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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Le véritable Vénérable du livre « Le Moine et le Vénérable » de Christian Jacq.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 29 Août 2012, 15:42pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #Minerve, #Laval, #Histoire, #Déportation, #Shoah, #JoséLaval

ej_laval2.jpegEn 1985, Christian Jacq, qui est célèbre pour ses ouvrages romancés traitant d’égyptologie, publie un livre intitulé « Le Moine et le Vénérable ».

Ce livre sera (à juste titre) un véritable best seller.

Voici l’histoire en résumé : Plusieurs membres d’une loge maçonnique particulièrement secrète se retrouvent pendant le seconde guerre mondiale dans un camp de concentration nazi. Ils tiennent loge dans le camp. Beaucoup sont décimés. Le Vénérable de cette Loge secrète fait la connaissance d’un moine. Ils jurent l’un de construire de leurs mains l’un  un temple maçonnique, l’autre un chapelle s’ils sortent vivants de cet enfer. C’est ce qu’ils feront.

C’est, évidemment une histoire romancée… sauf que… sauf que… Christian Jacq s’est inspirée de la vie et de l’aventure vécue par un franc-maçon qui a réellement éxisté. Ce franc-maçon s’appelait Edouard-José Laval.

Celui que tous appelaient José et dont il est question dans le livre de Christian Jacq n’était pas Vénérable d’une loge « spéciale » ou secrète comme dans le roman de Christian Jacq.

En effet José a été initié en 1926 au sein de la loge «Minerve» numéro 410 (créée en 1909) de la Grande Loge de France à l'Orient de Paris. Au sein de Minerve, il occupe successivement tous les plateaux dont celui de Vénérable Maître, à plusieurs reprises. Il fut même par la suite Grand Hospitalier de la Grande Loge de France pendant six années.

En 1928 il s’installe à Presles dans le Val d’Oise, à 30 kilomètres au nord de Paris. En 1933, sous couvert et à l'aide du camp d'éclaireurs qu’il a créé, «La Commanderie» - sa demeure - deviendra une véritable plaque tournante au service des juifs allemands qui fuient le régime nazi pour rejoindre l’Amérique.

La Loge «Minerve» à laquelle appartient José est touchée par l’affaire Stavisky en 1934-1935.

L’ordre du jour de la convocation de la Loge «Minerve» pour le 17 mai 1935 est très révélateur :

« En raison de l'importance des décisions à prendre et dans l'intérêt de la loge, les vénérables d'honneur, le vénérable et les officiers prient fraternellement et très instamment tous les ff.'. d'être présents. Il est de toute nécessité que l'Atelier retrouve sa sérénité et la possibilité de faire du travail utile. »

L'ordre du jour de cette tenue comportait l'élection d'un vénérable (ce qui indiquait que le vénérable en chaire venait de démissionner) et une décision du F.*. Emile Bour:. qui était vénérable quand l'affaire Stavisky éclata.

Qui ou quoi bouleversa donc ainsi la Loge «Minerve» dont le vénérable d'honneur et l'animateur était encore il y a peu, Grand Orateur de la Grande Loge de France? Mais, bien sûr, l'affaire Stavisky elle-même.

Repris de justice, Stavisky avait besoin d'hommes de paille pour constituer ses sociétés anonymes. Le principal apporteur dans ses sociétés, était l'un de ses employés à deux mille francs par mois, le F.*, de Ca :. , membre de la Loge «Minerve», qui venait à l’époque d’être récemment condamné.

Le vénérable d'honneur de cette Loge «Minerve», l’avocat et F.*. Maxime Gen:., fit obtenir à Stavisky une remise grâce à ses appuis maçonniques.

C'est ce même F.'. Gen :., Grand Orateur de la Grande Loge de France, qui sollicita le F.'. Ren :., ancien et futur Garde des Sceaux, d'intervenir en faveur de Stavisky, moyennant un honnête pourboire de cinquante mille francs, en vue de prier le F.'. Prouha :.,procureur de la République, de donner mainlevée d'un mandat d'arrêt lancé contre Stavisky.

Tous ces éléments et quelques autres se trouvent dans le livre «Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie» publié à Paris en 1935 par A. Dunet.

Mais tous ces événements qui agitaient sa loge mère ne touchaient ni ne concernaient José.

La guerre survint et dès 1940, José Laval entre dans la clandestinité en devenant, avec sa mère, un agent de renseignements au service de la France libre. En mai 1941, il passe à l'action en formant le réseau de résistance «Turna vengeance», essentiellement composé d'éclaireurs et de preslois bien connus déjà pour leur engagement.

José Laval est arrêté en 1943 à Courbevoie. Il sera torturé puis déporté à Buchenwald. Tandis que sa mère sera laissée pour morte.

C’est à Buchenwald que Laval rencontre un prêtre et tous deux firent un vœu, l'un de bâtir un temple, l'autre une chapelle s'ils arrivaient à sortir vivants de ce camp de la mort. Et, au lendemain de ce cauchemar, avec cet attachement d'homme ayant connu l'essentiel de la vie, ils réalisèrent chacun leur vœu.

ej_laval.gif.

Et pendant près de 25 ans, en communion de pensées avec les constructeurs de cathédrales, José Laval bâtit son œuvre, véritable chef-d'œuvre maçonnique, où il a d'abord fallu creuser pour asseoir en toute sécurité ce qui deviendra la «Commanderie».

Une rue de Presles porte aujourd’hui le nom d’Edouard-José Laval. C’est cette rue qui mène à son ancienne maison et aujourd’hui au temple qui abrite la R :. L :. « Les fils de Demeter » de la Grande Loge de France N° 809 (créée en 1968).

La Loge «Minerve» est toujours une loge de la Grande Loge de France en activité.

Les plus anciens se rappellent de Saint-Jean d’été réunissant plus de 3000 personnes dans une immense chaîne d’Union à la Commanderie…


Jean-Laurent Turbet

 

° Pour aller plus loin :

° "Le Moine et le Vénérable" de Christian Jacq, sur Amazon.com

 

Commenter cet article

camier 11/10/2016 16:13

je connais le nom de ces deux éclaireurs mort le 1 juillet 1944.
j'ignorais qu'une rue de Presles portaient nominativement leur nom.
Pouvez vous être plus explicite à ce sujet, ou entrer en contact avec moi.
cordialement
jacques.camier@wanadoo.fr

Mimi 05/01/2016 16:42

En tant qu'Eclaireuse de France, j'ai aussi connu José LAVAL, que nous appelions simplement LAVAL. Il a très souvent accueilli notre groupe sur ses terrains et j'ai de beaux souvenirs de veillées dans le théâtre de verdure qu'il y avait construit.
J'ai eu aussi l'exceptionnelle occasion (étant donné que je ne suis pas FM) de visiter le temple qu'il a construit et qui venait tout juste d'être achevé. C'était impressionnant pour la très jeune fille que j'étais.
Mais j'avais encore plus été impressionnée, je crois, par mon passage dans son atelier physique, là où il rangeait et entretenait minutieusement ses outils, et par l'étendue de ses compétences et de ses savoirs en matière de construction et de sculpture...
Et je me souviens bien de la rue qui porte le nom des deux éclaireurs morts lors de cette action de résistance.
LAVAL était un personnage hors du commun, que je regrette maintenant de n'avoir pas plus questionné à cette époque.

Jean-Laurent Turbet 06/01/2016 11:15

Merci beaucoup pour ce très beau témoignage.

collin bertrand 04/05/2014 16:20

En tant qu' Eclaireur de France, j'ai connu Edouard José LAVAL au début des années 1960.
Nous venions camper sur son terrain de Presles.
Nous lui donnions un petit coup de mains pour la construction de cette énorme bâtisse qui contient le fameux temple maçonnique.
J'ai eu sans doute le privilège de voir ce temple en cours de construction, je devais avoir une douzaine d'années.
Etant devenu FM j'espère un jour assister à une tenue dans ce temple.

messire 09/11/2017 12:09

Malheureusement après sa mort, la commanderie ( le nom donné au bâtiment) a été vendu et c'est desormais le centre aéré d'une ville de la région. En revanche la loge continue son activité non loin. Vous avez sur Youtube un excellent documentaire des dossiers de l'écran? des années 70 sur une réunion de St Jean ou l'on voit bien Laval présider et accueillir des milliers de personnes.

camier jacques 19/03/2014 01:14

bonjour,
Edouard Laval a été arrêté le 1 juillet 1944, chez lui à Presles, à la suite d'une opération ratée visant le pont viaduc (ferroviaire) d'Argenteuil (S-O) au cours de laquelle deux membres du groupe des éclaireurs résistants ont trouvé la mort . Une rue de Presles proche de la rue Edouard Laval porte le nom de rue des Eclaireurs résistants.

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