En 1985, Christian
Jacq, qui est célèbre pour ses ouvrages romancés traitant d’égyptologie, publie un livre intitulé « Le Moine et le
Vénérable ».
Ce livre sera (à juste titre) un véritable best
seller.
Voici l’histoire en résumé : Plusieurs membres d’une
loge maçonnique particulièrement secrète se retrouvent pendant le seconde guerre mondiale dans un camp de concentration nazi. Ils tiennent loge dans le camp. Beaucoup sont décimés. Le Vénérable
de cette Loge secrète fait la connaissance d’un moine. Ils jurent l’un de construire de leurs mains l’un un temple maçonnique, l’autre un chapelle
s’ils sortent vivants de cet enfer. C’est ce qu’ils feront.
C’est, évidemment une histoire romancée… sauf que… sauf
que… Christian Jacq s’est inspirée de la vie et de l’aventure vécue par un franc-maçon qui a réellement éxisté. Ce franc-maçon s’appelait Edouard-José Laval.
Celui que tous appelaient José et dont
il est question dans le livre de Christian Jacq n’était pas Vénérable d’une loge « spéciale » ou secrète comme dans le roman de Christian Jacq.
En effet José a été initié en
1926 au sein de la loge «Minerve» numéro 410 (créée en 1909) de la Grande Loge de France à l'Orient de Paris. Au sein de Minerve, il occupe successivement tous les plateaux dont celui de Vénérable Maître, à plusieurs
reprises. Il fut même par la suite Grand Hospitalier de la Grande Loge de France pendant six années.
En 1928 il s’installe à Presles
dans le Val d’Oise, à 30 kilomètres au nord de Paris. En 1933, sous couvert et à l'aide du camp d'éclaireurs qu’il a créé, «La Commanderie» - sa demeure - deviendra une véritable plaque tournante au service des juifs allemands qui fuient le régime nazi pour rejoindre
l’Amérique.
La Loge «Minerve» à laquelle appartient José est touchée par l’affaire Stavisky en 1934-1935.
L’ordre du jour de la
convocation de la Loge «Minerve» pour le 17 mai 1935 est très révélateur :
« En raison de l'importance des décisions à prendre et dans l'intérêt de la loge, les vénérables d'honneur, le vénérable et les officiers prient fraternellement et
très instamment tous les ff.'. d'être présents. Il est de toute nécessité que l'Atelier retrouve sa sérénité et la possibilité de faire du travail utile. »
L'ordre du jour de cette tenue
comportait l'élection d'un vénérable (ce qui indiquait que le vénérable en chaire venait de démissionner) et une décision du F.*. Emile Bour:. qui était vénérable quand l'affaire Stavisky
éclata.
Qui ou quoi bouleversa donc
ainsi la Loge «Minerve» dont le vénérable d'honneur et l'animateur était encore il y a peu, Grand Orateur de la Grande Loge de France? Mais, bien sûr, l'affaire Stavisky
elle-même.
Repris de justice, Stavisky
avait besoin d'hommes de paille pour constituer ses sociétés anonymes. Le principal apporteur dans ses sociétés, était l'un de ses employés à deux mille francs par mois, le F.*, de Ca :. , membre de la Loge «Minerve», qui venait à l’époque d’être récemment condamné.
Le vénérable d'honneur de cette Loge «Minerve», l’avocat et F.*. Maxime Gen:., fit obtenir à Stavisky une remise grâce à ses appuis
maçonniques.
C'est ce même F.'. Gen :., Grand Orateur de la Grande Loge de France, qui sollicita
le F.'. Ren :., ancien et futur Garde des Sceaux, d'intervenir en faveur de Stavisky, moyennant un honnête pourboire de cinquante mille
francs, en vue de prier le F.'. Prouha :.,procureur de la République, de donner mainlevée d'un mandat d'arrêt lancé contre Stavisky.
Tous ces éléments et quelques autres se trouvent dans le livre «Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie» publié à Paris en 1935 par A. Dunet.
Mais tous ces événements qui agitaient sa loge mère ne touchaient ni ne concernaient
José.
La guerre survint et dès 1940, José Laval entre dans la clandestinité en devenant, avec sa
mère, un agent de renseignements au service de la France libre. En mai 1941, il passe à l'action en formant le réseau de résistance «Turna vengeance», essentiellement composé d'éclaireurs et de preslois bien connus déjà pour leur engagement.
José Laval est arrêté en 1943 à
Courbevoie. Il sera torturé puis déporté à Buchenwald. Tandis que sa mère sera laissée pour morte.
C’est à Buchenwald que Laval
rencontre un prêtre et tous deux firent un vœu, l'un de bâtir un temple, l'autre une chapelle s'ils arrivaient à sortir vivants de ce camp de la mort. Et, au lendemain de ce cauchemar, avec cet
attachement d'homme ayant connu l'essentiel de la vie, ils réalisèrent chacun leur vœu.
.
Et pendant près de 25 ans, en
communion de pensées avec les constructeurs de cathédrales, José Laval bâtit son œuvre, véritable chef-d'œuvre maçonnique, où il a d'abord fallu creuser pour asseoir en toute sécurité ce qui
deviendra la «Commanderie».
Une rue de Presles porte
aujourd’hui le nom d’Edouard-José Laval. C’est cette rue qui mène à son ancienne maison et aujourd’hui au temple qui abrite la R :. L :. « Les fils de Demeter » de la Grande Loge de France N° 809
(créée en 1968).
La Loge «Minerve» est
toujours une loge de la Grande Loge de France en activité.
Les plus anciens se rappellent
de Saint-Jean d’été réunissant plus de 3000 personnes dans une immense chaîne d’Union à la Commanderie…
Jean-Laurent Turbet
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