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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


"Quitter l'Université sans renoncer au savoir", de Gilles Hanus. Sur Franz Rosenzweig.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 27 Mars 2012, 09:50am

Catégories : #Chroniques de livres., #Philosophie, #Judaïsme, #Hanus, #Rosenzweig

HanusRosenzweig.jpgBravo à Gilles Hanus pour avoir réussi en moins de 100 pages à faire revivre avec autant de précision, de clarté et d'envie, cette période de l'après première guerre mondiale en allemagne et pariculièrement les questionnements des juifs d'Allemagne à l'époque autour d'un penseur emblématique du judaïsme allemand, Franz Rosenzweig.

 

Philosophe et théologien juif, Franz Rosenzweig (Cassel, 25 décembre 1886 - 10 décembre 1929) est un intellectuel relativement peu connu en France mais que Gilles Hanus a le grand mérite de nous faire redécouvrir.

 

Quelle est la problématique de ce livre? En 1913, à 27 ans, Rosenzweig est tiraillé par une question. Doit-il se convertir? Doit-il rester juif? Nombre de ses amis, nombre de ses parents, à commencé par son cousin et (meilleur?) ami, Rudolf Ehrenberg, se sont convertis au christianisme. Ou plutôt au protestantisme qui avait déjà assimilé à l'époque beaucoup d'élément du judaïsme, contrairement au catholiscisme. C'était aussi une façon de mieux s'intégrer encore, ou de s'intégrer définitivement dans cette Allemagne qu'ils aiment tant.

 

En 1913, Franz Rosenzweig est décidé, il va lui aussi se convertir. Et il décide, avant cette converstion, de passer une nuit dans une synagogue. Et là tout se déclenche. Il l'écrit à son cousin Ehrenberg, le 31 octobre 1913 :

 

" Cher Rudi,

 

Je vais te faire part de quelque chose qui va te faire de la peine et qui, au moins dans un premier temps, te paraîtra incompréhensible : je suis amené, au terme d'une réflexion longue et, selon moi, approfondie, à revenir sur ma décision (note : de se convertir). Elle ne me semble plus indispensable et , de ce fait, dans mon cas, elle n'est plus possible. Je reste donc juif".

 

C'est à partir de cette décision de départ que Franz Rosenzweig va tout faire pour consolider cet être juif qui est en lui et pour favoriser la judaïté des juifs allemands.

 

Et il le fera autour de la notion de savoir. Qui pour lui est absolument primordiale. Franz Rosenzweig se veut un juif allemand, un juif en allemagne, un juif avec les allemands, au contraire d'un Gershom Sholem qui tire des conséquences inverses de se retour au judaïsme des juifs : Pour Sholem (qui est l'un des plus grands penseurs juifs du 20ème siècle), l'horizon indépassable des juifs est le retour en terre d'Israël. Un juif en Allemangne ne peut être un juif allemand. Il est un juif qui ne pourra jamais être allemand, qui ne pourra jamais être accepté par les allemands.

 

Franz Rosenzweig pense lui qu'il faut redonner du savoir aux juifs pour leur apprendre le judaïsme et la beauté du fait d'être juif, pleinement juif, dans le monde d'aujourd'hui.

 

C'est pour cela que le 17 octobre 1920 à Francfort il ouvre les portes de la "Libre Maison d'Etudes Juives", l'étude - ou plutôt l'Enseignement - étant pour lui la clé de voute du judaïsme régénéré par le savoir.

 

Nous pouvons voir page 67 du livre le programme d'étude de cette nouvelle "école".

 

Franz Rosenzweig renonce donc à sa carrière universitaire classique et programmée pour se consacrer corps et âme à sa nouvelle tâche.

 

"C'est donc d'abord la vie du njudaïsme, ou plutôt la vie juive qu'il convient de restaurer" (p57).

 

En fin, Gilles Hanus conclue, en tentant de synthétiser la pensée de Franz Rosenzweig : "le neues lernen devra permettre de revenir au centre, de regagner l'intensité aujourd'hui absente à partir du quelque chose qui situe tous les juifs allemands sur la périférie de l'être juif. C'est depuis leur existence, intensifiée par l'étude, que les membres du Lehraus contribueront parmi d'autres à restaurer le monde juif. Certes, chacun a, depuis la position qui est la sienne sur le cercle, une vision différente du centre, mais la confiance consiste ici à penser que sous ces vues divergentes, sous ces ébauches, c'est bien la même chose qui se laisse entr'apercevoir, que l'unicité intensifiée par l'étude ne s'oppose pas à la communauté - mieux : que l'intensité conférée à l'existence par l'étude restaurera un paysage commun." (p66).

 

Que ces réflexions sont d'une brûlante actualité....

 

Un livre à lire de toute urgence ....

 

Jean-Laurent Turbet

 

° Pour rencontrer Gilles Hanus :

 

Dans le cadre de sa conférence de Philosophie juive contemporaine, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sophie NORDMANN recevra Gilles Hanus le  Mercredi 28 mars de 16h30 à 18h à l’occasion de la parution de son essai : "Quitter l’Université sans renoncer au savoir. Le Freies Jüdisches Lehrhaus de Franz Rosenzweig"

La conférence aura lieu au Bâtiment « Le France »

190 avenue de France Paris 13e

Salle 116, 1er étage

Métro ligne 6: station Quai de la Gare

Métro ligne 14 : station Bibliothèque François Mitterrand

RER C : station Bibliothèque François Mitterrand

Bus 89 : station Quai de la gare

Pour tout renseignement : sophie.nordmann.ephe@gmail.com

 

° L'auteur :

 

Né en 1966, Gilles Hanus enseigne la philosophie au lycée. Il a été durant de nombreuses années l’élève de Benny Lévy, et dirige actuellement les Cahiers d’Études Lévinassiennes. Il prépare une thèse sur les entretiens de Sartre avec Benny Lévy (L’Espoir maintenant).

 

° Le livre :

 

"Quitter l'Université sans renoncer au savoir". Le freies jüdisches lehrhaus de Franz Rosenzweig.

De Gilles Hanus.

Editions du Sandre.

Publié en octobre 2011.

12€

 

 

° Franz Rosenzweig en quelques dates :

 

1886 : Naissance à Cassel, Allemagne.

1890-1900 : Franz Rosenzweig grandit dans une famille juive d’industriels.

1904-1910 : Franz Rosenzweig étudie la médecine, l’histoire et la philosophie à l’université.

1912 : Thèse de Doctorat. « Hegel et l’Etat » (publié en 1920).

1913 : Songe à se convertir au Christianisme. Avant de se convertir, il décide de passer son ultime journée avant sa conversion dans une synagogue, mais revient au judaïsme.

1914 : Soldat pendant la Première Guerre Mondiale, envoyé au Front, il rédige dans les tranchées son œuvre majeure, « L’Etoile de la Rédemption ».

1917 : Rosenzweig publie un manuscrit de la main de Hegel qu’il intitule » Le plus ancien programme de système de l’idéalisme allemand ».

1920 : Ouverture de la "Libre maison d'études juives" (Freies jüdisches lehrhaus).

1921 : Rencontre avec Martin Buber. Publication de L’Etoile de la Rédemption.

1922 : Atteint de paralysie, il continue de travailler à une traduction de la Bible en allemand avec Martin Buber. Comme il ne peut plus écrire, ses textes sont transcrits grâce à son épouse qui interprète les mouvements de ses lèvres.

1929 : Mort de Franz Rosenzweig.

 

° Les livres de Franz Rosenzweig :

 

° L’ Etoile de la Rédemption publié en allemand en 1921. (Traduit en français aux Editions du Seuil, Paris, 2003)

° Hegel et L’Etat (PUF 1991)

° Foi et Savoir (Recueil qui contient de nombreux articles de Franz Rosenzweig traduits en français, Vrin, 2001)

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