Vendredi 11 avril 2008
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A quoi sert Rama Yade ? C'est bien la question que beaucoup d'entre nous se posent ?
Rama Yade n'est pas n'est pas ministre du commerce extérieur.
Elle est officiellement secrétaire d'état chargée des affaires étrangères et des droits de l'Homme de la République Française.
A une question simple qui lui était posée sur France Inter le jeudi 10 avril : « La Chine est-elle une
dictature ? »... notre secrétaire d'état n'a su que répondre... ou plutôt n'a pas voulu répondre.
La réponse était pourtant simple : oui la Chine est bien une dictature.
Parti unique, répression farouche des opposants, condamnations arbitraires, milliers de condamnations à mort, centaines de milliers de prisonniers politiques, aucune liberté de la presse.... Si la
Chine n'est pas une dictature, alors qu'est-ce qu'une dictature pour Rama Yade ? Et qu'est-ce qu'une dictature pour une secrétaire d'état chargée des droits de l'homme de la République
Française ?
Les réponses évasives de Rama Yade aux questions posées son particulièrement troublantes.
Voici la retranscription de l'interview de France Inter :
La Chine est une dictature ou pas Rama Yade?
Les choses ne se posent pas en ces termes. Ca ce sont des...
En quels termes alors?
Il faut surtout éviter de plaquer les analyses occidentales sur d'autres réalités. Je suis bien placée pour vous le dire.
Quand c'était la Birmanie on ne se gênait pas pour dire que c'était une dictature...
Attendez, c'est une junte militaire, c'est pas pareil, il ne faut
jamais analyser les choses globalement, il faut toujours voir spécifiquement
On pourrait dire que par exemple concernant la Chine c'est un pays qui n'a pas connu les régimes que nous connaissons actuellement en Europe. Bon. Il faut voir d'où part la Chine.
Mais, cela nous empêche de l'évaluer?
Non ce la ne nous empêche pas de l'évaluer, vous pensez que je me suis privée d'évaluer la Chine, de dire que par exemple non on ne peut pas accepter les violences. On l'a dit, on a appelé à la
cessation des violences on peut pas accepter que ce peuple ne puisse pas vivre librement, librement, non pas de manière indépendante, mais de manière autonome parce que le Dalaï Lama ne demande pas
l'indépendance. Et nous avec de Gaulle en 1964 nous avons reconnu la Chine avec ses frontières avec le Tibet actuel. C'est vrai que sur le plan des libertés, concernant la peine de mort, concernant
les droits civiles et politiques, la situation n'est pas satisfaisante, c'est pour cela que nous menons cette diplomatie active.
Quand on enferme des dissidents, quand on fait des arrestations en masse, quand on tire dans la foule, c'est bien ce qui définit au sens strict la
dictature...
On peut, on peut...
Régime autoritaire alors ?
On peut parler, mais moi franchement je passe mon temps à agir c'est-à-dire que voilà, il y a
encore deux semaines non une semaine et même avant je réagissais et je faisais tout ce que je pouvais pour obtenir la libération de Hu Jia et encore d'un autre militant des droits de
l'Homme.
l ne se passe pas une semaine sans que je le fasse. Et donc, par la pression diplomatique aussi on agit. On peut débattre hein
mais moi je préfère agir et c'est ce que je fais depuis le début.
Et quelques commentaires qui me sont venus en entendant cette interview.
D'abord le choc de voir la secrétaire d'état ne pas reconnaître ce qui est un état de fait reconnu par tous. Que la Chine est bien une dictature. Les pressions commerciales sont-elles à ce point
fortes pour ce déni de réalité ?
La France a des relations diplomatiques et commerciales avec bien d'autres dictatures que la Chine. Parfois nos intérêts nous imposent des tractations avec ces pays. Pour autant faut-il nier la
réalité ?
Maintenant le plus grave : Les Droits de l'homme. Selon Rama Yade «Il faut surtout
éviter de plaquer les analyses occidentales sur d'autres réalités ».
Cette analyse à l'emporte pièce va exactement à l'encontre de ce que je pense très profondément : Les Droits de l'Homme sont universels et surtout pas réservés au monde occidental. La liberté
d'expression vaudrait pour un français ou un américain mais pas pour un congolais, un libyen, un iranien, un chinois ? Idem pour les libertés individuelles, le droit des femmes, des minorités,
des croyants ou des athées ?
Je suis quand à moi d'accord avec Emmanouil Athanasiou, chargé du programme Asie à la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) lorsqu'il déclare
« Nous ne voulons pas entrer en polémique avec Rama Yade. Mais l'idée
qu'il y a une conception occidentale des droits de l'homme, qui diffère de conceptions africaine ou asiatique est une idée dangereuse, qui pourrait être utilisée comme justification par n'importe
quel régime.
La FIDH défend l'universalité des droits de l'homme, pour tous, et partout dans le monde. Il ne s'agit pas de mettre des étiquettes "occidental" ou "civilisé". La
Déclaration des droits de l'homme est universelle. C'est notre seul message. On aurait attendu de Rama Yade qu'elle défende cette universalité. »
Et Rama Yade ajoute en guise de cerise sur le gâteau : « Je suis bien placée pour vous le dire. » Pourquoi est-elle donc si bien placée pour dire qu'il
« faut surtout éviter de plaquer les analyses occidentales sur d'autres réalités » ? Parce qu'étant d'origine sénégalaise elle est bien placée pour connaître ces
autres réalités ? Mais cela nous importe peu qu'elle soit de telle origine plutôt que de telle autre. Qu'est-ce que cette remarque vient faire là ? Elle est secrétaire d'état et chacun la
respecte comme telle, dans sa personne comme dans sa fonction.
Mais Rama Yade n'en ait pas à son premier dérapage sur le sujet.
Le 20 février 2008, alors qu'elle était en campagne municipale à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, elle déclarait devant une caméra du Parisien.fr : «Cette gauche qui dit défendre les
modestes, les minorités et les immigrés, c'est cette gauche qui s'en prend à moi, parce que je suis noire.». Cette remarque était particulièrement honteuse car cela revenait à dire que son
adversaire - socialiste - était raciste. Le candidat du parti socialiste et futur maire de Colombes, Philippe Sarre avait d'ailleurs exigé des excuses publiques après ces propos calomnieux. Rama
Yade pouvait elle concevoir que son adversaire socialiste s'en prit à elle non pas parce qu'elle était noire... mais parce qu'elle était simplement une candidate de l'UMP ? Jouer sans vergogne
avec de tels arguments est politiquement très dangereux.
Enfin dans cette interview de France Inter, elle nous ressert le « les autres parlent et moi j'agis » qui est l'argument le plus bateau d'un dirigeant politique aux affaires vis-à-vis de
l'opposition. De plus nous pouvons constater la grande efficacité de ses interventions pour obtenir la libération de Hu Jia et d'autres prisonniers politiques chinois... C'est en l'occurrence Rama
Yade qui a le ministère de la parole.
Il faut dire que l'exemple vient de haut : lorsque le président de la République déploie le tapis rouge pour recevoir Khadafi, lorsque qu'il parle de valeurs communes devant les dignitaires
wahhabites les plus obscurantistes d'Arabie Saoudite à Riyad, lorsqu'il félicite Vladimir Poutine pour sa réélection, ce sont bien nos valeurs essentielles qui sont bafouées... au nom de la
France.
Rama Yade s'inscrit bien dans le cadre d'une politique étrangère réfléchie mais hasardeuse voulue par Nicolas Sarkozy. Elle est en cela un bon petit soldat du sarkozysme. Quitte à avaler quelques
couleuvres et beaucoup de ronds de chapeaux.
Mais en tant que secrétaire d'état aux Droits de l'Homme la question se pose : si Rama Yade n'assure pas le minimum, alors à quoi sert-elle ?
Par Jean-Laurent Turbet
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Publié dans : Politique
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