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Samedi 28 octobre 2006 6 28 /10 /Oct /2006 22:34

Vu sur le site du Monde :

Ce n'est pas qu'une question d'"ambiance". Les sifflets dont a été l'objet pour la première fois Ségolène Royal au meeting du Zénith de Paris, jeudi 26 octobre, dopent ses rivaux et inquiètent ses partisans. "Maintenant, on est dans un clivage pour ou contre", s'alarme Patrick Bloche, premier secrétaire de la fédération de Paris, la plus importante du Parti socialiste, avec 19 000 adhérents, tout juste rallié officiellement à la candidature de Mme Royal.

Le camp de la présidente de Poitou-Charentes a beau dénoncer une "claque professionnelle organisée" par les partisans de Dominique Strauss-Kahn, le chahut de jeudi soir a fait naître une question : la candidate est-elle vraiment apte à rassembler tous les socialistes ? C'est ce que redoutaient le plus ses partisans. Mme Royal a perçu le risque en lançant, dès la sortie du meeting, un appel aux militants à "venir voter très nombreux" le 16 novembre.

Où étaient, jeudi soir, les nouveaux adhérents parisiens, souvent décrits comme acquis à la cause de Mme Royal ? "Ils étaient là", assure M. Bloche. Mais pas en nombre suffisant, semble-t-il, par rapport aux autres militants franciliens, également conviés, venus de départements favorables à "DSK" (le Val-de-Marne, le Val-d'Oise) ou à Laurent Fabius (la Seine-Saint-Denis, l'Essonne). L'image de Mme Royal est en tout cas sortie écornée de cette soirée.

A cet épisode s'ajoutent des sondages qui, tout en restant favorables à la candidate, paraissent eux aussi marquer le pas. Selon une étude CSA pour la lettre confidentielle Le Bleu de profession politique, publiée vendredi 27 octobre, Mme Royal reste la préférée des sympathisants PS mais recule de 15 points en une semaine (57 % contre 72 %). M. Strauss-Kahn progresse de 5 points sur la même période (23 % contre 18 %), tout comme Laurent Fabius (10 % contre 5 %). "Les sondages des sympathisants vont se rapprocher de ceux des militants, relativise François Rebsamen, responsable de la campagne de Mme Royal. Il n'y a pas d'alerte particulière, même s'il faut rester mobilisé." Le numéro deux du PS enrage contre la soirée du Zénith, qui a "entraîné" Mme Royal "dans la mêlée". "Il faut ramener ça à la passion d'une salle plus habituée aux ambiances rock and roll, ironise-t-il. Mais, demain, il faudra rassembler les socialistes ; or peut-être certains n'ont-ils plus rien à perdre."

Le camp de Mme Royal veut continuer de croire qu'elle l'emportera dès le premier tour du scrutin des militants, prévu le 16 novembre. Mais il se demande s'il était de bonne stratégie d'afficher une telle assurance, au risque de démobiliser ses partisans. Les rivaux de Mme Royal jugent que le vent tourne. "On commence à sentir le deuxième tour, assure François Kalfon, partisan de M. Strauss-Kahn. Et, là, ce sera une autre campagne qui commencera".

Les opposants de Mme Royal s'emploient à instiller un doute sur les résultats du scrutin militant et accréditer l'hypothèse d'un second tour nécessaire. Prévu dans les textes du parti pour le 23 novembre, tout avait été fait jusqu'ici pour le rendre de moins en moins probable.

François Hollande, lui-même, en fait souvent fait l'impasse dans ses discours, considérant que le candidat devrait être investi le mieux possible pour faire face, ensuite, à la droite. Or, les équipes de M. Strauss-Kahn et de M. Fabius en sont persuadées : un second tour signerait l'échec de leur rivale parce qu'alors la dynamique s'inverserait.

Tout doit donc être fait pour inverser le rapport de force et abaisser le score de Mme Royal. Selon les estimations de vote réalisées dans le parti, la candidate obtiendrait environ 53 % des voix, Laurent Fabius un peu moins de 25 % et DSK, 22,5 %. Mais, ainsi que le rappelait elle-même, Mme Royal, sur la scène du Zénith, "rien n'est joué et, là aussi, tout se mérite". Les nouveaux adhérents, au nombre de 66 000 inscrits avant la date limite pour pouvoir voter, continuent, en effet, d'alimenter toutes les interrogations. Seront-ils au rendez-vous le 16 novembre ? Pour M. Rebsamen, "il y a toujours la possibilité de passer au premier tour".

Samedi, dans un entretien à Libération, "DSK" a mis en avant ses chances. "Il y a une dizaine de jours, je sentais un frémissement en ma faveur, aujourd'hui c'est un mouvement", assure l'ancien ministre de l'économie. Qui en profite pour décocher quelques coups de pied. "Il peut arriver à tout le monde de faire une mauvaise intervention. Ne transformons pas un mauvais discours en crise des socialistes, lance-t-il à propos de la soirée du Zénith. L'entourage ne devrait pas surréagir. Il arrive que l'on traverse de mauvaises passes dues à de mauvais sondages ou à des formulations approximatives".

La veille, en déplacement à Lille (Nord), Laurent Fabius déclarait devant la presse : "Si le débat continue sur le fond, je gagnerai. Evidemment, si c'est essentiellement sur une logique d'apparences, c'est plus compliqué." L'ancien premier ministre ajoutait à l'intention de ses rivaux : "Ségolène Royal multiplie toute une série de propositions qui soit ne sont pas dans le projet socialiste soit sont totalement contradictoires. Quant à Dominique Strauss-Kahn, je l'entendais défendre un projet d'attribution d'un pécule pour les jeunes - qui n'a absolument rien à voir avec le projet d'allocation autonomie qui est le nôtre - et dont le seul mérite est d'avoir été un projet proposé par Tony Blair."

Les partisans de Mme Royal seront particulièrement vigilants quant à la poursuite de la campagne. "Calmez vos troupes !", lançait, elle-même, la candidate, vendredi, sur France Info. "J'irai jusqu'au bout", avait-elle cependant précisé, la veille, à la sortie du Zénith. François Hollande, lui, se dit "serein".

Mais le premier secrétaire du PS n'exclut pas de se rendre lui-même le 9 novembre, à Toulouse (Haute-Garonne), pour le dernier meeting de campagne commun des candidats socialistes.

Isabelle Mandraud

 


 

Rentré du Liban où il effectuait une visite de deux jours, François Hollande, interrogé par Le Monde vendredi 27 octobre, en appelle à "la conscience de l'intérêt supérieure du parti" après le chahut lors du meeting du Zénith de Paris. "L'un des trois candidats sera notre candidat à l'élection présidentielle, souligne le premier secrétaire du PS. On ne peut pas accepter que des mouvements d'hostilité et de défiance se manifestent, c'est un principe d'efficacité politique. Rien ne doit être fait qui puisse abîmer notre candidat ou candidate. Nous ne sommes pas un parti de supporteurs, de crieurs et de décrieurs. Nous sommes un parti de militants, de gouvernement, et, peut-être, de futur président. Ce ne sont pas les mouvements de foule, les applaudimètres qui changent le résultat. Ça peut créer une ambiance. Mais si moi, j'avais tenu compte des ambiances, j'aurais perdu tous mes congrès."

Par Jean-Laurent Turbet - Publié dans : Parti Socialiste - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
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