.jpgComme pour Hitler dès 1933 « une longue fréquentation de ces agités m’a convaincu qu’il fallait les croire sur parole. C’est le début de la sagesse. Le cynisme est l’apanage des gens raisonnables ; les fanatiques sont gens sincères, hélas » (P114).
 
C’est vrai qu’il est malaisé dans nos sociétés fortement sécularisées où la religion ne joue pas un grand rôle, de comprendre la problématique interne de ces groupes de fanatiques. Les guerres de religions nous semblent tellement loin et tellement d’un autre âge.
 
Mais comme le rappelle fort justement Elie Barnavi : «La raison profonde d’une guerre de religion n’est pas le territoire, ni l’argent, ni la forme de pouvoir. C’est la religion». Car comme il le rappelait plusieurs chapitre avant : toute religion est politique !
 
Ce que reproche le plus – à très juste raison - Elie Barnavi à la politique désastreuse de George Bush en Irak ce n’est pas que les islamistes ne nous respectent pas (ça on s’en fiche) mais c’est que maintenant, en plus, ils ne nous craignent plus. Que nous importe en effet qu’ils nous aiment pourvu qu’ils nous craignent ! «Ce n’est pas une question de haute stratégie mais de psychologie : le fondamentaliste révolutionnaire musulman est un homme pieu certes, mais aussi un indécrottable macho, qui comprend et respecte la force» (P119). C’est tellement vrai !
 
Elie Barnavi plaide enfin – là encore à très juste raison – pour une véritable union transatlantique de lutte contre le terrorisme islamique. A cela deux conditions : « Que les américains (…) traitent leurs alliés autrement qu’en supplétifs (…) et que les européens comprennent que l’art du compromis a des limites et que toute diplomatie qui n’est pas étayée par la force n’est qu’un exercice futile » (P121).
 
Barnavi observe que les modèles d’intégrations différents, de France comme de Grande Bretagne ont échoués tous les deux pour des motifs différents qu’il explicite. «Je pense que le modèle britannique était erroné dans son principe et le modèle français dans son application» (P125). Là encore il voit juste.
 
Si le multiculturalisme anglais mène au ghetto, l’intégration à la française n’a pu être réalisée faute de croyance en ses propres valeurs. Et « il ne sert à rien de se voiler la face, il y a bien un problème spécifique d’intégration des musulmans » (P124).
 
La France, puisqu’il s’agit d’elle, doit retrouver confiance en elle-même et en ses valeurs et être capable de les imposer à tous. « Cela passe par la réaffirmation de quelques règles simples, dont l’application ne doit souffrir aucune discussion, aucune compromission, aucune dérogation. Ici, on ne bat pas sa femme, on n’excise pas sa fille, on ne tue pas sa fille sous prétexte qu’elle a souillé l’honneur de la famille en refusant le mari qu’on voulait lui imposer. Ici la conscience est autonome et la religion relève du libre choix de l’individu. Ici, on ne tolère aucune manifestation de sectarisme religieux, les prêches haineux sont proscrits, l’incitation à la violence est interdite par la loi. La République est bonne fille, elle doit réapprendre à sortir ses griffes » (P131).
 
« En un mot comme en cent, il s’agit de réhabiliter l’héritage des Lumières » (P132).
 
Elie Barnavi conclue : «Ces règles existent ; cela s’appelle la laïcité. Cette laïcité, sans laquelle il n’est pas de démocratie possible, il vous faut la défendre bec et ongles, sans nuances ni faiblesses» (P136). Qui ne pourrait souscrire à ses propos ?
 
« Il vous faudra réapprendre à faire la guerre. Il vous faudra vous arme de patience et de conviction, et tracer bravement la ligne de défense en deçà de laquelle vous ne pourrez ni ne voudrez reculer » (P137).
 
En bref, un livre parfois dérangeant mais nécessaire pour comprendre le monde actuel, à lire de toute urgence.
Mot de l'éditeur :
Voici neuf thèses sur la religion politique. Pour vous, cher Européen perplexe et angoissé, pour vous armer contre un adversaire très différent de tous ceux que les siècles passés ont dressés contre vous.
Il y va de vos valeurs, de vos libertés, de l'avenir de vos enfants.

Un spectre hante le monde : le terrorisme à fondement religieux, surtout islamique. Cet essai tente d'expliquer aux lecteurs les ressorts de ce phénomène politique, sans doute le plus angoissant de notre temps : l'émergence de ce qu'Elie Barnavi appelle le «fondamentalisme révolutionnaire». Le choix de la présentation - une série de «thèses» brèves et fortement argumentées - permet de situer ce phénomène dans le contexte historique et culturel de la religion politique en général. On comprendra mieux pourquoi la tentation fondamentaliste révolutionnaire est, aujourd'hui, plus forte dans l'islam que dans d'autres systèmes religieux tout aussi politiques que lui ; et on essaiera de définir les moyens de la combattre. Rédigé dans une langue simple et illustré par des exemples concrets, ce livre n'est pas un ouvrage d'érudition, mais de combat. Il se veut le vade mecum du citoyen déboussolé de nos molles démocraties face au pire ennemi auquel il doit désormais se mesurer.

Professeur d'histoire de l'Occident moderne à l'Université de Tel-Aviv, Élie Barnavi a été ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002.
Il dirige aujourd'hui le comité scientifique du Musée de l'Europe, qui ouvre ses portes en 2007 à Bruxelles. Il a publié chez Flammarion Une histoire moderne d'Israël (aujourd'hui en collection Champs) qui fait autorité.

Extrait du livre :
Considérons un instant la carte des religions du monde, telle que le XXe siècle nous l'a fabriquée. Quel bouleversement ! On dirait que les peuples se sont mis en mouvement, en emportant leurs autels dans leur bagage. Les Juifs ont émigré de l'Europe orientale vers l'Amérique, l'Europe occidentale et la Palestine/Israël, puis d'Afrique du Nord et des pays musulmans de la Méditerranée orientale vers Israël, la France et le Canada. Dans le même temps, par vagues successives, des catholiques (irlandais, italiens, polonais, latino-américains) débarquaient aux États-Unis, jusqu'à compter pour une bonne moitié dans la mosaïque religieuse de ce pays à l'origine protestant. Hindous, bouddhistes et taoïstes ont essaimé dans le monde entier avec les fortes émigrations en provenance de l'Inde, de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, avec des concentrations particulièrement denses sur la côte est des Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Enfin, avec quelque vingt million» de musulmans en Europe, l'islam y est désormais solidement implanté comme la deuxième confession en chiffres absolus. Oui, la religion s'est mondialisée. Habitué que vous êtes à penser le monde selon vos critères philosophiques d'Occidental, vous avez du mal à comprendre à quel point l'Occident et ses fils spirituels sont minoritaires dans ce vaste monde. Vous n'avez pas su voir que la mondialisation ne se faisait pas à sens unique, ni sous les seules espèces de l'économie. Car tout s'est «globalisé», les religions comme tout autre système d'échange. Jadis, même lorsqu'elles étaient conquérantes - à l'instar de l'islam, dont la progression à ses débuts a été jugée foudroyante, ou du christianisme, qui a évangélisé à la pointe de l'épée l'Amérique, puis des morceaux d'Asie et d'Afrique -, leur expansion se mesurait en décen­nies, voire en siècles. Tout va plus vite de nos jours. De vastes mouvements migratoires, d'une ampleur sans précédent, ont transplanté de grosses commu­nautés de croyants loin de leur lieu d'origine ; la véritable mutation qu'ont connue les moyens de transport et de communication de masse a créé les conditions d'une transmission instantanée de messages religieux, en même temps que celles de l'émergence de communautés de croyants virtuelles à l'échelle de la planète. Dans le «village global» théorisé par Marshall McLuhan, il y a désormais des Églises globales, une mosquée globale, une synagogue globale, ainsi que toutes sortes de croisements, plus ou moins inattendus.

Le livre :
d’ Elie Barnavie
Editeur : Flammarion
Collection : Café Voltaire
Publié en novembre 2006
ISBN : 2080690477
Prix public : 12€
commander-100x30-01.gifPrix FNAC à partir de ce site : 11,40€ (livraison gratuite & rapide).



Disponible sur www.cale-seche.com

LES RELIGIONS MEURTRIERES.
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