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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


"Le cas Bernard Faÿ", d'Antoine Compagnon.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 16 Octobre 2009, 09:09am

Catégories : #Chroniques de livres.

Dans quelques jours maintenant sortira le livre d'Antoine Compagnon intitulé "Le cas Bernard Faÿ, du collège de France à l'indignité nationale" aux éditions Gallimard.

Livre de questionnement sur une époque complexe, celle de la collaboration, du dévoiement d'un certain nombre d'intellectuels dans vette période, à travers une monographie, celle de Bernard Faÿ.

En deux mots qui est Bernard Faÿ? Il est né le 3 avril 1893 à Paris,dans une famille catholique et certainement antidreyfusarde.

Mais paradoxe, il est dans les années 20 et 30 américanophile. Il soutient même en 1924 une thèse de doctorat ès lettres sur L'Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle (thèse complémentaire : Bibliographie critique des ouvrages français relatifs aux États-Unis (1770-1800) ). Il poursuite également des recherches sur Benjamin Franklin.

Il est nommé chargé de cours à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand avant de devenir professeur dans plusieurs universités. Grand spécialiste du XVIIIe siècle et des Lumières il est l'un des plus ardents promoteurs de l'améliorationdes rapports entre la France et les États-Unis.

Fin connaisseur de la littérature américaine de son époque, il est professeur aux universités de Columbia puis de l'Iowa aux États-Unis. Il effectue plus de vingt séjours aux États-Unis pendant l'entre-deux-guerres et traduit plusieurs romans de Gertrude Stein.

Cette brillante carrière universitaire culmine avec sa nomination comme professeur de civilisation américaine au Collège de France, à moins de 40 ans en 1932.

Durant les années 1930, il collabore épisodiquement au journal d'extrême droite La Gerbe. Sa rencontre avec Philippe Pétain au début des années 30 est décisive. Il lui conservera une admiration et une fidélité à toute épreuve durant les années noires.

Il a beaucoup de sympathie pour les groupes de technocrates et de synarches qui pensent que la société devient trop complexe pour être gérée par le suffrage universel et qu'il faut que les hauts fonctionnaires prennent le pouvoir à la place des élus.

La question que pose Antoine Compagnon est la suivante: comment un homme cultivé, ami de tout ce que la scène intellectuelle parisienne de l’entre-deux-guerres comptait d’esprits libres, audacieux et  cosmopolites (de Proust à Tristan Tzara), américanophile, ­aimant New York, ami de Gertrude Stein et Alice Toklas, écrivant d’excellents ouvrages sur les relations franco-américaines, fin, mondain comme il y a une manière intelligente de l’être, a t'il pu se retrouver à devenir l'un des pires collaborateurs du régime de Vichy et des nazis?

Peut être  parce qu'il est avant tout un monarchiste, catholique traditionaliste et réactionnaire, qui nourrit une haine de la Franc-Maçonnerie qui va jusqu’à l’obsession, et se situe dans le premier cercle des relations du maréchal Pétain.

Il devient en effet directeur de la Bibliothèque nationale le 6 août 1940 à la suite de la destitution, par Vichy, de Julien Cain (administrateur depuis 1930) qui est juif. Il servira ouvertement les intérêts nazis, pratiquant la délation antisémite, vouera aux francs-maçons une haine spéciale, acharnée. Il fut l'anti-maçon le plus virulent de France, fidèle en cela à la parole du Maréchal Pétain selon lequel  «un Juif n'est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l'est toujours de son choix».

Il devient également le responsable du "Service des sociétés secrêtes", destiné à faire la chasse aux francs-maçons. C'est son son autorité ou avec sa collaboration active que seront publiées les listes de francs-maçons, que sera organisée la grande exposition anti-maçonnique de Paris de 1941, que sera appliqué le décret concernant les "sociétés secrêtes" pris en août 1940 et que pourra être réalisé le film "Forces Occultes".

C’est lui qui confisque les archives des obédiences maçonniques, les conserve et les utilise à deux fins : la répression (interdiction de la fonction publique aux anciens maçons, arrestations) et la propagande (notamment à travers le Musée des sociétés secrètes et une revue, les Documents maçonniques).

Rappelons son sinistre bilan : 170 000 francs-maçons suspects recensés, plus de 60 000 fichés, 6 000 inquiétés, 989 déportés, 540 fusillés ou morts en déportation. Ceci ne tient pas compte des francs-maçons morts pour également d'autres raisons : soit parcequ'ils étaient juifs, soit pour fait de Résistance.

Bernard Faÿ est arrêté le 19 août 1944, condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale. Alors qu'il est soigné à l'hôpital d'Angers en 1951, il parvient à s'échapper et à quitter la France pour trouver refuge en Suisse. Il est gracié en 1959 par le président Coty et meurt en 1978.

Mais la question posée par Antoine Compagnon reste d'actualité et c'est cela qui est intéressant et terrifiant à la fois, à travers l'exemple de Bernard Faÿ.

Terrifiant car l'exemple de Faÿ démontre que ni le niveau d'instruction, ni l'intelligence, ni la compétence, ni le niveau intellectuel ne sont des barrages suffisants face à l'antisémitisme, au racisme et à la xénophobie. Toutes ces tares ne rélève ni du rationnel ni de l'intelligence... mais de l'obcession.

Nous le voyons bien aujourd'hui lorsque des journalistes par exemple se trouvent comme désarmés et stupéfaits devant des extrémistes, des intégristes  ou des fondamentalistes qui par ailleurs sont intelligents et cultivés mais qui se servent de cette intelligence pour délivrer un message rétrograde et dangereux.

L'ouvrage d'Antoine Compagnon est donc non seulement une leçon d'Histoire mais également une source de réflexion pour comprendre le monde d'aujourd'hui.

° Le Livre :

Le Cas Bernard Faÿ, du collège de France à l'Indignité Nationale
D'Antoine Compagnon.
Editions Gallimard, Collection « La Suite des Temps »
224 pages, 140 x 225 mm.
ISBN : 9782070126194
Code Sodis : A12619
Prix : 21,00 euros



° L'auteur :

Antoine Compagnon est né à Bruxelles en 1950. Il est professeur de littérature française à la Sorbonne, à l’université Columbia de New York et, depuis 2006, au Collège de France. Il est notamment l’auteur de La Troisième République des lettres (1983), Proust entre deux siècles (1988), Connaissez-vous Brunetière ? (1997), Baudelaire devant l’innombrable (2003). De lui, les Éditions Gallimard ont publié Les antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes (Bibliothèque des Idées, 2005).


° A lire en complément :

Livres pillés, lectures surveillées - Les bibliothèques françaises sous l'Occupation
de Martine Poulain
Editions Gallimard - NRF Essais 2008
ISBN : 978-2-07-012295-0
FORMAT : 14cm x 22,5cm

22.50 € - 147.38 ffr. / 587 pages

° Pour aller plus loin :

° "Forces occultes", film anti-maçonnique, sur ce site
° Bernard Faÿ, sur wikipedia.
° Bernard Faÿ, sur le site de la Grande Loge du Yukon.
° Les Documents maçonniques, sur le site de la librairie Atelier Empreinte.
° Les livres d'Antoine Compagnon, sur le site de la Fnac.

Commenter cet article

patrick edouard bernardeau 16/10/2009 16:08



Je ne connaissais pas cette histoire, une de plus qui se dévoile
sur cette période terrible.
Obsession :
il y a du pathologique dans ce mot, un trouble gràve qui est très invalidant.
Là, ce trouble psy. sert des milliers d'individus à asseoir leur funeste projet : éliminer ceux qu'ils désignent comme n'étant pas conforme à un projet racial.
C'est inconsciemment l'obsession et le rejet d'un "soi" que l'on n'aime pas,
sorte de double des mauvaises pensées culpabilisantes que l'on va projetter sur l'Autre. Cet Autre qui est un peu -soi- aussi disait Denis Cornuault, psychanalyste de La Rochelle lors d'une
conférence.
C'est l'ouvrage "Malaise dans la Civilisation et douleur esquise" dont avait parlé Sigmun Freud et qui je rappelle s'était interrrogé ainsi :
"Qu'est-ce que la Civilisation ?
Une mince couche de vernis posée sur un océan de barbarie !"
Sigmun Freud se disait péssimiste. Qu'avons-nous vu depuis cette période ?




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