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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Abd-el-Kader, chef militaire, poète, philosophe, théologien et franc-maçon

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 19 Mars 2012, 12:39pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GODF, #Abdelkader, #Bruno Etienne, #Histoire, #Islam, #Soufisme, #Damas

abdelkaderFM.jpgPour célébrer le 50ème anniversaire du cessez-le-feu en Algérie qui a pris effet le lendemain de la signature des accords d'Evian le 19 mars 1962, j'ai choisi de parler non pas des contemporains de cette époque, mais de la figure emblématique de la résistance algérienne à la colonisation de ce pays en 1830, à savoir l'Emir Abd-El-Kader.

 

Peu de personnages dans l'Histoire m'inspirent autant de respect que l'Emir Abd-El-Kader.

 

L'Emir Abd-El-Kader naît probablement le 6 mai ou le 6 septembre 1808 dans la commune El-Guetna, wilaya de Mascara, en Algérie. Il est le troisième fils de Sidi Muhieddine, cheikh de l'ordre soufi Qadiri (fondé au début du 11ème siècle par Abd al-Qadir al-Gilani) et de Zohra, une femme cultivée, fille du cheikh Sidi Boudouma, chef d'une zaouïa assez influente de l'époque située à Hammam Bouhadjar (Ouest algérien). Il dit aussi être de la descendant du prophète Mahomet.

En 1830, la conquête de l'Algérie par la France fait passer ce territoire de la domination ottomane à la domination française. Dès 1832, Abd-El-Kader, qui a choisi le titre d'Emir plutôt que celui de Sultan prèche la guerre sainte pour libérer l'Algérie. En 1833 il fait bloquer la ville d'Oran par la tribu des Rharaba et couper toute communication avec Mostaganem par la tribu des Hachem. La tactique réussit, les arrivages cessèrent sur les marchés français. Les tribus soumises cherchent à se détacher des Français. Il signe des traités en 1834 et 1837. ce dernier reconnaît son titre d'Emir. Abd-El-Kader unifie alors les province d'Oran et d'Alger administrativement pour les unir contre les français.

 

Le 5 mai 1839, Abd-El-Kader demande et obtient l'appui du sultan du Maroc pour annexer le Constantinois. En réaction, la France organisa l'expédition des « Portes de Fer » en octobre 1839, expédition qui fut considérée comme une violation du traité de Tafna.

 

La nomination du Maréchal Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie en 1842 va sonner le glas des espoir d'Abd-El-Kader. Bugeaud, qui a réorganisé l'armée, harcèle en effet sans relâche l'Emir, que ce soit avec des troupes régulières (les zouaves et spahis) ou des corps irréguliers (les goums formés d'algériens ralliés au régime).

 

Après 5 année de résistance héroïque, l'Emir se rend le 23 décembre 1847.

 

Il est emprisonné près de 5 ans en France quand, le 16 octobre 1852, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III vient annoncer solennellement sa liberté à l'émir. Après avoir fait serment de ne plus perturber les opérations françaises en Algérie (décembre 1852), Abd-El-Kader part en exil pour Brousse mais suite à un tremblement de terre qui détruit la ville en 1855 : il se rend à Istanbul et ensuite, avec les autorisations des gouvernements français et turc, il s'installe à Damas en Syrie.

 

C'est là que va se passer l'un des épisodes les plus emblématiques de la vie de l'Emir.

 

En 1860, avec l'accord du pouvoir ottoman, des massacres de chrétiens sont perpétrés par les Druzes dans le mont Liban (de mars à juillet) puis à Damas par des sunnites (9 au 18 juillet).

 

Scandalisé de voir ce qui se passe sous ses yeux l'Emir Abd-El-Kader ouvre sa propriété et sauve la vie de plus de 3000 chrétiens poursuivis par les fanatiques musulmans assoiffés de sang. Plus de 10 000 chrétiens trouveront la mort dans ces massacres de masse destinées à anéantir tous les chrétiens du liban. Heureusement, grâce à l'Emir Abd-El-Kader, et à son intervention personnelle auprès des autorités ottomanes, plus de 12 000 chrétiens furent sauvés.

 

Pour cette action l'Emir Abd-El-Kader recevra la Légion d'Honneur.

 

L'Emir Abd-El-Kader franc-maçon :

 

Pour cela aussi les francs-maçons parisiens souhaitent honorer l'Emir. C'est la Loge Henri IV, du Grand Orient de France, qui prend contact avec l'Emir. Celui-ci se renseigne sur la Franc-Maçonnerie qu'il conçoit (certainement pas à tort) comme une tariqa spirituelle des occidentaux.

 

En février 1861, Abd el-Kader répond en faisant part de sa «joie indicible» et de son désir de rejoindre la Franc-Maçonnerie. C'est en parfaite connaissance de cause que l'Emir demande son initiation.

 

Comme l'Emir ne peut venir à Paris à ce moment là, il est initié franc-maçon le 18 juin 1864 à 21 heures, par la Loge Les Pyramides, à l'Orient du Caire, réunie à Alexandrie.  

 

L'Emir arrive enfin en France le 27 juin 1865. Le mensuel le  Monde maçonnique annonce son arrivée prochaine à Paris et invite les frères à venir lui témoigner leur estime. L'Emir est logé par le ministère de la Guerre et accompagné par le consul de France à Damas auprès de Napoléon III qui le reçoit. Il en profite pour défendre la cause d’un soufi arrêté dans le Caucase.

 

L'Emir Abd el-Kader est enfin reçu dans sa loge, Henri IV,  le 30 août 1865. C'est une très grande cérémonie. Les grades qui lui ont été décernés à Alexandrie sont confirmés par un diplôme de consécration.

 

L’Émir quitte la France le 2 septembre, et retourne à Damas. Même s’il est porté comme membre honoraire de la loge La Syrie, à l’Orient de Damas, ses contacts avec la franc-maçonnerie se relâchent.

 

Il est clair que la décision du Grand Orient de France de 1877 de ne plus faire obligation de la croyance en Dieu trouble l'Emir qui est un musulman très croyant. Il marquera d'ailleurs très clairement sa désapprobation dans unje lettre qu'il enverra au GODF.

 

Au début du 20ème siècle, les musulmans plus spiritualistes se tourneront d'avantage vers une autre obédience, la Grande Loge de France, qui a maintenue l'obligation de travailler "à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers".

 

Une loge de la Grande Loge de France, créée en 1994 à Paris sous le numéro 1176 porte d'ailleurs le titre distinctif "L'Emir Abd El Kader" et a initié de nombreux frères issus notamment d'Afrique du Nord.

 

Rendons ici hommage au regretté Bruno Etienne qui a exhumé tous les documents qui concernent Abd-El-Kader et la Franc-Maçonnerie.

 

Mais l'Emir Abd-El-Kader était également un penseur de l'Islam, disciple du grand Ibn ’Arabî (7 août 1165, à Murcie, en al-Andalûs (actuelle Espagne), et mort en 1240, à Damas en Syrie), le plus grand maître soufi et l'un des plus grands théologiens et philosophes de tous les temps. Il faut avoir lu "l'Imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi" d'Henry Corbin pour tenter d'approcher l'oeuvre de cet homme extraordinaire. Ibn' Arabî est l'auteur de près de 850 ouvrages dont le célébrissime "Traité de l'Amour".

 

C'est en soufi spiritualiste, en homme sage, en théologien tolérant et en franc-maçon que l'Emir Abd-El-Kader rejoint l'Orient Eternel le 26 mai 1883 à Damas.

 

Puisse son exemple être une Lumière pour aujourd'hui et pour demain.

 

Jean-Laurent Turbet

 

° Pour aller plus loin :

 

° "Abd el-Kader et la Franc-Maçonnerie", de Bruno Etienne, sur ce site.

° Abd el-Kader, de Bruno Etienne. Editions Hachette Pluriel Références. Janvier 2003. ISBN : 2012791174.

° Abd el-Kader le Magnanime, de Bruno Etienne. Gallimard. Collection Découvertes N° 431.
 ISBN : 2070767493

 

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