Dimanche 4 novembre 2007
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Il fait un froid saisissant ce mercredi 30 octobre lorsque j’arrive à Vézelay en fin de matinée. Un
épais brouillard tarde encore à se dissiper et le vent du nord souffle en rafales.
Par chance une place est encore libre juste en bas de la rue pour
pouvoir stationner. Les touristes et pèlerins de toutes nationalités arrivent en même temps que nous. Petit à petit la foule se fera plus dense sans jamais être
insupportable.
La ruée sera
probablement pour le lendemain, jour de la Toussaint.Partis de La Machine, nous sommes arrivés depuis le sud.
Par Saint-Saulge, Corbigny, Saint-Père (sans s’arrêter chez Marc Meneau…). Par la route du Morvan, des prés vallonnés tâchés de vaches toutes
blanches où le bitume est un véritable patchwork de toutes les couleurs !
Par la route qui monte vers la Lumière, celle de Vézelay, dont l’abbatiale domine tout le
pays.
Je suis toujours allé à Vézelay par cette route. Je n’ai jamais voulu en connaître d’autres. Peut-être
un jour passerais-je par Clamecy, pour faire avant un fraternel salut à Benjamin Rathery, mon Oncle Benjamin.
Aller à Vélezay n’est jamais un voyage comme un autre. La charge émotionnelle y est toujours aussi
intense, même après une énième visite. La magie opère toujours.
Du bas de la rue le périple commence. Avant de visiter un Temple, il faut toujours en passer … par les
marchands du Temple. Et ils sont encore nombreux à Vézelay comme ailleurs. Les artisans sont sympathiques et accueillants… mais leurs marchandises hors de prix. C’est le prix de
l’artisanat !
La librairie l’Or des étoiles est toujours là à gauche en
commençant de monter la rue, avec ses multiples objets et ouvrages ésotériques.
Un peu plus haut à droite dans la rue une découverte éblouissante : Le musée Zervos. Du nom de ce grand exposant et directeur des Cahiers de l’Art, figure majeure de l’art
contemporain des années 20 à 60. Ce musée se trouve dans la maison de Romain Rolland (ah Jean-Christophe qu’on ne lit plus de nos jours…) grand écrivain bourguignon et pacifiste de l’entre deux guerres qui est venu finir ses jours à Vézelay. La
maison est splendide… le musée encore plus !! Je ne m’attendais vraiment pas à trouver ici des œuvres inédites de Fernand Léger, des mobiles de Calder, des calligraphies de Joan Miro ni des
aquarelles de Picasso des années 30 !! A voir aussi au troisième niveau des magnifiques poteries du même Picasso réalisées dans les ateliers de céramiques de Vallauris. L’exposition Jean
Lurçat est également de toute beauté.
Le musée a ouvert en mars et propose quelques 120 œuvres… qui attendaient sagement depuis 20 ans dans
les caves de la Mairie de Vézelay de trouver un lieu d’exposition. La collection sera souvent renouvelée car c’est plus de 800 œuvres qui ont été cédées par Zervos à Vézelay.
La maison natale de Théodore de Béze, un peu plus loin à gauche dans la rue, est toujours à vendre. La librairie de
livres anciens sur le protestantisme a disparue. La charmante propriétaire des lieux expose quelques antiquités en attendant un éventuel acheteur pour sa maison. Ne serait-ce pas magnifique que
cette demeure devienne un lieu de mémoire fort pour le protestantisme français ? Je crois vraiment que la Réforme a toute sa place sur la colline de Vézelay, en ce lieu si symbolique et si
particulier.
Enfin après une forte pente… l’abbaye majestueuse. Je suis fort peu sensible aux à côtés cathos qui
entourent le lieu. Mais la basilique… cette force, cette attraction, cette puissance.
Il est peu d’endroits qui pour moi ont cette force téllurgique. Le Nartex, le grand Tympan
majestueux…
Je passe une nouvelle fois de longues minutes à décrypter les chapiteaux qui sont à Vézelay de pures
merveilles. Mon préféré reste celui dit du Moulin Mystique (pour ceux qui veulent le voir directement c’est le 16ème du bas-côté sud).
Et puis il y a cette lumière si particulière à l’approche de l’hiver (il faut aussi venir autour du 21
juin voir le chemin de lumière) et ce silence…
C’est une abbaye
somptueuse représentative de l’art roman du 12ème siècle (le chœur et le transept sont eux gothiques et datent de 1190).
Le 12ème siècle est d’ailleurs un peu l’âge d’or de la basilique puisque Bernard de
Clairveaux vint prêcher la seconde croisade sous les remparts le 31 mars 1146 pour le jour de Pâques.
Le 2 juillet 1190, l'armée anglaise de Richard Coeur de Lion et l'armée française de Philippe-Auguste
partent de Vézelay pour la 3e croisade.
A partir du 16ème siècle l’aura de Vézelay décroît… Il faudra attendre 1840 et Viollet-le-Duc pour la restauration du bâtiment, suite à l'inspection faite par Prosper Mérimée pour que l’abbaye retrouve son éclat. Enfin en 1979 la basilique
entre dans le patrimoine mondial de l'UNESCO.
Lorsque je me rends dans la crypte je contemple toujours les « reliques » de
« Sainte » Marie-Madeleine. Il est d’ailleurs toujours noté que les reliques visibles aujourd’hui viennent d’une autre cathédrales car les vilains huguenots ont piqué les reliques
originales lors de la prise de Vézelay en 1568 !!
Je ne peux m’empêcher de penser à cette pauvre Myriam, originaire de Magdala, qui a certainement dû
s’exiler en Gaule dans les années 60 (de notre ère) pour fuir les persécutions faites aux disciples de celui que les grecs appelaient Krestos.
Ce Krestos qu’elle avait suivi lorsqu’il n’était encore que Jéshoua, un rabbi galiléen charismatique et
peu orthodoxe… Que penserait aujourd’hui cette juive pieuse et observante de tout cette dévotion faite en son nom ? Mystère !
Myriam de Magdala nous ramène aux origines mêmes de ce qui allait ensuite s’appeler le christianisme.
C’est aussi à cela que je pense quand je suis à Vezelay… Le christianisme, cette forme particulière de judaïsme qui allait conquérir et changer le monde. Parfois à Vezelay, paradoxalement, je me
sens plus juif que chrétien.
Jean-Laurent Turbet.
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