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Samedi 23 septembre 2006 6 23 /09 /Sep /2006 00:09

Vu sur le site du Monde :

Le dialogue judéo-chrétien doit servir de modèle aux échanges entre islam et christianisme. Tel est le sens implicite du message de Benoît XVI

Les derniers remous provoqués par la brillante leçon universitaire du pape Benoît XVI à l'université de Ratisbonne nous interpellent sur l'urgence qu'il y a à instaurer un véritable dialogue entre les religions et les cultures.

La proximité de fêtes importantes, à la fois juives et musulmanes, nous incite à saisir une belle opportunité. Ce 22 septembre au soir, les juifs du monde entier vont entrer dans l'année nouvelle 5767. C'est la fête de Roch Hachana. Immédiatement après, les musulmans entament le cycle du mois de ramadan, qui constitue dans leur calendrier liturgique le point culminant du recueillement, de la purification individuelle et de l'adhésion à Dieu. Quant aux juifs, ils voient dans le nouvel an non point une pure réjouissance ni des journées de liesse, mais une solennité austère au cours de laquelle se décide le sort de l'humanité tout entière pour les temps qui viennent.

A ces deux célébrations, il n'est pas arbitraire de rattacher le vibrant appel lancé par le pape Benoît XVI à un authentique dialogue entre les cultures, les religions et les civilisations, avec le sérieux qui caractérise tout professeur de l'université allemande qui se respecte.

Cet appel, qui semble avoir été mal compris dans certains milieux, n'en est pas moins fondé et sincère puisqu'il propose de bâtir l'avenir sur une conscience historique incontestable. On ne peut que déplorer la mauvaise manière que font au guide spirituel de plus d'un milliard de catholiques quelques voix du monde islamique. Comment prétendre que le pape actuel tourne le dos à la politique d'apaisement de ses éminents prédécesseurs (tels Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II), alors qu'il n'a fait que remettre en mémoire une citation authentique de l'empereur Manuel II Paléologue (1391), laquelle reflétait bien l'état des relations entre une Eglise catholique tout juste sortie des croisades et un islam, notamment ottoman, soucieux de parachever son expansion ?

Pour ancienne qu'elle soit, la citation bruyamment incriminée n'en illustre pas moins ce que pourraient devenir les relations islamo-chrétiennes contemporaines si une certaine frange radicale de l'islam devait imposer ses vues belliqueuses et hégémoniques à l'ensemble des musulmans. Fidèle à la méthode universitaire, le pape a aussi fait mention d'un théologien musulman du Xe siècle, qui était aussi historien des religions à ses heures, Ibn Hazm.

Ce penseur a rédigé un ouvrage assez volumineux intitulé Al-Fisal, où il tente de mettre en lumière les contradictions qui abonderaient, selon lui, dans la Bible hébraïque et les Evangiles. A l'en croire, seule, la révélation ultérieure serait authentique. Nous avons ici un saisissant raccourci à l'appui de ce que l'on nomme aujourd'hui l'exclusivisme religieux... Mais l'islam, même médiéval, peut s'enorgueillir d'avoir donné naissance à un grand philosophe, Abul Al-Walid ibn Ruchd - Averroès - , vénéré des juifs et des chrétiens du Moyen Age pour sa rectitude morale et la profondeur de sa spéculation philosophique.

Or qu'a dit le pape ou bien qu'a-t-il laissé entendre ? Que l'on devait s'inspirer d'un si haut exemple et que l'islam n'avait qu'à puiser en son propre sein pour trouver des référents sérieux et fiables. Hier comme aujourd'hui, l'Occident n'a pas toujours nourri d'hostilité foncière envers l'islam. L'écrasante majorité des orientalistes européens du XIXe siècle ont toujours abordé le phénomène culturel islamique avec l'objectivité scientifique qui s'imposait.

Or, aujourd'hui, les trois confessions issues de la lignée abrahamique doivent redonner vie à une fraternité retrouvée : le pape, en lançant son appel à un authentique dialogue, les juifs en priant pour que l'année nouvelle soit une année de paix, de bonheur et de prospérité pour l'humanité dans son ensemble, et les musulmans en tentant par un mois de jeûne et d'abstinence, de se purifier et de s'élever vers une spiritualité de plus en plus exigeante. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, le dialogue judéo-chrétien a connu un essor sans précédent. Le dialogue islamo-chrétien n'en est pas encore là : il faut donc le développer.

Dans sa belle pièce de théâtre Nathan le Sage, G.E. Lessing mettait dans la bouche de son héros, Nathan, la phrase suivante : " Je ne souhaitais que tous les arbres de la forêt eussent la même écorce "... Quel beau plaidoyer en faveur de la diversité religieuse et de la tolérance !

Il faut un authentique " trialogue " entre les fils d'Abraham, car c'est pour nous l'unique façon d'éviter un terrible choc des cultures, des civilisations et des religions.

Maurice-Ruben Hayoun

Philosophe, vice-président de la Fraternité d'Abraham

Par Jean-Laurent Turbet - Publié dans : Religions - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
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