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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Jésus était-il marié ? Par le pasteur Alain Houziaux.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 18 Décembre 2006, 14:38pm

Catégories : #Religions

Suite de l'article précédent sur l'éventuel mariage de Jésus. Maintenant, le point de vue d'Alain Houziaux, pasteur de l'Eglise Réformée de l'Etoile.

Article paru dans le magazine "Réforme" :

Jésus était-il marié ?

Jésus a-t-il pris épouse ? Le Nouveau Testament ne le suppose nullement. Mais, s’il était marié, ce ne serait sûrement pas avec Marie Madeleine, comme le laisse entendre un récent roman à succès.

par Alain HOUZIAUX

Voyons cependant quels arguments on peut proposer en faveur du mariage de Jésus. Jésus était soumis à ses parents pendant sa jeunesse. Dans ces conditions, il est plus que probable que ceux-ci ont cherché pour lui une épouse car, à l’époque, le mariage était un commandement de Dieu et une obligation morale et sociale.

Lorsque Paul prône le célibat, il dit expressément : « Je n’ai point d’ordre du Seigneur. » Il reconnaît donc qu’il parle uniquement en son nom personnel (1 Co 7,25). Si Jésus avait été célibataire, Paul n’aurait pas manqué de se réclamer de son exemple.

Jésus se considérait et était considéré comme un « rabbi ». Tous les rabbis de l’époque de Jésus étaient mariés. Et, selon le Talmud, le seul qui ne l’a pas été était Ben Azaï (qui vivait au deuxième siècle après J.-C.), vivement critiqué pour cela. Or on n’a jamais fait reproche à Jésus de ne pas être marié. D’autres maîtres spirituels de l’époque, entre autres Simon le Mage, avaient une compagne, et ce bien qu’ils se prétendent engendrés de Dieu lui-même.

Jésus ne passait pas pour un ascète, bien au contraire (Marc 2,12). Il avait la réputation d’être un « bon vivant » et on le lui reprochait (Luc 7,34). Il est incontestable qu’il a été entouré et suivi par plusieurs femmes pour lesquelles l’amour avait une place importante.

L’idéologie du célibat et de la virginité

Le fait que les Evangiles ne nous disent rien du mariage de Jésus ne présuppose nullement qu’il n’ait pas été marié. Rien ne nous est jamais dit des épouses des disciples de Jésus. Ce n’est qu’incidemment qu’un Evangile mentionne la belle-mère de Pierre (Marc 1,2 et 9), ce qui montre qu’il était marié. On peut peut-être supposer que, bien qu’il ait été marié, Jésus soit déjà veuf au début de son ministère, alors qu’il avait une trentaine d’années. Mais il n’avait sûrement pas eu d’enfants, sinon ce fait serait intervenu dans les querelles de succession qui ont suivi sa mort et aurait été mentionné à ce titre.

Voyons maintenant les arguments en faveur du célibat de Jésus. La période où Jésus a vécu a été, du point de vue de la sexualité et du mariage, une époque charnière. Il se peut donc que Jésus ait choisi de rester célibataire. Déjà, avant Jésus, les Esséniens ne se mariaient pas. Cela montre bien que la continence sexuelle était déjà pratiquée. Très vite après Jésus, l’idéologie du célibat et de la virginité pour des raisons religieuses a pu se répandre. Le cas de Paul le montre bien, ainsi que les récits de Matthieu et Luc sur la virginité de Marie. Et cela peut laisser supposer qu’elle était déjà présente à l’époque de Jésus lui-même.

Jésus croyait à la venue imminente du Royaume de Dieu. Et cela pouvait l’inciter à refuser le mariage. Il avait conscience d’être le Fils de l’Homme qui, à l’époque, était considéré comme une figure céleste et eschatologique. Et, à ce titre, il a pu considérer qu’il n’avait pas à se marier.

Donc, sur la question du mariage de Jésus et de sa continence, il est impossible de conclure. De toute façon, cette question était très vraisemblablement de peu d’importance pour les contemporains de Jésus. Ils ne se sont intéressés à Jésus qu’à partir du moment où il a commencé à prêcher. Toute la période antérieure ne les préoccupait pas.

Alain Houziaux est pasteur de la paroisse réformée de Paris-Etoile.


Jésus et Marie Madeleine, « sœur », « épouse » et « mère »

L’une des thèses sous-jacentes au Da Vinci Code de Dan Brown est que Jésus aurait eu une compagne, Marie Madeleine, et une enfant, Sarah, avec elle. Pour appuyer sa thèse, le Da Vinci Code se fonde sur deux phrases d’un Evangile apocryphe du milieu du IIe siècle après J.-C., c’est-à-dire nettement postérieur aux Evangiles canoniques qui, eux, ont été écrits entre 60 et 90 après J.-C. Il s’agit de l’Evangile de Philippe, un texte du courant gnostique du christianisme primitif. Il dit d’abord (sentence 32) : « Trois marchaient toujours avec le Seigneur : Marie, sa mère, et la sœur de celle-ci, et Myriam de Magdala que l’on nomme sa compagne, car Myriam est sa mère, sa sœur et sa compagne. » Et quelques pages plus bas (sentence 63), cet Evangile précise : « Le Seigneur aimait Myriam [c’est-à-dire Marie Madeleine] plus que tous les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples le virent aimant Myriam et lui dirent : “Pourquoi l’aimes-tu plus que nous ?” Le Sauveur répondit : “Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu’elle ?” »

Insistons d’abord sur le fait que, dans les Evangiles gnostiques, le Christ et la Marie Madeleine constituent des constructions théologiques, et il en est de même pour la présentation qui est donnée de leurs relations. Ces « Evangiles » n’ont aucune valeur historique et ne nous disent rien sur les relations effectives de Jésus avec Marie Madeleine. L’Evangile de Philippe a été écrit plus de cent vingt ans après la mort de Jésus.

Les baisers de Jésus à Marie Madeleine mentionnés dans l’Evangile selon Philippe sont sans doute la marque du caractère confidentiel et intime de l’enseignement qui lui est dispensé. Dans la tradition juive de cette époque, le baiser est la communication d’un souffle, le pneuma, qui a pour fonction de faire naître en chacun l’« être spirituel », c’est-à-dire l’être venu du souffle (pneuma en grec, spiritus en latin) de Dieu. D’ailleurs, il est écrit dans l’Evangile de Philippe (sentence 31) : « Celui qui se nourrit de la parole qui vient à la bouche va vers son accomplissement. L’homme accompli devient fécond par un baiser et c’est par un baiser qu’il fait naître. Et c’est pourquoi nous nous embrassons les uns les autres et nous nous donnons mutuellement naissance par l’amour qui est en nous. »

Ainsi, en écoutant l’enseignement de Jésus, Marie Madeleine « se nourrit de la parole qui vient à la bouche ». On notera d’ailleurs que la sentence 31, qui donne le sens des baisers, précède immédiatement la sentence 32, qui présente Marie-Madeleine comme la « compagne » de Jésus.

Dans l’Evangile de Philippe, Marie Madeleine est présentée comme étant à la fois « la mère, la sœur et la compagne de Jésus ». Il faut vraisemblablement reconnaître à chacun de ces termes un sens uniquement spirituel. Si la relation que Jésus avait avec Marie Madeleine était de nature sexuelle, elle serait vraiment calamiteuse et doublement incestueuse puisqu’elle est également « sa mère » et « sa sœur » !

On notera d’ailleurs que les Evangiles canoniques et les écrits de Paul donnent déjà un sens symbolique à des mots tels que « mère », « frère », « sœur », « époux », « fiancé ». Ainsi Jésus dit (Mt 12,50) : « Quiconque fait la volonté de Dieu est mon frère, ma sœur et ma mère. » Et Paul écrit (2 Co 11,2) : « Je vous ai fiancés à un seul époux pour vous présenter à Christ comme une jeune fille pure. »
A.H.


A noter

« Jésus-Christ, secrets, énigmes ou mystification ? »

Avec
Jean-Pierre Brach
Jean-Noël Perez
et Jérôme Rousse-Lacordaire
Mercredi 7 décembre, 20 h
Eglise réformée de l’Etoile
54, avenue de la Grande-Armée, Paris 17e.

 

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