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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Les Frères musulmans sortent de l'ombre en Egypte

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 11 Décembre 2005, 00:24am

Catégories : #International

Symbole de leur nouveau prestige, les Frères musulmans ont récemment doté leur modeste quartier général du Caire d'une imposante porte d'entrée en bois sculpté. Aujourd'hui, l'organisation islamique représente officiellement la deuxième force politique de l'Egypte. Avant le coup d'envoi des élections législatives, le 9 novembre, les cadres de la Confrérie affirmaient, sur un ton de défi, qu'ils parviendraient à "obtenir entre 50 et 70 sièges du prochain Parlement, selon l'importance des fraudes". A l'issue du dernier tour des élections, le 7 décembre, ils ont remporté 88 sièges, soit près de 20 % de la nouvelle Assemblée, malgré l'arrestation de plus d'un millier de leurs membres et les nombreuses irrégularités qui ont visé à circonscrire cette percée politique réalisée dès la première phase du scrutin.

 

Profitant des pressions pesant sur le régime de Hosni Moubarak, des manifestations incessantes et des critiques de l'administration américaine, les "Frères" sont sortis de la position attentiste qui les caractérisait depuis longtemps. Si le nombre limité de leurs candidats — environ 170 — ne menaçait pas vraiment le Parti national démocrate (PND, au pouvoir), il était néanmoins deux fois plus élevé que lors des élections législatives de 2000. Autre signe d'une volonté de sortir de l'ombre, le slogan "L'islam est la solution !" s'affichait sur tous les murs, alors que la Confrérie est interdite en raison de son caractère confessionnel. A travers le pays, des Egyptiens, sympathisants ou non des "Frères", ont témoigné de l'organisation remarquable de la Confrérie sur le terrain. Durant le mois électoral, leur présence a été massive pour contrôler, compter ou dénoncer le remplissage des urnes.

En parvenant à faire élire près de 60 % de leurs candidats, ils ont réussi à prouver leur efficacité à mobiliser leurs partisans. Ce faisant, ils ont affolé le gouvernement, qui a réagi en interdisant l'accès de nombreux bureaux de vote par des cordons policiers. Professant un retour à la charia, c'est-à-dire à la loi révélée par le Coran, tout en s'affirmant représentatif d'un "islam modéré", le discours des "Frères" reste ambigu.

VOTES CONTESTATAIRES

Malgré l'affirmation selon laquelle toutes les décisions de la Confrérie sont prises de manière démocratique, celle-ci est traversée par différents courants plus ou moins dogmatiques. A cet égard, il a été intéressant de constater, lors du dernier tour des élections législatives, que les jeunes de l'organisation répondaient aux violences des partisans du PND par la violence, alors que les consignes étaient, jusqu'à présent, de répondre par la prière ou par la résistance passive.

Pourquoi les "Frères" font-ils si peur au gouvernement égyptien ? A cette question, Abdel Monem Aboul-Fotouh, cadre populaire de la Confrérie, esquive toute référence à la religion en répondant que "ce régime despotique a peur de n'importe quel parti ou mouvement activiste, qu'il soit islamiste, communiste ou libéral, par crainte de perdre le monopole du pouvoir". Le "frère" Ahmed Chaboun, premier imam à entrer au Parlement, interdit de prêche depuis 2002, estime en revanche que "le nom de "Frères musulmans" affole. Mais si le régime écoutait nos propos, il nous encouragerait au lieu de nous emprisonner".

Enfin, le vice-guide de la Confrérie, Mohammed Habib, remet à leur place tous ceux qui, en Egypte ou ailleurs, redouteraient la montée en puissance de l'organisation islamique en soulignant que "les peuples et les nations qui respectent la démocratie doivent respecter la volonté du peuple égyptien. Les Frères musulmans tirent leur légitimité du peuple égyptien et de leur choix électoral". Au-delà de l'aspect religieux, les "Frères", réputés "intègres" par opposition à la "corruption" du régime et des partis en général, ont aussi profité du désenchantement affiché par les Egyptiens à l'égard de la politique. De ce point de vue, la victoire de la Confrérie s'explique aussi en grande partie par l'importance des votes contestataires.

Cécile Hennion


UN SCRUTIN EN TROIS PHASES

 

ÉLECTIONS.

Les élections législatives égyptiennes ont eu lieu en trois phases, du 9 novembre au 7 décembre. Les candidats se disputaient 444 sièges du Parlement. Sont encore vacants 12 sièges, dans 6 circonscriptions où le scrutin a été ajourné en raison de diverses contestations. Les titulaires de dix autres sièges seront directement nommés par le président de la République.

 

PARTICIPATION.

Le taux de participation a atteint une moyenne de 25 %. Mais de nombreux bureaux de vote ont été bloqués par la police dans les deux dernières phases.

 

DIALOGUE.

La Confrérie a annoncé sa volonté de dialoguer avec tous les partis, notamment avec ceux de l'opposition non islamique, conviés à un grand meeting, prévu le 11 décembre.

 

Source : Le Monde. Article paru dans l'édition du 11.12.05

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