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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


BHL préfère la gauche américaine.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 8 Octobre 2007, 12:35pm

Catégories : #Chroniques de livres.

Bernard-Henri Lévy a choisi Le Parisien pour s'expliquer sur la teneur de son dernier livre et ses propositions pour la gauche. Ses propos ont été recueillis pas Renaud Dely, Bernard Mazières, Dominique de Montvalon et François Vey

Il a soutenu Ségolène Royal et ne le regrette pas. Dans un livre à charge contre la gauche, BHL distribue bons et mauvais points. Il appelle le PS à quitter Besancenot et Buffet pour aller vers Bayrou.

APRES S'ÊTRE FORTEMENT engagé dans la récente campagne présidentielle, où il a conseillé et inspiré Ségolène Royal, l'écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy intervient à nouveau dans le débat public, en cette rentrée, avec un volumineux essai, « Ce grand cadavre à la renverse », que publieront demain les Editions Grasset*. Il y révèle d'emblée que son ami Nicolas Sarkozy l'avait invité - sans succès - à se rallier à lui, dès le 23 janvier 2007, puis développe sa conception de la gauche aujourd'hui. A l'en croire, son camp doit se défier de l'antilibéralisme, de l'antiaméricanisme et de la résurgence d'une certaine forme de nationalisme, qu'il juge réactionnaire.

Que faites-vous à gauche, vous que beaucoup décrivaient comme «sarko compatible» ?
Bernard-Henri Lévy.
Ce que je fais du côté gauche de l'échiquier ? Eh bien, j'y fais ce que j'ai toujours fait depuis trente ans, à savoir critiquer la gauche depuis la gauche, dénoncer ses mauvais démons, l'encourager de l'intérieur à les conjurer. « Sarkocompatible », moi ? Allons !.... Il ne s'agit pas de l'homme : je le connais et n'ai que sympathie pour lui. Mais une bonne part de ses idées sont incompatibles avec les miennes.

Dans votre livre, vous dressez de la gauche un tableau presque terrifiant...
Celui d'un paysage dévasté ! Comme en 1960, quand Sartre écrivait la préface d'« Aden Arabie » et qu'il parlait de la gauche comme d'un « grand cadavre à la renverse ». Comme en 1977, quand j'ai publié « la Barbarie à visage humain ». Mais, vous savez, on peut être de la famille et déplorer l'état dans lequel elle se trouve. On peut appartenir par toutes les fibres de son être et de son âme à une tradition idéologique et pleurer sur ce qu'elle est devenue. C'est mon cas. Comme Camus, je suis né à gauche, et je mourrai sans doute à gauche. Mais rien ne m'empêchera de dire le mal que m'inspirent ses mauvaises actions lorsqu'elle en commet.

« Ségolène Royal a perdu avec honneur »

En somme, plus vous « tapez » sur la gauche, plus vous êtes de gauche !
A force de ne pas assumer ce qu'elle est, à savoir une gauche de gouvernement - responsable, moderne, libérale, compatible avec l'économie de marché -, la gauche est aujourd'hui gagnée par une nouvelle tentation totalitaire. Et il y a, du coup, pour les intellectuels de gauche, deux attitudes possibles. La première est de se dire : « C'est ma famille, je suis là, et on dit la vérité à sa famille jusqu'à son dernier souffle. » La deuxième attitude, celle de Camus à la fin de sa vie : la lassitude. Un ras-le-bol, y en a marre, cela fait quarante ans que ça dure, ces gens sont inguérissables, vestiaire, addition, merci ! C'est celle aujourd'hui de mes amis Glucksman et Kouchner. Je peux comprendre cette tentation, mais ce n'est pas pour moi ! Il n'y a aucune raison de laisser les clés de la maison gauche, même si ces gens sont indécrottables. Je ne laisserai pas ma place, je ferai entendre mes vérités. Et j'ai encore assez de force et d'énergie pour le dire et en faire quatre cents pages.

Et qui peut la sauver, cette gauche mal en point ?
Il n'y a pas d'homme providentiel. La tentation totalitaire a mis soixante ans à se dissoudre. Aujourd'hui, la gauche est entrée dans une guerre de longue haleine. Qu'est-ce qui prouvera à la gauche que son antilibéralisme, sa haine de l'Europe, son antiaméricanisme sont porteurs de mort et d'échecs ? Je ne sais pas.

Pendant la présidentielle, n'y a-t-il pas eu des tentatives de la part de Ségolène Royal ?
C'est vrai. Cette élection a été le théâtre de deux choses. D'abord, le vrai Bad Godesberg * a eu lieu à ce moment-là, et c'est Ségolène Royal qui l'a signé. Pour la première fois, un candidat socialiste à la présidentielle a affirmé qu'il fallait arrêter avec l'idée d'une grande famille dont Besancenot et Jacques Delors seraient les deux ailes. Devant les caméras de télévision, elle a déclaré qu'elle se sentait plus proche de François Bayrou que d'Arlette Laguiller ou de Marie-George Buffet. C'est un des grands mérites de Royal, et l'une des raisons qui font que je l'ai soutenue. Elle l'a dit tard mais je suis persuadé que, dès le début de sa campagne, elle savait qu'il fallait déclarer la mort historique de la stratégie de l'union de la gauche. Ensuite, dans les discours de la candidate, il y a eu un conflit entre cette gauche moderne, sociale-démocrate qu'elle incarne, et l'autre gauche dont je fais le procès dans mon livre. Ce conflit, Ségolène Royal l'a plutôt arbitré dans le bon sens. En gros, c'est la question Chevènement. Il n'a pas beaucoup d'importance, encore moins aujourd'hui qu'hier, mais Chevènement incarnait dans la campagne tous les mauvais démons de cette gauche, cette gauche de droite voire d'extrême droite qui puise son inspiration dans les pires réflexes des populismes d'extrême droite. Ségolène a su résister plus qu'elle n'y a cédé.

Avez-vous cru en Ségolène Royal ?
Oui. J'ai cru en sa victoire. Elle a perdu avec honneur. Je crois toujours en sa compétence. Elle a la stature du job. J'ai été indigné du traitement dont elle a été l'objet de la part de ses plus proches camarades.

Pour se redonner un avenir, la gauche doit-elle s'amputer ?
Elle doit admettre qu'elle n'a rien à faire avec les Besancenot, Bové et autres Buffet. Pour se sauver, elle doit faire alliance avec le centre de François Bayrou. C'est la garantie pour ne pas aller dans le mur. Il n'y a pas d'autre stratégie possible pour reprendre le pouvoir. Je suis totalement partisan d'une gauche américaine, c'est-à-dire alliée avec le centre et qui assume la part libérale de son héritage. Libérale, ce n'est pas une insulte, pas un gros mot. Une gauche qui considère que le libéralisme, c'est le suppôt du pire, se ferme à l'avenir et brade les trois quarts de sa mémoire. Le libéralisme, c'est le peuple de Paris, les barricades de 1848... Moi, j'emmerde Chevènement : je préfère la gauche américaine à la gauche maurrassienne qu'il incarne. La gauche doit se décomplexer. Elle doit regarder le libéralisme en face et rompre avec les vieilles chimères.

Est-elle prête à entendre ce discours ?
Rénovation idéologique, ils répètent cela de façon incantatoire ! Maintenant, ils doivent se mettre au travail.

Travailler sur quoi ?
Le libéralisme, par exemple. J'attends toujours le responsable socialiste qui produira le texte politique fondateur expliquant la différence entre le mauvais et le bon libéralisme. Entre celui qui produit les délits d'initiés et celui qui les empêche, entre celui qui signifie la loi de la jungle et celui qui signifie la liberté. J'attends aussi un texte sur l'Amérique.

Sur les Etats-Unis, vous êtes en phase avec Nicolas Sarkozy...
Sur la détestation de l'antiaméricanisme, sûrement. Pour le reste ... Je ne sais pas ce qu'il pense du président actuel, George Bush. Moi, j'en pense le plus grand mal. C'est l'un des pires présidents que les Etats-Unis aient eus.

Comprenez-vous les socialistes qui ont rejoint Nicolas Sarkozy ?
Je ne condamne personne. Dans certains cas, ce sont des amis. Je pense à Bernard Kouchner, mon vieux compagnon de combat, et à Fadela Amara. J'essaie d'imaginer leur inconfort. Je n'aimerais pas être dans leur peau, avec ces histoires de tests ADN. Ni siéger à côté d'un Brice Hortefeux, qui convoque en catimini les préfets pour leur demander de « faire du chiffre » avec les sans-papiers. Il n'y a pas de raisons basses à leur présence au gouvernement. Ils ont la volonté d'être utiles. Mais n'auraient-ils pas été plus utiles dehors que dedans ? Leur voix et leur gueule manquent dans ce climat délétère qui se développe autour de l'immigration, où l'on cherche en permanence à envoyer des « messages » au gros monstre endormi qu'est l'électorat du Front national.

« Il y a, dans l'air, quelque chose d'un peu nauséabond »

Mais Sarkozy n'a-t-il pas réussi à « réduire » le FN, comme Mitterrand naguère l'avait fait avec le PC ?
Il leur a donné le baiser de la mort aux élections. Mais cela sera-t-il suffisant ? Ce qui se profile, c'est moins la possibilité de donner le coup de grâce au FN que de lui permettre de renaître autrement. Sarkozy n'a-t-il pas ouvert des vannes avec certains de ses discours ? Aujourd'hui, ces vannes, il les élargit. Il a déverrouillé des tabous. La part de moi-même qui a de la sympathie pour lui, qui le connaît bien, qui sait qu'il est intraitable sur le racisme, cette part-là mettait certains propos sur le compte de la campagne, mais désormais je m'inquiète.

Jusqu'à quel point ?
Il y a, dans l'air, quelque chose d'un peu nauséabond. Certains des discours de campagne de Sarkozy m'ont glacé les sangs. Celui sur Vichy, par exemple. Comment peut-il dire que la France - où l'on a jugé et condamné Papon - n'a pas commis de crimes contre l'humanité ? A l'Elysée, il y a aussi ce personnage effrayant qui s'appelle Henri Guaino : c'est le Chevènement de Sarkozy, l'inspirateur du discours catastrophique de Dakar, un discours raciste. Celui-là, je le crois redoutablement cohérent. Mais cette cohérence perdra Sarkozy.

* Ville d'Allemagne où, en 1959, les sociaux-démocrates allemands avaient rompu avec le marxisme et accepté le principe du marché.
allemands avaient rompu avec le marxisme et accepté le principe du marché.


Pour aller plus loin :

BHL-Cadavre-a-la-renverse.jpg°Ce grand cadavre à la renverse
par Bernard-Henri Lévy,
Editions Grasset
420 p.
ISBN :
2246688213
Prix public 19,90
commander-100x30-01.gifPrix Fnac à partir de ce site : 18,91€ (livraison gratuite & rapide)












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