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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Benoït XVI continue son rapprochement avec les intégristes catholiques

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 23 Janvier 2009, 00:05am

Catégories : #Religions

C'est le quotidien  italien «Il Giornale» qui l'affirme : le pape Benoît XVI aurait d'ores et déjà signé un décret annulant les excommunications des évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988.

En juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre, fondateur français de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) , décédé en 1991, avait sacré à Econe en Suisse, des évêques sans l'accord du Saint-Siège, ce qui avait entraîné aussitôt une mesure d'excommunication.


En août 2005, peu après l'élection de Benoît XVI et pour la première fois depuis la rupture de 1988, le dialogue avait été renoué entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X, hostile aux innovations introduites par le Concile Vatican II (1962-1965).


Il s'agit aujourd'hui d'un nouveau geste du pape Benoît XVI pour tenter demettre fin à ce schisme dans l'Eglise catholique, après ses initiatives en faveur de la réintroduction du rite traditionnel tridentin, en latin, auquel les traditionalistes sont attachés.


Les catholiques intégristes de la Fraternité avaient en effet posé deux conditions à l'ouverture de négociations avec Rome: la libéralisation de la messe tridentine, dite de saint Pie V (la messe en latin), et l'annulation des excommunications prononcées par Jean Paul II à l'encontre des quatre évêques ordonnés à Ecône par Mgr Lefebvre en 1988.

La première a été remplie en juillet 2007.

Quant à la levée des excommunications, elle devrait être annoncée ces prochains jours. Selon le quotidien Il Giornale, le pape aurait signé un décret révoquant la décision de Jean Paul II. Le Vatican n'ayant ni confirmé ni surtout démenti cette information, tout porte à croire qu'elle est véridique. La Croix annonce même la publication "imminente" du décret, "en fin de semaine ou début de semaine prochaine".

Benoît XVI n'a en effet jamais caché sa volonté de réintégrer les catholiques intégristes dans le giron de Rome, et il a déjà tendu la main à plusieurs reprises aux lefebvristes.

En septembre dernier, au cours de sa visite en France, le pape avait lancé à Lourdes un appel aux vocations religieuses, rappelé aux évêques les dogmes contre la "permissivité morale" et leur avait suggéré une ouverture vers les traditionalistes.


Lors d'une rencontre à huis clos avec les évêques, il avait souhaité une "pacification des esprits" avec les tenants de la tradition.


"Je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage", avait-il dit. "Nul n'est de trop dans l'Eglise. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui et jamais rejeté."

Les négociations entre le Saint-Siège et les intégristes devraient donc pouvoir commencer pour les réintégrer dans le giron romain. Celles-ci devraient comporter deux volets. Le premier est de nature juridique en définissant un statut juridique clair pour la Fraternité. Plusieurs statuts sont possibles, comme par exemple celui de la prélature personnelle du pape, comme pour l'Opus Dei. Dans ce cas, la Fraternité ne serait rattachée à aucun territoire. Le second volet des négociations est le plus délicat car de nature doctrinale. Il concerne en particulier deux acquis du concile Vatican II: l'œcuménisme et la reconnaissance de la liberté religieuse.

Benoit XVI, ne semble pas encore prêt à transiger sur la reconnaissance du Concile Vatican II, comme l'affirme une déclaration publiée par le porte-parole du Saint-Siège le 25 juin 2008.

Pourtant, l'annulation des décrets de 1988, en soit, signifie que le Pape est prêt à aller loin dans les concessions aux intégristes.


Le cardinal Josef Ratzinger, futur Benoît XVI, s'était vu affublé par ses détracteurs du sobriquet de "Panzerkardinal" compte-tenu de ses positions vivement conservatrices.

Symbole fort s'il en est, cette annonce tombe en pleine semaine pour l'unité des chrétiens. Il ne faut pas se cacher que le "Panzerpapa" met chaque jour d'avantage du plomb dans l'aile de
l'œcuménisme. Celui-ci a-t'il d'ailleurs toujours toujours un sens ?

Déjà en 2007 Rome déclarait que « Cette unique Église du Christ subsiste dans l'Église catholique »... et dans nulle autre ! Hors de l'église catholique point de salut. Les protestants et les orthodoxes avaient fait mine de ne pas trop entendre... Et pourtant après ces quelques mots la messe était belle et bien dite...

Le tournant ultraréactionnaire de l'église catholique romaine a bien commencé sous Jean-Paul II (qui en bon Pape polonais se méfiait des orthodoxes) et s'amplifie largement sous Benoît XVI (qui en bon Pape allemand se méfie des protestants).

L'abbé Laguérie, ex-abbé intégriste de Saint-Nicolas du Chardonnet a déjà rejoint la maison mère dès 2006 avec son institut du Bon Pasteur bordelais qui célèbre la messe en latin. Laguérie, qui officie en 1996 lors des obsèques du milicien Paul Touvier à qui il trouve «une âme délicate, sensible et nuancée». Laguérie qui déclarait en 1987 à Libération à propos des juifs que «depuis quarante-cinq ans, ils tiennent la France en dictature, ils contrôlent les médias et la banque...».

Dans cette même lignée, les déclarations hier de Mgr Williamson, britannique aujourd'hui âgé de 68 ans, l'un des 4 évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988 à qui Benoît XVI tend aujourd'hui la main et qu'il voudrait voir réintégré au sein de l'église romaine: "Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz", a-t-il déclaré au cours de l'émission Uppdrag gransning (mission investigation), programme hebdomadaire de la télévision publique suédoise SVT. Et Mgr Williamson de poursuivre: "Il y a certainement eu une grande exploitation [de ces faits]. L'Allemagne a payé des milliards et des milliards de Deutschemarks et à présent d'euros parce que les Allemands souffrent d'un complexe de culpabilité pour avoir gazé six millions de Juifs, mais je ne crois pas que six millions de Juifs aient été gazés". Et enfin il conclut : "Pas un seul Juif n'a été tué dans les chambres à gaz. Ce sont des mensonges."

Et c'est de ces gens là dont Benoît XVI parle quand il dit que "Nul n'est de trop dans l'Eglise. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui et jamais rejeté"?

Le rapprochement désiré, voulu, programmé, avec les intégristes (qui véhiculent comme nous venons de le voir une idéologie d'extrême-droite violemment antisémite et négationniste) a bien un sens. C'est toute l'église catholique qui penche - que les fidèles sincères le veuillent ou non - vers les thèses les plus  réactionnaires; à l'image de l'église catholique espagnole (qui n'a jamais fait son deuil du franquisme) ou de l'église catholique polonaise (qui voit ressurgir de façon récurrente les vieux démons de l'antisémitisme chrétien).

Beaucoup parmi les protestants, parce que ce sont des gens de coeur et de bien, disent qu'il faut être
œcuménique pour deux. Parce qu'ils ont consacré parfois jusqu'à des dizaines d'années au rapprochement avec les catholiques. Voir se déliter sous ses yeux l'oeuvre d'une vie n'est pas quelque chose qu'on accepte facilement, surtout que des liens solides et fraternels se sont tisser au fil des ans.

Mais à un moment il faut bien se rendre à l'évidence: l'Eglise catholique, sans trop le dire et surtout sans l'assumer encore pleinement, part à la dérive. Cette dérive s'appelle dogmatisme, sectarisme, repli identitaire, fondamentalisme, refus de l'altérité. Mais ses actes, ajoutés les uns aux autres au fil des ans, parlent pour elle. Durs seront les réveils post-
œcuméniques et dures seront les désillusions et les amertumes.

Les protestants de France qui voguent à pleine voile vers l'unité luthéro-réformée ne doivent pas se laisser entrainer vers cette dérive de l'Eglise de Rome. En continuant de suivre la grande tradition du protestantisme français, humaniste et éclairé, que les protestants soient fiers de leurs valeurs, de leur histoire, de leur théologie, de leurs principes. Et qu'ils n'aient plus peur de rayonner et de les faire connaître sans complexe au plus grand nombre.

Que les rapprochement avec les intégristes soient réservés à d'autres. La "communion" avec Williamson et Laguérie, non merci !

 

Pour aller plus loin :

 

° Hors de l'Eglise catholique, point de salut !!, sur ce site.

° Benoît XVI sur la voie d'une libéralisation de la messe en latin, sur ce site.

° Vade retro soutanas, portrait de l'abbé Laguérie par catherine Coroller, sur ce site.

° Traditionalistes: des laïcs bordelais s'inquiètent, Mgr Ricard leur répond, sur ce site.

° Benoît XVI "pape traditionaliste", selon l'abbé Laguérie, sur ce site.

° Rome ouvre les bras aux "traditionalistes", sur ce site.

° Fraternité de Saint Pie X, sur Wikipedia.

° Mgr Lefebvre, sur Wikipedia.

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