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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Interview de J-M Quillardet, Grand-Maître du GODF, à Lyon Capitale

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 3 Septembre 2008, 11:04am

Catégories : #Franc-Maçonnerie

Quelques jours avant l'ouverture du Convent du Grand Orient de France à Lyon, le Grand Maître sortant Jean-Michel Quillardet*, se confie à Lyon Capitale. Que se passe-t-il derrière les portes des temples fermés au public?

LC : C'est quoi le Grand Orient de France? C'est quoi la franc-maçonnerie?

J-M Q : C'est d'abord une méthode de travail et une éthique pour essayer individuellement de se perfectionner, acquérir plus de tolérance et plus de sagesse, essayer de mieux comprendre la complexité des hommes et la complexité du monde. Le Grand Orient de France est la principale obédience en nombre et la plus ancienne, puisque nous existons depuis 1728. Sa spécificité est son engagement fort dans la société, pour qu'elle soit plus juste, plus fraternelle, plus humaine.

La franc-maçonnerie apparaît souvent comme du copinage plutôt qu'un travail dans l'intérêt de la société, par quoi se manifeste cet engagement ?
D'abord par le travail individuel de ses membres. Beaucoup de francs-maçons s'engagent en politique ou dans la vie citoyenne. Il y a beaucoup de parlementaires, de maires, de syndicalistes, de chefs d'entreprise. En principe chacun d'entre nous doit avoir une certaine éthique comportementale qui permet de faire avancer les choses. Sur notre engagement collectif, nous avons été parmi les premiers à nous indigner à l'égard d'un repositionnement des rapports entre l'Etat et la religion. Nous sommes beaucoup intervenus dans les questions de la mémoire, pour la reconnaissance du génocide arménien, pour la mémoire de la shoah et de tous les génocides dans le monde. Nous avons des actions sur les questions de bioéthique, nous sommes souvent interrogés par les commissions parlementaires. A cet égard, il y a un vrai rôle d'influence intellectuelle.

« Le secret est une notion que je combats »

Comment ce rôle d'influence est-il compatible avec le culte du secret?
Mais le secret n'existe pas! C'est une fausseté. Le seul secret c'est celui de l'initiation, parce que c'est une cérémonie assez personnelle, assez intime, qui ne se partage pas. Il n'y a pas d'autre secret. On est une association Loi de 1901, les gens qui sont membres de l'association participent à des réunions qui ne sont pas ouvertes aux non-membres, comme dans toutes les associations. Néanmoins nous ouvrons nos temples très souvent, pour la journée du Patrimoine par exemple. Nous organisons des colloques, des « tenues » publiques et nous expliquons ce qu'est la franc-maçonnerie. Ce secret est une notion que je combats. C'était sans doute de notre responsabilité d'être trop secrets, trop discrets, il faut en terminer avec cette discrétion.

Ce week-end il y a un Convent, on le présente comme une assemblée générale, qu'est-ce qui s'y passe exactement?
Comme dans toutes les associations Loi de 1901, c'est une assemblée générale. Elle vote le rapport d'activité présenté par le Conseil de l'Ordre et le Grand Maître, elle vote le quitus financier et délibère d'un certain nombre de questions comme par exemple la réforme de nos institutions, elle choisit des thèmes de réflexion sur lesquels les loges seront amenées à réfléchir au cours de l'année maçonnique.

Est-ce que vous pouvez dire quelque chose de ces réformes en cours?
Ce sont des réformes de nos modes de fonctionnement, comme la question de la durée des mandats des membres du Conseil de l'Ordre et du Grand Maître. De la périodicité du convent, faut-il le réunir tous les ans, tous les deux ans, trois ans?

Parmi ces questions, il y a celle de l'intronisation des femmes, cela apparaît comme un archaïsme qu'une association qui se présente comme progressiste n'accepte toujours pas les femmes.
Ce n'est pas tout à fait exact. Tous les soirs dans les ateliers du Grand Orient de France il y a des femmes qui travaillent avec les frères, la seule chose, c'est qu'elles ne sont pas membres du Grand Orient, mais d'autres obédiences, soit féminines soit mixtes. En fait il existe depuis fort longtemps un pacte entre obédiences : le Grand Orient, certes masculine, une obédience exclusivement féminine : la GLFF (Grand Loge Féminine de France), mais qui reçoit des hommes dans ses ateliers, et une obédience mixte : le Droit Humain. Un pacte pour maintenir cet équilibre entre les différentes obédiences. Au sein du Grand Orient ce pacte est remis en cause. Beaucoup de frères demandent à ce que les femmes puissent être directement membres du Grand Orient. La question sera débattue au prochain convent.

« Je ne suis pas un gourou »

Une question plus personnelle pour vous : c'est quoi un Gand Maître? D'après le nom on dirait une sorte de gourou...
(Rires) Non, je ne suis pas un gourou. Nous sommes une grande démocratie. Donc le Grand Maître est toujours contesté, quel qu'il soit, d'ailleurs. C'est même un peu fatiguant quelquefois. Le Grand Maître est le président du Conseil de l'Ordre, c'est à dire du Conseil d'Administration de l'association. On dit « Grand Maître » parce qu'on est aussi un conservatoire de traditions. Au XVII siècle cela s'appelait « Grand Maître ».

En quoi consiste le job?
A diriger l'administration du Grand Orient, s'occuper des affaire financières, budgétaires. Animer le travail de l'obédience, en être le porte-parole. Mon rôle essentiel a été d'aller à la rencontre des loges, de parler avec les frères, d'impulser un certain nombre de projets, de faire des conférences, d'avoir des rapports avec les pouvoirs publics, d'intervenir dans les journaux, de participer à des émissions de télévision. De porter les valeurs que nous représentons.

Vous terminez un mandat de trois ans, quel bilan en tirez-vous?
Je suis arrivé en septembre 2005, alors que le Grand Orient subissait une crise très forte, puisque mon prédécesseur a été obligé de démissionner, mis en minorité au Conseil de l'Ordre (Bernard Brandmeyer, NDR). Nous avons eu un convent en septembre 2005 absolument désastreux. J'ai dû, pendant ces trois années, retisser l'unité du Conseil de l'Ordre pour retrouver le sens du travail en commun. Je crois que j'ai ramené le calme et la dignité au sein du Conseil de l'Ordre. Nous avons également fait une véritable politique de transparence financière et surtout nous avons repris la parole.

Est-ce qu'il y a une action que vous avez particulièrement envie de revendiquer?
Ce sont surtout les positions très fortes que nous avons prises contre les déclarations du président de la République sur la laïcité positive, sur le fait qu'il n'y aurait que dans la religion qu'on pourrait donner du sens à sa vie. J'ai au contraire expliqué qu'on pouvait être agnostique ou athée et avoir aussi une vie intellectuelle, donner un sens à sa vie. On a beaucoup marqué que la laïcité, ce n'est pas être contre la religion, mais que c'est un principe qui nous permet de vivre ensemble malgré nos différences. Si la Loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'a pas été modifiée, c'est notamment grâce à nous.

Qu'est-ce que devient un Grand Maître quand il quitte son mandat?
Un ancien Grand Maître. En ce qui me concerne je vais continuer à l'extérieur du Grand Orient, pour la défense de la laïcité et une vision plus humaniste de la société. Ce sera soit pas le biais de la politique, soit par le biais d'associations de défense de la laïcité, mais je continuerai ces combats.

*Jean-Michel Quillardet devrait être remplacé lors de ce convent par Pierre Lambicchi, médecin cardiologue marseillais, de "rite français" ou bien Jean-Paul Bouche, avocat toulousain, de"rite écossais". Election à bulletins secrets (?!) jeudi soir.

Propos recueillis par Pierre Gandonnière

Source :
Lyon Capitale 

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