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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Le renouveau des églises protestantes dans les pays de l'Est.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 12 Mars 2007, 14:14pm

Catégories : #Protestantisme

Nous pouvions lire dans le N° 3213 de Réforme un article très intéressant du pasteur Didier Crouzet sur la renaissance des églises protestantes  dans les pays à l'Est de l'Union européenne. Didier Crouzet, chargé des relations internationales de l'Eglise réformée de France, évoque une «renaissance» depuis la chute du communisme et de l'Union soviétique en 1991.

S'ils sont toujours ultraminoritaires, ces protestants réformés et luthériens comptent quand même plusieurs milliers de pratiquants.

En Biélorussie, dernière dictature en Europe, le groupe de 20 réformés risque à tout moment d'être arrêté par la police puisqu'il se réunit chez les gens, ce qui est interdit. «La mémoire de ces frères et soeurs de l'Est les arrime au pays de Calvin, dit Didier Crouzet. Plus que d'argent, ces Eglises ont désespérément besoin de contacts et d'ouverture.» A nous tous d'entendre ce message...

Voci cet article :

Le renouveau des Eglises

Ultraminoritaires, les Eglises réformée, luthérienne, baptiste des pays de l’est de l’Europe relèvent la tête depuis l’indépendance de leurs pays, autrefois sous la coupe de Moscou. Une renaissance parfois laborieuse mais pleine de ferveur.

par Didier Crouzet

Vous croyez en Dieu ? Non, je suis orthodoxe. » Ce trait d’humour dans la bouche d’un protestant ukrainien campe le paysage religieux du pays. D’un côté, une Eglise orthodoxe majoritaire, gestionnaire du rituel, traditionnellement proche du pouvoir, qui s’est accommodée du régime soviétique. De l’autre, des minorités réformée, luthérienne, baptiste, dont la foi confessante a été vivement combattue par les autorités jusqu’en 1991. Depuis l’indépendance du pays, ces minorités relèvent la tête, bâtissent des églises, construisent des communautés. Plus au nord, en Lituanie, même phénomène. Dans l’est de l’Europe, les Eglises protestantes sont en pleine renaissance.

C’est bien en effet d’une renaissance qu’il s’agit. Des rivages de la Baltique à ceux de la mer Noire, pas un territoire ne fut ignoré par la Réforme. Introduite dès le XVIe siècle, elle s’installa durablement : les protestants purent bâtir leurs communautés et vivre leur foi librement jusque dans les années 1940. Cinquante années de domination soviétique ont alors ruiné les Eglises, interdit toute manifestation publique de la foi, et suspendu l’éducation chrétienne. A Kedainiai, en Lituanie, le magnifique temple construit entre 1631 et 1652, orné d’une chaire de style Renaissance en bois finement sculpté, fut transformé en gymnase puis en entrepôt. En Ukraine, à Rivne, le temple fut purement et simplement détruit. L’Eglise réformée du lieu, qui comptait avant-guerre 162 paroisses, fut dispersée et les pasteurs déportés en Sibérie.

Un réveil difficile mais prometteur
Les pasteurs de l’Eglise réformée des Carpathes, de langue hongroise, furent autorisés à se former exclusivement auprès du président de l’Eglise et dans le secret de son bureau ! De 105 pasteurs en 1939, ils n’en resta plus que 20 sous le régime soviétique. Depuis la chute de l’URSS, l’espoir renaît.

« Nous avons connu les heures sombres du communisme, aujourd’hui nous sommes dans la lumière. » La voix de Vassil Philipenko vibre de ferveur lorsqu’il évoque le renouveau de son Eglise. Ce jeune trentenaire est l’un des trois pasteurs de l’Eglise évangélique réformée d’Ukraine. Basé à Rivne, dont le temple a été reconstruit en 1999, il organise avec ses deux collègues la vie des huit paroisses et des deux postes missionnaires que compte aujourd’hui cette Eglise. Pas facile, lorsqu’on est obligé de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Trop pauvres, ces petites communautés ne peuvent se permettre de salarier un pasteur. Alors, lorsqu’il a terminé sa journée d’entraîneur de football, Vassil visite ses paroissiens, anime des études bibliques, stimule la vie spirituelle des fidèles. Il a une très haute idée de sa mission : « L’Ukraine est complètement désorganisée. Le communisme a ruiné les consciences. Il faut tout reconstruire : la démocratie, l’économie, la morale. Je crois que seul le Christ peut changer l’homme. C’est pourquoi les réformés doivent prêcher, lire la Bible, et la faire lire. Nous devons aider ce pays à se redresser par la vie spirituelle et la lecture de la Bible. »

Superintendant (président) de l’Eglise évangélique réformée de Lituanie, le pasteur Rimas Mikalauskas tient à peu près le même discours. « Les années soviétiques ont perverti le rapport à l’autorité. Tout ce qui provient de la hiérarchie est systématiquement suspecté. Comment organiser une Eglise dans ces conditions ? » C’est pourtant ce à quoi il s’attelle. Sa priorité : former les cadres de l’Eglise, forte de 7 000 membres, 5 pasteurs et 8 paroisses. Les réformés lituaniens veulent également se réapproprier leurs racines. A Birzai, le centre du protestantisme lituanien, la croix huguenote qui salue les visiteurs à l’entrée du temple ne veut pas rester une simple décoration. De même, celle figurant sur la carte de visite du pasteur Philipenko. Un travail de mémoire est en route.

La mémoire est d’ailleurs la force principale de ces Eglises ultraminoritaires. Si, dans ces pays, le protestantisme n’est pas mort, c’est qu’en secret quelques-uns entretenaient et transmettaient la braise de la foi. Philimon Semeniuk est de ceux-ci. A quatre-vingt-quatorze ans, il est le dernier pasteur ukrainien d’avant-guerre. Exilé en Sibérie, il est revenu à Rivne et, en 1991, a refondé l’Eglise évangélique réformée d’Ukraine. Dans l’intimité des foyers, la piété personnelle et familiale a maintenu vive la conscience d’être spirituellement libre, malgré l’oppression. Renouer les liens

C’est encore aujourd’hui l’expérience de la communauté réformée de Biélorussie, sans conteste la plus éprouvée des Eglises de l’Est. Face à un pouvoir qui n’a pas rompu avec l’idéologie totalitaire, elle a, tout comme la communauté luthérienne, bien du mal à survivre. Pourtant, elle a fêté avec ferveur en 2003 le 450e anniversaire de l’arrivée de la Réforme (voir encadré). Les protestants français sont dès lors directement concernés. Car la mémoire de ces frères et sœurs de l’Est les arrime au pays de Calvin. Et ils le savent. Et ils espèrent renouer les liens. Plus que d’argent, ces Eglises ont désespérément besoin de contacts et d’ouverture. Elles réclament des jumelages avec des paroisses d’Europe centrale et d’Europe de l’Ouest. Leur appartenance à l’histoire, à la culture, à la mémoire européenne est pour eux une évidence. Si les aléas de la politique ont cantonné les protestants de l’Est dans les limites de leurs Etats actuels, leur foi ne connaît pas de frontières.

En Biélorussie : La communauté réformée menacée

Dernier vestige de l’empire soviétique en Europe, la Biélorussie est gouvernée par une main de fer qui contrôle strictement toute activité religieuse. Pour être enregistrée comme Eglise, chaque communauté doit disposer de trente membres et d’un siège social. Pas de problème pour les orthodoxes (80 % de la population) et les catholiques (14 %). Difficile pour les 2 % de protestants, principalement baptistes. Impossible pour la microscopique communauté réformée (20 membres). Elle se réunit donc quelque part à Minsk, la capitale, dans une maison privée, ce qui est interdit par la loi. Interdites aussi la publication de journaux, la distribution de tracts, l’annonce publique des heures de culte. Très isolés, les réformés n’ont aucun contact avec les autres protestants, même pas avec les deux communautés luthériennes de la ville.

A tout moment, la police peut les arrêter. L’Etat tolère les groupes religieux à condition qu’ils ne se manifestent pas. Pourtant, cette jeune Eglise – la plupart des fidèles ont entre 30 et 40 ans – rayonne de confiance et d’espérance. Le culte est célébré tous les dimanches et, depuis un an, elle fait des émules : dans une autre ville du pays, à 200 kilomètres de là, entre trois et cinq personnes se réunissent pour prier. A travers l’Alliance réformée mondiale, cette communauté cherche du soutien et compte sur ses Eglises sœurs pour intervenir si une nouvelle vague de répression religieuse devait s’abattre sur le pays.

Source :
Réforme

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