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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Le savoir grec nous a t'il été transmis par l'Islam?

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Août 2008, 22:45pm

Catégories : #Histoire

La sortie du livre "Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l'Europe chrétienne" de Sylvain Gouguenheim a créé la polémique dans le petit monde des spécialistes de l'histoire des relations entre le monde chrétien et le monde musulman.

Une polémique car il remet en cause un certains nombre de théories qui sont "dans l'air du temps".

Tout d'abord et principalement le fait que la culture grecque et la connaissance de ses philosophes nous soit parvenue via le monde arabo-muulman et particulièrement via Al-Andalus.

"
J'adhérais à l'idée que le Moyen-Age occidental avait redécouvert Aristote et le savoir grec par la traduction des textes arabes en latin grâce à la filière espagnole, notamment à Tolède dans la seconde moitié du 12ème siècle, déclare Sylvain Gouguenheim à l'Express. En voulant améliorer ce cours, et en marge de mes recherches, je tombe sur l'article d'un historien italien consacré à Jacques de Venise. Pour moi, c'est une découverte. Il fait état d'une série de traductions directes du grec au latin par Jacques de Venise et d'autres auteurs anonymes, au Mont-Saint-Michel et dans la France du Nord. A ces travaux s'ajoutaient les premiers commentaires de l'oeuvre même d'Aristote, du moins de textes qu'on ne connaissait plus en Occident, la Physique, la Métaphysique ou De l'âme. J'étais surpris de ne pas retrouver ces faits dans la plupart des manuels de base."

Aux historiens qui se sont rapidement insurgés contre son livre, Sylvain Gouguenheim répond : "L'historien italien auquel j'ai fait référence n'est pas catégorique. Il y a quand même un indice dans la chronique du Mont-Saint-Michel rédigée par l'abbé du Mont Robert de Thorigny. Vers 1150, il rajoute en marge de son récit une phrase évoquant le travail de traduction d'Aristote par Jacques de Venise vers 1127. Ce n'est pas une preuve absolue de sa présence, d'autant moins qu'on connaît mal sa vie. Mais cette note interdit de dire qu'il n'y a jamais mis les pieds. Indiscutable, en revanche, est la circulation de nombreuses copies de Jacques de Venise parmi les cercles savants au xiie siècle."

La question est de savoir s'il y a vraiment eu une rupture totale entre l'héritage grec antique et l'Europe chrétienne du haut Moyen Age ? L'auteur de ce livre répond clairement que non.

Après l'effondrement définitif de l'Empire romain, les rares manuscrits d'Aristote ou de Galien subsistant dans des monastères n'avaient-ils réellement plus aucun lecteur capable de les déchiffrer ? Non, réplique toujours Sylvain Gouguenheim. Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance ne furent jamais rompus : des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes en mesure de les lire. Durant ce qu'il est convenu d'appeler les « âges sombres » du haut Moyen-Âge, ces connaisseurs du grec n'ont jamais fait défaut, répartis dans quelques foyers qu'on a tort d'ignorer, notamment en Sicile et à Rome.

N'oublions pas que la chute de Contantinople n'aura lieu qu'en 1453 et que les échanges intellectuels furent nombreux entre l'Empire Byzantin (grec rappelons-le) et l'Occident.

On ne souligne pas que de 685 à 752 règne une succession de papes... d'origine grecque et syriaque. On ignore, ou on préfère oublier qu'en 758-763, Pépin le Bref se fait envoyer par le pape Paul 1er des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote. Des savants, certes en nombre limités, étaient capables de lire et d'interpréter ces textes. La pensée grecque antique n'était donc pas perdue pour l'Occident.

La cour carolingienne au 9ème siècle était également riche en penseurs de haut niveau: que l'on pense à Paul Diacre, Pierre de Pise, Théodulf ou Alcuin d'York qui introduit alors la célèbre méthode péagogique comprenant l'étude des 7 arts libéraux, réunis dans le trivium et le quadrivium.

Quid également de la "Renaissance" du 12ème siècle? C'est entre le 12ème et le 13ème siècle que l'Europe se drappe de son "manteau de cathédrales".

On reproche également à
Sylvain Gouguenheim de remettre en cause la figure d'Averroès souvent présenté - à tort de mon point de vue - comme le précurseur de notre idée de laïcité. Averroès a pourtant été l'un des penseurs les plus importants et les plus innovants de son siècle.

A ce sujet, Sylvain Gugenheim fait une juste réflexion à l'Express :"Je dis une chose simple : il faut voir les hommes du Moyen Age tels qu'ils étaient vraiment. Averroès est un grand génie du Moyen Âge, mais il ne faut pas en faire un homme du xxe siècle. Je pense la même chose de saint Thomas ou de Maïmonide. Ne les transformons pas en «agnostiques» ou en «tolérants», notions anachroniques. Je ne suis pas pour autant un partisan de Samuel Huntington et de sa théorie du «Choc des civilisations». On m'a reproché de prendre l'hellénisation comme un critère de supériorité. Ce n'est pas le cas. J'adore le Japon ou la Chine, qui n'ont rien de grec ! L'hellénisation est un critère de distinction. Je ne suis pas contre les ponts entre les civilisations. Mais on ne les construira pas en s'appuyant sur un Moyen-Âge de fiction. A cette époque, l'idée de dialogue des civilisations n'existait pas."

De plus il faut rappeler qu'Averroès a bel et bien été chassé d'Al-Andalus après la prise du pouvoir par les très rigoristes Almohades (qui prennent Cordoue en 1148 et Grenade en 1154). Les autodafés se multiplient alors ainsi qu'une répression féroce à l'égard des chrétiens, des juifs (le grand savant Maïmonide devra lui aussi s'éxiler à la même époque et trouver refuge au Caire) et des musulmans moins doctrinaires, tels Averroès.

Quel est le véritable enjeu qui sous-tend la polémique née autour du livre de Sylvain Gougenheim? Il y a tout un courant qui est né autour du mythe - car il faut bien appeler ça un mythe ou tout du moins une réécriture orientée - d'un Al-Andalus musulman où cohabitaient de façon égale et harmonieuse chrétiens, musulman et juifs, en quelque sorte une préfiguration de notre laïcité moderne.

Bien entendu il n'en était rien. Les juifs comme les chrétiens bénéficiaient en terre d'Islam du statut de dhimmis, qui les protégeait, mais qui surtout les maintenaient dans un état d'infériorité souvent humiliant en contraignant par rapport aux musulmans. Nous sommes loin, très loin, de notre laïcité actuelle...

L'histoire a souvent été très compliquée entre l'Islam et la Chrétienté : bataille de Poitiers en 732 qui marque la fin de l'expansion de l'Islam en Europe du Sud (21 ans seulement après la débarquement d'Al-Tarik en Espagne),
les croisades (XIe siècle - XIIIe siècle), la Reconquista espagnole (XIe-XVe siècle) et la lutte contre les Turcs de l'Empire Ottoman (XVe siècle). Les turcs ne seront stoppés aux portes de Vienne qu'en 1683.

Comme le rappelait fort justement le médiéviste Jacques Le Goff lors d'une interview en 2006 "
On croit souvent que le christianisme était déjà institué au tout début du Moyen Age, parce que l'empereur Constantin s'était converti à cette religion au IVe siècle de notre ère, et que l'Empire romain en avait fait sa religion officielle. En réalité, la chrétienté n'a achevé de se constituer qu'au XIIIe siècle. Et l'un des éléments qui ont beaucoup contribué à sa formation est précisément l'hostilité que le monde chrétien nourrissait à l'égard de l'islam. C'est une règle connue: on affirme sa personnalité, en s'opposant à quelque chose ou à quelqu'un. L'image a donc pesé d'un grand poids dans l'affrontement entre l'islam et l'Occident chrétien. Ici, il faut introduire un troisième partenaire: les juifs. Fils, comme les chrétiens et les musulmans, d'une même croyance monothéiste, eux n'ont pas constitué d'Etat. Après une longue période de coexistence, les chrétiens ont fini par les percevoir comme des ennemis, mais des ennemis partageant avec eux une parenté biblique. Dans la religion du Prophète, en revanche, le Livre est le Coran. Au Moyen Age, le musulman a incarné cet Autre que l'on ne veut pas être. Et cet Autre a permis aux chrétiens de forger leur individualité."

Ce même Jacques Le Goff qui s'est dit "outré par les attaques contre son jeune collègue" dans l'Express du 15 mai dernier.

Le livre de
Sylvain Gougenheim est donc utile. Parce qu'il reprécise les choses et qu'il va obliger "la partie adverse" (si je puis m'exprimer ainsi) à argumenter sérieusement, une fois les polémiques passées.

Pour bien vivre enemble, rien n'est pire qu'un passé réinventé. Qui peut nier aujourd'hui la splendeur du Califat de Cordoue ? Qui peut nier que des choses intéressantes se sont nouées pendant quelques années, et quelques années seulement, dans cette partie de l'Espagne?

Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il faut interpréter plus que ça l'histoire du 8ème ou du 15ème siècle espagnol pour règler des problèmes qui se jouent aujourd'hui.

Je ne suis pas non plus, loin s'en faut, un thuriféraire de l'église catholique comme modèle de tolérance: je n'oublie ni l'Inquisition, ni Galilée, ni les procès, ni les bûchers, ni les guerres de Religions. En matière de tolérance religieuse, les chrétiens n'ont aucune leçon à donner aux musulmans!

Il a fallut la Renaissance, la Réforme, les Lumières, la Révolution de 1789 et bien des révolutions ultérieures, pour briser le carcan de l'emprise terrible de l'église catholique sur la société française. Notre modèle laïque ne s'est pas construit sans affrontements, sans combats, souvent violents. C'était le prix à payer et il n'y a rien à regretter.

Mais peut-être ne fut-ce possible en terre chrétienne que parce que, dès l'origine, le ver était dans le fruit : "Laissez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". Cette parole de Jésus de Nazareth se trouve dans la Bible. Cela a aidé les croyants à se résigner, des siècles après, à ce qu'elle devienne réalité. Rien de tel malheureusement dans le Coran...

Mais je sais bien que ce n'est pas l'enjeu actuel de la polémique. De bonne foi, beaucoup de gens ici aimeraient bien dire aux jeunes français issus de l'immigration, très souvent musulmans et victimes de discriminations bien rélles : "Aujourd'hui on est supers fort et supers développés, mais en fait on vous doit tout à vous les arabes et les musulmans : la médecine, l'algèbre, le calcul, la philosophie..." Mais ce n'est tout simplement pas vrai.

C'est par la lutte contre les réelles discriminations d'aujourd'hui que passera la vraie "intégration" (ce mot n'a pas beaucoup de sens car ces jeunes sont déjà français...). Pas par l'invention d'un passé fantasmé.

Car ces jeunes sont plus que les autres confrontés au principe de réalité : si le monde arabo musulman a tout inventé, s'il est à ce point supérieur au monde occidental, pourquoi le 1er homme sur la lune n'était-il pas Syrien, la meilleure faculté de médecine ne se trouve-t'elle pas au Caire, les meilleurs ingénieurs à Bagdad, la plus forte armée du monde à Tunis, la meilleure université à Marrakech? Il ne faut pas raconter n'importe quoi aux jeunes, même pour leur faire plaisir.

Ce sont bien nos valeurs communes de tolérance, de paix, de connaissance, de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de respect de l'homme comme de la femme qu'il faut promouvoir ensemble.

Et de nous les appliquer d'abord à nous même, ici et maintenant.


Mot de l'éditeur à propos d'"Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l'Europe chrétienne" :

Battant en brèche l’idée reçue selon laquelle l’Occident n’aurait découvert le savoir grec au Moyen-Âge qu’au travers des traductions arabes, ce livre montre que l’Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec.
C’est que le Mont-Saint-Michel constitue le centre d’un actif travail de traduction, notamment des textes d’Aristote, dès le XIIe siècle.

Par ailleurs, l’hellénisation du monde islamique est plus limitée et partielle que ce que l’on raconte généralement, et elle fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta largement étranger à l’esprit grec.

L’hellénisation de l’Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens. Si le
terme de racines a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont grecques, celles du monde islamique ne le sont pas.

L’auteur :
Professeur d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon,
Sylvain Gouguenheim a publié de nombreux
ouvrages sur les rapports entre les mondes chrétiens et musulmans au Moyen Âge.

Le Livre :

° Aristote au Mont-Saint-Michel Les racines grecques de l'Europe chrétienne
de Sylvain Gougenheim
Publié aux Editions du Seuil, collection "Univers Historique".
Mars 2008

° Pour aller plus loin :

@
Le Choc de l'Autre. Interview de Jacques Le Goff.




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zitoun 16/07/2017 11:18

"Il a fallut la Renaissance, la Réforme, les Lumières, la Révolution de 1789 et bien des révolutions ultérieures, pour briser le carcan de l'emprise terrible de l'église catholique sur la société française. Notre modèle laïque ne s'est pas construit sans affrontements, sans combats, souvent violents. C'était le prix à payer et il n'y a rien à regretter."

Excusez moi du peu mais vous reprenez ici la doxa dominante contre l'église catholique. Celle ci ne tient pas un seul instant pour celui ou celle qui veut bien étudier ces périodes et faits historiques à travers les travaux des Historiens qui travaillent avec l'Académie Française.
Votre révolution française et ses lumières ne sont que de vulgaires mythes qui ne tiennent pas à l’analyse des faits historiques.

fee 10/08/2008 11:46

 Je vous adresse un commentaire du journal tunisien "réalités". J'espère que la publication est légale sans demander l'avis du journal ou pas. Mais pour l'enrichissement de débat j'ai voulu vous faire savoir ce qui pensent  les gens du Sudmercibonne lecture 






 

dimanche 10 août 2008      11:41 Heure de Tunis




 

 


 







Culture La contribution des Arabes à la renaissance européenne: Un point de détail de l’histoire ?   
Par Tahar Mansouri

Il est normal, naturel, voire même nécessaire de relire l’histoire et de bousculer les évidences, autrement on n’est pas historien. Or pouvons-nous le faire toujours quand on n’a pas les moyens de le faire ? Pouvons-nous toujours le faire avec des intentions non pas de comprendre le passé mais de le corrompre ? Ce sont des questions que m’a suggérées la lecture de l’ouvrage “Aristote au Mont Saint Michel, les racines grecques de l’Europe chrétienne” (Paris, Seuil, 2008) du professeur Sylvain Gouguenheim qui, voulant solder «la dette de l’Europe envers l’Islam» s’est attelé à discuter une évidence exprimée par A. De Libera dans “Penser au Moyen-Age” (Seuil, Paris, 1991, p.104) qui consiste à dire«que les Arabes aient joué un rôle déterminant dans la formation de l’identité culturelle de l’Europe (est une chose) qu’il n’est pas possible de discuter, à moins de nier l’évidence».Malgré les déclarations de l’auteur de ne pas polémiquer (p. 10), le livre qu’il nous présente est en soi une polémique : de par sa démarche, ses répétitions, ses contre-vérités, ses contradictions et ses erreurs.Ignorance et contre-véritésLa démarche du professeur Sylvain Gouguenheim est simpliste: les Arabes n’ont rien donné à l’Europe, ils n’ont eux-mêmes rien pris de valable aux Grecs. Et l’Europe a découvert d’elle-même le savoir grec, et «seule elle a créé la science moderne (p. 23), elle a traduit directement depuis le VIe siècle —et même avant cette date— les œuvres d’Aristote et de Platon et tant d’autres œuvres de savants et philosophes grecs sans passer par aucun intermédiaire et encore moins l’intérimaire arabo-musulman. Et si les Arabes ont fait traduire des textes grecs, ils n’ont jamais intégré ce savoir et ne l’ont jamais intériorisé, et si par hasard cela s’est fait c’est grâce aux traducteurs nestoriens, sabéens et melkites, qui ne livraient pas tout le secret de cette pensée à leurs ennemis, maîtres et bourreaux. Abd al-Malik et al-Hajjaj, Haroun al-Rachid et al- Mamoun ne sont que des conquérants oppresseurs, mais sous leur aile tout de même ont été faites des traductions capitales. Encore plus, si des traductions ont été faites, elles ont été l’œuvre de quelques mécènes musulmans, qui sans doute commandaient des traductions dans un but plutôt de notoriété sociale que par nécessité de savoir et de connaissance. Et même si «les traductions du grec en arabe par les Chrétiens représentent une œuvre gigantesque et méconnue (p.87)», loin s’en faut. La littérature arabe abonde dans la mise en valeur de ces contributions et dans la mise en exergue des Ishaq b. Hounain, les Ibn Masawayh et les Qusta b. Louqa al-Baalabaki et tant d’autres. Quant à l’école de Médecine de Jound Shapour, elle est tellement connue que nul n’ignore les Bani Bakhtyashou ! Une Europe imaginaireLe professeur Sylvain Gouguenheim, ignorant certainement la littérature arabophone et occultant à dessein les écrits de ses contemporains et compatriotes, s’est hasardé à écrire des contre-vérités absurdes, à moins que, ignorant lui-même cette littérature, il ait cru que tout le monde l’ignore. Il a fait la découverte et il est normal qu’il la fasse connaître !Partant dans la réfutation de la contribution de la culture arabo-musulmane non seulement à la formation d’une partie de la culture européenne, chose que seuls ceux qui ont été atteint de cécité mentale peuvent nier, mais au développement du savoir humain en général, le professeur Sylvain Gouguenheim parle de la dette de l’Europe envers le Monde arabo-musulman. D’abord, le mot dette renvoie à un commerce de bas étage et méprisant à l’égard du savoir, le considérant comme une chose, une marchandise ou tout autre objet monnayable. En plus, parler de l’Europe au Moyen-Age relèverait de la contre-vérité historique. Il a oublié le partage de Verdun, il a oublié les guerres seigneuriales, il a fait taire la haine à l’égard de Byzance. Entre l’Occident et Byzance —tous les spécialistes s’accordent à le dire —les relations n’ont jamais été comme celles décrites par le Professeur Sylvain Gouguenheim. Cette belle relation gréco-occidentale au temps des Byzantins ne l’est que sous la plume de l’honorable professeur. Aurions-nous oublié le schisme de Photius et la bataille avec la Papauté sous le règne des Macédoniens ? Aurions-nous oublié la description faite par la princesse Anne Comnène lorsqu’elle disait en parlant des Occidentaux :«Mon père savait toujours qu’ils avaient la bouche ouverte et la main tendue» ? Aurions-nous oublié cette description de la prise de Constantinople par Nicétas Choniatés lorsqu‘il comparait «le comportement barbare» des Latins à Constantinople (1204) et «l’humanité» des Musulmans a Jérusalem (1187) ? Et en définitive aurions-nous oublié la fameuse lettre cordiale envoyée par Nicolas Mysticos, patriarche de Constantinople et régent du jeune empereur Constantin VII (913-959), au calife abbasside au début du Xe siècle et qui disait : «Du moment qu’il y a deux souverainetés, celle des Sarrasins et celle des Romains qui dominent et inondent de leur lumière l’ensemble de la souveraineté terrestre, comme le font les deux grands luminaires dans le firmament, il faut pour cette seule raison vivre en communauté et en fraternité….» ? Et puis aurions-nous oublié que les Byzantins, même héritiers du passé grec, ne se sont pas ainsi désignés mais plutôt par le terme de Romains et leur empire n’est que l’empire romain et c’est tout. Le mot “grec” ou «grekoi» n’a jamais été positif, ni sous la plume des «Byzantins» ni sous celle des Latins. Dans un élan de dispute, les uns méprisaient les autres parce qu’ils sont grecs et les autres parce qu’ils sont barbares. En définitive, dans cette «belle relation byzantino-occidentale à la Gouguenheim», les Byzantins auraient préféré la domination turque à celle des Latins : au terme du concile de Florence, Ferrari (1436-1439), le représentant de Byzance, aurait dit«Mieux vaut voir régner à Constantinople le turban turc que la mitre des Latins !». Tout cela a été laissé de côté, pour la bonne cause : les Arabes n’ont rien transmis à l’Europe et tout est passé par là où il y avait une communauté grecque ou hellénophone. Ces communautés étaient partout où il y a un canal de transmission. Les Arabes n’avaient pas l’intelligence qu’il faut, ils seraient des transporteurs d’« un bien» qu’ils ne comprenaient pas et d’un savoir dont ils ignoraient la quintessence, la saveur et la valeur ! Soyons historiens et non «idéologues» des années 30 du siècle dernier.Faut –il souligner le caractère «guerrier» des premières traductions médiévales en Europe, comme le montre si bien Pierre le Vénérable.Connaître pour réfuter Les premières traductions, qu’elles soient du grec au latin ou de l’arabe au latin, ne l’ont été que pour «combattre l’ennemi sarrasin». Pierre le Vénérable, abbé clunisien et promoteur des Studia arabica, non pas dans le but de promouvoir la science grecque mais«pour réfuter l’hérésie mahométane» ; mais pour la réfuter il faut la connaître, voilà ce qu’il écrivit :«Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie, ou celui infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les Latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant les Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent d’autre langue que celle de leur pays natal…Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe…je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi-même qu’on appelle Coran…. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière… aux traducteurs chrétiens j’ai adjoint un Sarrasin … en l’année du seigneur 1142 [J. Le Goff, “Les Intellectuels au Moyen-Age”, Paris, 1957, pp. 20-22]. Ainsi si l’on croit A. De Libera (p. 103)«l’Occident médiéval est philosophiquement sous développé» !Dans le Monde arabo-musulman médiéval, la création culturelle et scientifique médiévale n’a jamais été une simple traduction d’œuvres anciennes mais plutôt un commentaire. Ibn Rochd, le fameux Averroès, n’est-il pas connu comme étant le commentateur d’Aristote (A. De Libera, p. 103) ! C’est par le biais de ses commentaires qu’Aristote fit une entrée difficile et presque clandestine en Europe occidentale !Haine et contradictionUn autre élément qui frappe le lecteur est la contradiction de l’auteur : d’un côté les Arabes étaient tributaires de ceux qui traduisaient et dans ce cas les Chrétiens d’Orient et c’est une«évidence historique», mais ceux-ci ne traduisaient pas tout à leurs maîtres et bourreaux, et puis les savants musulmans qui ne savaient pas le grec avaient la capacité de faire le tri. «Les juristes musulmans ne s’accordaient pas sur l’usage qu’il convenait de faire de ces prises. En général, on considère qu’il fallait détruire les ouvrages religieux mais examiner les textes scientifiques (p. 131)». Comprendra qui voudra : d’un côté ils ne savaient pas le grec et d’un autre ils avaient la capacité de faire le tri par le contenu !Le professeur Sylvain Gouguenheim s’est attelé à la comptabilité des noms dans un esprit d’épicier, usant d’un langage haineux à l’égard des Arabes et des Musulmans, jouant sur les mots et leur ambivalence, faisant des comptes de ce qu’il appelle “manuscrits exacts, textes corrects “(pp. 54-57,59), mais il n’a jamais semblé être intéressé par le contenu des écrits de ses auteurs. A titre d’exemple, et les exemples sont légion, Adélard de Bath (p. 105), «savant anglais qui séjourna à Antioche plus de six ans entre 1110 et 1116», suite à quoi il a écrit : «J’ai appris de mes maîtres, les Arabes à suivre la lumière de la raison, tandis que vous êtes guidés par la bride de l’autorité ; car quel autre mot que «bride» puis-je employer pour décrire l’autorité» (J, Tolan, Les Sarrasins, Paris, 2003 pp. 23-24).Dois-je murmurer à l’oreille du professeur Sylvain Gouguenheim que rien ne sert de déplacer la géographie et de recomposer le temps : l’Ethiopie du Moyen-Age n’est pas celle que l’on croit aujourd’hui, comme le terme Soudan ne veut pas dire une région géographique, ni d’ailleurs la Babylone médiévale ne correspond à la Babylone des temps anciens. M. Gouguenheim, la ville de Basra (le terme consacré est Bassorah) est au Sud de l’Irak et Bosra est au Sud de la Syrie (p. 86) ; quant à Ibn Khallikan, grand biographe du XIIIe siècle, il est décédé selon ses biographes en 1282 et non en 1182 (p. 86). Pour conclure, la question n’est pas la dette contractée, car la culture ne se pense pas en termes «capitalistes» mais en termes humanistes : il ne s’agit de la dette de personne envers personne, mais de l’apport des uns et des autres. La civilisation est une construction humaine universelle et chacun y a mis un peu de lui-même à moins que, selon A. De Libera (p. 104) le racisme et la xénophobie procèdent de causes diverses où la philosophie n’intervient généralement pas comme telle. La méconnaissance du rôle joué par les penseurs d’Islam dans l’histoire de la philosophie fournit, en revanche, un puissant instrument rhétorique aux tenants d’une histoire purement occidentale de la raison». Pour le professeur Sylvain Gouguenheim, il ne s’agit pas de méconnaissance mais de négation !Personne n’est redevable à personne, mais puisque le professeur Sylvain Gouguenheim l’a ainsi pensé, l’Europe est redevable pour son essor, pour son identité pour sa puissance et… pour son Gouguenheim aux Arabes (Chrétiens, Juifs et Musulmans) aux Syriaques, aux Bantous, aux Berbères, aux Peuls, aux Mayas et à tant d’autres peuples, comme elle est redevable a l’effort de ses propres enfants.


 
Il est normal, naturel, voire même nécessaire de relire l’histoire et de bousculer les évidences, autrement on n’est pas historien. Or pouvons-nous le faire toujours quand on n’a pas les moyens de le faire ? Pouvons-nous toujours le faire avec des intentions non pas de comprendre le passé mais de le corrompre ? Ce sont des questions que m’a suggérées la lecture de l’ouvrage “Aristote au Mont Saint Michel, les racines grecques de l’Europe chrétienne” (Paris, Seuil, 2008) du professeur Sylvain Gouguenheim qui, voulant solder «la dette de l’Europe envers l’Islam» s’est attelé à discuter une évidence exprimée par A. De Libera dans “Penser au Moyen-Age” (Seuil, Paris, 1991, p.104) qui consiste à dire«que les Arabes aient joué un rôle déterminant dans la formation de l’identité culturelle de l’Europe (est une chose) qu’il n’est pas possible de discuter, à moins de nier l’évidence».Malgré les déclarations de l’auteur de ne pas polémiquer (p. 10), le livre qu’il nous présente est en soi une polémique : de par sa démarche, ses répétitions, ses contre-vérités, ses contradictions et ses erreurs.Ignorance et contre-véritésLa démarche du professeur Sylvain Gouguenheim est simpliste: les Arabes n’ont rien donné à l’Europe, ils n’ont eux-mêmes rien pris de valable aux Grecs. Et l’Europe a découvert d’elle-même le savoir grec, et «seule elle a créé la science moderne (p. 23), elle a traduit directement depuis le VIe siècle —et même avant cette date— les œuvres d’Aristote et de Platon et tant d’autres œuvres de savants et philosophes grecs sans passer par aucun intermédiaire et encore moins l’intérimaire arabo-musulman. Et si les Arabes ont fait traduire des textes grecs, ils n’ont jamais intégré ce savoir et ne l’ont jamais intériorisé, et si par hasard cela s’est fait c’est grâce aux traducteurs nestoriens, sabéens et melkites, qui ne livraient pas tout le secret de cette pensée à leurs ennemis, maîtres et bourreaux. Abd al-Malik et al-Hajjaj, Haroun al-Rachid et al- Mamoun ne sont que des conquérants oppresseurs, mais sous leur aile tout de même ont été faites des traductions capitales. Encore plus, si des traductions ont été faites, elles ont été l’œuvre de quelques mécènes musulmans, qui sans doute commandaient des traductions dans un but plutôt de notoriété sociale que par nécessité de savoir et de connaissance. Et même si «les traductions du grec en arabe par les Chrétiens représentent une œuvre gigantesque et méconnue (p.87)», loin s’en faut. La littérature arabe
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abonde dans la mise en valeur de ces contributions et dans la mise en exergue des Ishaq b. Hounain, les Ibn Masawayh et les Qusta b. Louqa al-Baalabaki et tant d’autres. Quant à l’école de Médecine de Jound Shapour, elle est tellement connue que nul n’ignore les Bani Bakhtyashou ! Une Europe imaginaireLe professeur Sylvain Gouguenheim, ignorant certainement la littérature arabophone et occultant à dessein les écrits de ses contemporains et compatriotes, s’est hasardé à écrire des contre-vérités absurdes, à moins que, ignorant lui-même cette littérature, il ait cru que tout le monde l’ignore. Il a fait la découverte et il est normal qu’il la fasse connaître !Partant dans la réfutation de la contribution de la culture arabo-musulmane non seulement à la formation d’une partie de la culture européenne, chose que seuls ceux qui ont été atteint de cécité mentale peuvent nier, mais au développement du savoir humain en général, le professeur Sylvain Gouguenheim parle de la dette de l’Europe envers le Monde arabo-musulman. D’abord, le mot dette renvoie à un commerce de bas étage et méprisant à l’égard du savoir, le considérant comme une chose, une marchandise ou tout autre objet monnayable. En plus, parler de l’Europe au Moyen-Age relèverait de la contre-vérité historique. Il a oublié le partage de Verdun, il a oublié les guerres seigneuriales, il a fait taire la haine à l’égard de Byzance. Entre l’Occident et Byzance —tous les spécialistes s’accordent à le dire —les relations n’ont jamais été comme celles décrites par le Professeur Sylvain Gouguenheim. Cette belle relation gréco-occidentale au temps des Byzantins ne l’est que sous la plume de l’honorable professeur. Aurions-nous oublié le schisme de Photius et la bataille avec la Papauté sous le règne des Macédoniens ? Aurions-nous oublié la description faite par la princesse Anne Comnène lorsqu’elle disait en parlant des Occidentaux :«Mon père savait toujours qu’ils avaient la bouche ouverte et la main tendue» ? Aurions-nous oublié cette description de la prise de Constantinople par Nicétas Choniatés lorsqu‘il comparait «le comportement barbare» des Latins à Constantinople (1204) et «l’humanité» des Musulmans a Jérusalem (1187) ? Et en définitive aurions-nous oublié la fameuse lettre cordiale envoyée par Nicolas Mysticos, patriarche de Constantinople et régent du jeune empereur Constantin VII (913-959), au calife abbasside au début du Xe siècle et qui disait : «Du moment qu’il y a deux souverainetés, celle des Sarrasins et celle des Romains qui dominent et
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inondent de leur lumière l’ensemble de la souveraineté terrestre, comme le font les deux grands luminaires dans le firmament, il faut pour cette seule raison vivre en communauté et en fraternité….» ? Et puis aurions-nous oublié que les Byzantins, même héritiers du passé grec, ne se sont pas ainsi désignés mais plutôt par le terme de Romains et leur empire n’est que l’empire romain et c’est tout. Le mot “grec” ou «grekoi» n’a jamais été positif, ni sous la plume des «Byzantins» ni sous celle des Latins. Dans un élan de dispute, les uns méprisaient les autres parce qu’ils sont grecs et les autres parce qu’ils sont barbares. En définitive, dans cette «belle relation byzantino-occidentale à la Gouguenheim», les Byzantins auraient préféré la domination turque à celle des Latins : au terme du concile de Florence, Ferrari (1436-1439), le représentant de Byzance, aurait dit«Mieux vaut voir régner à Constantinople le turban turc que la mitre des Latins !». Tout cela a été laissé de côté, pour la bonne cause : les Arabes n’ont rien transmis à l’Europe et tout est passé par là où il y avait une communauté grecque ou hellénophone. Ces communautés étaient partout où il y a un canal de transmission. Les Arabes n’avaient pas l’intelligence qu’il faut, ils seraient des transporteurs d’« un bien» qu’ils ne comprenaient pas et d’un savoir dont ils ignoraient la quintessence, la saveur et la valeur ! Soyons historiens et non «idéologues» des années 30 du siècle dernier.Faut –il souligner le caractère «guerrier» des premières traductions médiévales en Europe, comme le montre si bien Pierre le Vénérable.Connaître pour réfuter Les premières traductions, qu’elles soient du grec au latin ou de l’arabe au latin, ne l’ont été que pour «combattre l’ennemi sarrasin». Pierre le Vénérable, abbé clunisien et promoteur des Studia arabica, non pas dans le but de promouvoir la science grecque mais«pour réfuter l’hérésie mahométane» ; mais pour la réfuter il faut la connaître, voilà ce qu’il écrivit :«Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie, ou celui infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les Latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant les Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent d’autre langue que celle de leur pays natal…Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe…je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en
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latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi-même qu’on appelle Coran…. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière… aux traducteurs chrétiens j’ai adjoint un Sarrasin … en l’année du seigneur 1142 [J. Le Goff, “Les Intellectuels au Moyen-Age”, Paris, 1957, pp. 20-22]. Ainsi si l’on croit A. De Libera (p. 103)«l’Occident médiéval est philosophiquement sous développé» !Dans le Monde arabo-musulman médiéval, la création culturelle et scientifique médiévale n’a jamais été une simple traduction d’œuvres anciennes mais plutôt un commentaire. Ibn Rochd, le fameux Averroès, n’est-il pas connu comme étant le commentateur d’Aristote (A. De Libera, p. 103) ! C’est par le biais de ses commentaires qu’Aristote fit une entrée difficile et presque clandestine en Europe occidentale !Haine et contradictionUn autre élément qui frappe le lecteur est la contradiction de l’auteur : d’un côté les Arabes étaient tributaires de ceux qui traduisaient et dans ce cas les Chrétiens d’Orient et c’est une«évidence historique», mais ceux-ci ne traduisaient pas tout à leurs maîtres et bourreaux, et puis les savants musulmans qui ne savaient pas le grec avaient la capacité de faire le tri. «Les juristes musulmans ne s’accordaient pas sur l’usage qu’il convenait de faire de ces prises. En général, on considère qu’il fallait détruire les ouvrages religieux mais examiner les textes scientifiques (p. 131)». Comprendra qui voudra : d’un côté ils ne savaient pas le grec et d’un autre ils avaient la capacité de faire le tri par le contenu !Le professeur Sylvain Gouguenheim s’est attelé à la comptabilité des noms dans un esprit d’épicier, usant d’un langage haineux à l’égard des Arabes et des Musulmans, jouant sur les mots et leur ambivalence, faisant des comptes de ce qu’il appelle “manuscrits exacts, textes corrects “(pp. 54-57,59), mais il n’a jamais semblé être intéressé par le contenu des écrits de ses auteurs. A titre d’exemple, et les exemples sont légion, Adélard de Bath (p. 105), «savant anglais qui séjourna à Antioche plus de six ans entre 1110 et 1116», suite à quoi il a écrit : «J’ai appris de mes maîtres, les Arabes à suivre la lumière de la raison, tandis que vous êtes guidés par la bride de l’autorité ; car quel autre mot que «bride» puis-je employer pour décrire l’autorité» (J, Tolan, Les Sarrasins, Paris, 2003 pp. 23-24).Dois-je murmurer à l’oreille du professeur Sylvain Gouguenheim que rien ne sert de déplacer la géographie et
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de recomposer le temps : l’Ethiopie du Moyen-Age n’est pas celle que l’on croit aujourd’hui, comme le terme Soudan ne veut pas dire une région géographique, ni d’ailleurs la Babylone médiévale ne correspond à la Babylone des temps anciens. M. Gouguenheim, la ville de Basra (le terme consacré est Bassorah) est au Sud de l’Irak et Bosra est au Sud de la Syrie (p. 86) ; quant à Ibn Khallikan, grand biographe du XIIIe siècle, il est décédé selon ses biographes en 1282 et non en 1182 (p. 86). Pour conclure, la question n’est pas la dette contractée, car la culture ne se pense pas en termes «capitalistes» mais en termes humanistes : il ne s’agit de la dette de personne envers personne, mais de l’apport des uns et des autres. La civilisation est une construction humaine universelle et chacun y a mis un peu de lui-même à moins que, selon A. De Libera (p. 104) le racisme et la xénophobie procèdent de causes diverses où la philosophie n’intervient généralement pas comme telle. La méconnaissance du rôle joué par les penseurs d’Islam dans l’histoire de la philosophie fournit, en revanche, un puissant instrument rhétorique aux tenants d’une histoire purement occidentale de la raison». Pour le professeur Sylvain Gouguenheim, il ne s’agit pas de méconnaissance mais de négation !Personne n’est redevable à personne, mais puisque le professeur Sylvain Gouguenheim l’a ainsi pensé, l’Europe est redevable pour son essor, pour son identité pour sa puissance et… pour son Gouguenheim aux Arabes (Chrétiens, Juifs et Musulmans) aux Syriaques, aux Bantous, aux Berbères, aux Peuls, aux Mayas et à tant d’autres peuples, comme elle est redevable a l’effort de ses propres enfants.




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