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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Les fichiers nazis pourraient être livrés aux historiens

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 21 Avril 2006, 10:53am

Catégories : #Histoire

Des millions de données ont été recensées sur les victimes du nazisme. Polémique autour de l'ouverture de ces archives au contenu parfois sensible.

Un nom, un lieu, mais parfois plus, comme l'homosexualité, des maladies héréditaires ou des expériences pseudo-médicales: des informations sur plus de 17,5 millions de victimes du nazisme sont recensées par le Service international de recherches (SIR). Des données souvent sensibles, susceptibles d'entraîner une violation de la vie privée si elles devaient être ouvertes au public.
Pour l'instant, les 30 millions de documents du SIR, basé à Bad Arolsen, ne peuvent pas être consultés par les historiens et le public. Mais cette restriction pourrait bientôt être levée sous la pression de chercheurs travaillant sur l'Holocauste et d'organisations juives. Les onze pays (Belgique, France, Allemagne, Grèce, Italie, Israël, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Etats-Unis) qui gèrent ces archives se réunissent au Luxembourg le 16 mai. Le gouvernement allemand s'est dit prêt cette semaine à travailler sur cette question.

Plus de 50 millions de références

Le SIR a été créé en 1943 à Londres et transféré en Allemagne en 1945. Son objectif, aider les proches des victimes à découvrir ce que les leurs étaient devenus, vivants ou morts.
Plus de 50 millions de références ont été cataloguées et, dans la majeure partie des cas, numérisées pour former une immense base de données. Le tout devrait être informatisé d'ici fin 2007. Le SIR a géré environ 150.000 requêtes rien que l'année dernière. Il faut trois ans et demi en moyenne pour obtenir des informations.
Ce sont de loin les documents les plus complets sur les victimes du IIIe Reich, estime Udo Jost, responsable des archives du centre. Mais tout n'y figure pourtant pas. Certains camps de la mort, explique-t-il à l'Associated Press, ne s'embarrassaient pas de telles données. Dans d'autres cas, elles ont tout simplement été détruites à l'approche des troupes russes et alliées.
D'autres camps en revanche ne cessaient d'alimenter leurs fichiers. Celui de Mauthausen, en Autriche, recensait les décès des détenus, notant leurs noms et numéros, ainsi que leur date et lieu de naissance. "Il indique également comment ils sont morts", poursuit Udo Jost, en présentant une copie du "livre de la mort" du camp de 1942 à 1943. Ainsi, le 20 avril 1942, 300 prisonniers ont été exécutés en quelques heures. "C'était l'anniversaire d'Hitler.
La direction du camp voulait lui faire un cadeau".

Données sensibles

En plus de donner des informations aux proches de victimes, ces fichiers peuvent être utilisés pour les compensations liées au service du travail obligatoire (STO) ou aux camps de concentration. Mais ils comportent des données sensibles, notamment des informations sur des maladies héréditaires, des expériences pseudo-médicales ou encore des motifs d'incarcération, comme l'homosexualité.
Le SIR est tenu de protéger ces données, mais plusieurs pays et organisations, dont la France, sont favorables à leur ouverture au public. Ce qui ne les empêche pas de s'interroger sur le droit à la vie privée. Le Conseil central des Juifs en Allemagne est "plus que favorable à l'ouverture des archives", souligne son secrétaire général, Stephan Kramer. Mais "nous sommes soucieux que ces informations personnelles soient traitées avec précaution".
Les documents sont réglementés par les accords de Bonn de 1955, dont les statuts devront être modifiés pour parvenir à une telle ouverture. Paris "espère" que cette modification "sera adoptée à l'unanimité" le 16 mai, a précisé jeudi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi. (Avec AP)

Source : Le Nouvel Observateur


Des fichiers nazis livrés aux historiens

Berlin ne s'oppose plus à l'ouverture d'archives jusque-là étroitement contrôlées.

par Pierre ROUCHALEOU. QUOTIDIEN : vendredi 21 avril 2006

Vingt-cinq kilomètres d'archives de la période nazie, restées étroitement contrôlées depuis soixante ans, vont enfin pouvoir livrer leurs secrets aux historiens. D'ici à la fin de l'année, le centre de documentation allemand de Bad Arolsen devra être ouvert aux chercheurs : Brigitte Zypries, ministre allemande de la Justice, en a fait l'annonce mardi, saluée par les historiens. Pour l'un d'eux, Frederick Taylor, «l'ouverture de ces archives va permettre de définitivement neutraliser la propagation du virus du négationnisme qui traite l'Holocauste comme un événement fantaisiste créé après 1945».

Fiches individuelles. Ces archives sont constituées d'un fichier central comportant plus de 50 millions d'informations individuelles concernant plus de 17,5 millions d'anciens persécutés, juifs, Roms et travailleurs forcés de toutes nationalités. Le fonds est composé d'environ 30 millions de fiches, de dossiers et de registres, en provenance de Buchenwald, Dachau, etc., mais aussi des ghettos, d'IG Farben, de Volkswagen, et d'autres entreprises ayant employé des travailleurs forcés.Ces «fiches individuelles de prisonniers» sont très complètes : elles comportent des informations sur des peines antérieures à leur détention, leurs moeurs sexuelles, les maladies, les professions et leurs origines raciales. Les archives détiennent aussi des listes de noms méticuleusement tenues par la bureaucratie nazie, où sont répertoriés les collaborateurs et les espions à la solde du régime, mais aussi les traîtres à leur cause.

Assouplissement. Le fonds d'archives fut créé par les Britanniques dès 1943 afin de faciliter la recherche des personnes disparues. Il fut élargi aux documents nazis à la fin de la guerre. En 1955, le traité de Bonn le plaça sous la houlette du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), seul habilité à y accéder (lire ci-contre).

Depuis, dans le cadre des demandes d'indemnisation des travailleurs forcés, le CICR utilise le centre de Bad Arolsen pour établir les certificats d'authentification. En 2005, le CICR a ainsi enregistré plus de150 000 demandes émanant d'anciens persécutés ou de leurs familles, et leur a fourni 226 535 réponses.

En 1996, il y avait eu un assouplissement des règles d'accès : des documents ne mettant pas en cause des personnes avaient été ouverts à la recherche historique. Toutefois, ces archives en libre accès ne concernent qu'environ 2 % des données entreposées sur les 25 700 mètres de linéaires du centre de Bad Arolsen.

Principales réticences. Le comité international de pilotage de ces archives, composé de onze Etats (l'Allemagne, les principaux pays européens, les Etats-Unis et Israël), se réunira le 17 mai au Luxembourg pour amender le traité qui régit depuis 1955 cette documentation exceptionnelle. Jusqu'ici, les principales réticences à l'ouverture étaient exprimées par l'Allemagne et l'Italie. Quand la question de l'ouverture s'était posée une première fois, les anciennes puissances de l'Axe s'y étaient opposées, par crainte que cela ne suscite un raz de marée de demandes de dédommagement. Depuis, la restriction a été maintenue au nom de la protection des survivants.

De plus en plus de critiques s'exprimaient pour ouvrir ce centre au nom de la mémoire des victimes. Depuis huit ans, des discussions avaient lieu en coulisse sur l'ouverture des archives à la recherche. En vain, jusqu'à l'annonce faite mardi par la ministre de la Justice au mémorial de l'Holocauste à Washington. Si le comité international entérine cette décision, le traité devra être adapté pour le rendre applicable dans les législations des pays membres. Ce qui n'est pas encore acquis.

Ces changements vont intervenir sans que l'on sache très bien la motivation allemande à faire cette annonce : s'agit-il de pressions internationales menées par les Etats-Unis ou de l'inflexion que la chancelière Angela Merkel veut donner aux relations germano-américaines ?

Source : Libération

 


 Le mandat «strictement humanitaire» du CICR

 par Pierre ROUCHALEOU. QUOTIDIEN : vendredi 21 avril 2006

«Ce centre détient les archives les plus importantes au monde concernant les victimes civiles des persécutions nazies», note d'emblée Antonella Notari, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), chargée de la gestion de cette masse de documents. «La Croix-Rouge tire son mandat strictement humanitaire en faveur des anciens persécutés du régime nazi d'un accord international conclu avec la Commission internationale pour le service international de recherches (Cisir) en mai 1955.»

«Bad Arolsen, c'est avant tout cet énorme fichier qui nous permet d'établir les certificats pour valider les demandes d'indemnisation», précise le CICR.

Concernant la prochaine ouverture du centre aux historiens, Antonella Notari souligne que «le CICR reconnaît la valeur historique des fonds d'archives. Il reconnaît aussi que la recherche historique sur un sujet aussi douloureux comporte une valeur humanitaire aux yeux de nombreux anciens persécutés. Enfin, le CICR et le SIR sont favorables à l'ouverture de cette documentation aux chercheurs et encouragent vivement la Cisir à prendre les décisions indispensables à sa mise en oeuvre pratique». Mais, prévient-elle, «il appartiendra aux seuls Etats membres de la Commission de statuer sur l'établissement et la remise éventuelle de copies digitalisées de l'ensemble des fonds, et sur les sauvegardes qui devraient être données, aussi bien au CICR qu'au SIR, contre d'éventuelles demandes en dommages et intérêts découlant d'une utilisation illicite des données mises ainsi à disposition».

Source : Libération


Christopher Browning, historien, détaille l'importance du fonds documentaire :

«Mieux connaître la vie dans les camps»

par Pascal RICHE. QUOTIDIEN : vendredi 21 avril 2006

Washington de notre correspondant

Spécialiste de la Shoah, Christopher Browning, 61 ans, professeur à l'université de Caroline-du-Nord, est notamment l'auteur du livre Des hommes ordinaires (1) sur la solution finale en Pologne.

Avec l'ouverture des archives de Bad Arolsen, va-t-on apprendre beaucoup sur la Shoah ?

Il faut être prudent. Il y a eu trois grandes vagues de documentation écrite sur la Shoah. Après la Seconde Guerre mondiale, de très nombreux documents ont été rassemblés et analysés dans le cadre de la préparation des procès de Nuremberg. Puis, dans les années 60, une seconde vague de documents a été exploitée, dans le cadre du procès Eichmann en 1961 et de bien d'autres procès en Allemagne, comme le «procès Auschwitz» à Francfort (1963-1965). Des tas de prisonniers et de suspects avaient alors été interrogés, et de très nombreux documents avaient été rendus publics. On a connu une troisième vague de documents à partir de 1989-1990, avec l'ouverture des archives des pays de l'Est. On a pu ainsi découvrir des documents jusque-là gardés secrets à Moscou, Prague, ou dans d'autres capitales.

Les archives de Bad Arolsen ne sont comparables, de par leur importance, à aucun de ces trois grands groupes d'archives. Elles contiennent surtout des dossiers individuels. Apparemment, elles sont organisées par noms. Elles permettront de mieux savoir où se trouvait tel ou tel prisonnier. Mais ces archives ne nous apprendront pas grand-chose sur la prise de décision politique, sur la façon dont les dirigeants allemands ont opté pour la solution finale, ou encore sur les massacres dans l'Est.

Ces archives vont-elles compléter la connaissance sur l'organisation des camps de concentration ?

Elles sont très importantes pour comprendre comment se déroulait la vie dans les camps. Grâce à ces listes de noms, on va savoir qui était là, qui sont les gens qui ont été obligés de travailler dans des camps de concentration ou les camps-usines, qui y est mort. Ces archives sont précieuses pour les historiens qui travaillent sur des individus. Je vous donne un exemple : un de mes projets porte sur des lettres envoyées par des juifs du ghetto de Cracovie à leur famille aux Etats-Unis. On ne sait pas ce qui leur est arrivé après décembre 1941 : la correspondance s'interrompt après l'entrée en guerre des Etats-Unis. Il est possible, grâce à ces archives, que l'on sache ce qu'ils sont devenus pendant la guerre. L'un des apports les plus significatifs de ces archives, pour les historiens, pourrait concerner le travail forcé. La recherche sur les camps de concentration ou sur les ghettos est assez nourrie, mais elle l'est beaucoup moins sur les camps de travail. Ces archives devraient montrer l'ampleur de cet esclavage organisé par les nazis.

Qu'est-ce qu'on ne sait pas encore ?

L'un des domaines de recherche concerne la question soulevée par Jan Gross, dans son livre sur Jedwabne en Pologne (1), concernant les relations locales entre les juifs et les autres habitants des villages d'Europe de l'Est. Les Allemands, en arrivant dans ces régions, ont apporté l'allumette, mais le combustible avait déjà été amassé. Cette «préhistoire» ­ quelle était la vie dans ces régions avant l'arrivée des nazis ­ est capitale à explorer, mais c'est un long processus.

Ce sont les Américains qui ont été le plus énergiques à demander l'ouverture de ces archives. Pensez-vous que les Européens soient encore prisonniers de leur histoire ?

Aux Etats-Unis aussi, il y a eu une campagne pour que soient déclassifiées certaines archives concernant notamment la Seconde Guerre mondiale. Clinton avait été très ouvert sur la question, Bush l'est moins. Mais c'est vrai, les Américains ont une politique beaucoup plus ouverte, concernant leurs archives, que les Européens. Les pays européens gardent leurs archives fermées des décennies en invoquant une mauvaise raison, «la tradition». Quand ils finissent par les ouvrir, ils se rendent compte qu'il n'y avait aucune bonne justification pour les garder si longtemps fermées.

Dans le cas des archives de Bad Arolsen, il y aurait des documents cruels pour certaines familles, comme des lettres de dénonciation. Le gouvernement allemand aurait hésité à les mettre trop tôt sur la place publique...

Les Allemands ont invoqué la vie privée pour garder secrets des documents. Juste après la guerre, ces lois protégeaient les gens qui donnaient des informations, sous couvert de confidentialité, sur les nazis. Puis ces mêmes lois ont fini par protéger les nazis eux-mêmes, sous prétexte que leurs fils ou leurs petit-fils ne voulaient pas être embarrassés. Ces textes ne servent plus la cause des victimes, ils servent à cacher des fautes. Cela ne devrait pas être possible.

(1) Traduit chez les Belles Lettres, 1994.
(2) Les Voisins, Fayard, 2002.

Source : Libération


Editorial

Un droit

par Gérard DUPUY. QUOTIDIEN : vendredi 21 avril 2006

Qu'il existe en 2006 des kilomètres de fichiers nazis encore soustraits à la curiosité des historiens, bien peu l'auraient deviné. Il n'y a pourtant pas de scandale particulier au retard mis à rendre publiques ces archives, de même qu'il n'y a pas de révélations fracassantes à attendre de leur exploitation savante. Une organisation internationale de bon aloi, le CICR, les a gérées en fonction des requêtes individuelles émanant de survivants des crimes nazis ou de leurs proches, avec un souci louable de préservation de la «vie privée» (ces fiches de police contiennent des détails intimes sur des millions de victimes qui ont le droit qu'on les respecte aussi en cet aspect de leur mémoire). A cela s'ajoute un aspect plus cynique : la semi-occultation de ces fichiers a permis à certains Etats, dont la RFA, de s'épargner des demandes d'indemnisation...

Mais l'essentiel n'est pas là et pose une question beaucoup plus grave sur la propriété des archives en général. C'est un droit démocratique fondamental que celles-ci soient rendues accessibles, certes selon certaines règles, mais accessibles à tous ­ les historiens étant, techniquement, la figure majeure de ce «tous». Et on ne compte pas les archives actuellement forcloses ­ une grande partie de celles du régime communiste soviétique ou du Vatican, la quasi-totalité des archives chinoises (ou de presque toutes les dictatures). On a dit que les musées n'étaient que les gestionnaires de la conservation de trésors dont la propriétaire était l'humanité en général. La même chose vaut pour les archives : leurs détenteurs, si jaloux soient-ils de leurs prérogatives, n'en sont que des intendants délégués. Il reste beaucoup de chemin à faire pour que le propriétaire universel rentre dans son bien.


Le SIR

Les archives du service international de recherches (International Tracing Service), stockées à Bad Arolsen, en Allemagne, regroupent des informations sur plus de 17 millions de personnes assassinées ou réduites au travail forcé par les nazis. En vertu de sa législation très stricte sur la protection de la vie privée, l'Allemagne a longtemps refusé leur ouverture.

Le traité de 1955Les archives de l'ITS sont régies par un traité de 1955, passé entre onze Etats (Belgique, France, Allemagne, Grèce, Grande-Bretagne, Israël, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne et Etats-Unis), qui ne prévoyait aucune autorisation d'accès pour les historiens. Il ne peut être amendé qu'avec l'approbation unanime de ces Etats, qui se réuniront le 17 mai à Luxembourg.

Travailleurs forcés

Le IIIe Reich en exploitait en septembre 1944 quelque 7,6 millions : 5,7 millions étaient des civils transférés de force, notamment des pays de l'Europe orientale ; 1,9 million des prisonniers de guerre, 500 000 des internés des camps de concentration.

Camps de concentration

Ils ont été créés dès l'arrivée de Hitler au pouvoir pour interner les opposants, des droits-communs ou les homosexuels, ainsi que, pendant la guerre, les résistants et otages en provenance des pays occupés. Ces camps, tels que Dachau, Buchenwald, Bergen-Belsen, Ravensbrück, Mauthausen, étaient pour la plupart en territoire allemand.

Camps d'extermination

Les nazis ont créé six camps de la mort (Treblinka, Chelmno, Sobibor, Belzec, Majdanek et, le plus important, Auschwitz), tous situés en territoire polonais occupé. Là furent assassinés dans les chambres à gaz au moins 3 millions des quelque 6 millions de juifs victimes de la «solution finale», et 300 000 Roms.

Source : Libération

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