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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Interview de Jean-Michel Quillardet, Grand Maître du Grand Orient de France, dans "Le Parisien".

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 18 Février 2008, 13:46pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie

Dans le numéro d'hier du Parisien, on pouvait lire une interview du Grand Maître du Grand Orient de France, Jean-Michel Quillardet. Il s'exprimait notamment sur la proposition faite par le président de la République concernant les enfants de CM2 et la mémoire de la Shoah.

Voici l'interview du Grand Maître :

« Sur la Shoah, l'idée du président est belle »

undefinedL 'AVOCAT Jean-Michel Quillardet est le grand maître du Grand-Orient, première obédience maçonnique française, globalement classée à gauche.

- Le Parisien : Vous avez participé mercredi soir au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Comment avez-vous trouvé Nicolas Sarkozy ? 

- Jean-Michel Quillardet. Il nous avait reçus à l'Elysée le 8 janvier à la suite de son discours de Saint-Jean-de-Latran où il a exposé sa vision de la religion. Un discours qui nous avait surpris et heurtés. Il nous était apparu ce jour-là assez sûr de lui mais très ouvert au dialogue et, je dois le dire, sympathique. A l'issue de cet entretien, nous l'avions d'ailleurs invité à venir prendre la parole au Grand-Orient...

- LP :  L'invitation tient toujours ? 

- J-M Q : Evidemment ! Il nous a donné son accord. Ce rendez-vous, qui sera ouvert à la presse, devrait avoir lieu en mai ou en juin.

- LP : Y avait-il un changement de ton mercredi soir par rapport au 8 janvier ? 

- J-M Q : Il était sur la défensive, préoccupé par les réactions que ses discours du Latran mais aussi de Riyad ont provoquées. Il a voulu se justifier. Des justifications assez maladroites. Dire par exemple, en rectifiant sa première approche qui faisait la part belle aux représentants des religions, que l'instituteur et le prêtre (ou le pasteur ou le rabbin) ont le même rôle fondamental dans la société, c'est une erreur. Leurs rôles sont différents.
Du point de vue de la République, l'instituteur a la mission la plus importante : n'est-il pas chargé d'instruire et de former de façon totalement plurielle ?
 
- LP : N'êtes-vous pas excessif en reprochant à Nicolas Sarkozy de parler trop de religion ? 

- J-M Q : Non. Il entretient l'ambiguïté. Dans son expression, il continue de privilégier la dimension religieuse. A-t-il tout à fait compris ce qu'est la laïcité ? La laïcité, ce n'est pas d'un côté les laïques, de l'autre les religieux.
La laïcité, c'est le fait que les citoyens - j'allais dire : de toutes obédiences - autrement dit les croyants, les athées, les rationalistes, ceux qui vivent une spiritualité sans Dieu, les agnostiques, ceux qui sont en recherche, puissent vivre en harmonie au sein de la République.
Pour cela, il y a un principe fondamental : la séparation des Eglises et de l'Etat. Il faut donc réaffirmer l'incompétence de l'Etat à s'occuper des affaires religieuses et spirituelles et l'incompétence des hommes de religion à prétendre s'immiscer dans les affaires de l'Etat.

« En politique, on frise le vide sidéral »

- LP : Pour Nicolas Sarkozy, le communisme et le nazisme ont été les fruits d'un « monde sans Dieu »...

undefined- J-M Q : Prétendre que c'est un monde sans Dieu qui a généré les totalitarismes du XX e siècle, c'est une lecture de l'histoire complètement erronée.
Qu'est-ce qui a amené les barbaries ? C'est, chaque fois, une « vérité » que l'on voulait imposer aux autres. Le nazisme, une vérité raciste. Pour le totalitarisme léniniste, une vérité idéologique.
Lorsque la religion tend à devenir une vérité sans discussion, on le voit aujourd'hui avec les intégrismes musulmans, elle fait pareillement le lit de la barbarie. Dans l'histoire de la France, la religion a souvent été à l'origine d'horreurs. Comme l'a parfaitement dit mercredi soir le président du Crif dans son discours d'accueil, les religions n'ont jamais été une barrière contre la barbarie. Lorsqu'elle est comprise et vécue comme une vérité parmi d'autres, une vérité partielle, ce que nous enseigne la philosophie des Lumières, la religion est intéressante, respectable, légitime. Ce qui est grave dans les discours du président de la République, c'est qu'en mettant en avant comme il le fait la religion, cela crédibilise le scénario d'une religion qui voudrait s'imposer comme une vérité d'Etat. Et ça, on le sait, c'est souvent la source de beaucoup de crimes.

- LP : Nicolas Sarkozy souhaite que les enfants de CM 2 prennent en charge chacun la mémoire d'un enfant juif de France victime de la déportation...

- J-M Q : Tout ce qui peut favoriser le devoir de mémoire, en particulier en ce qui concerne la Shoah, est une très bonne chose. Donc, l'idée du président de la République me paraît intéressante. Là, il est dans son rôle car nous devons nous rappeler, nous Français, que nous avons une mémoire commune. Que cette mémoire soit apprise à des enfants, notamment la responsabilité de l'Etat français dans les crimes commis par les nazis, cela ne devrait pas faire polémique. Même si on peut discuter, entre parents, enseignants, psychologues, des modalités d'application de cette directive. Faut-il que cet enseignement ait lieu dès l'école primaire ? En tout cas, l'idée est belle.

- LP : Où situez-vous la frontière entre vie privée et vie publique ? L'idée de transparence a-t-elle, pour vous, un sens ? 

- J-M Q : La transparence, c'est le contraire de la démocratie. Et la transparence « totale », c'est souvent le lit du totalitarisme. La laïcité, c'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais c'est aussi, pour les politiques et ceux qui exercent de hautes fonctions, savoir garder pour eux leurs convictions philosophiques et religieuses. Nous ne pouvons donc qu'être inquiets de l'intrusion croissante de la vie privée dans la vie publique. Ce qui nous intéresse chez un politique, ce sont ses idées, ses projets, ses prises de parole. Pas sa vie privée. Mais quand plusieurs candidats à l'Elysée nous ont imposé leur vie privée durant leur campagne, on ne s'étonnera pas que les médias la leur renvoient aujourd'hui en boomerang. Tout cela pollue le débat démocratique.

- LP : Que vous inspire l'affaire du SMS qu'a publié le site du « Nouvel Observateur » ? 

- J-M Q : Que ce SMS attribué à Nicolas Sarkozy soit vrai ou faux, je le trouve de toute façon complètement inintéressant.
Il y a, de part et d'autre, des excès. Excès de la part du président de la République d'avoir, à cause de cela, porté plainte. Excès aussi, de la part de certains journalistes, de s'aventurer à ce point dans ce domaine-là. C'est assez inélégant, et ça dit quoi ? Rien. Ce qui intéresse les Français, c'est le pouvoir d'achat, les rapports entre la religion et l'Etat, le destin de l'Etat d'Israël, la lutte contre les intégrismes. Avec ces polémiques à répétition sur la vie privée du président de la République, dont il porte lui-même, il est vrai, la responsabilité, on est dans le déni absolu du discours politique. On frise même le vide sidéral. Raison de plus pour redonner tous ensemble du sens à la politique en nous inspirant, par exemple, du parcours et des exigences d'un Pierre Mendès France !

Propos recueillis par Dominique de Montvallon

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